{"id":71576,"date":"2019-12-29T05:44:26","date_gmt":"2019-12-29T10:44:26","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/lecriture-expression-des-reminiscences%ef%bb%bf\/"},"modified":"2019-12-29T05:44:26","modified_gmt":"2019-12-29T10:44:26","slug":"lecriture-expression-des-reminiscences%ef%bb%bf","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/lecriture-expression-des-reminiscences%ef%bb%bf\/","title":{"rendered":"L\u2019\u00e9criture expression des r\u00e9miniscences\ufeff"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-text-color has-vivid-red-color c2\"><strong>\u00ab<em>Rapt \u00e0 Inezlane<\/em>\u00bb de \u00a0Jean-Pierre Koffel<\/strong><\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-cyan-blue-color\"><strong>Livres, liasses de feuilles, tachet\u00e9es noir sur blanc. Sortes d\u2019ailes l\u00e9g\u00e8res qui\u00a0 font transporter l\u2019imagination vers des horizons de la fiction, ouverts sur l\u2019infini. Pour aborder un livre, il n\u2019y a pas de savoir-lire, surtout, lorsqu\u2019 il s\u2019agit de fiction. Mais, il y\u2019a moult fa\u00e7ons de lire un roman. Parmi ces diff\u00e9rentes lectures, celle qui peut\u00a0 nous marquer profond\u00e9ment, est celle qui arrive \u00e0 attiser en nous, \u00e0 la fois, le feu de la curiosit\u00e9 et l\u2019\u00e9tincelle du plaisir. De m\u00eame, les int\u00e9r\u00eats, qui peuvent nous importer dans une lecture, sont aussi nombreux. Le plus captivant, entre autres, est celui qui fait du plaisir de lire un agr\u00e9able cheminement vers des rencontres inattendues, vers des retrouvailles inesp\u00e9r\u00e9es. Un roman raconte, le plus souvent, \u00a0une histoire. Toutefois, il arrive que cette histoire puisse en cacher une ou plusieurs d\u2019autres. Le roman, objet de cette lecture, rel\u00e8ve de cette cat\u00e9gorie.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9lude<\/strong><\/p>\n<p><strong>Roman-Retrouvaille<\/strong><\/p>\n<p>\u00abRapt \u00e0 Inezlane\u00bb roman \u00e9crit par Jean-Pierre Koffel. Ce n\u2019est pas sur les \u00e9tag\u00e8res des librairies phares de la capitale que je suis tomb\u00e9 sur ce livre. Mais, ironie d\u2019un destin, par pur hasard, chez un revendeur de bouquins d\u2019occasion, dans un tas de vieux ouvrages, jet\u00e9s p\u00eale-m\u00eale \u00e0 m\u00eame le sol.<\/p>\n<p>A premi\u00e8re vue, c\u2019est ce nom Jean-Pierre Koffel qui m\u2019a saut\u00e9 aux yeux. Le nom de cet auteur, aujourd\u2019hui d\u00e9funt, m\u2019a fait revenir des ann\u00e9es et des ann\u00e9es en arri\u00e8re, vers la d\u00e9cennie 1980. Quand nos chemins, quoique diff\u00e9rents et \u00e9loign\u00e9s, se sont crois\u00e9s. Ce souvenir, remontant loin dans le temps, \u00e9tait suffisant pour que le feu de la curiosit\u00e9 de lire ce roman se rallume.<\/p>\n<p>Ceci \u00e9tant, avant d\u2019entamer sa lecture, nombre d\u2019interrogations fusent d\u2019elles-m\u00eames, dont\u00a0:<\/p>\n<p>-Quelle genre d\u2019histoire peut donner \u00e0 lire ce \u00abRapt \u00e0 Inezlane\u00bb\u00a0?<\/p>\n<p>-Du mot au texte, cette lecture peut-elle refl\u00e9ter quelques facettes du temp\u00e9rament litt\u00e9raire de l\u2019auteur\u00a0en tant que vieille connaissance\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Homme-M\u00e9moire<\/strong><\/p>\n<p>Jean-Pierre Koffel, n\u00e9 \u00e0 Casablanca en 1932, est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 Kenitra en 2010. Un long parcours de vie, s\u2019\u00e9talant sur soixante-dix-huit ans, une longue travers\u00e9e dans l\u2019histoire et la g\u00e9ographie du Maroc.<\/p>\n<p>Ce qui pr\u00e9vaut chez ce grand amoureux des lettres, puisque agr\u00e9g\u00e9 des lettres classiques, c\u2019est sa capacit\u00e9 extraordinaire de se souvenir. Cette m\u00e9moire infaillible, qui permet \u00e0 la quasi-totalit\u00e9 de ses r\u00e9cits de trouver, dans ses r\u00e9miniscences, une source intarissable. Ainsi sa vie et son \u0153uvre, toute en osmose, s\u2019interf\u00e8rent \u00e0 merveille.<\/p>\n<p>De son vivant, J-P Koffel tenait \u00e0 se pr\u00e9senter comme un fran\u00e7ais du Maroc. Cette d\u00e9claration, \u00e0 force de la r\u00e9p\u00e9ter, est devenue un vrai refrain chez lui. Par cette mani\u00e8re de se pr\u00e9senter, il voulait, sans doute, laisser entendre que c\u2019est dans ce pays qu\u2019il est n\u00e9, qu\u2019il a grandi, qu\u2019il a vieilli et dans lequel il sera inhum\u00e9. Il est important de souligner, aussi, que l\u2019ensemble de ses \u0153uvres, sa production romanesque est vou\u00e9e \u00e0 cette moiti\u00e9 de son \u00eatre, \u00e0 savoir la marocanit\u00e9\u00a0: tous ses r\u00e9cits en sont jalonn\u00e9s. De ce fait, il s\u2019av\u00e8re l\u00e9gitime de revendiquer sa part d\u2019appartenance \u00e0 cette identit\u00e9 socio-culturelle. D\u2019autant plus, que c\u2019est au Maroc, qu\u2019il avait pass\u00e9 la quasi-totalit\u00e9 de sa vie, en tant qu\u2019enseignant. Ce m\u00e9tier qui lui a ouvert presque toutes les portes pour mieux connaitre ce pays, tant qu\u2019en surface qu\u2019en profondeur\u00a0: Son histoire, sa g\u00e9ographie, ses hommes, ses femmes, ses langues, ses coutumes, ses litt\u00e9ratures, sa religion, sa cuisine\u2026 etc.<\/p>\n<p><strong>Enseignant doubl\u00e9 d\u2019\u00e9crivain\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p>Pour ce qui est de son attachement \u00e0 ce sol culturel marocain, sur la quatri\u00e8me de couverture de son recueil de fictions, intitul\u00e9, curieusement, en amazigh \u00abArgaz Izgan\u00bb ou \u00abl\u2019Homme immobile\u00bb. J-P Koffel affirme\u00a0: \u00ab\u00a0Pendant vingt-cinq ans de pratique professorale, j\u2019ai appris le Maroc, sa langue profonde sous-jacente au Fran\u00e7ais, ses r\u00e9alit\u00e9s verbalis\u00e9es et surtout non verbalis\u00e9es. Ce m\u00e9tier de professeur fran\u00e7ais du Maroc me pr\u00e9parait \u00e0 celui d\u2019\u00e9crivain fran\u00e7ais du Maroc?\u00bb.<\/p>\n<p>Tenus sur ce ton, ces propos s\u2019ouvrent, au moins, sur deux suggestions essentielles. En premier lieu, c\u2019est que cet homme, avec toutes ces ann\u00e9es pass\u00e9es au Maroc, il trainait une lourde histoire, nettement, ponctu\u00e9es d\u2019\u00e9v\u00e9nements marquants. En deuxi\u00e8me lieu, l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019\u00eatre un enseignant fran\u00e7ais du Maroc, l\u2019a bien plac\u00e9 pour avoir une \u00e9coute attentive aux voix qui \u00e9manent des profondeurs du pays, et ce, gr\u00e2ce aux \u00e9changes fructueux avec ses coll\u00e8gues et ses \u00e9l\u00e8ves marocains. C\u2019est de cette confrontant avec ces r\u00e9alit\u00e9s verbalis\u00e9es et non verbalis\u00e9es, la vocation d\u2019\u00e9crivain trouve sa voix et son expression.<\/p>\n<p><strong>Paratexte seuil du texte<\/strong><\/p>\n<p>Revenant \u00e0 \u00ab\u00a0Rapt \u00e0 Inezlane\u00a0\u00bb, au premier contact, sa structure donne \u00e0 voir des \u00e9l\u00e9ments relevant du paratexte, sorte de seuil avant d\u2019acc\u00e9der au c\u0153ur du r\u00e9cit proprement parler. Une d\u00e9dicace, comme ouverture, suivie d\u2019un avertissement et d\u2019une liste des personnages (rarissime dans le genre romanesque).<\/p>\n<p>Avec ces ajouts paratextuels, l\u2019auteur semble vouloir contribuer \u00e0 la bonne lecture\u00a0\/ r\u00e9ception de son \u0153uvre. Une mani\u00e8re, aussi, il me semble, de faire la part des choses, pour laisser au lecteur la voie libre, qui le m\u00e8ne droit au c\u0153ur de l\u2019histoire. Dans son avertissement, l\u2019auteur pr\u00e9cise que dans son roman\u00a0: \u00ab\u00a0Deux r\u00e9cits s\u2019entrecroisent\u00a0: le r\u00e9cit principal en caract\u00e8res romains, au pr\u00e9sent de l\u2019indicatif et en chapitres num\u00e9rot\u00e9es de 1 \u00e0 100, la correspondance qu\u2019\u00e9changent les personnages est en italique. Un r\u00e9cit lat\u00e9ral en caract\u00e8res italiques au pass\u00e9, en unit\u00e9s non num\u00e9rot\u00e9es et dont l\u2019action se d\u00e9roule une quarantaine d\u2019ann\u00e9es avant les faits de l\u2019action principale, dans une r\u00e9gion montagneuse, et pr\u00e9d\u00e9sertique, dite Vall\u00e9e de la Taskala.\u00bb P. 5.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019avertissement, \u00e9tal\u00e9 sur presque trois pages, arrive la liste des personnages. Il s\u2019agit d\u2019un long inventaire de noms, marocains et \u00e9trangers, qui peuplent l\u2019univers du personnage principal, un artiste peintre de renom, d\u2019origine belge. Ce qui attire l\u2019attention d\u2019une fa\u00e7on curieuse, c\u2019est que, je cite l\u2019auteur\u00a0: \u00ab\u00a0les noms propres, de lieux, de personnes, sont de fabrication amazighe. Les noms communs et les expressions en italiques sont emprunt\u00e9s \u00e0 la langue Tamazight (berb\u00e8re)\u00a0\u00bb Extrait de l\u2019avertissement de l\u2019auteur.<\/p>\n<p>Ces pr\u00e9nominations, domin\u00e9es par le berb\u00e8re, s\u2019\u00e9tendent pour concerner, m\u00eame, les chats et les chiens. Il faut souligner que ces r\u00e9f\u00e9rences r\u00e9currentes \u00e0 la culture berb\u00e8re, dans \u00ab\u00a0Rapt \u00e0 Inezlane\u00a0\u00bb s\u2019expliquent, tout simplement, par le fait que l\u2019histoire a bel et bien eu lieu au sud du Maroc. C\u2019est ce qui est d\u00e9not\u00e9 par le nom \u00ab\u00a0Inezlane\u00a0\u00bb, dans le titre, dont la sonorit\u00e9 laisse penser \u00e0 un petit village, situ\u00e9 non loin d\u2019une grande ville, d\u00e9sign\u00e9e, dans le r\u00e9cit, par \u00ab\u00a0 Amadir\u00a0\u00bb. En tant que lecteur, il faut dans l\u2019attente \u00e0 l\u2019\u00e9veil du sens, rester dans l\u2019esprit de l\u2019\u00e9criture de ce texte. Autrement dit, ne pas d\u00e9sacraliser son \u00e2me.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9cit\u00a0: Profond creuset de r\u00e9miniscences<\/strong><\/p>\n<p>Dans le r\u00e9cit \u00ab\u00a0Rapt \u00e0 Inezlane\u00a0\u00bb, l\u2019auteur laisse \u00e9clater sa m\u00e9moire litt\u00e9raire, beaucoup de souvenirs y ont fait surface, remontant des fins fonds de ses r\u00e9miniscences. Ainsi, le r\u00e9cit principal, o\u00f9 l\u2019histoire tourne autour du vol d\u2019un b\u00e9b\u00e9 que quelqu\u2019un avait confi\u00e9, au paravant, au personnage principal, se r\u00e9duit \u00e0 un simple pr\u00e9texte pour remonter le temps et revenir aux sources de la m\u00e9moire. Ce creuset profond et riche de s\u00e9diments, o\u00f9 l\u2019auteur puise sa mati\u00e8re romanesque premi\u00e8re, souvenirs conserv\u00e9s intacts du Maroc d\u2019autre fois. Ce pays qui habite l\u2019imaginaire de cet \u00e9crivain fran\u00e7ais du Maroc.<\/p>\n<p>L\u2019histoire foisonne en personnages, une quasi soixantaine de noms et pr\u00e9noms, y compris ceux donn\u00e9s aux chiens et aux chats. Les plus manifestes, entre autres, sont\u00a0: Colle-Pottier Benjamin (dit Serguei 62 ans, artiste peintre), Ifedouaq (12 ans, enfant de la rue), Azil (62 ans, femme de m\u00e9nage, chez Benjamin Colle-Pottier), Giacometti Antonella (45 ans, universitaire et critique d\u2019art), Aherbach (53 ans, G\u00e9n\u00e9ral d\u2019aviation), Ouzal Fanou (26 ans, infirmi\u00e8re) et Ouzal Y\u00e9chou (dit Y\u00e9ssouss, 3 mois, fils de Fanou Ouzal).<\/p>\n<p>Ainsi, identifi\u00e9s avec d\u00e9tails, ces personnages semblent ayant vraiment exist\u00e9s, et rappellent de vieilles connaissances de l\u2019auteur. De ce fait, ils constituent un pur produit de ses r\u00e9miniscences.<\/p>\n<p>Dans le r\u00e9cit, beaucoup d\u2019indices concourent pour concr\u00e9tiser ce travail de r\u00e9miniscence. D\u00e9j\u00e0, en guise de d\u00e9dicace, J-P Koffel d\u00e9die son \u0153uvre \u00e0 son ami artiste peintre, un certain Jacques Az\u00e9ma (1909-1979). Ce qui ne manque pas de rappeler dans le roman, le personnage central, lui-m\u00eame narrateur, est aussi un artiste peintre, grand m\u00e9lomane, f\u00e9ru de la musique classique, et grand amoureux du Sud de Maroc, o\u00f9 il\u00a0 vivait, en retraite, loin de l\u2019effervescence des grandes cit\u00e9s. \u00abJacques Az\u00e9ma, selon les souvenirs de J-P-K, fut un prof de dessin au lyc\u00e9e Mangin. C\u2019est en 1930 qu\u2019il s\u2019installe \u00e0 Marrakech\u2026 Un homme qui vivait sous musique, qui travaillait sous musique. L\u2019amour du Maroc \u00e9tait devenu son sujet essentiel, son unique souci.\u00bb. Vu \u00e0 travers ce t\u00e9moignage, le personnage central, dans le r\u00e9cit, constitue l\u2019\u00e9cho authentique de cette vieille connaissance de l\u2019auteur.<\/p>\n<p>L\u2019autre personnage, qui semble sortir droit des r\u00e9miniscences de J-P-K, c\u2019est Ifedouaq, un enfant de la rue. En ins\u00e9rant cette figure de l\u2019enfance malheureuse, condamn\u00e9e \u00e0 vivre dans la marge de la soci\u00e9t\u00e9, l\u2019auteur laisse s\u2019exprimer son c\u00f4t\u00e9 humaniste. Tous ceux qui l\u2019avaient connu, dans la vie, peuvent se rappeler de cet homme g\u00e9n\u00e9reux, qui, le plus souvent, laisse la porte de sa demeure toujours ouverte aux sans-abris, aux marginaux. En guise de souvenir, il ne faut pas omettre que ce fran\u00e7ais du Maroc avait v\u00e9cu jusqu\u2019\u00e0 sa mort \u00e0 Kenitra, en compagnie de ses enfants marocains adopt\u00e9s. Pour s\u2019arr\u00eater, encore, \u00e0 la place qu\u2019occupe l\u2019enfance, dans sa vie et dans son \u0153uvre, il faut remonter \u00e0 1993, l\u2019\u00e9poque o\u00f9 il collaborait avec plusieurs journaux marocains, notamment, \u00ab\u00a0Al Bayane\u00a0\u00bb o\u00f9 il avait publi\u00e9 une nouvelle intitul\u00e9e \u00ab\u00a0L\u2019argent facile\u00a0\u00bb qui relate justement la vie d\u2019un gamin de Tanger.<\/p>\n<p>L\u2019histoire, dans \u00ab\u00a0Rapt \u00e0 Inezlane\u00a0\u00bb est compos\u00e9e \u00e0 la mani\u00e8re de quelqu\u2019un qui \u00e9gr\u00e8ne des souvenirs. Ainsi, l\u2019autre personnage qui, cette fois-ci incarne la vocation po\u00e9tique de l\u2019auteur, c\u2019est Fanou Ouzal, expression de la voix f\u00e9minine, dans le roman. J-P-K a fait d\u2019elle l\u2019\u00e9cho de la sensibilit\u00e9 po\u00e9tique, qui le marquait depuis sa tendre jeunesse. De cette p\u00e9riode, en guise de rappel, il affirme\u00a0: \u00ab\u00a0Depuis mes premi\u00e8res po\u00e8mes na\u00effs qui remontent \u00e0 mes treize ans, ce vers \u2013\u2018\u2019mes mains sont vertes de sang des fleurs\u2019\u2019- m\u2019est rest\u00e9 en m\u00e9moire\u00a0\u00bb. Ce sont ces r\u00e9miniscences qui s\u2019expriment par le biais du personnage Fanou Ouzal. L\u2019auteur la pr\u00e9sente, dans son r\u00e9cit, ainsi, je le cite\u00a0: \u00ab\u00a0Elle cite Hugo, la Fontaine, Moli\u00e8re, le divin Racine, Sand, Musset. Et surtout, celle qui l\u2019obs\u00e8de et qu\u2019elle semble avoir lue dans son entier, si cela est possible\u00a0: Marceline Desbords Valmor\u2026 Oui elle \u00e9tait une litt\u00e9raire\u00a0\u00bb p. 272. L\u2019auteur, lui-m\u00eame, se rem\u00e9more, ainsi, de ses d\u00e9buts en po\u00e9sie et des po\u00e8mes qu\u2019il publiait dans la Vigie marocaine, je le cite\u00a0: \u00abA l\u2019\u00e9poque, la po\u00e9sie, c\u2019\u00e9tait encore l\u2019imitation de V. Hugo\u2026de la tendre Marceline\u2026de Th. Gautier\u2026\u00bb.<\/p>\n<p>Ce va et vient entre la vie et l\u2019\u0153uvre de J-P Koffel font du r\u00e9cit, dans \u00ab\u00a0Rapt \u00e0 Inezlane\u00a0\u00bb un bouillon effervescent de r\u00e9miniscences. Ce travail de rem\u00e9moration est, aussi, mis en relief par la fr\u00e9quence des indices temporels. D\u2019abord, les faits, qui constituent le r\u00e9cit principal, se d\u00e9roulaient entre un lundi 26 Septembre et un Mardi 15 Novembre, ajoutons les correspondances tenues entre les personnages. Et puis, cette expression \u00ab\u00a0Gorges de la Taskala, quarante ans plus t\u00f4t\u00a0\u00bb, qui se r\u00e9p\u00e9tait tout au long du r\u00e9cit.<\/p>\n<p><strong>Postlude\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p>J-P Koffel connu comme cr\u00e9ateur prolifique\u00a0: Romancier, homme de th\u00e9\u00e2tre, journaliste, p\u00e9dagogue, animateur d\u2019ateliers d\u2019\u00e9criture, animateur de rencontres d\u2019\u00e9crivains, fin connaisseur de la litt\u00e9rature marocaine\u2026Mais sa vocation, premi\u00e8re et derni\u00e8re, \u00e9tait la po\u00e9sie. Il se rappelle, en \u00e9voquant ses souvenirs au lyc\u00e9e Mangin \u00e0 Marrakech, alors qu\u2019il \u00e9tait \u00e2g\u00e9\u00a0 de seize ans, qu\u2019il avait \u00e9crit un po\u00e8me pour lequel il a re\u00e7u le prix du Maroc de la po\u00e9sie en 1947. A propos de cette vocation naissante, il d\u00e9clare\u00a0: \u00abMoi, j\u2019en \u00e9tais \u00e0 faire des sonnets, sur des sujets bucoliques que m\u2019inspirait la montagne marocaine, ses vall\u00e9es, ses bergers, ses bois\u2026\u00bb. Il explique, encore, que c\u2019est justement, un petit gar\u00e7on berb\u00e8re, un peu carte postale, qui lui a inspir\u00e9 ce po\u00e8me prim\u00e9, intitul\u00e9 \u00abEnfant au ballon\u00bb, dont voici un extrait\u00a0:<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-cyan-blue-color\">Je suis sale, gracieux et fier de ma guenille<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-cyan-blue-color\">Mon teint est noir, mon ventre creux, mes pieds l\u00e9gers<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-cyan-blue-color\">Mon crane est ras, ma tresse y saute et mes yeux brillent<\/p>\n<p>En guise de commentaire, J-P Koffel prit le soin d\u2019expliquer que\u00a0: \u00ab\u00a0 Le h\u00e9ros de ce po\u00e8me, avant d\u2019\u00eatre un petit marocain de 1947, sale mais gracieux, ventre creux parce que mal nourri mais les yeux brillants de bonheur, d\u2019intelligence, de joie de vivre, le teint noir, les pieds l\u00e9gers, parce que mal chauss\u00e9s ou pas chauss\u00e9es du tout, v\u00eatu d\u2019une guenille, crane ras avec une tresse dite queue de rat\u2026Pauvre avec des allures campagnardes\u00a0\u00bb. Tous ces fragments de souvenirs ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9s par Canalblog.com, le 10 Novembre 2010, avec ce titre\u00a0: \u00ab\u00a0Un jeune \u00e9l\u00e8ve du lyc\u00e9e Mangin acc\u00e8de au parnasse des po\u00e8tes\u00a0\u00bb, C\u2019\u00e9tait quelques jours apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de J-P-Koffel.<\/p>\n<p>Des ann\u00e9es et des ann\u00e9es, apr\u00e8s la publication de son po\u00e8me \u00ab\u00a0Enfant au ballon\u00a0\u00bb, un peu vers la fin des ann\u00e9es 1980, quand je faisais partie des adh\u00e9rents des collectifs des po\u00e8tes de Kenitra, qu\u2019animait, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, le regrett\u00e9 J-P-K lui-m\u00eame. Les participants, dans le cadre des ateliers d\u2019\u00e9criture, \u00e9taient invit\u00e9s \u00e0 composer des vers. Ces essais en \u00e9critures po\u00e9tiques se faisaient \u00e0 partir d\u2019un mot, d\u2019une expression ou d\u2019un th\u00e8me que proposait, souvent, l\u2019animateur. Le r\u00f4le de ce dernier n\u2019\u00e9tait aucunement diff\u00e9rent de celui de la sage-femme. Il devait faire mains et pieds pour faire accoucher les esprits, esprits qui, le plus souvent, demeuraient secs et inf\u00e9conds. C\u2019\u00e9tait bel et bien mon cas. Abandonn\u00e9 \u00a0que j\u2019\u00e9tais par les muses, cette travers\u00e9e du d\u00e9sert, \u00a0se tendait, pour moi, vers l\u2019infini, jusqu\u2019\u00e0 ce que \u00a0un jour, \u00e0 la grande surprise de l\u2019assistance, monsieur Koffel\u00a0\u00a0 cria Eur\u00e9ka, comme s\u2019il venait de faire une d\u00e9couverte extraordinaire. Et puis, il entama la lecture majestrale de mon po\u00e8me, en vers libres, que j\u2019avais intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Ce jour-l\u00e0\u00a0\u00bb, dont voici un fragment\u00a0:<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-cyan-blue-color\">Ce jour-l\u00e0<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-cyan-blue-color\">La ville a enfant\u00e9 des enfants sales et beaux<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-cyan-blue-color\">Pieds nus et mal v\u00eatus<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-cyan-blue-color\">Des yeux azur\u00e9s, regards vagabonds<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-cyan-blue-color\">Erraient dans un d\u00e9sordre infini<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-cyan-blue-color\">Ce jour-l\u00e0<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-cyan-blue-color\">Un ciel noir et tari, a refl\u00e9t\u00e9<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-cyan-blue-color\">L\u2019\u00e9cho amer et silencieux<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-cyan-blue-color\">D\u2019une enfance oubli\u00e9e<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-cyan-blue-color\">Les foules se sont m\u00eal\u00e9es<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-cyan-blue-color\">Des filles belles et mal maquill\u00e9es<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-cyan-blue-color\">Ont envahi le confort plastifi\u00e9.<\/p>\n<p>Je ne peux ni expliquer le contenu de ce po\u00e8me, ni faire de commentaire, car, je crois, que je n\u2019en vois de meilleur que celui qu\u2019a fait feu J-P-K \u00e0 son po\u00e8me \u00ab Enfant au ballon\u00bb.<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>Ecrit par Rachid Fettah<\/strong><\/p>\n<p>Auteur: M&rsquo;hammed rahal<br \/>\n<a href=\"http:\/\/albayane.press.ma\/lecriture-expression-des-reminiscences%EF%BB%BF.html\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00abRapt \u00e0 Inezlane\u00bb de \u00a0Jean-Pierre Koffel Livres, liasses de feuilles, tachet\u00e9es noir sur blanc. Sortes d\u2019ailes l\u00e9g\u00e8res qui\u00a0 font transporter l\u2019imagination vers des horizons de la fiction, ouverts sur l\u2019infini. Pour aborder un livre, il n\u2019y a pas de savoir-lire, surtout, lorsqu\u2019 il s\u2019agit de fiction. Mais, il y\u2019a moult fa\u00e7ons de lire un roman. 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