{"id":74231,"date":"2020-01-26T04:00:00","date_gmt":"2020-01-26T09:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/mohamed-el-aziz-ben-achour-les-andalous-dans-lhistoire-de-tunisie\/"},"modified":"2020-01-26T04:00:00","modified_gmt":"2020-01-26T09:00:00","slug":"mohamed-el-aziz-ben-achour-les-andalous-dans-lhistoire-de-tunisie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/mohamed-el-aziz-ben-achour-les-andalous-dans-lhistoire-de-tunisie\/","title":{"rendered":"Mohamed-El Aziz Ben Achour: les Andalous dans l\u2019histoire de Tunisie"},"content":{"rendered":"<h2>1. Aux origines de l\u2019immigration<\/h2>\n<p><em>\u00abTel l\u2019amant s\u00e9par\u00e9 de sa bien-aim\u00e9e, la Religion Juste pleure sans cesse la perte de l\u2019Andalousie conquise par les infid\u00e8les\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Ce vers de la c\u00e9l\u00e8bre Complainte andalouse (\u00ab Rith\u00e2\u2019u al Andalus \u00bb) d\u2019Abou al Baq\u00e2 Al Rundi exprime avec \u00e9loquence la nostalgie arabe et musulmane, encore vivace aujourd\u2019hui, d\u2019un beau pays\u00a0\u00a0 perdu.\u00a0 Ce souvenir douloureux de la m\u00e9moire collective, entretenu par la litt\u00e9rature, a cependant en partie occult\u00e9 un aspect tout aussi \u00e9mouvant et historiquement passionnant qui est celui de l\u2019exode des populations musulmanes de la p\u00e9ninsule ib\u00e9rique. En effet, au fur et \u00e0 mesure que la reconqu\u00eate chr\u00e9tienne progressait, que des villes tombaient, des d\u00e9parts d\u00e9finitifs \u00e9taient enregistr\u00e9s. Il convient de rappeler ici que cette reconqu\u00eate commen\u00e7a assez t\u00f4t. Si la conqu\u00eate musulmane de la p\u00e9ninsule ib\u00e9rique et m\u00eame au-del\u00e0 des Pyr\u00e9n\u00e9es fut impressionnante (les Wisigoths sont \u00e9cras\u00e9s en 711, Cordoue et Tol\u00e8de sont prises\u00a0 puis les deux ann\u00e9es suivantes, S\u00e9ville, Merida Barcelone et Saragosse; entre 715 et 734\u00a0 Narbonne, Carcassonne et Avignon tombent \u00e0 leur tour) et qu\u2019elle donna rapidement naissance \u00e0 une civilisation brillante \u00e0 l\u2019ombre de la culture arabe et islamique, il ne faut cependant pas oublier que la reconqu\u00eate progressive de l\u2019Espagne par les princes chr\u00e9tiens commen\u00e7a au XIIe si\u00e8cle (chute de Saragosse en 1118). Certes, dans un premier temps, les rois catholiques firent preuve de tol\u00e9rance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des musulmans. Les talents multiples des \u00e9lites arabes d\u2019Espagne avaient rendu indispensable leur maintien en terre espagnole. Les mud\u00e9jars, comme on les appela d\u00e9sormais, \u00e9taient sollicit\u00e9s comme artisans d\u2019art et comme b\u00e2tisseurs et d\u00e9corateurs et ils donn\u00e8rent naissance \u00e0 un art qui porte leur nom et qui perp\u00e9tua, sous domination chr\u00e9tienne, la superbe architecture musulmane d\u2019Occident. L\u2019Alcazar de S\u00e9ville, reconstruit sur ordre de Pierre 1er en 1356, en constitue aujourd\u2019hui encore un t\u00e9moignage remarquable. Cela explique, en partie, l\u2019attitude conciliante des nouveaux ma\u00eetres. Des d\u00e9parts en exil \u00e0 destination de contr\u00e9es musulmanes eurent cependant lieu. C\u2019est ainsi que l\u2019on retrouve, par exemple, des familles andalouses install\u00e9es \u00e0 Tunis d\u00e8s l\u2019\u00e9poque hafside, au lendemain de la prise de S\u00e9ville en 1248. Mais m\u00eame apr\u00e8s la chute de Grenade en 1492, l\u2019essentiel des populations musulmanes demeur\u00e8rent en Espagne et furent autoris\u00e9s \u00e0 pratiquer l\u2019islam et la langue arabe. Plus tard, cette politique de tol\u00e9rance fut abandonn\u00e9e et la pratique des religions juive et musulmane fut interdite et les fid\u00e8les de l\u2019une et de l\u2019autre forc\u00e9s de se convertir \u00e0 la foi catholique.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/2(71).jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"433\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 toutes les mesures prises, l\u2019int\u00e9gration de la communaut\u00e9 andalouse suscitait la m\u00e9fiance des milieux religieux qui faisaient pression sur les pouvoirs politiques au nom de la politique mise en \u0153uvre au XVe si\u00e8cle de la \u00abpuret\u00e9 du sang\u00bb (limpieza de sangre), \u00e0 laquelle les \u00abnouveaux chr\u00e9tiens\u00bb ne pouvaient pr\u00e9tendre et qui faisait peser un doute sur la sinc\u00e9rit\u00e9 de leur foi. Les soup\u00e7ons d\u2019une fid\u00e9lit\u00e9 secr\u00e8te \u00e0 la foi musulmane et malgr\u00e9 une conversion apparente au catholicisme alimentaient une m\u00e9fiance de plus en plus forte et son cort\u00e8ge d\u2019accusations de \u00abcomplot\u00bb ou de \u00abvie dissolue\u00bb, etc. et les pers\u00e9cutions commenc\u00e8rent. Le tribunal du Saint Office de l\u2019Inquisition,cr\u00e9\u00e9 en 1478, traquait les sujets d\u2019origine juive (que l\u2019on qualifiait p\u00e9jorativement de marranes) et ceux de souche musulmane, les moriscos (terme par lequel on d\u00e9signa, au lendemain de la chute de Grenade, les musulmans convertis sous la contrainte).<\/p>\n<p>En 1502 est promulgu\u00e9 un \u00e9dit qui impose aux mud\u00e9jars de Castille de choisir la conversion ou l\u2019exil. Des communaut\u00e9s importantes de nouveaux convertis se maintinrent. Mais les entorses fr\u00e9quentes aux promesses initiales relatives aux usages et traditions tels que la possibilit\u00e9 d\u2019employer la langue arabe ou de voiler les femmes. On rapporte que des milliers de manuscrits furent br\u00fbl\u00e9s. Ces mesures provoqu\u00e8rent des r\u00e9voltes dont celle de 1568. Finalement, en 1609, Philippe III d\u00e9cide l\u2019expulsion (par voie de terre via la France et l\u2019Italie et plus massivement par voie de mer) des moriscos. Ce drame humanitaire se prolongera jusqu\u2019en 1614 en direction des pays du Maghreb et de l\u2019Empire ottoman d\u2019une mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale. Au Maroc, les Morisques fond\u00e8rent la ville de Sal\u00e9.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/3(50).jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"539\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>On les retrouve aussi \u00e0 Tlemcen et Oran. Mais c\u2019est la Tunisie, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019intelligence d\u2019un prince avis\u00e9, Othman Dey (1593-1610), qui accueille le plus grand nombre d\u2019exil\u00e9s.<\/p>\n<h2>2. L\u2019installation en Tunisie<\/h2>\n<p>On estime le nombre des arrivants \u00e0 environ 50 000 \u00e2mes. Sans doute inform\u00e9s des intentions royales, certains moriscos avaient quitt\u00e9 l\u2019Espagne avant l\u2019\u00e9dit d\u2019expulsion. Selon l\u2019historien J.D. Latham (1983), les premiers documents attestant leur pr\u00e9sence \u00e0 Tunis remontent \u00e0 1607, date \u00e0 laquelle un certain Fernandes de Leon \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9 avec cent neuf \u00abGrenadins\u00bb. Mais l\u2019arriv\u00e9e en masse eut lieu en 1610 et s\u2019\u00e9tala sur quelques ann\u00e9es. Outre la sagacit\u00e9 de Othman et de son successeur Youssouf Dey, la conjoncture \u00e9tait favorable pour l\u2019accueil d\u2019un nombre relativement \u00e9lev\u00e9 de r\u00e9fugi\u00e9s. Une crise d\u00e9mographique cons\u00e9cutive \u00e0 la peste de 1605 avait fait chuter le nombre d\u2019habitants et laiss\u00e9 en friche bien des terres. Les morisques &#8211; que l\u2019on continuait de qualifier d\u2019\u00abandalus\u00bb ou, selon la prononciation locale, \u00abandlus\u00bb &#8211; furent encourag\u00e9s \u00e0 fonder des colonies dans la vall\u00e9e de la Medjerda, au Cap Bon, dans la r\u00e9gion de Bizerte et dans les environs de Tunis. Dans la capitale, ce furent les plus habiles en mati\u00e8re d\u2019artisanat et de commerce qui malgr\u00e9 des difficult\u00e9s de tous ordres finirent par s\u2019imposer et dominer certains secteurs de l\u2019\u00e9conomie urbaine. Ces difficult\u00e9s \u00e9taient financi\u00e8res bien s\u00fbr. En la mati\u00e8re, l\u2019Etat porta secours aux n\u00e9cessiteux de mani\u00e8re directe ou &#8211; comme c\u2019\u00e9tait fr\u00e9quent \u00e0 l\u2019\u00e9poque &#8211;\u00a0 par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019un saint personnage Sidi Belgh\u00eeth al Qashsh\u00e2sh, bienfaiteur des morisques.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/4(32).jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"496\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Mais m\u00eame pour les moins d\u00e9pourvus, l\u2019int\u00e9gration \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 tunisoise ne fut pas facile: l\u2019hispanisation s\u2019exprimait dans les patronymes (ainsi,dans un document fran\u00e7ais de 1610, \u00e9tudi\u00e9 par l\u2019historien Andr\u00e9 Raymond (2006), des moriscos de Tunis se nomment,\u00a0 malgr\u00e9 l\u2019ajout d\u2019un pr\u00e9nom musulman (Hassan, Idriss ou Ali), Diego Hernandez, Bastian de Qaravachail, Alonso Castelayno et Domingo Peres. On rencontrait aussi \u00e0 Tunis et ailleurs d\u2019autres noms qui ont perdur\u00e9 Merichko, Sancho, Moro, Nigro, Jourchi, Cardenas, Balma, Balensian, Malq\u00ee, Tagar\u00een&#8230;). Elle s\u2019exprimait aussi dans la mani\u00e8re europ\u00e9enne de se v\u00eatir, de parler le castillan ou encore l\u2019attachement \u00e0 des usages hispaniques. Tout cela constituait autant de facteurs de m\u00e9fiance et de rejet de la part des autochtones. La r\u00e9ussite des nouveaux venus suscitait en outre la jalousie et le m\u00e9pris. \u00abUn morisque, rapporte le p\u00e8re trinitaire Francisco Ximenez dans son journal d\u2019un s\u00e9jour en Tunisie au XVIIIe si\u00e8cle, se plaignait qu\u2019apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9s d\u2019Espagne parce qu\u2019ils \u00e9taient des maures, ici [\u00e0 Tunis] on les prenait pour des chr\u00e9tiens et tout le temps on leur r\u00e9p\u00e9tait pour les offenser chr\u00e9tiens fils de chr\u00e9tiens.\u00bb (Mikel de Epalza, 1980 et 1983).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/5(18).jpg\" alt=\"\" width=\"250\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"392\" align=\"right\"\/>Mais d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, l\u2019int\u00e9gration fut une r\u00e9ussite. \u00abLeur r\u00e9ussite, \u00e9crit A.Raymond, dans leurs diverses entreprises et la puissance qu\u2019atteignit vite leur communaut\u00e9, leur tendance \u00e0 se replier sur eux-m\u00eames ne pouvaient que soulever de la jalousie de la part de la population locale.\u00bb M\u00eame si sous le r\u00e8gne de Youssef Dey, diverses exemptions furent annul\u00e9es, la communaut\u00e9 morisque continuait de prosp\u00e9rer. Ceux qui, dans les ann\u00e9es 1620, arriv\u00e8rent \u00e0 Tunis via la ville marocaine de Sal\u00e9 (fond\u00e9e par les morisques), et avaient, de ce fait, d\u00e9j\u00e0 acquis une culture arabe et musulmane par l\u2019affiliation au mouvement confr\u00e9rique soufi, eurent plus de facilit\u00e9 \u00e0 s\u2019int\u00e9grer dans une ville comme Tunis. Ce fut le cas du cheikh Sidi Mhammad Ibn Achour. Ses contemporains, les chroniqueurs tunisiens Al Wazir al Sarraj et Hussein Khouja, nous apprennent qu\u2019il naquit \u00e0 Sal\u00e9 en 1620, quelques ann\u00e9es apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e de ses parents chass\u00e9s d\u2019Espagne par \u00abfid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l\u2019islam\u00bb et qu\u2019il se fixa \u00e0 Tunis o\u00f9 il mourut en 1698, entour\u00e9 de la v\u00e9n\u00e9ration de tous\u00a0 en raison de ses \u00abkaram\u00e2t-s\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire les signes tangibles de sa saintet\u00e9 de wal\u00ee apr\u00e8s une vie consacr\u00e9e \u00e0 la pri\u00e8re et \u00e0 l\u2019enseignement du soufisme selon la voie de Sidi Belhassen al Chadoul\u00ee. Il gagnait sa vie comme artisan dans un m\u00e9tier d\u00e9velopp\u00e9 par les \u00abandalous\u00bb, la fabrication et le commerce des fameux bonnets tunisois (ch\u00e9chias) et dont nous reparlerons plus loin. Citons \u00e9galement le cas de Sidi Daoud al Sal\u00e2w\u00ee, ou encore celui d\u2019un autre soufi morisque, Sidi Mansour al Nach\u00e2r.<\/p>\n<p>Si l\u2019exode andalou \u00e9voque g\u00e9n\u00e9ralement chez nous la trag\u00e9die v\u00e9cue par les musulmans, il faut cependant rappeler que l\u2019expulsion frappa aussi, et massivement, les juifs d\u2019Espagne et du Portugal.\u00a0 D\u00e8s 1492 et la chute de Grenade, ils furent chass\u00e9s et beaucoup trouv\u00e8rent refuge en Turquie ottomane ; puis lors de l\u2019expulsion des moriscos en 1609-1610, car eux aussi furent soup\u00e7onn\u00e9s d\u2019\u00eatre rest\u00e9s secr\u00e8tement fid\u00e8les \u00e0 la religion h\u00e9bra\u00efque malgr\u00e9 une conversion apparente au catholicisme. Venus le plus souvent via Livourne (o\u00f9 les ducs de Toscane les avaient accueillis), ces Gorneyim ou Granas (c\u2019est-\u00e0-dire venus de Legorn-Livourne) constitu\u00e8rent rapidement l\u2019\u00e9lite juive commer\u00e7ante puis intellectuelle moderne de Tunis. Leurs liens avec les communaut\u00e9s juives d\u2019Europe dont Amsterdam contribuaient \u00e0 leur prosp\u00e9rit\u00e9 et \u00e0 leur penchant pour la culture occidentale.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/7(14).jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"514\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Pour revenir aux r\u00e9fugi\u00e9s morisques, si, comme nous l\u2019avons vu, l\u2019installation \u00e0 Tunis ne se fit pas sans difficult\u00e9s, dans les colonies andalouses, les choses furent plus faciles.\u00a0 Les deys leur accord\u00e8rent des exemptions fiscales qui\u00a0 contribu\u00e8rent \u00e0 leur prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique, cependant que la coh\u00e9sion de la communaut\u00e9 assura longtemps le\u00a0 maintien des usages espagnols (dont la langue qui demeura en usage jusqu\u2019au XVIIIe si\u00e8cle). Rapidement les terroirs o\u00f9 le pouvoir les avait install\u00e9s se d\u00e9velopp\u00e8rent et donn\u00e8rent naissance ou assur\u00e8rent l\u2019essor des bourgs et des villes. Ainsi, dans la vall\u00e9e de la Medjerda, les agglom\u00e9rations de Djede\u00efda, Sloughia, Medjez El Bab, Guirch el Oued et Testour. Visitant cette derni\u00e8re ville en 1724, le voyageur fran\u00e7ais Peyssonnel \u00e9crit: \u00abJe crus tout d\u2019abord avoir \u00e9t\u00e9 transport\u00e9 en Espagne. J\u2019entrai par une grande rue bien align\u00e9e qui aboutissait \u00e0 une place au fond de laquelle est la principale mosqu\u00e9e (\u2026) Les maisons sont b\u00e2ties \u00e0 l\u2019europ\u00e9enne avec des fen\u00eatres sur la rue, couvertes de briques rondes comme en Provence. \u00abQuant \u00e0 Francisco Ximenez, il fait mention dans son journalz des courses de taureaux\u00a0 \u00e0 l\u2019espagnole organis\u00e9es sur la\u00a0 grande place\u00bb de Testour. Dans cette ville embl\u00e9matique de la pr\u00e9sence morisque en Tunisie, l\u2019organisation urbaine jouissait d\u2019une certaine autonomie et les \u00e9diles reproduisaient un mod\u00e8le de gestion qui leur \u00e9tait familier. Voici ce que nous en dit le P\u00e8re Ximenez: \u00abLe pouvoir est entre les mains des maures andalous. Ils ont un cheikh qu\u2019ils appellent gobernador, des conseillers et un alguazil \u00e0 la mani\u00e8re espagnole.\u00bb Mais avec le temps, la sp\u00e9cificit\u00e9 andalouse tendit \u00e0 s\u2019estomper \u00abplusieurs parmi les maures andalous sont des Tagarins et des Aragonais. Mais de nombreux arabes sont venus par la suite vivre avec eux et d\u00e9j\u00e0, dans l\u2019\u00e9tat actuel des choses, les familles espagnoles et arabes se sont m\u00e9lang\u00e9es entre elles par l\u2019interm\u00e9diaire des mariages. C\u2019est pour cela que leurs fils perdent progressivement la langue espagnole. Il n\u2019y a que les vieux qui le parlent bien et couramment.\u00bb<br \/>On retrouve aussi les morisques \u00e0 Bizerte (ou, comme \u00e0 Tunis, ils cr\u00e9ent un nouveau quartier, Houmet el Andalous). Des communaut\u00e9s villageoises sont fond\u00e9es dans la r\u00e9gion et contribuent grandement \u00e0 son essor: Qal\u2019at al Andalous, El Alia, Metline, Menzel Djemil. Autre zone d\u2019installation des \u00abAndalous, le Cap Bon: \u00e0 Nabeul, Grombalia, Soliman, Nianou, Belli, Turki, Menzel Bou Zelfa, ou encore Dar Chaab\u00e2ne. On les rencontre bien s\u00fbr dans la campagne autour de Tunis: \u00e0 l\u2019Ariana, La Manouba,\u00a0 \u00e0 Carthage, La Marsa, la Soukra o\u00f9 les moriscos seraient venus rejoindre des Andalous install\u00e9s depuis l\u2019\u00e9poque hafside dans cette ceinture de jardins autour de la capitale. A Tunis m\u00eame, leur pr\u00e9sence contribua \u00e0 l\u2019essor urbanistique; la rue des Andalous dans la m\u00e9dina et, \u00e0 Bab Souika, le quartier des Andalous\u00a0 (Houmet al Andalus), Al B\u00eega et Tronja.<\/p>\n<h2>3. L\u2019apport des Andalous et des Moriscos \u00e0 la Tunisie<\/h2>\n<p>Nous avons dit plus haut que les Andalous \u00e9taient arriv\u00e9s par \u00e9tapes \u00e0 Tunis et ce, d\u00e8s le r\u00e8gne des sultans hafsides. Dans ce milieu naquit en 1332 l\u2019illustre Ibn Khaldoun dans une famille de lettr\u00e9s et de hauts fonctionnaires de l\u2019Etat hafside, originaire de S\u00e9ville et fix\u00e9e \u00e0 Tunis au lendemain de la chute de cette ville en 1248.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/9(7).jpg\" alt=\"\" width=\"250\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"362\" align=\"right\"\/>Les morisques, une fois install\u00e9s, eurent \u00e0 jouer un r\u00f4le politique dans une Tunisie en cours de r\u00e9organisation politique au lendemain de la conqu\u00eate ottomane de 1574. Ainsi \u00e9mergea au XVIIe si\u00e8cle la figure imposante de Mustafa de Cardenas, titulaire de la charge de cheikh des Andalous, riche propri\u00e9taire \u00e0 Grombalia mais aussi marchand d\u2019esclaves, n\u00e9gociant en gros et interm\u00e9diaire incontournable gr\u00e2ce \u00e0 ses capitaux et relations en Europe, armateur corsaire, il ne tarda \u00e0 exercer sur le dey Youssouf une grande influence avant de conna\u00eetre la disgr\u00e2ce et l\u2019exil en 1654. Un autre aspect m\u00e9connu est le r\u00f4le jou\u00e9 par des dignitaires moriscos dans la consolidation du pouvoir du bey Husse\u00efn Ben Ali, fondateur en 1705 de la dynastie husse\u00efnite: tel ce Mahmoud \u00abdescendant des maures andalous chass\u00e9s d\u2019Espagne, nous dit\u00a0 Francisco Ximenez, et qui \u00e9tait le khaznadar du bey qui gouvernait selon ses conseils\u00bb ou encore Soleiman Ch\u00e9rif Qastalli \u00abde la famille des Contreras de Alcala de Henares\u00bb, conseiller du bey, armateur corsaire et grand propri\u00e9taire d\u2019esclaves. Un saint personnage \u00abSidi Cadder [Abdelkader] ben Achor Andalous\u00bb (fils de Sidi Mhammad dont nous avons d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9), jouissant d\u2019une certaine influence aupr\u00e8s du bey, intervint positivement, \u00e0 la demande des pr\u00eatres de Tunis pour faire renvoyer le responsable du fondouk des captifs chr\u00e9tiens. C\u2019est ce m\u00eame \u00abSidi Cadder\u00bb que l\u2019on retrouve parmi les membres de la d\u00e9l\u00e9gation envoy\u00e9e par le bey au djebel Ouesslat pour parlementer avec le rebelle Ali Pacha.<\/p>\n<p>Dans le domaine des sciences religieuses et des lettres, les moriscos donnent \u00e0 Tunis et au pays des historiographes comme\u00a0 Al Wazir al Sarraj, des imams de la Zitouna tels que\u00a0 Mohamed Al Andalousi ou Hammouda al Rikli qui fut aussi cadi sous le r\u00e8gne de Ali Pacha, des ma\u00eetres tels les cheikhs Mohamed Kwink\u00e2, Soula\u00efman Al Kaf\u00eef, Mohamed El Hajj\u00e2m, des professeurs et des magistrats dont la lign\u00e9e des Ben Achour \u00e0 Tunis, les Madhour \u00e0 Soliman. On trouve aussi des cheikhs de confr\u00e9ries religieuses comme les Al Cherif Hachem al Andalousi, qui se succ\u00e9d\u00e8rent \u00e0 la dignit\u00e9 de cheikh des cheikhs de la A\u00efssaouia. Aux XIXe et XXe si\u00e8cles, des descendants de morisques contribu\u00e8rent \u00e0 l\u2019essor des disciplines religieuses et des lettres ainsi qu\u2019au mouvement de r\u00e9formes: le po\u00e8te, mystique et r\u00e9formiste Mahmoud Kabadou (Quevedo), le po\u00e8te Abdelrazzak Karabaca (Caravaca), les cheikhs Tahar et Fadhel Ben Achour, figures de proue de l\u2019islam tunisien savant, tol\u00e9rant et r\u00e9formiste et d\u2019une identit\u00e9 arabe ouverte sur le monde pour ne citer que les plus c\u00e9l\u00e8bres.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/8(10).jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"418\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>S\u2019il est un domaine sur lequel l\u2019empreinte des Andalous et morisques a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement b\u00e9n\u00e9fique \u00e0 la Tunisie, c\u2019est bien celui des techniques agricoles. Des familles anciennement install\u00e9es avaient d\u00e9j\u00e0 fait profiter le pays de leurs talents en mati\u00e8re d\u2019arboriculture et de jardins et palais de vill\u00e9giature. Au Bardo (domaine sultanien dont il est fait mention d\u00e8s 1420), par exemple, dont le nom viendrait de l\u2019espagnol pardo (pr\u00e9) ou encore \u00e0 Al Abdilliya de La Marsa (XVIe si\u00e8cle), t\u00e9moignage d\u2019une architecture d\u2019agr\u00e9ment qui porte la marque des pavillons de plaisance de l\u2019Espagne musulmane. C\u2019est aux morisques que nous devons l\u2019introduction des charrettes et chariots (carreta) ainsi que l\u2019essor de la culture de l\u2019olivier et des arbres fruitiers, la s\u00e9riciculture et l\u2019am\u00e9lioration des techniques\u00a0 d\u2019irrigation. Un autre domaine dans lequel les r\u00e9fugi\u00e9s morisques ont excell\u00e9 est celui de l\u2019artisanat et du commerce. C\u2019est \u00e0 eux que Tunis doit le perfectionnement de la fabrication du produit-phare des exportations tunisiennes jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1830 &#8211; 40: la c\u00e9l\u00e8bre ch\u00e9chia. Gr\u00e2ce \u00e0 une production sophistiqu\u00e9e, \u00e9tudi\u00e9e par l\u2019ethnologue Sophie Ferchiou (Importation des mati\u00e8res premi\u00e8res d\u2019Europe: laine de S\u00e9govie et plantes tinctoriales d\u2019Espagne de France et du Portugal, chardon s\u00e9ch\u00e9 de la r\u00e9gion de Bizerte, r\u00e9partition du travail entre le souk, les maisons particuli\u00e8res (travail f\u00e9minin du tricot), le Bat\u00e0n, moulin \u00e0 foulon, retour au souk), elle \u00e9tait\u00a0 non seulement vendue sur le march\u00e9 local mais aussi largement export\u00e9e dans tout le pourtour de la M\u00e9diterran\u00e9e. Le r\u00f4le d\u00e9cisif des morisques dans les progr\u00e8s techniques introduits est attest\u00e9 par le vocabulaire d\u2019influence castillane de la profession (cabissa banco, Brinsa, Bat\u00e2n\u2026). La r\u00e9putation bien \u00e9tablie de ce produit assura la prosp\u00e9rit\u00e9 des grandes familles andalouses qui domin\u00e8rent longtemps la gestion des souks, la corporation des chaouachias et le tribunal de commerce (al Ashra al Kbar), les familles Louzir, Laroussi,\u00a0 Haddad,Toumi, Qastalli, Lakhoua, notamment. Les \u00abAndalus\u00bb contribu\u00e8rent \u00e9galement au d\u00e9veloppement du tissage de la soie, parfumerie, c\u00e9ramique et divers m\u00e9tiers li\u00e9s \u00e0 l\u2019architecture et au d\u00e9cor.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/10(4).jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"425\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Dans l\u2019urbanisme, l\u2019architecture et le d\u00e9cor: d\u00e8s l\u2019\u00e9poque hafside, Tunis se dote d\u2019un monument religieux (zaouia) d\u00e9di\u00e9 \u00e0 un personnage \u00e0 la fois artisan c\u00e9ramiste et saint mystique, Sidi Qacem al Zaliji. O\u00f9 les influences hispano-arabes sont nettes. Testour aura ainsi sa grande mosqu\u00e9e, son minaret et son mihrab inspir\u00e9s de l\u2019art espagnol et dont l\u2019architecte, nous dit l\u2019historien Ahmed Saadaoui, est un certain Mohamed Taghr\u00een\u00fb \u00abLe Tagarin\u00bb. C\u2019est encore \u00e0 un morisque ( Mohamed Al Andalousi Ibn Gh\u00e2lib, que nous devons le beau portique ext\u00e9rieur de la mosqu\u00e9e Zitouna (XVIIe si\u00e8cle). La famille Nigr\u00fb donna bien des b\u00e2tisseurs dont les architectes de la mosqu\u00e9e de Hammouda Pacha et du minaret de la Zitouna tout comme leurs coll\u00e8gues les Ben Sabeur, eux aussi andalous. Les fondations morisques donn\u00e8rent \u00e0 leurs habitants l\u2019occasion de renouer avec le style en vogue dans la P\u00e9ninsule. Le lecteur s\u2019interrogera sans doute ici sur l\u2019apport des Andalous dans le domaine musical. On conna\u00eet,en effet, l\u2019empreinte de l\u2019Espagne musulmane sur le malouf. Son introduction en Tunisie est cependant davantage li\u00e9e \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des premiers r\u00e9fugi\u00e9s venus au temps des hafsides que des moriscos qui n\u2019\u00e9taient plus en contact avec la culture arabo-islamique.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/11(6).jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"915\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p class=\"c3\">D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, les r\u00e9fugi\u00e9s andalous et morisques ont contribu\u00e9 \u00e0 une prosp\u00e9rit\u00e9 tunisienne apr\u00e8s les graves d\u00e9sordres cons\u00e9cutifs \u00e0 la chute des Hafsides et le duel hispano-ottoman. En termes de civilisation, leur communaut\u00e9 a constitu\u00e9 un ind\u00e9niable apport sous la forme d\u2019une s\u00e9dentarit\u00e9 rurale novatrice et, dans le monde urbain, \u00e0 un suppl\u00e9ment de citadinit\u00e9, \u00e0 un moment o\u00f9 la vieille culture tunisoise subissait les effets de l\u2019\u00e2pret\u00e9 des autorit\u00e9s issues de la conqu\u00eate de 1574. Nous pouvons dire \u00e0 la suite de J.D.Latham que les Andalous ont constitu\u00e9 une \u00abforce vitale \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la soci\u00e9t\u00e9 tunisienne. (\u2026) nous devons rester conscients de la r\u00e9alit\u00e9 et de l\u2019importance de la contribution des Andalous \u00e0 l\u2019\u00e9volution de la Tunisie.\u00bb Ajoutons que trente-cinq ans apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e des Turcs, l\u2019arriv\u00e9e des morisques a contribu\u00e9 au maintien de l\u2019\u00e9quilibre propre \u00e0 la Tunisie entre Orient et Occident. Il n\u2019est pas exag\u00e9r\u00e9 de dire que la pr\u00e9sence andalouse a \u00e9t\u00e9 un contrepoids d\u2019Occident \u00e0 une ottomanisation qui e\u00fbt \u00e9t\u00e9 sans doute plus pouss\u00e9e, et une orientalisation plus massive dont ne voulaient ni la soci\u00e9t\u00e9 ni les grands deys et les beys.<\/p>\n<p class=\"c4\"><strong>Mohamed-El Aziz Ben Achour<\/strong><\/p>\n<p class=\"c4\">\u00a0<\/p>\n<p class=\"c2\"><strong><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/le_mensuel_abonnez_vous\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Bandeau-Leaders-1-copie(24).jpg\" alt=\"\" width=\"500\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"128\" align=\"middle\"\/><\/a><\/strong><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/28961-mohamed-el-aziz-ben-achour-les-andalous-dans-l-histoire-de-tunisie\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Aux origines de l\u2019immigration \u00abTel l\u2019amant s\u00e9par\u00e9 de sa bien-aim\u00e9e, la Religion Juste pleure sans cesse la perte de l\u2019Andalousie conquise par les infid\u00e8les\u00bb. Ce vers de la c\u00e9l\u00e8bre Complainte andalouse (\u00ab Rith\u00e2\u2019u al Andalus \u00bb) d\u2019Abou al Baq\u00e2 Al Rundi exprime avec \u00e9loquence la nostalgie arabe et musulmane, encore vivace aujourd\u2019hui, d\u2019un beau [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":74232,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"","fifu_image_alt":"","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-74231","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/74231","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=74231"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/74231\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=74231"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=74231"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=74231"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}