{"id":70422,"date":"2019-12-16T11:40:00","date_gmt":"2019-12-16T16:40:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/la-cinematographie-arabe-ladaptation-en-question\/"},"modified":"2019-12-16T11:40:00","modified_gmt":"2019-12-16T16:40:00","slug":"la-cinematographie-arabe-ladaptation-en-question","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/la-cinematographie-arabe-ladaptation-en-question\/","title":{"rendered":"La cin\u00e9matographie arabe: l\u2019adaptation en question"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Rafik-Darragi(15).jpg\" width=\"30%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"right\" alt=\"\"\/>Il faut admettre qu\u2019il est difficile d\u2019op\u00e9rer un retour dans le pass\u00e9 pour suivre la gen\u00e8se de la cin\u00e9matographie arabe et souligner la place qu\u2019elle r\u00e9serve \u00e0 la litt\u00e9rature. Ce qui aurait eu, \u00e9videmment, le m\u00e9rite d\u2019offrir au lecteur des clefs pour jauger ce qui peut l\u2019\u00eatre en mati\u00e8re d\u2019adaptation et tenter de comprendre ces multiples prismes culturels au travers desquels les cin\u00e9astes et les romanciers arabes, ensemble, se per\u00e7oivent et per\u00e7oivent le monde.<\/p>\n<p>Pour autant, un excellent ouvrage vient de combler quelque peu ce manque. Intitul\u00e9 <em>Les cin\u00e9mas arabes et la litt\u00e9rature,<\/em> il est coordonn\u00e9 par deux chevilles ouvri\u00e8res : Ahmed Bedjaoui et Michel Serceau, deux sp\u00e9cialistes en la mati\u00e8re, qui avaient d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9 en 2016 \u00e0 Alger, aux Editions Chiheb, une premi\u00e8re version de cet ouvrage comprenant des articles en fran\u00e7ais et des articles en arabe. Ils viennent de remanier l\u2019ensemble en y incorporant une lumineuse introduction,\u00a0 des traductions d\u2019articles, de nouvelles contributions et plusieurs riches annexes portant sur les filmographies des diff\u00e9rents pays arabes.<br \/>L\u2019ouvrage (262 pages),est une judicieuse approche dans l\u2019ensemble du monde arabe, une sorte de panorama, fort original, s\u2019\u00e9talant de l\u2019Irak jusqu\u2019au Maroc ;un long p\u00e9riple, on le devine, n\u00e9cessit\u00e9 par le souci des deuxauteurs de pr\u00e9senter un \u00e9ventail aussi large que possible des tendancesayant \u00e9maill\u00e9 le cin\u00e9ma et le roman arabes.<\/p>\n<p>Il est structur\u00e9 enquatre grandes parties : \u2018D\u2019un pays \u00e0 l\u2019autre\u2019, \u2018En perspective\u2019, Etudes de cas\u2019 et \u2018Annexes\u2019. Dans la premi\u00e8re, figure, entre autres, une longue intervention fort d\u00e9taill\u00e9e de Ahmed Bedjaoui: \u2018 Les adaptations d\u2019\u0153uvres litt\u00e9raires dans le cin\u00e9ma alg\u00e9rien : une histoire riche mais inachev\u00e9e\u2019, o\u00f9 il souligne en conclusion : \u00ab le nombre impressionnant de films qui, en Alg\u00e9rie ou ailleurs, ont \u00e9t\u00e9 tir\u00e9s d\u2019\u0153uvres litt\u00e9raires ayant une forte relation avec l\u2019histoire ou la soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne \u00bb. (p.35).<\/p>\n<p>Toujours dans cette premi\u00e8re partie, on d\u00e9couvre avec plaisir une int\u00e9ressante contribution du Tunisien Kamel Ben Ouan\u00e8s : \u2018Le cin\u00e9ma et la litt\u00e9rature en Tunisie : timides interf\u00e9rences\u2019.Cet universitaire bien connu y fait preuve d\u2019un regard plut\u00f4t s\u00e9v\u00e8re non seulement vis-\u00e0-vis du Tunisien, qui \u00ab n\u2019est pas un lecteur assidu du roman \u00bb, mais \u00e9galement du cin\u00e9aste \u00ab qui a beau afficher son aura d\u2019artiste intellectuel, il est peu attir\u00e9 par la litt\u00e9rature nationale. Ce qui laisse croire qu\u2019il est coup\u00e9 de l\u2019imaginaire de ses concitoyens \u00e9crivains. R\u00e9ciproquement, rares sont les litt\u00e9rateurs qui soient vraiment des cin\u00e9philes avertis \u00bb. (p.69)<\/p>\n<p>Kamel Ben Ouan\u00e8s justifie toutefois son jugement :<\/p>\n<p>\u00ab Cette absence d\u2019\u00e9change, d\u2019interf\u00e9rences entre cin\u00e9astes et \u00e9crivains a pour cons\u00e9quence de cr\u00e9er une certaine fissure ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment une fronti\u00e8re entre les deux domaines. Cette remarque est d\u2019autant plus importante qu\u2019elle s\u2019applique aussi \u00e0 l\u2019ensemble des acteurs culturels et artistiques du pays, \u00e0 l\u2019exception bien s\u00fbr de quelques cas isol\u00e9s. Cette constatation g\u00e9n\u00e9rale est d\u2019autant plus regrettable que la discr\u00e8te audience de la production litt\u00e9raire en Tunisie est en net contraste avec sa richesse et sa vitalit\u00e9 croissante, notamment depuis les ann\u00e9es 1990\u2026 \u00bb (p.69).<\/p>\n<p>Dans la seconde partie, \u2018En perspective\u2019, on note en particulier l\u2019analyse, br\u00e8ve mais succincte, du critique \u00e9gyptien Joseph Fahim, \u2018Les adaptations litt\u00e9raires dans le cin\u00e9ma arabe : le chapitre perdu\u2019 o\u00f9 il salue l\u2019av\u00e8nement au XXIe si\u00e8cle de \u2018l\u2019\u00e2ge d\u2019or\u2019 pour la litt\u00e9rature arabe, notant au passage, que chaque pays a fini par acqu\u00e9rir une identit\u00e9 litt\u00e9raire propreainsi qu\u2019un \u00ab d\u00e9veloppement du septi\u00e8me art comme forme d\u2019expression et comme langage \u00bb. (p.85)Mais il regrette n\u00e9anmoins que \u00ab vu la quasi inexistence de politiques d\u2019archives dans la r\u00e9gion et le peu d\u2019attention pr\u00eat\u00e9 au nouveau produit, il est plus imp\u00e9ratif que jamais de situer cette part oubli\u00e9e de l\u2019histoire du film arabe dans son contexte et de bien la situerparmi les r\u00e9f\u00e9rents du film arabe (\u2026). (p.87).<\/p>\n<p>Dans la troisi\u00e8me partie, \u2018Etudes de cas\u2019, Ahmed Bedjaoui signe deux longues contributions: \u2018Essia Djebar, l\u2019\u00e9criture, le cin\u00e9ma\u2026\u2019 et Mouloud Mamm\u00e9ri, la litt\u00e9rature, le cin\u00e9ma et la culture amazigh\u2019, un\u00a0 vibrant hommage \u00ab \u00e0 la premi\u00e8re femme alg\u00e9rienne\u00e0 \u00eatre admise \u00e0 l\u2019Ecole Normale Sup\u00e9rieure et \u2026 l\u2019une des premi\u00e8res femmes (tout court) \u00e0 entrer \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie (fran\u00e7aise)\u00bb (p.175) et \u00e0 \u00ab l\u2019\u00e9crivain et anthropologue de grand talent, (qui) a \u00e9t\u00e9l\u2019un des premiers auteurs \u00e0 \u00eatre port\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cran dans le jeune cin\u00e9ma alg\u00e9rien \u00bb. (p.187)<\/p>\n<p>Toujours dans cette troisi\u00e8me partie, Najeh Hassen, un critique jordanien, analyse \u2018l\u2019histoire de l\u2019original et de l\u2019image dans l\u2019adaptation de la nouvelle de Naguib Mahfouz Image\u2019.Il s\u2019agit de la r\u00e9alisation du premier film exp\u00e9rimental du cin\u00e9ma \u00e9gyptien, un long-m\u00e9trage de fiction, par le d\u00e9funt Madkour Thabet.<\/p>\n<p>La quatri\u00e8me et derni\u00e8re partie, \u2018Annexes\u2019est une s\u00e9rie de filmographies portant sur quelques pays arabes dont la Tunisie.La premi\u00e8re, celle de l\u2019Alg\u00e9rie, est \u00e9tablie par Ahmed Bedjaoui qui pr\u00e9cise :<br \/>\u00ab Si on trouve iciun nombre important de films produits par la RTA (T\u00e9l\u00e9visionnationale alg\u00e9rienne) c\u2019est qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9- le cas est sp\u00e9cifique-un acteur institutionnel du d\u00e9veloppement d\u2019un cin\u00e9ma qui \u00e9tait un cin\u00e9ma d\u2019\u00e9tat. On ne peut comptabiliser le nombre de films produits dans le pays sans en tenir compte \u00bb. (p.221)<\/p>\n<p>Toutefois, la filmographie la plus fournie est, bien entendu celle de l\u2019Egypte, \u00e9tablie par Michel Serceau. Elle vient en compl\u00e9ment \u00e0 celle publi\u00e9e en 1994,\u00e0 l\u2019occasion de la deuxi\u00e8me Biennale des cin\u00e9mas arabes (Paris, IMA)dans \u2018Cin\u00e9mas arabes et litt\u00e9rature\u2019sous la direction de Magda Wassef : \u2018 Liste des films \u00e9gyptiens adapt\u00e9s d\u2019\u0153uvres litt\u00e9raires\u2019.<\/p>\n<p>La filmographie, \u2018Le Cin\u00e9ma tunisien et la litt\u00e9rature arabe\u2019, \u00e9tablie par Kamel Ben Ouan\u00e8s a, pour point de d\u00e9part, \u2018<em>Le Fou de Kairouan\u2019<\/em>, de Jean-Andr\u00e9 Kreuzi, paru en 1939 (d\u2019apr\u00e8s l\u2019histoire de Qays et Leila). Elle se termine en 2013 par le film \u2018<em>Une vie meilleure<\/em>\u2019 de Chiraz Bouzid (d\u2019apr\u00e8s la nouvelle <em>Ouahmoun Jamil\/Belle illusion<\/em> de L. Ben Hassine, Tunisie)<\/p>\n<p>L\u2019art, selon Vinci, est \u00e0 la fois \u201cscience\u201d et philosophie, \u00e0 cause de cette \u201cfen\u00eatre de l\u2019\u00e2me\u201d qu\u2019est l\u2019\u0153il, \u00abla principale voie par o\u00f9 notre intellect peut appr\u00e9cier pleinement et magnifiquement l\u2019\u0153uvre infinie de la nature \u00bb. Bien s\u00fbr, l\u2019\u00e9criture, \u00e0 la diff\u00e9rence du cin\u00e9ma, est un art qui s\u2019adresse \u00e0 l\u2019esprit. Or, dire l\u2019indicible est toujours une gageure. L\u2019\u00e9criture ne peut suppl\u00e9er le visuel mais comme elle se trouve \u00e0 la crois\u00e9e de plusieurs disciplines, elle semble dominer le cin\u00e9ma. Alire cet excellent ouvrage, <em>Les cin\u00e9mas arabes et la litt\u00e9rature<\/em>, on doute de cette \u2018dominance\u2019.<\/p>\n<p><em><strong>Les cin\u00e9mas arabes et la litt\u00e9rature, ouvrage coordonn\u00e9 par Ahmed Bedjaoui et Michel Serceau, L\u2019Harmattan, Paris (262pages)<\/strong><\/em>.<\/p>\n<p class=\"c2\"><strong>Rafik Darragi<\/strong><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/28644-la-cinematographie-arabe-l-adaptation-en-question\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il faut admettre qu\u2019il est difficile d\u2019op\u00e9rer un retour dans le pass\u00e9 pour suivre la gen\u00e8se de la cin\u00e9matographie arabe et souligner la place qu\u2019elle r\u00e9serve \u00e0 la litt\u00e9rature. 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