{"id":72930,"date":"2020-01-13T09:38:00","date_gmt":"2020-01-13T14:38:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/ridha-bergaoui-faut-il-abattre-les-dromadaires-pour-lutter-contre-le-rechauffement-de-la-planete\/"},"modified":"2020-01-13T09:38:00","modified_gmt":"2020-01-13T14:38:00","slug":"ridha-bergaoui-faut-il-abattre-les-dromadaires-pour-lutter-contre-le-rechauffement-de-la-planete","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/ridha-bergaoui-faut-il-abattre-les-dromadaires-pour-lutter-contre-le-rechauffement-de-la-planete\/","title":{"rendered":"Ridha Bergaoui: Faut-il abattre les dromadaires pour lutter contre le r\u00e9chauffement de la plan\u00e8te?"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Ridha-Berghaoui(3).jpg\" width=\"30%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"right\" alt=\"\"\/>Il\u00a0 y a quelques jours, les autorit\u00e9s australiennes avaient annonc\u00e9 qu\u2019elle allait abattre, dans une premi\u00e8re \u00e9tape, 10 000 dromadaires (sur un total de 1,200 million que compte ce continent) suite \u00e0 la s\u00e9cheresse exceptionnelle qui s\u2019abat sur l\u2019Australie et le manque d\u2019eau. Les dromadaires, \u00e0 l\u2019\u00e9tat sauvage dans ce pays, sont accus\u00e9s de contribuer au r\u00e9chauffement climatique ainsi que de torts port\u00e9s aux aborig\u00e8nes du nord-est du pays,\u00a0 qui subissent de la part des dromadaires des assauts en for\u00e7ant les cl\u00f4tures \u00e0 la recherche d\u2019eau pour s\u2019abreuver. Ces animaux en libert\u00e9 seront abattus par des snipers et laiss\u00e9s se d\u00e9composer sur place pour \u00eatre incin\u00e9r\u00e9s plus tard. A la lecture de la nouvelle, beaucoup ont \u00e9t\u00e9 surpris et scandalis\u00e9s par cette d\u00e9marche barbare et\u00a0 se demandaient quel est le rapport entre le dromadaire, les incendies et la canicule que vit l\u2019Australie et le changement climatique?\u00a0<\/p>\n<h2>Le r\u00e9chauffement climatique et le dromadaire<\/h2>\n<p>Depuis quelques ann\u00e9es, la temp\u00e9rature du globe ne cesse d\u2019augmenter. Ce r\u00e9chauffement de la plan\u00e8te est attribu\u00e9 par les scientifiques \u00e0 la production excessive de gaz, appel\u00e9s gaz \u00e0 effet de serre ou GES, (oxyde de carbone, m\u00e9thane, protoxyde d\u2019azote\u2026) r\u00e9sultant de l\u2019activit\u00e9 humaine (industrie, transport, agriculture\u2026) et une forte consommation de l\u2019\u00e9nergie fossile. Ces GES emp\u00eacheraient une partie du rayonnement solaire r\u00e9fl\u00e9chi de se dissiper dans l\u2019atmosph\u00e8re qui reste emprisonn\u00e9e dans l\u2019atmosph\u00e8re, ce qui conduit \u00e0 une augmentation de la temp\u00e9rature au niveau du globe. Celle ci a entrain\u00e9 la fonte des glaciers et la multiplication des catastrophes climatiques un peu partout dans le monde : inondations, s\u00e9cheresses&#8230; .<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9levage est source de GES surtout\u00a0 avec la production de m\u00e9thane par les ruminants. Ceux ci produisent du m\u00e9thane qu\u2019ils lib\u00e8rent dans l\u2019atmosph\u00e8re suite \u00e0 la digestion microbienne des aliments cellulosiques dans le rumen. Le dromadaire \u00e9tant un ruminant, il dig\u00e8re les aliments comme les\u00a0 vaches ou les moutons et lib\u00e8re du m\u00e9thane. L\u2019effectif de dromadaires en Tunisie a beaucoup r\u00e9gress\u00e9 depuis la fin du si\u00e8cle dernier, passant de 250 000 t\u00eates en 1950 pour se stabiliser aux environs de 100 000 t\u00eates les dix derni\u00e8res ann\u00e9es dont 70 000 femelles. Le sud de la Tunisie repr\u00e9sente le berceau de l\u2019\u00e9levage camelin, il d\u00e9tient environ\u00a0 70 000 t\u00eates dont 50 000 femelles. Le dromadaire est consid\u00e9r\u00e9 comme un animal noble, jadis une locomotive de la civilisation arabe et islamique. C\u2018est un excellent animal de rente \u00e9lev\u00e9 pour la production d\u2019une viande (surtout le jeune chamelon) tr\u00e8s pris\u00e9e par certains consommateurs, tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9e\u00a0 \u00e9galement pour son lait connu comme\u00a0\u00a0 hypoglyc\u00e9miante. Le dromadaire est adapt\u00e9 aux conditions sahariennes et d\u00e9sertiques\u00a0 les plus difficiles, il fait partie des quelques rares esp\u00e8ces \u00e0 pouvoir dig\u00e9rer le r\u00e9gime sec et ligneux qu&rsquo;offre la v\u00e9g\u00e9tation du d\u00e9sert.\u00a0 Qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0vaisseau du d\u00e9sert\u00a0\u00bb, c\u2019est le seul animal domestique \u00e0 pouvoir traverser le d\u00e9sert et marcher sur son sable brulant.<\/p>\n<p>Le d\u00e9gagement de GES par les dromadaires est certainement insignifiant par rapport aux autres secteurs comme les transports et l\u2019industrie. Un dromadaire produit environ 80 kg de m\u00e9thane par an, rapport\u00e9e aux 20 millions de dromadaires et chameaux vivant\u00a0 sur terre, la quantit\u00e9 de m\u00e9thane produite par ces cam\u00e9lid\u00e9s serait\u00a0 de 1,6 million de tonnes. Ce chiffre est insignifiant compar\u00e9 aux 53,4Giga tonnes \u00e9quivalent CO\u00b2 produits dans le monde en 2016 objet\u00a0 du r\u00e9chauffement climatique.<\/p>\n<p>Exterminer le dromadaire pour sauver la plan\u00e8te comme le pr\u00e9tendent\u00a0 les australiens, est un raccourci bien pratique pour\u00a0 justifier le massacre d\u2019un nombre aussi \u00e9lev\u00e9 de dromadaires et il est absurde de faire porter le chapeau du r\u00e9chauffement climatique \u00e0 des animaux qui n\u2019ont aucune volont\u00e9 alors que tout le monde sait que c\u2019est l\u2019homme qui en est responsable suite \u00e0\u00a0 sa gestion environnementale incons\u00e9quente.<\/p>\n<h2>Incidences du r\u00e9chauffement climatique<\/h2>\n<p>Le r\u00e9chauffement climatique a des incidences n\u00e9fastes sur la plupart des secteurs d\u2019activit\u00e9 et des effets\u00a0 directs sur la vie quotidienne du citoyen. L\u2019impact des changements climatiques varie selon l\u2019emplacement g\u00e9ographique des pays. La Tunisie, ainsi que le reste des pays de la r\u00e9gion m\u00e9diterran\u00e9enne et de l\u2019Afrique du nord, est tr\u00e8s vuln\u00e9rable au r\u00e9chauffement climatique. Suite \u00e0 la fonte des glaciers et l\u2019\u00e9l\u00e9vation du niveau de la mer, des r\u00e9gions et des villes enti\u00e8res peuvent \u00eatre englouties.\u00a0 Le tourisme sera concern\u00e9 par la disparition de certaines plages,\u00a0 la sant\u00e9 de l\u2019homme sera menac\u00e9e suite \u00e0 l\u2019apparition de nouvelles maladies et l\u2019eau potable deviendra de plus en plus rare.<\/p>\n<p>Le r\u00e9chauffement climatique affectera profond\u00e9ment l\u2019agriculture. La s\u00e9cheresse et la raret\u00e9 des pluies vont entrainer la perte de forets par dess\u00e9chement et incendies plus fr\u00e9quents. La disparition d\u2019une partie des forets se traduirait, pour les populations qui y habitent,\u00a0 par plus de pauvret\u00e9 et de l\u2019exode. Elle s\u2019accompagnerait par la disparition de faunes et de flores qu\u2019abrite la for\u00eat.\u00a0 Avec la s\u00e9cheresse il y aura \u00e9galement disparition du couvert v\u00e9g\u00e9tal, d\u00e9gradation des sols et d\u00e9sertification avec pertes importantes des surfaces agricoles et des parcours pour le p\u00e2turage des animaux. La disparition des for\u00eats et du couvert v\u00e9g\u00e9tal qui absorbent le CO\u00b2, se traduirait par plus des GES\u00a0 et encore plus de r\u00e9chauffement.<\/p>\n<p>Des temp\u00e9ratures \u00e9lev\u00e9es diminuent les rendements des cultures tout en entrainant une prolif\u00e9ration des mauvaises herbes et des parasites. Le r\u00e9chauffement climatique a un impact sur la r\u00e9partition des plantes, des esp\u00e8ces envahissantes, des ennemis des cultures et des vecteurs de maladies.\u00a0 Il entraine \u00e9galement une perturbation de la croissance des plantes avec l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration de la croissance de certains v\u00e9g\u00e9taux, pr\u00e9cocit\u00e9 de la floraison, perturbations du calendrier agricole des pratiques culturales, baisse de la qualit\u00e9 de certaines productions, extension g\u00e9ographique de pathog\u00e8nes et de ravageurs des cultures\u2026<\/p>\n<p>En Tunisie, suite au r\u00e9chauffement climatique, et \u00e0 la diminution des ressources hydriques et l\u2019augmentation de la temp\u00e9rature, certaines cultures traditionnelles importantes, comme l\u2019olivier, le palmier dattier et les orangers, seront menac\u00e9es. Ces cultures seront appel\u00e9es \u00e0 disparaitre dans certaines zones o\u00f9 l\u2019eau devient rare, leur maintien dans certaines r\u00e9gions n\u00e9cessitera un compl\u00e9ment d\u2019irrigation. Les c\u00e9r\u00e9ales n\u00e9cessiteront \u00e9galement un compl\u00e9ment d\u2019eau. Ce ci entrainera plus de pression sur les ressources hydriques d\u00e9j\u00e0 en r\u00e9gression. Certaines esp\u00e8ces v\u00e9g\u00e9tales sensibles au stress hydrique vont carr\u00e9ment disparaitre. Le r\u00e9chauffement climatique et la pression sur les ressources (eau et sol notamment) vont affecter les disponibilit\u00e9s fourrag\u00e8res\u00a0 par la r\u00e9duction des surfaces fourrag\u00e8res cultiv\u00e9es et des parcours. Ce ci va avoir des cons\u00e9quences graves sur l\u2019alimentation du cheptel et ses productions. Le stress thermique ainsi que la sous alimentation du b\u00e9tail auront \u00e9galement une incidence sur la mortalit\u00e9 et la morbidit\u00e9 des troupeaux,\u00a0 le d\u00e9veloppement des parasites (moustiques, tiques\u2026) et l\u2019\u00e9mergence de nouvelles pathologies.<\/p>\n<h2>Lutte contre le r\u00e9chauffement climatique<\/h2>\n<p>Il s\u2019agit surtout de r\u00e9duire les \u00e9missions des GES en optant pour des activit\u00e9s moins \u00e9nergivores, l\u2019utilisation des \u00e9nergies renouvelables, les industries propres, des transports plus rationnels\u2026 Il faut \u00e9galement de la sensibilisation et de l\u2019\u00e9ducation \u00e0 grande \u00e9chelle aux m\u00e9faits du changement climatique\u00a0 et surtout sensibiliser tout le monde \u00e0 la raret\u00e9 des ressources hydriques et la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9conomiser l\u2019eau.<br \/>La recherche agricole a un r\u00f4le d\u00e9terminant pour lutter contre le changement climatique et adapter les cultures et l\u2019\u00e9levage. Parmi les th\u00e8mes qui peuvent \u00eatre abord\u00e9s\u00a0 on peut citer la s\u00e9lection des vari\u00e9t\u00e9s adapt\u00e9es \u00e0 cycle v\u00e9g\u00e9tatif court, reconversion et repositionnement de certaines cultures en fonction de leur besoin hydrique,\u00a0 introduction et adaptation de nouvelles cultures peu exigeantes en eau,\u00a0 travail des sols pour lutter contre l\u2019\u00e9vaporation de l\u2019eau, \u00e9conomies d\u2019eau d\u2019irrigation, choix de races animales les mieux adapt\u00e9es au stress thermique \u2026 La recherche et la pratique d\u2019agricultures respectueuses de l\u2019environnement\u00a0 comme l\u2019agriculture biologique, l\u2019agriculture durable, l\u2019agroforesterie, l\u2019agropastoralisme, l\u2019agriculture biodynamique\u2026\u00a0 doivent \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9s.<\/p>\n<p>Il faut \u00e9galement faire bon usage des ressources naturelles surtout l\u2019eau et le sol. La Tunisie se trouve parmi les pays les plus arides, plus des \u00be du pays se situe dans les r\u00e9gions bioclimatiques aride et d\u00e9sertique et re\u00e7oivent moins de 400 mm de pluie\/an. Le quota des ressources hydriques est l\u2019un des plus faibles au monde soit 450 m3\/habitant\/an (on parle de p\u00e9nurie d\u2019eau lorsque les disponibilit\u00e9s varient entre 1 700 et 1 000 m3\/hab\/an et de raret\u00e9 de l\u2019eau au dessous de 1 000 m3\/hab\/an).\u00a0 Une \u00e9tude men\u00e9e par le Minist\u00e8re de l\u2019Agriculture sur une p\u00e9riode de 35 ans (de 1980 \u00e0 2015) montre que 9 ann\u00e9es sont des ann\u00e9es pluvieuses, 11 normales et 15 s\u00e8ches. Les ann\u00e9es s\u00e8ches repr\u00e9sentent 45% soit pr\u00e9s d\u2019une ann\u00e9e sur deux est une ann\u00e9e s\u00e8che. Le r\u00e9chauffement climatique va accentuer encore l\u2019aridit\u00e9 du pays et r\u00e9duire nos disponibilit\u00e9s en eau. Il est n\u00e9cessaire de mobiliser au maximum les ressources hydriques y compris les ressources non conventionnelles (dessalement de l\u2019eau de mer et utilisation des eaux us\u00e9es).\u00a0 L\u2019utilisation judicieuse des ressources hydriques\u00a0 (utilisation de techniques d\u2019irrigation \u00e9conomes), la r\u00e9novation et l\u2019utilisation des techniques traditionnelles de conservation de l\u2019eau de pluie (citernes et Mejels), la\u00a0 construction des courbes de niveaux, jessours et digues\u2026 permettent de r\u00e9duire les pertes en eau. Il faut \u00e9galement remettre \u00e0 jour\u00a0 les cartes agricoles compte tenu de l\u2019\u00e9volution du climat et des ressources et\u00a0 le reboisement des aires foresti\u00e8res qui repr\u00e9sentent de\u00a0 v\u00e9ritables puits de carbone<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>Le r\u00e9chauffement climatique est un ph\u00e9nom\u00e8ne irr\u00e9versible qui est, \u00e0 l\u2019instar d\u2019une pathologie grave, en train de s\u2019installer et de se d\u00e9velopper. Il repr\u00e9sente une menace \u00e9conomique, sociale et m\u00eame existentielle. Il doit \u00eatre pris tr\u00e8s au s\u00e9rieux afin de le combattre et assurer notre survie et celle des g\u00e9n\u00e9rations futures. Le r\u00e9chauffement climatique risque de limiter les productions agricoles alors que la demande ne cesse d\u2019augmenter (augmentation d\u2019une population de plus en plus exigeante). Les produits alimentaires seront de plus en plus rares et les prix \u00e9lev\u00e9s. Le ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9tant international, la disponibilit\u00e9 mondiale des produits agricoles sera de plus en plus limit\u00e9e et les pressions de plus en plus importantes. Il est indispensable d\u2019assurer un niveau minimum d\u2019autosuffisante et d\u2019ind\u00e9pendance par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9tranger notamment pour les produits essentiels,\u00a0 strat\u00e9giques et traditionnels (c\u00e9r\u00e9ales, huile d\u2019olives, dattes, agrumes, l\u00e9gumes\u2026).<\/p>\n<p class=\"c2\"><strong>Prof Ridha Bergaoui<\/strong><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/28866-ridha-bergaoui-faut-il-abattre-les-dromadaires-pour-lutter-contre-le-rechauffement-de-la-planete\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il\u00a0 y a quelques jours, les autorit\u00e9s australiennes avaient annonc\u00e9 qu\u2019elle allait abattre, dans une premi\u00e8re \u00e9tape, 10 000 dromadaires (sur un total de 1,200 million que compte ce continent) suite \u00e0 la s\u00e9cheresse exceptionnelle qui s\u2019abat sur l\u2019Australie et le manque d\u2019eau. 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