{"id":65411,"date":"2019-10-24T07:04:00","date_gmt":"2019-10-24T11:04:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/nappelle-pas-il-ny-a-personne\/"},"modified":"2019-10-24T07:04:00","modified_gmt":"2019-10-24T11:04:00","slug":"nappelle-pas-il-ny-a-personne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/nappelle-pas-il-ny-a-personne\/","title":{"rendered":"<div>\u00abN&rsquo;appelle pas, il n&rsquo;y a personne\u00bb<\/div>"},"content":{"rendered":"<p>Youssef Fadel, n\u00e9 en 1949, \u00e0 Casablanca, est un \u00e9crivain marocain, dramaturge, metteur en sc\u00e8ne, romancier et sc\u00e9nariste. Il a \u00e0 son actif plusieurs pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre dont La Guerre (1974) qui lui valut d\u2019\u00eatre emprisonn\u00e9 huit mois, <em>Grandeur et d\u00e9cadence de Marrakech (1980), Le Requin (1987), Les Jours de gloire (1994), Gilgamesh (1997), Les Enfants du pays (2000), Jeux africains (2001), Je traverse une for\u00eat noire (2002) ou encore La Vie \u00e0 c\u00f4t\u00e9 (2007). Parmi ses romans citons Aghmat (1989), Le Roi des Juifs (1992), Haschish<\/em> (prix Atlas en 2000 pour le meilleur livre en langue arabe) et une trilogie enti\u00e8rement consacr\u00e9e au r\u00e8gne du roi Hassan II: <em>Un rare oiseau bleu vole avec moi<\/em> (prix du Maroc du Livre 2014), <em>Un joli chat blanc marche derri\u00e8re moi, (Paris 2014) et N\u2019appelle pas, il n\u2019y a personne,<\/em> qui vient tout juste de para\u00eetre aux \u00e9ditions Sindbad \/Actes Sud, dans une traduction sign\u00e9e Philippe Vigreux.<\/p>\n<p>Le titre original de ce troisi\u00e8me voletest Farah. Il parut \u00e0 Beyrouth en 2016. Venant d\u2019un \u00e9crivain connu aujourd\u2019hui pour \u00eatre l\u2019un des plus prolifiques et des plus mordants du monde arabe, l\u2019ouvrage s\u2019\u00e9tend surles cons\u00e9quences politico-sociales du syst\u00e8me de l\u2019engrenage impitoyable, d\u00e9clench\u00e9 par le roi et son sbire, le g\u00e9n\u00e9ral Bou Richa, dans le deuxi\u00e8me volet,<em>Un joli chat blanc marche derri\u00e8re moi<\/em>. La d\u00e9marchenediff\u00e8re gu\u00e8re. <em>N\u2019appelle pas, il n\u2019y a personne,<\/em> titre inspir\u00e9 d\u2019une chanson de la Libanaise Fayrouz, est une s\u00e9rie d\u2019observations et de flash-backs, \u00e9crite \u00e0 plusieurs voix. La plus importante est celle de Osmane, un jeune homme travaillant avec son p\u00e8re, artisan d\u00e9corateur, \u00e0 la fabrication d\u2019un des plafonds de l\u2019opulente mosqu\u00e9e voulue par le roi Hassan II. Presque tout le roman est structur\u00e9 autour de cet \u00e9difice. Symbole \u00e9loquent de l\u2019autoritarisme r\u00e9gnant, sa construction\u00e0 Casablanca sur une ancienne piscine, \u00ab l\u00e0 o\u00f9 les terres s\u2019enfoncent le plus loin dans la mer \u00bb, se veut un rappel d\u2019une citation du Coran: \u00abSon tr\u00f4ne \u00e9tait alors sur l\u2019eau\u00bb, justifiant ainsi la contribution financi\u00e8re demand\u00e9e \u00e0 tous les Marocains y compris les plus d\u00e9munis.<\/p>\n<p>Le jeune Osmane n\u2019y va pas par quatre chemins pour attaquer cette contribution insidieusement impos\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00abLe gros titre imprim\u00e9 en vert qui occupe toujours le haut de la premi\u00e8re page du journal Al-Sabah capte mon attention : \u00ab Citoyens, citoyennes, participez \u00e0 la construction de la mosqu\u00e9e ! \u00bb mais je n\u2019y fais pas trop attention, m\u00eame si un coin de mon \u00e2me s\u2019assombrit chaque fois que ce titre me tombe sous les yeux. Je repense \u00e0 mon oncle Moustapha qui a refus\u00e9 de payer son tribut et a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de braquer sa carabine sous le nez des gendarmes. R\u00e9sultat ? Il est arriv\u00e9 en fuite avec une balle dans le c\u00f4t\u00e9 droit.\u00bb (p.17)<\/p>\n<p>Dans cette grande fresque sociale, gr\u00e2ce \u00e0 la voix de Osmane, Youssef Fadel passe all\u00e8grement de l\u2019anecdotique au religieux ou au politique. Presque tout y est cr\u00fbment r\u00e9v\u00e9l\u00e9 : la r\u00e9alit\u00e9 socio-politique du pays,certes mais aussi l\u2019attitude traditionnelle dict\u00e9e par les conventions sociales :<\/p>\n<p>\u00abComme tout le monde. Il donne au ca\u00efd quand il demande un permis pour creuser un puits, au d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 de quartier quand il commence \u00e0 creuser et au responsable des eaux potables pour faire venir un tuyau sur son terrain. Le responsable empoche sans aucun tuyau d\u2019eau, potable ou non potable, n\u2019arrive jamais chez lui. Il donne au responsable de l\u2019Office de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 pour faire installer un lampadaire sur son terrain. Le responsable empoche mais le lampadaire se fait toujours attendre.\u00bb (pp.134-35)<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, dans ce gigantesque chantier \u00e0 ciel ouvert o\u00f9 les accidentsmortels et les larcins de toutes sortes se multiplient de jour en jour, il n\u2019existe aucune ferveur religieuse :<\/p>\n<p>\u00abAu milieu de ce chaos, au milieu de ce souk gigantesque, se tenait l\u2019employ\u00e9 (de l\u2019office de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9), montrant d\u2019un doigt d\u00e9sapprobateur les quatre coins du chantier. Tous des tricheurs ! Tous des voleurs qui volaient le cuivre de la mosqu\u00e9e, les serrures des portes et jusqu\u2019aux robinets des toilettes mais qui, quand il s\u2019agissait de travailler, lambinaient alors que l\u2019ouvrier musulman devait \u00eatre un ouvrier propre et honn\u00eate\u00bb (p.153)<\/p>\n<p>Dans cet ouvrage Youssef Fadel n\u2019apas manqu\u00e9 de grefferune histoire d\u2019amour entre Osmane et la jeune <em>Farah<\/em>.Cette derni\u00e8re, chanteuse novice et pauvre, \u00e9tait venue de la petite ville d\u2019Azemmour, pour chercher fortune \u00e0 Casablanca comme son amie Na\u00efma :<\/p>\n<p>\u00abMa copine Na\u00efma m\u2019a dit : \u00ab Casablanca est une grande ville. Personne n\u2019y fait attention \u00e0 personne, personne n\u2019y demande rien \u00e0 personne. \u00bb Elle m\u2019a parl\u00e9 du yachto\u00f9 elle a pass\u00e9 une nuit inoubliable, en pleine mer, avec sa voix qui dansait sur l\u2019eau et semblait faire\u00e9choaux lumi\u00e8res de la grande ville\u2026 A Casablanca tu peux faire ce que tu veux de ta vie. \u00bb (p.70)<\/p>\n<p>Mais, comme on le devine, dans ce br\u00fblot balis\u00e9 par tant de r\u00e9quisitoires virulents, \u00ab ce petit brin de chance dont l\u2019homme a besoin en sautant pour atteindre l\u2019autre bord sans tomber dans le gouffre du d\u00e9sespoir\u00bb (p.355), n\u2019existe gu\u00e8re. Aspirer \u00e0 une gloire imm\u00e9diate, sans heurts, ni souffrance, est tout simplement utopique.Dans ce livre captivant, l\u2019ironie du titre original \u2018Farah\u2019, blesse comme le couteau.<\/p>\n<p><em><strong>Youssef Fadel, N\u2019appelle pas, il n\u2019y a personne, traduit de l\u2019arabe (Maroc) par Philippe Vigreux, Actes Sud, Paris, Sep. 2019, 394 pages.<\/strong><\/em><\/p>\n<p class=\"c2\"><strong>Rafik Darragi<\/strong><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/28257-n-appelle-pas-il-n-y-a-personne\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Youssef Fadel, n\u00e9 en 1949, \u00e0 Casablanca, est un \u00e9crivain marocain, dramaturge, metteur en sc\u00e8ne, romancier et sc\u00e9nariste. 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