{"id":66444,"date":"2019-11-03T15:01:28","date_gmt":"2019-11-03T20:01:28","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/gratuite-des-soins-au-burkina-faso-le-vol-cette-gangrene-qui-ronge-une-mesure-salutaire\/"},"modified":"2019-11-03T15:01:28","modified_gmt":"2019-11-03T20:01:28","slug":"gratuite-des-soins-au-burkina-faso-le-vol-cette-gangrene-qui-ronge-une-mesure-salutaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/gratuite-des-soins-au-burkina-faso-le-vol-cette-gangrene-qui-ronge-une-mesure-salutaire\/","title":{"rendered":"Gratuit\u00e9 des soins au Burkina Faso: le vol, cette gangr\u00e8ne qui ronge  une mesure salutaire"},"content":{"rendered":"<div class=\"td-post-featured-image\"><a href=\"https:\/\/i2.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/dispensaire04-2.gif?fit=787%2C590&#038;ssl=1\" data-caption=\"\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"696\" height=\"522\" class=\"entry-thumb td-modal-image\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/dispensaire04-2.gif?resize=696%2C522&#038;ssl=1\" alt=\"\" title=\"dispensaire04\"\/><\/a><\/div>\n<div class=\"td-a-rec td-a-rec-id-content_top td_uid_30_5dbf58493e14e_rand td_block_template_1\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-15640\" src=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/pf-pub-1.jpeg\" alt=\"\" width=\"1080\" height=\"360\"\/><\/div>\n<p><strong>Mise en \u0153uvre en d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e 2016, la mesure de gratuit\u00e9 des soins au profit des femmes enceintes et des enfants de moins de cinq ans, rencontre des difficult\u00e9s trois ans apr\u00e8s. Parmi les goulots d\u2019\u00e9tranglements, le vol et le d\u00e9tournement de m\u00e9dicaments par des agents de sant\u00e9 ind\u00e9licats. Enqu\u00eate.<\/strong><\/p>\n<p>Ce jeudi 15 Ao\u00fbt 2019, il est 6 heures 40 minutes, mais Aminata Traor\u00e9 (nom d\u2019emprunt) est d\u00e9j\u00e0 au Centre de sant\u00e9 et de promotion sociale (CSPS) urbain 2 de Solenzo. Sa fille Apolline (nom d\u2019emprunt) de 23 mois a le corps chaud et le visage tum\u00e9fi\u00e9. Elle est examin\u00e9e par l\u2019infirmier de garde qui prescrit ensuite une ordonnance \u00e0 la m\u00e8re en lui disant d\u2019attendre l\u2019arriv\u00e9e de la g\u00e9rante de la pharmacie du CSPS. \u00abJ\u2019ai attendu jusqu\u2019\u00e0 8 heures, comme la g\u00e9rante ne venait pas et vu l\u2019\u00e9tat de mon enfant, je suis all\u00e9e dans une pharmacie pour acheter les produits. J\u2019ai donn\u00e9 5 000 FCFA et on m\u2019a remis 625 FCFA\u00bb, explique-t-elle. Comme Aminata Traor\u00e9, plusieurs autres m\u00e8res se sont rendues ce jeudi au CSPS urbain 2 avec leurs enfants souffrants pour la grande majorit\u00e9 de palu. Certaines dames m\u00eames \u00e9taient accompagn\u00e9es par leurs maris. Etaient de celles-l\u00e0, Madame Tour\u00e9 (nom d\u2019emprunt), venue accompagn\u00e9e de son \u00e9poux Issa (nom d\u2019emprunt) pour la consultation de leur fille Julie (nom d\u2019emprunt). Pendant que l\u2019enfant est examin\u00e9 par l\u2019infirmier en pr\u00e9sence de la m\u00e8re, le p\u00e8re lui, attend, assis sur les dalles faisant office de si\u00e8ge dans le couloir du CSPS.<br \/>Quelques instants apr\u00e8s, Madame Tour\u00e9 sort, tend une ordonnance \u00e0 son conjoint. Ce dernier la r\u00e9cup\u00e8re prestement, y jette un coup d\u2019\u0153il, quitte rapidement le centre de sant\u00e9 et rejoint \u00e0 pas de course le hangar o\u00f9 se trouve sa moto. Il l\u2019enfourche rapidement et part \u00e0 la recherche des produits. Les minutes s\u2019\u00e9gr\u00e8nent, et la femme, avec son b\u00e9b\u00e9 accroch\u00e9 sur sa hanche, ne cesse de jeter des regards hors de la salle d\u2019attente, en direction de la voie, avec l\u2019espoir de voir revenir son \u00e9poux. Une vingtaine de minutes s\u2019\u00e9coulent, Issa Tour\u00e9 appara\u00eet enfin sur sa moto, un sachet blanc en main, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur les produits prescrits. D\u00e8s qu\u2019il immobilise la monture, l\u2019\u00e9pouse r\u00e9cup\u00e8re les m\u00e9dicaments et s\u2019engouffre avec son enfant dans la salle de consultation pour les pr\u00e9senter \u00e0 l\u2019infirmier. Elle en ressort quelques minutes plus tard et explique \u00e0 son mari les conditions d\u2019utilisation des m\u00e9dicaments tels qu\u2019expliqu\u00e9es doctement. Sur l\u2019ordonnance que nous consultons au moment o\u00f9 le couple s\u2019appr\u00eate \u00e0 quitter les lieux, il y a 7 produits, le tout achet\u00e9 \u00e0 1575 FCFA. Une somme a priori modique mais qui vaut son pesant de gains dans ces contr\u00e9es o\u00f9 les gens ne roulent pas sur l\u2019or.<\/p>\n<p>Des produits de la gratuit\u00e9 achet\u00e9s \u00e0 1575 FCFA<\/p>\n<p>Monsieur Tour\u00e9 sait que les produits sont cens\u00e9s \u00eatre gratuits mais comme la pharmacie du CSPS est ferm\u00e9e et qu\u2019on leur a donn\u00e9 une ordonnance, il n\u2019avait pas d\u2019autres choix que d\u2019aller les acheter. Nous compatissons mais nous avons \u00e0 peine le temps de souhaiter prompt r\u00e9tablissement \u00e0 leur prog\u00e9niture que le vrombissement de leur moto en train de d\u00e9marrer se fait entendre. Les \u2018\u2018mercis\u2019\u2019 du couple se m\u00ealent aux toussotements de la b\u00e9cane qui s\u2019\u00e9loigne. Nous avons assist\u00e9 ce jour-l\u00e0, \u00e0 la consultation de plusieurs enfants toute la matin\u00e9e, auxquels des ordonnances ont \u00e9t\u00e9 invariablement prescrites. Et nous avons constat\u00e9 les va-et-vient incessants des parents pour l\u2019achat desdits m\u00e9dicaments. La veille d\u00e9j\u00e0, le mercredi 14 Ao\u00fbt 2019 donc, au cours de la nuit, trois enfants \u00e9taient dans la salle d\u2019hospitalisation pouponn\u00e9s par leur m\u00e8re. Nous consultons leurs ordonnances m\u00e9dicales respectives et d\u00e9couvrons deux sortes de prescriptions. En effet, il y a une ordonnance avec des intitul\u00e9s imprim\u00e9s et les m\u00e9dicaments mentionn\u00e9s \u00e0 la main par l\u2019infirmier. Sur le premier type d\u2019ordonnance, il y est marqu\u00e9 \u00abBurkina Faso Gratuit\u00e9 des soins : Patient\u00bb. Deux de ces prescriptions m\u00e9dicales nous renseignent sur l\u2019identit\u00e9 des deux malades : C\u00e9line Demb\u00e9l\u00e9 (nom d\u2019emprunt) \u00e2g\u00e9 de 48 mois et Issiaka Zongo (nom d\u2019emprunt) 26 mois, ainsi que sur le nombre de m\u00e9dicaments pour les deux enfants souffrants.<br \/>Mesdames Demb\u00e9l\u00e9 et Zongo nous informent que les produits leur ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9s gratuitement. Par contre, la troisi\u00e8me ordonnance n\u2019a aucune inscription imprim\u00e9e. C\u2019est une feuille totalement remplie \u00e0 la main sur laquelle il est marqu\u00e9 \u2018\u2018ordonnance m\u00e9dicale\u2019\u2019 avec le nom de l\u2019enfant malade (3 ans) ainsi que la date d\u2019arriv\u00e9e au CSPS. Selon les confidences de la m\u00e8re, les produits marqu\u00e9s sur l\u2019ordonnance ont \u00e9t\u00e9 achet\u00e9s. Elle nous explique qu\u2019elle et son mari sont arriv\u00e9s au CSPS urbain 2 avec leur bambin dans la soir\u00e9e du mardi 13 ao\u00fbt 2019 vers 18 heures et la pharmacie \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 ferm\u00e9e. De ce fait, apr\u00e8s consultation de l\u2019enfant, cette ordonnance a \u00e9t\u00e9 remise au p\u00e8re qui est all\u00e9 \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur chercher les produits sans qu\u2019on ne leur pr\u00e9cise s\u2019ils seront rembours\u00e9s. Face \u00e0 notre constat, le pr\u00e9sident du comit\u00e9 de gestion du CSPS urbain 2 de Solenzo, Anatole Coulibaly, conc\u00e8de au cours d\u2019une entrevue le jeudi 15 ao\u00fbt dernier \u00e0 Solenzo que la mise en \u0153uvre de la gratuit\u00e9 \u00ab\u00e9tait bien au d\u00e9but mais note que ces derniers temps, les CSPS manquent de plus en plus de m\u00e9dicaments\u00bb.<\/p>\n<p>\u00abPour trois produits de la gratuit\u00e9, tu ne trouveras qu\u2019un seul\u00bb<\/p>\n<p>\u00abSi tu as besoin de trois produits, tu ne trouveras qu\u2019un seul \u00e0 la pharmacie du CSPS et tu dois acheter les deux autres au dehors\u00bb, affirme-t-il. La raison, selon lui, c\u2019est le retard pris par l\u2019Etat dans le remboursement desdits produits acquis par les centres de sant\u00e9 aupr\u00e8s de la Centrale d\u2019achat des m\u00e9dicaments essentiels g\u00e9n\u00e9riques et des consommables m\u00e9dicaux (CAMEG). \u00abLes CSPS ach\u00e8tent les m\u00e9dicaments pour la gratuit\u00e9 en attendant que l\u2019Etat les rembourse. Mais lorsque le stock des m\u00e9dicaments est \u00e0 court alors que l\u2019Etat ne s\u2019est pas encore acquitt\u00e9 de ce qu\u2019il doit, les CSPS ne peuvent pas acheter beaucoup et cela entra\u00eene un manque\u00bb, confie-t-il. Un argument battu en br\u00e8che par le secr\u00e9taire technique charg\u00e9 de la couverture sanitaire universelle au minist\u00e8re de la Sant\u00e9, le Dr Pierre Yam\u00e9ogo, que nous avons rencontr\u00e9 le mardi 1er octobre 2019 \u00e0 Ouagadougou. \u00abDes instructions ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9es \u00e0 la CAMEG d\u2019approvisionner les districts sanitaires malgr\u00e9 les retards de paiements. Ces derniers sont \u00e9galement instruits d\u2019en faire autant pour les CSPS et les CMA\u00bb, pr\u00e9cise-t-il.<br \/>Cependant, au-del\u00e0 de cette raison officielle, il y a une autre sur laquelle, la communication est moins fluide : il s\u2019agit du d\u00e9tournement et du vol des m\u00e9dicaments, reconna\u00eet Anatole Coulibaly, le pr\u00e9sident du comit\u00e9 de gestion du CSPS urbain 2 de Solenzo. Mme Kindo en a \u00e9t\u00e9 victime le samedi 29 juin 2019.<br \/>Selon son \u00e9poux Issouf Kindo, ce jour-l\u00e0, elle a envoy\u00e9 le fruit de ses entrailles au CSPS urbain 2 de Solenzo. Apr\u00e8s consultation du petit malade, l\u2019infirmier lui tend une ordonnance non estampill\u00e9e \u00abgratuit\u00e9 de soins\u00bb, s\u2019\u00e9levant \u00e0 9380 FCFA, tout en l\u2019informant qu\u2019il a en sa possession ces produits. L\u2019enfant est donc soign\u00e9 par l\u2019infirmier avec des produits qu\u2019il d\u00e9tenait par devers lui et exige de la femme qu\u2019elle d\u00e9lie le cordon de la bourse. Sentant une entourloupe, Madame Kindo appelle illico presto son conjoint qui d\u00e9boule au quart de tour. A l\u2019infirmier qui lui pr\u00e9sente le co\u00fbt des produits utilis\u00e9s, il rappelle la politique de gratuit\u00e9 des soins. \u00abIl a commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019\u00e9nerver. Il a dit que le samedi et le dimanche, la pharmacie ne s\u2019ouvre pas, donc eux, ils vendent les produits mais si je ne veux pas, je peux aller les acheter \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur\u00bb raconte l\u2019infortun\u00e9. Impuissant, il s\u2019ex\u00e9cute en grommelant mais informe aussit\u00f4t le major du CSPS Issouf Konat\u00e9 en exigeant son remboursement. Au cours d\u2019un entretien le dimanche 22 Septembre dernier \u00e0 Solenzo, ce dernier a not\u00e9 que l\u2019arnaqueur en complicit\u00e9 avec un autre, n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 son premier forfait. \u00abAvant ce cas, j\u2019avais constat\u00e9 que les deux vendaient des m\u00e9dicaments pendant les heures d\u2019ouverture et de fermeture du d\u00e9p\u00f4t pharmaceutique. Malgr\u00e9 mes interpellations, ils ont poursuivi leurs forfaits\u00bb l\u00e2che-t-il.<\/p>\n<p>Ordonnances anonymes<\/p>\n<p>Devant ce nouveau cas, le major Issouf Konat\u00e9 a saisi son sup\u00e9rieur hi\u00e9rarchique, le m\u00e9decin chef de District (MCD) Koabi\u00e9 Bakouan et l\u2019affaire parvient aux diff\u00e9rentes autorit\u00e9s de la localit\u00e9. Notamment, la mairie et la gendarmerie de Solenzo ainsi que le bureau local du Syndicat national des travailleurs de la sant\u00e9 humaine et animale (SYNTSHA). Les deux incrimin\u00e9s se nomment DO et RK. Ils \u00e9taient m\u00eame membres du bureau local du SYNTSHA. Le premier en tant que secr\u00e9taire aux affaires socio-culturelles et le second en tant que secr\u00e9taire \u00e0 l\u2019information. Pourtant, foi du secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la sous-section Banwa du SYNTSHA, Aliou Ouattara, l\u2019organisation condamne ce genre de pratiques. \u00abNotre structure ne tol\u00e8re pas qu\u2019un infirmier ait par devers lui des produits. Nous sommes contre le rackettage. Malheureusement, le cas s\u2019est av\u00e9r\u00e9. Nous l\u2019avons condamn\u00e9 avec notre derni\u00e8re vigueur\u00bb a-t-il d\u00e9clar\u00e9 lors d\u2019un entretien le samedi 21 Septembre dernier \u00e0 Solenzo. Comme sanction, les mis en cause ont d\u00e9pos\u00e9 des lettres d\u2019explication et ils ont \u00e9t\u00e9 retir\u00e9 du bureau du SYNTSHA, nous informe Aliou Ouattara. Interpell\u00e9 sur cette affaire par le MCD, les deux agents ont, dans un premier temps, ni\u00e9 les faits en arguant qu\u2019ils n\u2019avaient pas vu les documents de l\u2019enfant et ne savaient donc pas qu\u2019il avait moins de 5 ans.<br \/>\u00abNous leur avons rappel\u00e9 que dans le cadre de la gratuit\u00e9, d\u00e8s qu\u2019un enfant arrive, les agents de sant\u00e9 doivent toujours chercher \u00e0 savoir s\u2019il est concern\u00e9 par la mesure ou pas\u00bb a affirm\u00e9 le MCD au cours d\u2019une entrevue le samedi 21 Septembre dernier \u00e0 Solenzo. Les mis en cause ont reconnu par la suite leurs fautes mais ont justifi\u00e9 cela par le fait qu\u2019ils se retrouvent le plus souvent oblig\u00e9s de faire le travail des g\u00e9rants des pharmacies les soir\u00e9es et les week-end mais pour le MCD cela n\u2019est pas une raison pour profiter de la situation. Les deux filous sont aussi accus\u00e9s par des patients de surfacturations sur leurs ordonnances. \u00abNous avons des preuves, puisqu\u2019on leur a pr\u00e9sent\u00e9 des ordonnances qu\u2019ils ont eu \u00e0 facturer\u00bb affirme le m\u00e9decin g\u00e9n\u00e9raliste Koabi\u00e9 Bakouan. Selon Assana Kindo, membre du comit\u00e9 r\u00e9gional anticorruption des Hauts Bassins, rencontr\u00e9 le mardi 24 Septembre dernier \u00e0 Bobo-Dioulasso, les mis en cause ne mettaient pas leur noms sur les ordonnances qu\u2019ils prescrivaient pour ne pas se faire identifier. Comme premi\u00e8re sanction, ils ont \u00e9t\u00e9 suspendus pendant un mois et contraint \u00e0 rembourser au patient Issouf Kindo son argent d\u00e9clare le MCD. A la suite, devant la volont\u00e9 de la population de marcher sur le CSPS urbain 2, les infirmiers ont \u00e9t\u00e9 mut\u00e9s vers le centre m\u00e9dical avec antenne chirurgicale (CMA) de Solenzo o\u00f9 ils ont repris le travail. Cela avec pour objectif d\u2019avoir un regard sur leurs agissements, nous apprend le MCD.<br \/>Mais pour Assana Kindo, la r\u00e9affectation est une prime \u00e0 l\u2019impunit\u00e9 : \u00abC\u2019est pour les encourager \u00e0 continuer sur cette voie parce que l\u00e9galement, l\u2019affectation n\u2019est pas une sanction mais plut\u00f4t une promotion\u00bb. Selon le pr\u00e9sident du comit\u00e9 r\u00e9gional anticorruption des Hauts-Bassins, Blass\u00e9 Kouraogo, rencontr\u00e9 le mardi 24 septembre 2019 \u00e0 Bobo-Dioulasso, la gratuit\u00e9 est une bonne initiative mais il manque le processus de contr\u00f4le et de sanction des agents coupables de malversations. \u00abSi les fautifs ne sont pas sanctionn\u00e9s et qu\u2019ils narguent ceux qui les d\u00e9noncent, demain personne n\u2019aura le courage de d\u00e9noncer\u00bb, pr\u00e9vient-il. A l\u2019en croire, le R\u00e9seau national de lutte anti-corruption (REN-LAC) a port\u00e9 \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 plusieurs cas d\u00e9lictuels qui sont rest\u00e9s sans suite. \u00abIl arrive que des agents donnent des bons \u00e0 des patients pour aller prendre des produits de la gratuit\u00e9. Mais devant le caissier, ce dernier les fait payer et empoche cet argent\u00bb, a-t-il expliqu\u00e9. Blass\u00e9 Kouraogo affirme m\u00eame que pour les accouchements, quand bien m\u00eame il n\u2019y a pas n\u00e9cessit\u00e9 de kits, certains infirmiers vont le marquer sur l\u2019ordonnance de la patiente afin de le r\u00e9cup\u00e9rer par la suite quand ils vont se retrouver seuls avec cette derni\u00e8re.<\/p>\n<p>Les cas d\u2019ind\u00e9licatesse sont sanctionn\u00e9s par le sup\u00e9rieur hi\u00e9rarchique<\/p>\n<p>Si l\u2019on croit ce que dit le secr\u00e9taire technique charg\u00e9 de la couverture sanitaire universelle au minist\u00e8re de la Sant\u00e9, Dr Pierre Yam\u00e9ogo, lorsqu\u2019un un cas d\u2019ind\u00e9licatesse est constat\u00e9 dans un CSPS ou un CMA, c\u2019est le sup\u00e9rieur hi\u00e9rarchique imm\u00e9diat qui est habilit\u00e9 \u00e0 sanctionner l\u2019agent. Ce dernier peut d\u00e9cider en fonction de la gravit\u00e9 de la faute, de donner un bl\u00e2me, une mise \u00e0 pied, un avertissement, une incidence sur le salaire ou la radiation de l\u2019agent. \u00abSi le sup\u00e9rieur estime qu\u2019il faut licencier la personne, il fait un dossier \u00e9crit qu\u2019il transmet \u00e0 son directeur r\u00e9gional qui transmet \u00e0 l\u2019\u00e9chelon national et on convoque le conseil de discipline au niveau du minist\u00e8re de la Sant\u00e9 pour statuer\u00bb explique-t-il. Concernant les infirmiers incrimin\u00e9s de Solenzo, le sup\u00e9rieur hi\u00e9rarchique imm\u00e9diat, Koabi\u00e9 Bakouan, nous rassure que des sanctions sont en cours : \u00abJe ne peux pas vous dire qu\u2019elle sera la sanction parce que le document n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 remis aux agents incrimin\u00e9s ; donc si je me prononce, je vais devancer l\u2019iguane dans l\u2019eau mais en temps opportun, vous le saurez\u00bb a-t-il d\u00e9clar\u00e9. En dehors des sanctions administratives, Dr Pierre Yam\u00e9ogo, note qu\u2019un patient de la gratuit\u00e9 contraint d\u2019acheter les m\u00e9dicaments peut porter plainte pour engager une proc\u00e9dure judiciaire.<br \/>\u00abLe patient peut d\u00e9poser une plainte \u00e0 la police ou \u00e0 la gendarmerie pour dire qu\u2019on lui a pris de l\u2019argent. Ces derniers vont investiguer et transf\u00e9rer le dossier au niveau de la justice et la proc\u00e9dure va suivre son cours\u00bb, a-t-il d\u00e9clar\u00e9. A ce jour, il y a un dossier de d\u00e9tournement de m\u00e9dicaments de la gratuit\u00e9 au Tribunal de Grande Instance de Bobo-Dioulasso. L\u2019affaire remonte au 11 juillet 2017 quand un infirmier du Centre hospitalier universitaire Souro Sanou (CHU-SS) a \u00e9t\u00e9 interpell\u00e9 par des \u00e9l\u00e9ments du Service R\u00e9gional de la Police Judiciaire de Bobo-Dioulasso (SRPJ-Bobo) alors qu\u2019il transportait des produits pharmaceutiques \u00e0 bord d\u2019un tricycle. Selon une \u00e9tude du R\u00e9seau national de lutte anti-corruption (REN-LAC) sur le secteur de la Sant\u00e9, rendue publique en d\u00e9cembre 2018, ces produits destin\u00e9s \u00e0 la gratuit\u00e9 des femmes enceintes et des enfants de moins de 5 ans ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9tourn\u00e9s par un Pr\u00e9parateur d\u2019Etat en Pharmacie (PEP) d\u2019un district sanitaire qui les a envoy\u00e9s via les transporteurs \u00e0 un infirmier \u00e0 Bobo Dioulasso. Ils devaient ensuite \u00eatre vendus \u00e0 un autre agent de sant\u00e9 charg\u00e9 de les revendre directement aux malades et aux d\u00e9p\u00f4ts pharmaceutiques priv\u00e9s. \u00abIl y aurait donc ainsi toute une v\u00e9ritable cha\u00eene mafieuse dont les diff\u00e9rents maillons n\u2019ont pas leur place dans un \u00e9tablissement hospitalier\u00bb a comment\u00e9 le secr\u00e9taire Ex\u00e9cutif du REN LAC Sagado Nacanabo.<\/p>\n<p>13 millions de produits d\u00e9tourn\u00e9s<\/p>\n<p>Ces produits \u00e9taient compos\u00e9s de 4360 bo\u00eetes d\u2019Artesun d\u2019une valeur d\u2019environ 13 millions de francs CFA, d\u2019une boite d\u2019insertion Norplan, de mat\u00e9riel chirurgical, d\u2019un aspirateur, d\u2019une p\u00e8se b\u00e9b\u00e9, d\u2019une imprimante, des gants, des compresses, de la B\u00e9tadine et bien d\u2019autres produits pharmaceutiques. Le PEP et l\u2019infirmier ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s devant le procureur du Faso pr\u00e8s le Tribunal de Grande Instance de Bobo-Dioulasso et une information judiciaire est ouverte contre eux. Le groupe a plaid\u00e9 coupable. \u00abAu cours des investigations, on s\u2019est rendu compte que ces produits \u00e9taient destin\u00e9s \u00e0 \u00eatre livr\u00e9s dans un CSPS qui ne relevait pas des districts sanitaires de Bobo-Dioulasso. On s\u2019est \u00e9galement rendu compte que cet agent, en collaboration avec d\u2019autres agents, cr\u00e9aient des ruptures factices de certains produits de la gratuit\u00e9\u00bb a d\u00e9clar\u00e9 le procureur du Faso pr\u00e8s le Tribunal de Grande Instance de Bobo-Dioulasso, Mahama Sory. Le dossier, selon ses dires, est toujours en cours d\u2019instruction. \u00abOn ne peut pas en parler beaucoup parce que l\u2019instruction suit toujours son cours. Deux agents sont d\u00e9tenus dans le cadre de la proc\u00e9dure. Le jugement sera programm\u00e9 \u00e0 la fin de l\u2019instruction\u00bb, pr\u00e9cise-t-il au cours d\u2019un entretien qu\u2019il nous a accord\u00e9 le lundi 26 ao\u00fbt 2019 \u00e0 Bobo-Dioulasso.<br \/>Et pourtant, selon Assana Kindo du REN-LAC, en fin d\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, on leur avait dit que le dossier \u00e9tait boucl\u00e9. \u00abQuand nous sommes all\u00e9s d\u00e9poser le 30 d\u00e9cembre 2018 la demande au nom du REN-LAC pour nous constituer partie civile dans son jugement, ils nous ont dit que le dossier est clos. Cela fait bient\u00f4t une ann\u00e9e mais il n\u2019est pas encore jug\u00e9\u00bb, lance-t-il l\u2019air \u00e9tonn\u00e9. Pour lui, les dossiers sur les d\u00e9tournements de m\u00e9dicaments qui sont en justice ne seront jamais programm\u00e9s ou du moins, le seront apr\u00e8s leur prescription qui est de trois ans. \u00abC\u2019est la conviction que nous avons\u00bb, mart\u00e8le-t-il. Mais pour Dr Pierre Yam\u00e9ogo, m\u00e9decin sp\u00e9cialiste en sant\u00e9 publique, c\u2019est de fa\u00e7on progressive que les cas d\u2019ind\u00e9licatesses de certains agents seront r\u00e9solus.<br \/>Mais en attendant, le REN-LAC encourage les personnes ayant connaissance de cas de pratiques r\u00e9pr\u00e9hensibles \u00e0 les signaler, comme le t\u00e9moigne son communiqu\u00e9 publi\u00e9 sur son site : \u00abTout en acceptant les plaintes anonymes, il encourage les d\u00e9nonciateurs \u00e0 s\u2019identifier puisque les all\u00e9gations faites sous le couvert de l\u2019anonymat sont souvent plus difficiles \u00e0 examiner et peuvent ne pas r\u00e9pondre aux pr\u00e9occupations du plaignant. Par ailleurs, le REN-LAC a une m\u00e9thode pour prot\u00e9ger les d\u00e9nonciateurs contre les \u00e9ventuelles repr\u00e9sailles\u00bb.<\/p>\n<p>Wurot\u00e8da Ibrahima SANOU<br \/>www.sanou31@hotmail.fr<\/p>\n<div class=\"td-a-rec td-a-rec-id-content_bottom td_uid_31_5dbf58493e37c_rand td_block_template_1\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-9623\" src=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/Projet-bannie%CC%80re-Orange-mobile.jpg\" alt=\"\" width=\"728\" height=\"81\"\/><\/div>\n<p>Auteur: BM. Sidwaya<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/blog\/2019\/11\/03\/gratuite-des-soins-au-burkina-faso-le-vol-cette-gangrene-qui-ronge-une-mesure-salutaire\/\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mise en \u0153uvre en d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e 2016, la mesure de gratuit\u00e9 des soins au profit des femmes enceintes et des enfants de moins de cinq ans, rencontre des difficult\u00e9s trois ans apr\u00e8s. Parmi les goulots d\u2019\u00e9tranglements, le vol et le d\u00e9tournement de m\u00e9dicaments par des agents de sant\u00e9 ind\u00e9licats. Enqu\u00eate. 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