{"id":66246,"date":"2019-11-01T15:01:00","date_gmt":"2019-11-01T19:01:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/slaheddine-dchicha-qui-comprend-kais-saied\/"},"modified":"2019-11-01T15:01:00","modified_gmt":"2019-11-01T19:01:00","slug":"slaheddine-dchicha-qui-comprend-kais-saied","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/slaheddine-dchicha-qui-comprend-kais-saied\/","title":{"rendered":"Slaheddine Dchicha: Qui comprend Ka\u00efs Sa\u00efed?"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Slahddine-Dchicha(11).jpg\" width=\"30%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"left\" alt=\"\"\/>Depuis trois ou quatre d\u00e9cennies, la communication politique est devenue une discipline \u00e0 part enti\u00e8re avec ses enseignants et ses chercheurs, ses experts et ses conseillers. Ses acquis et ses principes sont d\u00e9sormais pris en consid\u00e9ration et les spin doctors et autres communicants qui entourent tout homme politique sont l\u00e0 pour veiller \u00e0 leur application quasi-syst\u00e9matique.<\/p>\n<p>Le principe le plus connu et le plus \u00e9vident,\u00a0 car issu de l\u2019observation et de l\u2019exp\u00e9rience,\u00a0 concerne la langue et son usage. Il prescrit de moduler le niveau de langue selon l\u2019interlocuteur et selon la situation de communication. Et de fait, afin d\u2019\u00eatre efficace : convaincre ses interlocuteurs et les gagner \u00e0 sa cause, l\u2019homme politique se doit de parler leur Langue et d\u2019adopter un registre ad\u00e9quat.\u00a0 Et la vague populiste n\u2019a fait qu\u2019accentuer cette exigence puisqu\u2019elle bannit \u00ab la langue de bois \u00bb et pr\u00e9conise le \u00ab parler vrai \u00bb oppos\u00e9 au jargon exclusif\u00a0 \u00ab des \u00e9lites \u00bb.<\/p>\n<p>Dans les pays o\u00f9 il y a diglossie, l\u2019exercice se complique. Outre le choix d\u2019un niveau de langue ad\u00e9quat, s\u2019impose l\u2019option pour une des langues en pr\u00e9sence. En Tunisie, les leaders politiques et les\u00a0 orateurs ont longtemps privil\u00e9gi\u00e9 le \u00ab dialectal \u00bb quitte \u00e0 le m\u00e2tiner d\u2019une dose raisonnable d\u2019arabe classique voire de quelques expressions et mots fran\u00e7ais. Et ce sont les Islamistes qui ont inaugur\u00e9 le recours syst\u00e9matique \u00e0 \u00ab l\u2019arabe classique \u00bb, s\u2019approchant ainsi du Coran et de \u00ab la nation arabe \u00bb et tournant le dos \u00e0 l\u2019Occident et au \u00ab Parti de la France \u00bb<br \/>Au grand \u00e9tonnement des observateurs et des analystes, ce principe,\u00a0 si \u00e9vident et si familier, a\u00a0 \u00e9t\u00e9 superbement ignor\u00e9 par le vainqueur des derni\u00e8res Pr\u00e9sidentielles tunisiennes.<\/p>\n<h2>La communication de Ka\u00efs Sa\u00efed<\/h2>\n<p>Tout a \u00e9t\u00e9 dit du candidat Ka\u00efs Sa\u00efed. A quoi sont dues sa fulgurante \u00e9mergence et sa notori\u00e9t\u00e9 soudaine ? comment ce modeste universitaire\u00a0 sans parti,\u00a0 sans programme et\u00a0 sans moyens s\u2019est-il impos\u00e9 en \u00e9clipsant tous ses concurrents ?&#8230;mais la question,\u00e0 notre sensla plus importante, reste : \u00ab comment op\u00e8re le verbe de Ka\u00efs Sa\u00efed ? \u00bb<br \/>Le \u00ab verbe \u00bb car Ka\u00efs Sa\u00efed n\u2019a recours \u00e0 aucune communication non-verbale. Il se fige toujours dans une attitude statique, qui interdit toute gestualit\u00e9, toute mimique\u00a0 et tout sourire, ce qui lui a valu un surnom d\u00e9sobligeant qu\u2019on r\u00e9pugne \u00e0 mentionner ici&#8230;<\/p>\n<p>En tout cas, il se d\u00e9gage de l\u2019ensemble une impression de sobri\u00e9t\u00e9, de s\u00e9rieux et de conformisme, renforc\u00e9e par le\u00a0 sage et conventionnel costume, impression qui semble exclure tout humour et toute familiarit\u00e9 comme en t\u00e9moigne le baiser que lui a presque\u00a0 arrach\u00e9 son \u00e9pouse,\u00a0 le jour de son investiture.<br \/>Sur le plan verbal, cet homme qui semble hautain et en m\u00eame temps modeste, a\u00a0 choisi une fois pour toutes\u00a0 une langue qui l\u2019\u00e9loigne d\u00e9finitivement de la majorit\u00e9 de\u00a0 son public,\u00a0 \u00ab l\u2019arabe classique \u00bb etalorsune s\u00e9rie de\u00a0 questionsde surgir :\u00a0 \u00ab Comment a-t-il pu balayer son adversaire avec une majorit\u00e9 si \u00e9crasante ? \u00bb, \u00ab Comment son\u00a0 discours a-t-il \u00e9t\u00e9 re\u00e7u ? \u00bb, \u00ab comment a-t-il agi ? \u00bb\u2026<\/p>\n<h2>Le retrait du sens<\/h2>\n<p>Comme tout Tunisien, il partage ce que le regrett\u00e9 Abdelwahab Meddeb<span class=\"c2\"><sup><strong>*<\/strong><\/sup><\/span> appelle \u00ab un universel islamique \u00bb, ce v\u00e9cu qui consiste pour le sujet tunisien de na\u00eetre et de grandir en pratiquant comme \u00ab langue maternelle \u00bb le dialecte tunisien et \u00e0 partir de quatre, cinq ou six ans de commencer \u00e0 apprendre \u00ab l\u2019arabe coranique \u00bb que l\u2019on pourrait qualifier de la langue du p\u00e8re m\u00eame si elle restepour lui\u00a0 longtemps\u00a0 incompr\u00e9hensible :\u00a0 \u00ab J\u2019avais appris le Coran presque sans comprendre \u00bb<span class=\"c2\"><sup><strong>**<\/strong><\/sup><\/span> dit Meddeb et il poursuit: \u00ab \u2026Aussi bien par la voix que par le graphe, le statut saint de la langue s\u2019acquiert d\u00e8s que le signifiant prime sur le signifi\u00e9 \u00bb<span class=\"c2\"><sup><strong>**<\/strong><\/sup><\/span><br \/>Ce retrait du sens et cette pr\u00e9dominance du signifiant peuvent s\u2019observer et se mesurer quotidiennement lorsqu\u2019on assiste \u00e0 l\u2019\u00e9motion \u00e9prouv\u00e9e par un profane\u00e0 l\u2019\u00e9coute du Coran psalmodi\u00e9 ou de la d\u00e9clamation d\u2019un po\u00e8me en arabe classique. La compr\u00e9hension s\u2019absente et pr\u00e9domine alors l\u2019\u00e9moi esth\u00e9tique\u00e0 l\u2019instar de ce qui se passe \u00e0 la vue d&rsquo;une calligraphie dans une mosqu\u00e9e. La langue, que ce soit oralement ou visuellement agit alors de fa\u00e7on qui peut<span class=\"c2\"><sup><strong>**<\/strong><\/sup><\/span> \u00eatre qualifi\u00e9e d\u2019abstraite comme une peinture qui ne renvoie pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, qui n\u2019a pas de r\u00e9f\u00e9rent.<\/p>\n<p>Nous osons pr\u00e9tendre que c\u2019est ce qui s\u2019est pass\u00e9 et se passe encore avec Ka\u00efs Sa\u00efed. Monsieur Sa\u00efed n\u2019est pas seulement un Tunisien, il est aussi universitaire et juriste et lettr\u00e9, et \u00e0 ce titre il cumule trois voire quatre\u00a0 jargons qui, en cas de mobilisation, rendent ce qu\u2019il dit incompr\u00e9hensible \u00e0 une majorit\u00e9 de ses compatriotes.<\/p>\n<p>Visiblement, il est conscient de ce qu\u2019il fait puisqu\u2019il choisit les mots les plus rares et les images les plus recherch\u00e9es et il les d\u00e9clame en exag\u00e9rant syst\u00e9matiquement les voyelles longues donnant\u00a0 \u00e0 son \u00e9locution des airs de r\u00e9citation, de\u2026 psalmodie.<\/p>\n<p>Il y a fort \u00e0 parier que ceux qui l\u2019ont compris parmi ses innombrables \u00e9lecteurs sont rares, mais ils lui ont fait confiance. Esp\u00e9rons qu\u2019il leur rendra la politesse en leur parlant leur langue !<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>Slaheddine Dchicha<\/strong><\/p>\n<p><span class=\"c4\"><em>*Abdelwahab Meddeb, Le Pari de civilisation, Seuil, 2009, pp. 15-20.<br \/>**Page 17\u00a0\u00a0<\/em><\/span>\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/28334-slaheddine-dchicha-qui-comprend-kais-saied\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis trois ou quatre d\u00e9cennies, la communication politique est devenue une discipline \u00e0 part enti\u00e8re avec ses enseignants et ses chercheurs, ses experts et ses conseillers. 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