{"id":67252,"date":"2019-11-12T05:45:00","date_gmt":"2019-11-12T10:45:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/le-brexit-laboratoire-de-la-democratie-moderne\/"},"modified":"2019-11-12T05:45:00","modified_gmt":"2019-11-12T10:45:00","slug":"le-brexit-laboratoire-de-la-democratie-moderne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/le-brexit-laboratoire-de-la-democratie-moderne\/","title":{"rendered":"Le Brexit, laboratoire de la d\u00e9mocratie moderne"},"content":{"rendered":"<p class=\"rtejustify\">Lorsque les \u00e9lecteurs britanniques se sont prononc\u00e9s le 23 juin 2016 pour la sortie du Royaume-Uni de l\u2019Union europ\u00e9enne, ils ne se doutaient pas que trois ans et demi apr\u00e8s, ils seraient toujours citoyens europ\u00e9ens pour une dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e. Ils ne se doutaient pas non plus que la concr\u00e9tisation de leur vote ferait l\u2019objet d\u2019une lutte d\u2019une incroyable violence entre les diff\u00e9rentes institutions de leur d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p class=\"rtejustify\">Pourtant, c\u2019est bien \u00e0 ce combat entre le gouvernement et le Parlement, arbitr\u00e9 tour \u00e0 tour par les tribunaux, la soci\u00e9t\u00e9 civile, jusqu\u2019\u00e0 la Couronne elle-m\u00eame, auquel les sujets de Sa Majest\u00e9 ont assist\u00e9 perplexes. Quant aux dirigeants europ\u00e9ens, tent\u00e9s un moment de punir le s\u00e9cessionnisme britannique, ils se retrouvent aujourd\u2019hui les quasi otages de cette guerre civile anglaise qui va jusqu\u2019\u00e0 menacer la coh\u00e9sion du Royaume-Uni.<\/p>\n<p class=\"rtejustify\">Cette guerre de tranch\u00e9es entre institutions d\u2019un m\u00eame appareil constitutionnel qui, faute de vainqueur, se joue d\u00e9sormais dans les urnes, constitue une opportunit\u00e9 unique d\u2019observer les contradictions d\u2019une d\u00e9mocratie pouss\u00e9e dans ses retranchements pour mieux en comprendre les fondements. En regardant de pr\u00e8s les comportements de ses diff\u00e9rents acteurs, nous pouvons voir ce qui rel\u00e8ve du mythe ou de la r\u00e9alit\u00e9 de la d\u00e9mocratie comme \u00abmeilleur syst\u00e8me \u00e0 l\u2019exception de tous les autres\u00bb pour reprendre le mot de Churchill.<\/p>\n<p class=\"rtejustify\">La sortie de l\u2019Union europ\u00e9enne apr\u00e8s 40 ans d\u2019int\u00e9gration est un enjeu suffisant pour d\u00e9cha\u00eener les passions. Mais, paradoxalement, c\u2019est apr\u00e8s le vote que la violence du d\u00e9bat public a mont\u00e9 d\u2019un cran, alors qu\u2019il ne s\u2019agissait plus que de mettre en \u0153uvre une d\u00e9cision souveraine. C\u2019est qu\u2019avant le r\u00e9f\u00e9rendum, personne ne pensait vraiment que le \u00about\u00bb l\u2019emporterait. Mais aujourd\u2019hui, ses partisans risquent de se faire voler leur victoire, \u00e0 coups de reports successifs qui les maintiennent malgr\u00e9 eux dans l\u2019Union. Comme il y a trois ans, c\u2019est toujours l\u2019opportunit\u00e9 m\u00eame du Brexit qui est en jeu, malgr\u00e9 le vote populaire.<\/p>\n<p class=\"rtejustify\">Si le maintien dans l\u2019Union est revenu parmi les options possibles, c\u2019est parce que les vainqueurs du r\u00e9f\u00e9rendum sont eux-m\u00eames divis\u00e9s entre deux visions antagonistes de l\u2019avenir. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, la sortie n\u00e9goci\u00e9e vise une Europe souverainiste au service des Etats membres. De l\u2019autre, la rupture franche avec l\u2019Europe privil\u00e9gie l\u2019axe atlantique \u00e0 la coop\u00e9ration continentale. Entre les deux, les opposants au Brexit r\u00eavent de le rendre tellement chaotique pour que l\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne s\u2019impose comme un non-retour.<\/p>\n<p class=\"rtejustify\">Il n\u2019y a donc pas deux, mais trois options en jeu. Et \u00e0 chaque vote, les partisans du \u00abremain\u00bb s\u2019allient tant\u00f4t aux \u00absoft brexiters\u00bb lorsqu\u2019il s\u2019agit de bloquer la sortie sans accord, et tant\u00f4t avec les \u00abhard brexiters\u00bb pour bloquer un accord qui signifie de fait la sortie imm\u00e9diate. Les perdants du r\u00e9f\u00e9rendum ont ainsi repris l\u2019avantage, et maintiennent malgr\u00e9 elle la majorit\u00e9 eurosceptique dans l\u2019Union. C\u2019est l\u2019illustration d\u2019un paradoxe du syst\u00e8me d\u00e9mocratique identifi\u00e9 au XVIIIe si\u00e8cle par le math\u00e9maticien Nicolas Condorcet, que l\u2019on peut r\u00e9sumer ainsi: d\u00e8s lors qu\u2019un choix politique n\u2019est pas binaire mais fait appel \u00e0 une combinaison de choix pr\u00e9f\u00e9rentiels, le choix de la majorit\u00e9 n\u2019est pas n\u00e9cessairement le choix majoritaire.<\/p>\n<p class=\"rtecenter\"><strong>Qui d\u00e9cide quoi?<\/strong><\/p>\n<p class=\"rtejustify\">La vox populi ne suffit donc pas \u00e0 gouverner, loin de l\u00e0, d\u2019o\u00f9 la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative qui s\u2019exerce par un Parlement qui peut \u00e9galement \u00e9chouer \u00e0 trancher. Dans ces conditions, le gouvernement peut-il prendre la main?<\/p>\n<p class=\"rtejustify\">Dans l\u2019affaire du Brexit, s\u2019agissant d\u2019une n\u00e9gociation internationale, le gouvernement a d\u00fb lutter sur deux fronts: face au Parlement d\u2019abord pour unifier la position du Royaume-Uni, et face \u00e0 la Commission europ\u00e9enne pour tenter d\u2019obtenir les avantages qui mettraient tous les Britanniques d\u2019accord. Si Theresa May a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 d\u00e9missionner plut\u00f4t que de rester prise entre deux feux, son successeur Boris Johnson a essay\u00e9 d\u2019en profiter. En bon joueur de poker, il a utilis\u00e9 son image de \u00abbrillant irresponsable\u00bb pour faire croire \u00e0 une sortie sans accord et forcer la signature de l\u2019Union europ\u00e9enne. Et pour garder la main, il a tent\u00e9 de mettre litt\u00e9ralement hors-jeu le Parlement en le suspendant sous pr\u00e9texte d\u2019une proc\u00e9dure traditionnelle dite du \u00abdiscours de la Reine\u00bb.<\/p>\n<p class=\"rtejustify\">Cette man\u0153uvre, qui a \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9e de coup d\u2019Etat par certains, et qu\u2019il a justifi\u00e9e par sa fid\u00e9lit\u00e9 au r\u00e9f\u00e9rendum, lui a valu une riposte cinglante de plusieurs contre-pouvoirs. En premier lieu, les parlementaires ont, juste avant leur suspension, adopt\u00e9 une loi qui impose au Premier ministre de demander aux 27 Etats de l\u2019UE un report du Brexit en cas d\u2019\u00e9chec des n\u00e9gociations, allant m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 dicter les termes de la correspondance. Ils ont fait du Premier ministre un simple postier de Westminster. En second lieu, c\u2019est la soci\u00e9t\u00e9 civile qui est intervenue en contestant la l\u00e9galit\u00e9 de la suspension du Parlement aupr\u00e8s de la Cour supr\u00eame, laquelle en a profit\u00e9 pour recadrer les pouvoirs du Premier ministre sur l\u2019agenda parlementaire.<\/p>\n<p class=\"rtecenter\"><strong>L\u2019indispensable leadership<\/strong><\/p>\n<p class=\"rtejustify\">Le blocage actuel est donc la cons\u00e9quence d\u2019une d\u00e9mocratie parlementaire o\u00f9 les contre-pouvoirs ont pris un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant. Et s\u2019ils l\u2019ont fait, c\u2019est parce qu\u2019aucun des trois Premiers ministres qui se sont succ\u00e9d\u00e9 en trois ans n\u2019a su convaincre. David Cameron d\u2019abord avait tent\u00e9 avec le r\u00e9f\u00e9rendum un coup politique qui s\u2019est retourn\u00e9 contre lui. Theresa May, charg\u00e9e de solder l\u2019issue de la consultation, a voulu s\u2019appuyer sur de nouvelles \u00e9lections qui se sont \u00e9galement retourn\u00e9es contre elle lorsqu\u2019elles ont r\u00e9duit sa majorit\u00e9 \u00e0 la portion congrue au lieu de la conforter. Enfin, Boris Johnson, parvenu au pouvoir apr\u00e8s avoir fait chuter sa rivale, s\u2019est retrouv\u00e9 Premier ministre d\u00e9sign\u00e9 par son seul parti, jamais \u00e9lu, et qui de surcro\u00eet a perdu sa faible majorit\u00e9 apr\u00e8s la fronde d\u2019une partie de ses d\u00e9put\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"rtejustify\">Conscient de son d\u00e9faut de l\u00e9gitimit\u00e9 malgr\u00e9 son charisme, Boris Johnson a souhait\u00e9 des \u00e9lections d\u00e8s qu\u2019il a perdu la main face au Parlement. Mais ce dernier, trop heureux de lui infliger une le\u00e7on, a patiemment attendu l\u2019humiliation finale d\u2019un Premier ministre europ\u00e9en malgr\u00e9 lui au 31 octobre pour les lui accorder. Et m\u00eame si les sondages lui sont arithm\u00e9tiquement favorables dans un contexte de d\u00e9fiance g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, sa tactique reposant sur la menace d\u2019un Brexit sans accord pour obtenir un accord s\u2019est retourn\u00e9e contre lui parce qu\u2019elle l\u2019a fait passer pour un opportuniste indiff\u00e9rent au r\u00e9sultat. Rien ne garantit donc que le scrutin du 12 d\u00e9cembre puisse d\u00e9nouer la situation. C\u2019est que jug\u00e9 audacieux par les uns mais dangereux par les autres, et surtout rassurant par personne, Boris Johnson comme ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs manque de leadership.<\/p>\n<p class=\"rtejustify\">La crise politique britannique montre l\u2019utopie d\u2019une d\u00e9mocratie parlementaire seule garante de la bonne gouvernance. Le parlementarisme est certainement le meilleur syst\u00e8me pour g\u00e9rer le quotidien d\u2019une nation \u00e9prise de libert\u00e9. Mais pour conduire le pays vers l\u2019inconnu, les plus grandes d\u00e9mocraties ont avanc\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 un leader qui rassemble plus qu\u2019il ne divise, et qui pour cette raison est au-dessus des partis. Un quasi monarque tel un de Gaulle ou un Churchill\u2026 \u00e0 d\u00e9faut d\u2019un monarque v\u00e9ritable.<\/p>\n<blockquote readability=\"16\">\n<p class=\"rtecenter\"><strong><span class=\"c4\">L\u2019illusion de la s\u00e9paration des pouvoirs<\/span><\/strong><\/p>\n<p>La \u00abloi Benn\u00bb aurait \u00e9t\u00e9 anticonstitutionnelle en France ou au Maroc par exemple, o\u00f9 les domaines r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 la loi et au r\u00e8glement sont mieux d\u00e9limit\u00e9s qu\u2019au Royaume-Uni qui n\u2019a pas de constitution stable.\u00a0 Elle illustre n\u00e9anmoins parfaitement la philosophie de la s\u00e9paration des pouvoirs telle qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 d\u00e9finie par Montesquieu, avec un syst\u00e8me de pouvoirs et contre-pouvoirs o\u00f9 les diff\u00e9rents organes, loin de se partager des comp\u00e9tences herm\u00e9tiques, se contr\u00f4lent mutuellement pour assurer un consensus sur la l\u00e9gitimit\u00e9 de la gouvernance. Or, faute de consensus, ils se neutralisent.<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote readability=\"16\">\n<p class=\"rtecenter\"><strong><span class=\"c4\">L\u2019atout monarchique<\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"rtejustify\">Face \u00e0 cette crise de confiance, plusieurs voix se sont \u00e9lev\u00e9es pour envisager l\u2019inenvisageable en Angleterre, un arbitrage royal. Inenvisageable car le consensus britannique repose sur la neutralit\u00e9 politique de la monarchie. Inenvisageable donc, mais potentiellement salvateur. Au Maroc, \u00e0 plusieurs reprises, le Roi est intervenu pour d\u00e9nouer des crises politiques autrement plus d\u00e9stabilisatrices que le Brexit, lorsque par exemple il a fallu surmonter le \u00abprintemps arabe\u00bb qui a plong\u00e9 de nombreux pays dans le chaos. Mais \u00e0 92 ans, apr\u00e8s 67 ans d\u2019un r\u00e8gne apolitique, la Reine Elizabeth II a manqu\u00e9 sa derni\u00e8re occasion de donner un sens \u00e0 une monarchie gardienne de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral pour rester solidaire d\u2019un gouvernement \u00e0 la d\u00e9rive.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"rtejustify\">\u00a0<\/p>\n<p class=\"rtejustify\">\u00a0<\/p>\n<p>Auteur: hlafriqi<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leconomiste.com\/article\/1052905-le-brexit-laboratoire-de-la-democratie-moderne\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lorsque les \u00e9lecteurs britanniques se sont prononc\u00e9s le 23 juin 2016 pour la sortie du Royaume-Uni de l\u2019Union europ\u00e9enne, ils ne se doutaient pas que trois ans et demi apr\u00e8s, ils seraient toujours citoyens europ\u00e9ens pour une dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e. 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