{"id":66050,"date":"2019-10-30T13:00:00","date_gmt":"2019-10-30T17:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/mohsen-hassen-quel-bilan-economique-du-gouvernement-youssef-chahed-que-faire-pour-surmonter-cette-crise-qui-nen-finit-pas\/"},"modified":"2019-10-30T13:00:00","modified_gmt":"2019-10-30T17:00:00","slug":"mohsen-hassen-quel-bilan-economique-du-gouvernement-youssef-chahed-que-faire-pour-surmonter-cette-crise-qui-nen-finit-pas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/mohsen-hassen-quel-bilan-economique-du-gouvernement-youssef-chahed-que-faire-pour-surmonter-cette-crise-qui-nen-finit-pas\/","title":{"rendered":"Mohsen Hassen: Quel bilan \u00e9conomique du gouvernement Youssef Chahed? Que faire pour surmonter cette crise qui n\u2019en finit pas?"},"content":{"rendered":"<p>Trois ans\u00a0 et deux mois se sont d\u00e9j\u00e0 \u00e9coul\u00e9s depuis que le gouvernement Youssef Chahed, a succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 celui de Habib Essid. Que s\u2019est-il pass\u00e9 depuis, sur le strict plan \u00e9conomique ?<\/p>\n<p>Arriv\u00e9 avec de fortes ambitions, comme tous les gouvernements qui s\u2019installent, celui de Youssef Chahed a d\u00fb, trois ans, se rendre compte que la r\u00e9alit\u00e9 est beaucoup plus complexe qu\u2019on ne pouvait l\u2019imaginer.<\/p>\n<h2>La croissance ne fut pas au rendez-vous, et les cr\u00e9ations d\u2019emplois \u00e0\u00a0 leur plus bas niveau<\/h2>\n<p>En termes de croissance, Il faut reconna\u00eetre que le r\u00e9sultat est g\u00e9n\u00e9ralement modeste, Ce faible niveau de performances\u00a0 est le r\u00e9sultat de plusieurs facteurs endog\u00e8nes\u00a0 et exog\u00e8nes parfois difficilement ma\u00eetrisables.<\/p>\n<p>Il y a lieu de rappeler que la croissance est remont\u00e9e \u00e0 2,5 % en glissement annuel en 2018, contre 2 % en 2017, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019agriculture, aux services et aux industries \u00e9lectrique et m\u00e9canique.<\/p>\n<p>Elle\u00a0 s\u2019\u00e9tablirait \u00e0 1.4 % en 2019 selon le FMI contre des estimations initiales de 3.1%.<\/p>\n<p>En effet, et en d\u00e9pit\u00a0 de la hausse de la r\u00e9colte c\u00e9r\u00e9ali\u00e8re pour la campagne 2018-2019 et\u00a0 la consolidation des indicateurs de l\u2019activit\u00e9 touristique, le taux de\u00a0 croissance de l\u2019ann\u00e9e en cours\u00a0 sera autour de 1.4 % au plus, refl\u00e9tant notamment la faible demande ext\u00e9rieure, la performance d\u00e9cevante de l\u2019industrie dans les derniers mois, le fl\u00e9chissement de la production de l\u2019\u00e9nergie et la baisse de la r\u00e9colte de l\u2019huile d\u2019olive.<\/p>\n<p>La d\u00e9gradation de l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique chez les pays partenaires, s\u2019est transmise avec un d\u00e9calage via deux principaux canaux, \u00e0 savoir la demande \u00e9trang\u00e8re adress\u00e9e \u00e0 la Tunisie et les investissements directs \u00e9trangers (IDE)<\/p>\n<p>Cette croissance timide est frein\u00e9e aussi\u00a0 par la baisse de l\u2019investissement\u00a0 et\u00a0 de la consommation des m\u00e9nages qui \u00e9voluent \u00e0 un rythme semblable.<\/p>\n<p>L\u2019investissement, consid\u00e9r\u00e9 comme le moteur de croissance par excellence, est orient\u00e9 \u00e0 la baisse depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, une baisse qui s\u2019est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e \u00e0 partir de 2011. La formation brute de capital fixe s\u2019\u00e9tablissait \u00e0\u00a0 18,4% en\u00a0 2018 contre 20 % du PIB en 2016, en dessous de la moyenne OCDE et du niveau observ\u00e9 dans la majorit\u00e9 des \u00e9conomies \u00e9mergentes.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9pargne int\u00e9rieure \u00e9quivalait \u00e0 9.4% du PIB \u00e0 fin 2018 contre 11% en 2015 et 21% en 2010. Ce ratio devrait poursuivre sa baisse cette ann\u00e9e. Le gap de financement entre l\u2019investissement et l\u2019\u00e9pargne s\u2019est \u00e9largi pour atteindre 9,4% du PIB et 11,1% compte tenu de la variation des stocks.<\/p>\n<p>L&rsquo;insuffisance de l&rsquo;\u00e9pargne int\u00e9rieure conduit \u00e0 faire davantage appel aux capitaux \u00e9trangers. Le besoin de financement de l&rsquo;\u00e9conomie s&rsquo;est aggrav\u00e9 2011.<\/p>\n<p>Pour\u00a0 les gains de productivit\u00e9, ils ont \u00e9t\u00e9 plut\u00f4t faibles sur la p\u00e9riode 2000-10 et ont m\u00eame \u00e9t\u00e9 n\u00e9gatifs sur la p\u00e9riode 2016-18 en ligne avec la baisse du taux d\u2019investissement.<\/p>\n<p>Notre pays est, ainsi,\u00a0 en r\u00e9cession puisque son PIB se replie pendant quatre trimestres cons\u00e9cutifs ce qui signifie \u00ab une baisse significative r\u00e9pandue dans l\u2019ensemble de l\u2019\u00e9conomie qui dure plus que quelques mois et qui affecte \u00e0 la fois le PIB, les revenus, la production industrielle, l\u2019emploi, les revenus et le commerce de gros et de d\u00e9tail \u00bb.<\/p>\n<h2>Cr\u00e9ation d\u2019emplois: faiblesse record<\/h2>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, le point de croissance s&rsquo;est beaucoup appauvri en terme de cr\u00e9ation d&#8217;emplois.<\/p>\n<p>Sans doute, est-ce l\u00e0 une des causes de la rigidit\u00e9 \u00e0 la baisse du ch\u00f4mage, qui stagne autour de 15.5% depuis 2016 ann\u00e9es ? En 2018 d\u00e9j\u00e0, l\u2019\u00e9conomie nationale n\u2019a pu cr\u00e9er que 28000\u00a0 emplois pour 60000 nouveaux arriv\u00e9s sur le march\u00e9, ce qui \u00e9tait, et demeure toujours, un record absolu dans ce domaine.<\/p>\n<p>En 2018, le taux de ch\u00f4mage s\u2019\u00e9levait \u00e0 15.5 % de la population active alors qu\u2019en moyenne dans la zone OCDE il n\u2019\u00e9tait que de 6.3 % et s\u2019\u00e9levait \u00e0 11.1 % dans les pays MENA (Banque mondiale, Indicateurs de d\u00e9veloppement mondial).<\/p>\n<p>Certains groupes sont particuli\u00e8rement touch\u00e9s notamment les femmes, les jeunes et les habitants des r\u00e9gions int\u00e9rieures Le taux de ch\u00f4mage est \u00e9lev\u00e9 surtout chez les jeunes et demeure l\u2019un des probl\u00e8mes majeurs de la Tunisie.<\/p>\n<p>Les principales causes du ch\u00f4mage des jeunes sont attribu\u00e9es \u00e0 plusieurs facteurs dont, le syst\u00e8me \u00e9ducatif qui ne permet pas \u00e0 ses \u00e9tudiants de d\u00e9velopper des comp\u00e9tences utiles pour le pays.<\/p>\n<p>Le manque d\u2019investissements et d\u2019accompagnement des entreprises tunisiennes est un frein \u00e0 l\u2019emploi.<\/p>\n<h2>Pauvret\u00e9 et in\u00e9galit\u00e9 \u00e9conomique entre personnes et r\u00e9gions<\/h2>\n<p>Selon le Centre d\u2019Etudes et de Recherches Economiques et Sociales (CERES) la pauvret\u00e9 a augment\u00e9 en Tunisie de 30% lors des quatre derni\u00e8res ann\u00e9es, suite \u00e0 la disparition de la classe moyenne, \u00e0 cause, notamment, de la hausse faramineuse du co\u00fbt de la vie.<\/p>\n<p>Pour\u00a0 l\u2019Institut national de la statistique (INS), la pauvret\u00e9 touche d\u00e9sormais 1,7 million de Tunisiens, dont 300 mille qui vivent sous le seuil de pauvret\u00e9.<\/p>\n<p>La r\u00e9gion du Nord-Ouest est la plus touch\u00e9e par ce ph\u00e9nom\u00e8ne, avec 28,4%, dont 6,4% qui vivent sous le seuil de pauvret\u00e9. Quant au Grand-Tunis, la pauvret\u00e9 a affect\u00e9 5,3% de la population, dont 0,3% vivant sous le seuil de pauvret\u00e9.<\/p>\n<p>Selon la Banque Mondiale, le taux de pauvret\u00e9 devrait rester en de\u00e7\u00e0 de 3% fin 2019, sur la base du seuil de 3.2 dollars en PPA par jour.<\/p>\n<p>Selon les projections \u00e9tablies par la m\u00eame institution, dans son rapport sur \u00ab Le suivi de la situation \u00e9conomique\u00bb \u00ab La proportion des personnes vivant au seuil de pauvret\u00e9 des pays \u00e0 revenu interm\u00e9diaire de la tranche inf\u00e9rieure (3,2 dollars en PPA de 2011) est pass\u00e9e de 9,09 % en 2010 \u00e0 3,21 % en 2015 \u00bb<\/p>\n<h2>Inflation: la question cl\u00e9<\/h2>\n<p>Depuis 2017, l\u2019inflation s&rsquo;est consid\u00e9rablement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e et le pouvoir d\u2019achat des m\u00e9nages\u00a0 s\u2019est d\u00e9grad\u00e9. L\u2019ann\u00e9e 2018 s\u2019est cl\u00f4tur\u00e9 avec un taux d\u2019inflation de 7,5%, contre 6,4% en 2017et 4,2% en 2016 selon l\u2019ann\u00e9e de base 2010.<\/p>\n<p>Au 30 septembre de l\u2019ann\u00e9e en cours,\u00a0 le taux d\u2019inflation s\u2019est stabilis\u00e9 \u00e0\u00a0 6,7 % en glissement annuel\u00a0 suite \u00e0 \u00ab une certaine d\u00e9tente des prix des produits alimentaires et des services. L\u2019inflation sous-jacente a \u00e9galement poursuivi sa baisse durant le m\u00eame mois pour revenir \u00e0 6.7% contre 7 % en\u00a0 aout 2019 \u00bbselon le dernier communiqu\u00e9 de la BCT du 28 octobre 2019.<br \/>L\u2019augmentation de la BCT de son taux directeur \u00e0 quatre rel\u00e8vements qui est pass\u00e9 de 4,25 \u00e0 6,75 % a contribu\u00e9 \u00e0 la stabilisation du taux d\u2019inflation et la r\u00e9gression du d\u00e9ficit courant.<\/p>\n<h2>Comment r\u00e9duire le d\u00e9ficit budg\u00e9taire ?<\/h2>\n<p>S\u2019il fallait \u00e0 tout prix \u00e9mettre une observation sur le sujet, ce serait pour dire que la Tunisie, compte tenu du fait qu\u2019il est importateur net d\u2019\u00e9nergie, ne pouvait pas ne pas s\u2019attaquer \u00e0 ce dossier. D\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre. Le d\u00e9ficit budg\u00e9taire est tomb\u00e9, ainsi, \u00e0 4,8 % du PIB en 2018, contre 5,9 % en 2017 suite \u00e0\u00a0 une meilleure \u00e9volution que pr\u00e9vu des recettes et des \u00e9conomies au niveau du budget d\u2019investissement.<\/p>\n<p>Pour l\u2019ann\u00e9e 2019, le d\u00e9ficit budg\u00e9taire devrait atteindre 5.6% du PIB selon la Banque Mondiale contre des estimations initiales fix\u00e9es par la loi de finance \u00e0 3.9%.Cette aggravation est expliqu\u00e9e par la hausse des salaires de la fonction publique et du service de la dette. La baisse de la croissance \u00e9conomique par rapport aux pr\u00e9visions initiales explique aussi cette hausse\u00a0 du d\u00e9ficit budg\u00e9taire.\u00a0<\/p>\n<h2>La r\u00e9forme fiscale devrait \u00eatre orient\u00e9e vers un all\u00e9gement des charges<\/h2>\n<p>Pour r\u00e9duire son d\u00e9ficit public, la Tunisie a opt\u00e9 pour\u00a0 l\u2019augmentation de la pression fiscale et\u00a0\u00a0 des recettes fiscales sans lutter r\u00e9ellement\u00a0 contre le march\u00e9 parall\u00e8le et la contrebande\u00a0 qui accapare plus que 50% du PIB. C\u2019est d\u2019autant plus ais\u00e9 qu\u2019a priori une hausse des imp\u00f4ts se traduit quasi-instantan\u00e9ment par un accroissement des recettes fiscales. D\u00e8s lors, si l\u2019Etat n\u2019augmente pas ses d\u00e9penses, le suppl\u00e9ment de recettes peut venir combler une partie du d\u00e9ficit.<\/p>\n<p>Mais ce raisonnement n\u2019est en fait valable qu\u2019\u00e0 court terme. Or, il faut \u00e9galement prendre en compte les r\u00e9percussions \u00e0 moyen et long terme d\u2019une telle politique. Les entreprises et les m\u00e9nages ne sont pas indiff\u00e9rents aux hausses d\u2019imp\u00f4ts. Ils adaptent leurs comportements en cons\u00e9quence, ce qui n\u2019est pas sans effet sur les recettes fiscales. Il en r\u00e9sulterait un d\u00e9couragement g\u00e9n\u00e9ral des agents \u00e9conomiques \u2013 ceux-ci n\u2019ayant plus de motivation pour travailler ou investir davantage en raison de la trop forte imposition du suppl\u00e9ment de revenus procur\u00e9. Une telle situation aurait des r\u00e9percussions n\u00e9gatives sur la productivit\u00e9 et la croissance et, par-l\u00e0 m\u00eame, affecterait \u00e0 long terme le niveau des recettes de l\u2019Etat.<\/p>\n<p>On pense \u00e0 la fameuse formule que l\u2019on associe ordinairement aux travaux de l\u2019\u00e9conomiste Arthur Laffer : \u00abtrop d\u2019imp\u00f4ts tue l\u2019imp\u00f4t!\u00bb.<\/p>\n<h2>Le d\u00e9ficit courant se r\u00e9duit mais demeure pr\u00e9occupant<\/h2>\n<p>Passant \u00e0 11,2 % en 2018 contre 10,6 % en 2017 du Produit Int\u00e9rieur Brut (PIB), le d\u00e9ficit courant a r\u00e9gress\u00e9 durant les neuf premiers mois de l\u2019ann\u00e9e en cours, pour atteindre 6.4% du PIB contre 8% une ann\u00e9e auparavant.<\/p>\n<p>Il devrait atteindre 10.4%, selon le FMI, \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 2019<\/p>\n<p>Il apparait que le d\u00e9ficit structurel du compte courant de la Tunisie s\u2019explique, essentiellement, par l\u2019\u00e9largissement du diff\u00e9rentiel commercial entre\u00a0 notre pays et le reste du monde. Selon l\u2019INS, le d\u00e9ficit de la balance commerciale\u00a0 s\u2019est encore aggrav\u00e9 au terme des neuf premiers mois de l\u2019ann\u00e9e 2019 pour atteindre 15 milliards de dinars contre 14.18 milliards de dinars \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode de l\u2019ann\u00e9e pass\u00e9e.\u00a0<\/p>\n<p>Ce d\u00e9s\u00e9quilibre record du d\u00e9ficit commercial est expliqu\u00e9 \u00e9galement\u00a0 par le maintien des d\u00e9ficits de la balance \u00e9nerg\u00e9tique et de la balance alimentaire \u00e0 des niveaux \u00e9lev\u00e9s, soit respectivement 5646.9 MD (38% du d\u00e9ficit total)\u00a0 et 1.115 MDT (7.5% du d\u00e9ficit total)<\/p>\n<p>Pour\u00a0 les recettes des transferts des Tunisiens r\u00e9sidents\u00a0 \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, elles ont atteint\u00a0 \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e pass\u00e9e,\u00a0 4.96 milliard de dinars enregistrant une l\u00e9g\u00e8re\u00a0 baiss\u00e9 en euro\u00a0 mais en hausse en DT, par rapport \u00e0 l\u2019ann\u00e9e 2017 gr\u00e2ce \u00e0 un effet\u00a0 de change favorable.<\/p>\n<p>Elles devraient suivre\u00a0 la m\u00eame tendance en 2019.<\/p>\n<p>Cependant, le constat est encourageant\u00a0 au niveau des recettes touristiques, elles ont totalis\u00e9 4400 MDT \u00e0 fin septembre 2019, soit une hausse de 43.3% par rapport \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode de 2018.<\/p>\n<p>En devises, la\u00a0 hausse des recettes touristiques\u00a0 est moins importante, elles ne sont que 1.3 milliard d\u2019euros, pour une progression de 31.6% et \u00e0 1.5 milliard de dollars pour une augmentation de 23.6%<\/p>\n<p>En effet la hausse\u00a0 des recettes touristiques et des transferts des tunisiens\u00a0 r\u00e9sidents \u00e0 l\u2019\u00e9tranger n\u2019a pas pu compenser l\u2019aggravation du d\u00e9ficit de la balance commerciale courant l\u2019ann\u00e9e2019.<\/p>\n<p>Pour les flux des investissements directs \u00e9trangers (IDE), le solde des IDE a atteint\u00a0 2.59 milliard de dinars au 31\/12\/2018, Durant le premier semestre de l\u2019ann\u00e9e en cours, la Tunisie a en attitr\u00e9 1.3 milliard de dinars\u00a0 d\u2019IDE contre 1.1 milliard durant la m\u00eame p\u00e9riode de l\u2019ann\u00e9e pass\u00e9e\u00a0 soit une hausse de 13.5%.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 une baisse modeste du d\u00e9ficit courant ces derniers mois, il se maintient \u00e0 un niveau extr\u00eamement \u00e9lev\u00e9 et\u00a0 a eu des cons\u00e9quences n\u00e9fastes \u00e0 plusieurs niveaux:<\/p>\n<ul>\n<li>Stimulation de l\u2019inflation import\u00e9e.<\/li>\n<li>Mobilisation de ressources d\u2019endettement\u00a0 pour couvrir le d\u00e9ficit courant. L\u2019encours\u00a0 de la dette s\u2019est \u00e9tabli \u00e0\u00a0 82,6 milliard de dinars au 30\/6\/ 2019\u00a0 contre 72.4 milliard de dinars durant la m\u00eame p\u00e9riode de l\u2019ann\u00e9e 2018.<\/li>\n<li>Chute quasi-continue du dinar entre d\u00e9cembre 2016 et d\u00e9cembre 2018, depuis mars 2019, le dinar connait\u00a0 un mouvement de correction \u00e0 la hausse, il s\u2019est appr\u00e9ci\u00e9 de 10% face \u00e0 l\u2019Euro et 7% face au Dollar entre\u00a0\u00a0 mars\u00a0 et septembre de l\u2019ann\u00e9e en cours.<\/li>\n<li>Chute des ressources en devises entre d\u00e9cembre 2016 et d\u00e9cembre 2018, depuis janvier\u00a0 2019, elles ont augment\u00e9 pour atteindre 18.506 milliard de dinars ou104 jours d\u2019importation\u00a0 au 25 octobre 2019contre 13.974 milliard de dinars ou 84 jours au terme de l\u2019ann\u00e9e 2018<\/li>\n<\/ul>\n<h2>Comment surmonter cette crise qui n\u2019en finit pas?<\/h2>\n<p>L&rsquo;ann\u00e9e 2020 doit \u00eatre celle du redressement \u00e9conomique et des grandes r\u00e9formes : Le tissu \u00e9conomique et social tunisien ne peut continuer avec une croissance \u00e9conomique fragile et un fort d\u00e9s\u00e9quilibre des grands comptes \u00e9conomiques. L&rsquo;investissement doit aussi sortir de l&rsquo;attentisme.<\/p>\n<p>A notre avis, nous devrions nous focaliser sur quatre volets:<\/p>\n<ul>\n<li><span class=\"c2\"><strong>Le premier, essentiel et incontournable,<\/strong><\/span> est celui de l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration du rythme des grandes r\u00e9formes \u00e9conomiques et\u00a0 du r\u00e9tablissement de nos grands \u00e9quilibres macro\u00e9conomiques. Ceci passe par des politiques sectorielles performantes orient\u00e9es vers l\u2019export\u00a0 et une politique commerciale offensive qui permettrait\u00a0 de renflouer les recettes en devises pour d\u00e9samorcer la crise de la dette et des r\u00e9serves des changes.<\/li>\n<li><span class=\"c2\"><strong>Le second concerne la conception<\/strong><\/span> des politiques sectorielles performantes et\u00a0 d&rsquo;une v\u00e9ritable strat\u00e9gie de d\u00e9veloppement industriel. Nous croyons qu&rsquo;un angle d&rsquo;attaque serait de formuler une nouvelle strat\u00e9gie de transformation structurelle autour des secteurs porteurs qui se d\u00e9veloppent dans notre pays comme les services aux entreprises, l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique sans pour autant occulter les secteurs classiques, \u00e0 l&rsquo;instar de\u00a0 l&rsquo;agroalimentaire ou le textile.<br \/>D\u2019un autre cot\u00e9, la transition \u00e9nerg\u00e9tique de la Tunisie doit \u00eatre une priorit\u00e9 absolue en mettant l\u2019accent sur les \u00e9nergies renouvelables, la diversification du mix \u00e9nerg\u00e9tique, la maitrise de l\u2019\u00e9nergie et la r\u00e9activation de l\u2019exploration et de la production.<br \/>Concernant la r\u00e9volution num\u00e9rique, il faut noter que la g\u00e9n\u00e9ralisation de l\u2019utilisation de l\u2019outil num\u00e9rique et le passage \u00e0 l\u2019\u00e9conomie num\u00e9rique est un imp\u00e9ratif, il faut d\u00e9velopper une vision et concevoir une strat\u00e9gie \u00e0 mettre en place.<\/li>\n<li><span class=\"c2\"><strong>Le troisi\u00e8me volet<\/strong><\/span> pour lequel nous devons \u0153uvrer est le changement d&rsquo;attitude de notre administration \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du secteur priv\u00e9. Il est imp\u00e9ratif que la m\u00e9canique administrative se mette r\u00e9ellement au service du secteur priv\u00e9 et de son d\u00e9veloppement<\/li>\n<li><span class=\"c2\"><strong>Le quatri\u00e8me<\/strong><\/span>\u00a0 porte sur la reprise de l&rsquo;investissement ; elle est fondamentale dans la mesure o\u00f9 elle relancera la croissance et l&#8217;emploi. C&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;Etat et aux investissements publics de rompre cet attentisme et de baliser le terrain en\u00a0 termes d&rsquo;investissements productifs qui serviront de signaux aux acteurs \u00e9conomiques et d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer la sortie du tunnel.<br \/>Relancer l&rsquo;investissement, serait, le facteur de croissance le plus efficace, contrairement \u00e0 la relance par la consommation qui a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 des effets inflationnistes n\u00e9fastes sur l\u2019\u00e9conomie du pays.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Pour ce faire, des mesures de redressement \u00e0 court terme devraient \u00eatre prises afin de r\u00e9tablir la confiance des op\u00e9rateurs \u00e9conomiques, relancer la croissance et mettre le pays sur la voie de la maitrise des grands \u00e9quilibres.<\/p>\n<p>Parmi ces mesures, on peut citer:<\/p>\n<ul>\n<li>Engager dans les plus brefs d\u00e9lais les strat\u00e9gies et les mesures n\u00e9cessaires pour r\u00e9tablir les grands \u00e9quilibres et maitriser la dette<\/li>\n<li>Engager des proc\u00e9dures urgentes pour maitriser les d\u00e9penses publiques par la refonte du syst\u00e8me de compensation, et la r\u00e9forme de la fonction publique<\/li>\n<li>R\u00e9\u00e9quilibrer le mod\u00e8le de d\u00e9veloppement vers une croissance port\u00e9e par la demande ext\u00e9rieure et l\u2019investissement et mettre en place une vraie strat\u00e9gie de conqu\u00eate des march\u00e9s ext\u00e9rieurs<\/li>\n<li>Actualiser les strat\u00e9gies industrielles d\u00e9j\u00e0 mises en place afin de d\u00e9velopper les exportations et renforcer la comp\u00e9titivit\u00e9 du produit tunisien<\/li>\n<li>Mettre en \u0153uvre une v\u00e9ritable politique du d\u00e9veloppement de l\u2019\u00e9conomie num\u00e9rique<\/li>\n<li>Mettre en place une politique qui vise \u00e0 assurer la transition \u00e9nerg\u00e9tique<\/li>\n<li>Rechercher par tous les moyens la reprise rapide de l\u2019investissement priv\u00e9 et notamment l\u2019adoption d\u2019une politique de financement s\u00e9lective<\/li>\n<li>Mettre en\u00a0 \u0153uvre un ensemble de mesures pour assurer une mobilisation sans pr\u00e9c\u00e9dent en faveur des\u00a0 PME-TPE<\/li>\n<li>Bien pr\u00e9parer la n\u00e9gociation de l\u2019ALECA avec l\u2019UE notamment en sollicitant la reformulation du soutien europ\u00e9en vers des programmes pertinents qui r\u00e9pondent de mani\u00e8re coh\u00e9rente, aux exigences de la transition \u00e9conomique et politique\u00a0\u00a0<\/li>\n<li>R\u00e9tablir la politique de compensation industrielle et \u00e9largir ce processus aux franchises commerciales<\/li>\n<li>Acc\u00e9l\u00e9rer les projets publics d\u00e9j\u00e0 entam\u00e9s<\/li>\n<li>Engager la r\u00e9alisation des projets d\u2019infrastructure importants<\/li>\n<li>Acc\u00e9l\u00e9rer le d\u00e9marrage de projets urbains dans certaines grandes villes et r\u00e9aliser ces projets dans le cadre du PPP<\/li>\n<li>Allouer \u00e0 la Banque des R\u00e9gions ,en cours de cr\u00e9ation, des fonds qui seraient utilis\u00e9s pour soutenir la cr\u00e9ation de projets \u00e0 travers l\u2019institution de dotations remboursables<\/li>\n<li>Mettre en place le cadre juridique ad\u00e9quat de l\u2019\u00e9conomie sociale et solidaire et d\u00e9velopper les capacit\u00e9s financi\u00e8res de la micro finance<\/li>\n<li>Mettre en place le cadre juridique de la m\u00e9so- finance<\/li>\n<\/ul>\n<p>Pour les grandes r\u00e9formes, les principales recommandations en la mati\u00e8re consiste \u00e0 :<br \/>\u00a0<\/p>\n<ul>\n<li>Cr\u00e9er une structure \u00e0 caract\u00e8re consultatif ayant pour mandat d\u2019approfondir la r\u00e9flexion sur les r\u00e9formes\u00a0 et les mesures d\u2019ordre \u00e9conomique et social \u00e0 l\u2019instar de l\u2019ancien Conseil\u00a0 \u00e9conomique et social<\/li>\n<li>Mettre en place \u00ab l\u2019agence Tunisie Tr\u00e9sor \u00bb pour assurer une gestion dynamique de la dette<\/li>\n<li>Cr\u00e9er une agence d\u2019\u00e9valuation des politiques publiques<\/li>\n<li>Poursuivre la r\u00e9forme de l\u2019administration, notamment \u00e0 travers une vaste op\u00e9ration de red\u00e9ploiement des effectifs et leur all\u00e9gement \u00e0 travers l\u2019incitation au d\u00e9part volontaire<\/li>\n<li>Entamer la concr\u00e9tisation du programme de restructuration\u00a0 des entreprises publiques, rappelons que les axes majeurs de cette r\u00e9forme portent sur la restructuration financi\u00e8re, la r\u00e9organisation interne ainsi que l\u2019adoption d\u2019une nouvelle gouvernance en mati\u00e8re de gestion des ressources humaines et de transparence financi\u00e8re.<\/li>\n<li>Entamer la r\u00e9forme des r\u00e9gimes de compensation, \u00e0 travers la fixation d\u2019un plafond qui ne peut \u00eatre d\u00e9pass\u00e9 et l\u2019adoption de mesures qui garantissent un\u00a0 ciblage des cat\u00e9gories \u00e0 faible revenu<\/li>\n<li>Assurer l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Institut National de la Statistique en lui accordant davantage de moyens et\u00a0 le statut d\u2019Autorit\u00e9 Administrative Autonome\u00a0<\/li>\n<li>Adopter une strat\u00e9gie de d\u00e9veloppement r\u00e9gional fond\u00e9e sur une nouvelle vision qui consid\u00e8re la Tunisie toute enti\u00e8re comme une bande c\u00f4ti\u00e8re<\/li>\n<li>Am\u00e9liorer les strat\u00e9gies nationales dans les secteurs du tourisme, de l\u2019industrie, de l\u2019agriculture et adopter un programme de mise \u00e0 niveau des outils de production dans ces secteurs<\/li>\n<li>Mettre \u00e0 niveau et moderniser le dispositif de la formation professionnelle<\/li>\n<li>Approfondir la r\u00e9forme du syst\u00e8me bancaire et financier<\/li>\n<li>Entamer la r\u00e9forme de la politique du taux de change\u00a0<\/li>\n<li>Encourager l\u2019introduction des entreprises en bourse et assurer le d\u00e9veloppement du march\u00e9 obligataire<\/li>\n<li>Poursuivre la reforme fiscale pour combattre la fraude fiscale et l\u2019\u00e9conomie parall\u00e8le et entamer le changement de billets de banque<\/li>\n<\/ul>\n<p>Nous pensons que notre pays a le potentiel de devenir un p\u00f4le d&rsquo;\u00e9mergence \u00e9conomique dans la r\u00e9gion MENA comme beaucoup d&rsquo;autres pays de petite taille comme Singapour. Pour cela, nous devons disposer d&rsquo;une vision et d&rsquo;un projet \u00e9conomique et social clair, capable de mobiliser les forces \u00e9conomiques et sociales\u00a0 du pays.<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>Mohsen Hassen<\/strong><br \/><em>Ancien ministre<br \/>Economiste<\/em><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/28301-mohsen-hassen-quel-bilan-economique-du-gouvernement-youssef-chahed-que-faire-pour-surmonter-cette-crise-qui-n-en-finit-pas\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Trois ans\u00a0 et deux mois se sont d\u00e9j\u00e0 \u00e9coul\u00e9s depuis que le gouvernement Youssef Chahed, a succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 celui de Habib Essid. Que s\u2019est-il pass\u00e9 depuis, sur le strict plan \u00e9conomique ? 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