{"id":75574,"date":"2020-02-09T07:53:08","date_gmt":"2020-02-09T12:53:08","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/a-la-recherche-du-politique-linterminable-transition\/"},"modified":"2020-02-09T07:53:08","modified_gmt":"2020-02-09T12:53:08","slug":"a-la-recherche-du-politique-linterminable-transition","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/a-la-recherche-du-politique-linterminable-transition\/","title":{"rendered":"A la recherche du \u00abPOLITIQUE\u00bb: L\u2019interminable transition"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-text-color has-vivid-cyan-blue-color\"><strong>Entre d\u00e9fiance, rejet, m\u00e9fiance et sollicitude, l\u2019action politique, en d\u00e9cr\u00e9pitude presque partout dans le monde, est en perp\u00e9tuelle mutation. La mondialisation de l\u2019\u00e9conomie et la standardisation des m\u0153urs, acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e par les nouvelles technologies de l\u2019information et de communication, et surtout la forte s\u00e9dentarisation des soci\u00e9t\u00e9s sont, selon plusieurs politologues, \u00e0 l\u2019origine de cette crise du politique. Une crise qui affecte la d\u00e9mocratie et fait le lit de l\u2019autoritarisme sous toutes ses formes :\u00a0 populisme, nationalisme et religion. Le d\u00e9mographe, historien et essayiste fran\u00e7ais Emmanuel Todd n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 pointer du doigt la domination de la structure familiale : la famille nucl\u00e9aire affaiblit l\u2019individu face au pouvoir et an\u00e9antit ses capacit\u00e9s de r\u00e9sistance et de lutte pour d\u00e9fendre ses droits.<\/strong><\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-cyan-blue-color\"><strong>En fait, si les arguments et les explications ne manquent pas, le constat est incontestable. Les corps interm\u00e9diaires classiques, notamment les partis politiques et les syndicats, ne f\u00e9d\u00e8rent plus les citoyens, notamment les jeunes. Le messianisme de gauche des ann\u00e9es 60, 70 et 80 a laiss\u00e9 place \u00e0 la d\u00e9magogie port\u00e9e par les courants populistes et religieux. Ces derniers font peu de cas des valeurs universelles de la d\u00e9mocratie, des droits humains et de la libert\u00e9. Leur cheval de Troie est quasiment le m\u00eame\u00a0: le d\u00e9veloppement \u00e9conomique, la comp\u00e9titivit\u00e9 et une bonne place au classement sont dor\u00e9navant les priorit\u00e9s sacr\u00e9es. L\u2019enseignement, la couverture sociale, la sant\u00e9 publique, le syst\u00e8me de retraite, l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances, la libert\u00e9 d\u2019expression, \u00a0la justice pour tous \u2026 toutes ses valeurs sont rel\u00e9gu\u00e9es au second plan. Qu\u2019en est-il du Maroc?<\/strong><\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-cyan-blue-color\"><strong>Pour esquisser une r\u00e9ponse \u00e0\u00a0 cette question, Al Bayane a donn\u00e9 la parole \u00e0 la rencontre \u00e0 des politologues et des hommes politiques, de diff\u00e9rents horizons. Ils sont unanimes \u00e0 reconna\u00eetre que notre pays ne fait pas exception \u00e0 cette mouvance mondiale et la transition d\u00e9mocratique s\u2019y \u00e9ternise.<\/strong><\/p>\n<p class=\"c2\"><strong>Najib Amrani<\/strong><\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-red-color c3\"><strong>Le politique au Maroc entre blocages et mutations<\/strong><\/p>\n<div class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/albayane.press.ma\/wp-content\/uploads\/Caricature-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-84986\"\/><\/div>\n<p>Lorsqu\u2019on nous avons d\u00e9cid\u00e9 de r\u00e9aliser ce dossier au sein de la r\u00e9daction d\u2019Al Bayane, notre objectif\u00a0 fut de lancer le d\u00e9bat sur le champ politique national en d\u00e9cortiquant ses points forts et ses faiblesses, loin de toute subjectivit\u00e9. Notre ambition fut \u00e9galement de r\u00e9agir tous les acteurs du champ politique national, notamment les partis d\u00e9mocratiques. Certains ont\u00a0 d\u00e9clin\u00e9 notre invitation pour des raisons quelconques, d\u2019autres n\u2019ont m\u00eame pas pris le soin de nous r\u00e9pondre, mais\u00a0 qu\u2019\u00e0 cela ne tienne!<\/p>\n<p>En fait, de l\u2019avis quasi unanime des intervenants, notre champ politique est malade et plusieurs pesanteurs socioculturelles freinent son d\u00e9veloppement, \u00e0 telle enseigne qu\u2019on ait l\u2019impression que le projet de d\u00e9mocratisation du pays est renvoy\u00e9 aux calendes grecques.\u00a0 D\u2019ailleurs, c\u2019est les acteurs politiques qui l\u2019affirment. Abdelouahed Souhail, membre du Bureau politique du parti du progr\u00e8s et du socialisme (PPS)\u00a0 est on ne peut plus clairs. Pour lui, ce qui se passe maintenant au sein du champ politique laisser amplement \u00e0 d\u00e9sirer. En t\u00e9moigne le fait le fait qu\u2019une une bonne partie du gouvernement qui se mettait vent debout, d\u00e8s l\u2019entame de la mandature, contre le Chef du gouvernement, afin de d\u00e9cider contre son gr\u00e9, d\u00e9clare-t-il en substance.\u00a0 Et ce n\u2019est pas tout, car d\u2019autre facteurs de blocages\u00a0 persistent encore et toujours\u00a0 et ont eu pour effet des taux de participation faibles. Je fais allusion \u00e0 l\u2019achat de voix, l\u2019utilisation de l\u2019argent d\u2019une mani\u00e8re massive lors des campagnes \u00e9lectorales\u2026Il faut dire que telles pratiques ne font que redouter les citoyens, ajoute-t-il.<\/p>\n<p>M\u00eame son de cloche pour Abdelhamid Jmahri, membre du Bureau politique de l\u2019Union socialistes des forces populaires (USFP), soulignant de son c\u00f4t\u00e9, qu\u2019on vit actuellement une v\u00e9ritable d\u00e9gradation de l\u2019action politique, telle qu\u2019elle est exerc\u00e9e par\u00a0 les structures traditionnelles notamment les partis. Cela t\u00e9moigne d\u2019une grave crise de confiance, note-t-il en substance.\u00a0 Evoquant\u00a0 le cas de la gauche, le militant de l\u2019USFP consid\u00e8re que\u00a0 la gauche est malade \u00e0 cause de son \u00e9miettement pathologique. Elle connait de plus en plus\u00a0 une nette r\u00e9gression et cela risque m\u00eame de s\u2019aggraver dans les prochaines \u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales.<\/p>\n<p>M\u00eame constat pour Bilal Talidi, membre du Conseil national du parti de la justice et de d\u00e9veloppement (PJD), consid\u00e9rant que le rejet de l\u2019action politique par les citoyens est d\u00fb au fait que\u00a0\u00a0 l\u2019Etat\u00a0 dispose d\u2019une position monopolistique du pouvoir et que la comp\u00e9tition politique est r\u00e9git par des r\u00e8gles implicite et qui se situent parfois\u00a0 en dehors du champ visible. Pis encore ! L\u2019implication du\u00a0 citoyen dans l\u2019action politique\u00a0 demeure occasionnelle voire saisonni\u00e8re et se limite seulement aux \u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales, comme si les r\u00e9pertoires de l\u2019action politique se limitent seulement \u00e0 l\u2019acte du vote, fait-il remarquer.<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, Abdellatif Ouahbi, membre du Bureau politique du parti\u00a0 authenticit\u00e9 et modernit\u00e9 (PAM), souligne qu\u2019au Maroc, l\u2019action politique a pour finalit\u00e9 la pr\u00e9servation de l\u2019Etat. Il s\u2019agit d\u2019un pr\u00e9alable pour les d\u00e9cideurs.\u00a0 Comme quoi, la mission des partis consiste juste \u00e0\u00a0 meubler le d\u00e9cor. Comme quoi, la d\u00e9mocratie a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme une simple pr\u00e9sence des \u00e9lus dans l\u2019enceinte parlementaire avec une marge d\u2019action tr\u00e8s limit\u00e9e.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 Najib Mouhtadi, politologue et professeur universitaire, le Maroc est dans une situation transitionnelle o\u00f9 il y a un peu de d\u00e9mocratie et un peu d\u2019autoritarisme, une image refl\u00e9tant une r\u00e9alit\u00e9 alambiqu\u00e9e. En fait, persiste et souligne-t-il, la r\u00e9forme du champ politique passe par des institutions fortes, responsables et comptables de leurs actes, des citoyens qui se prennent totalement en charge, en r\u00e9apprenant la mission v\u00e9ritable de l\u2019Etat, le respect de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, et surtout en acc\u00e9dant \u00e0 la connaissance \u00e0 la fois du fonctionnement de la soci\u00e9t\u00e9 et du fonctionnement normal des institutions politiques.<\/p>\n<p>Pour le politologue, Mustapha Sehimi, la r\u00e9forme du champ politique passe par une pleine application de la Constitution et l\u2019exercice par les diff\u00e9rents organes de la pl\u00e9nitude de leurs attributions. Mais le plus important, affirme-t-il, c\u2019est d\u2019avoir volont\u00e9 politique r\u00e9formatrice et structurante\u2026<\/p>\n<p>Cela commande aussi que les nombreuses instances consultatives et de bonne gouvernance puissent assumer leur mission alors qu\u2019elles sont marginalis\u00e9es. Cela exige aussi davantage de d\u00e9mocratie interne au sein des partis o\u00f9 pr\u00e9vaut, ici et l\u00e0, un mod\u00e8le rentier, client\u00e9liste, clanique aussi. Enfin, les partis doivent recouvrer leur autonomie de d\u00e9cision, assumer leurs d\u00e9cisions en toute responsabilit\u00e9. C\u2019est \u00e0 cette aune-l\u00e0 que l\u2019on pourra engager les profondes r\u00e9formes attendues, avec des partis et des responsables justifiant d\u2019une capacit\u00e9 d\u2019incarnation et de portage. Retour \u00e0 la politique: voil\u00e0 le challenge. Elle seule assure et permet le n\u00e9cessaire soutien populaire !<\/p>\n<p class=\"c3\">***<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-red-color c3\">Najib Mouhtadi, politologue et professeur universitaire<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-red-color c3\"><strong>\u00abRed\u00e9finir les grands param\u00e8tres du syst\u00e8me politique\u00bb<\/strong><\/p>\n<div class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/albayane.press.ma\/wp-content\/uploads\/Najib-Mouhtadi.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-84985\"\/><\/div>\n<p><strong>Professeur de science politique, Najib Mouhtadi souligne\u00a0 que pour que l\u2019action politique ait un sens dans le Maroc d\u2019aujourd\u2019hui, nous avons besoin d\u2019une red\u00e9finition des grands param\u00e8tres du syst\u00e8me politique dans son ensemble. Et de souligner que la r\u00e9habilitation de l\u2019action politique par la r\u00e9forme de l\u2019\u00e9duction, la red\u00e9finition des bases de la socialisation de mani\u00e8re \u00e0 forger de nouveaux citoyens qui rompent avec les avatars du pass\u00e9 et s\u2019arment de nouveaux id\u00e9aux. Autrement dit, il faut que les citoyens sortent de la sph\u00e8re du d\u00e9nigrement et du d\u00e9ni, pour \u00eatre dans la construction, le vivre ensemble et l\u2019appartenance.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Al Bayane : L\u2019action politique a-t-elle aujourd\u2019hui un sens en l\u2019\u00e9tat actuel du champ politique?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Najib Mouhtadi :<\/strong> Evidemment,\u00a0 l\u2019action politique a toujours un sens.\u00a0 Elle demeure toutefois le r\u00e9sultat de l\u2019interd\u00e9pendance de variables multiples qui sont \u00e0 la fois d\u2019ordre endog\u00e8nes et exog\u00e8nes.\u00a0 Ainsi, est-elle tributaire de plusieurs facteurs plus ou moins d\u00e9terminants, notamment\u00a0 les normes et r\u00e8gles r\u00e9gissant le jeu politique ou la culture impr\u00e9gnant les \u00e9lites politiques, entre autres. Autrement dit, le contexte socioculturel est une variable d\u2019une importance cruciale pour appr\u00e9hender le sens de l\u2019action politique. D\u2019ailleurs, ceux qui n\u00e9gligent la dimension politique dans l\u2019analyse de tout syst\u00e8me social quel qu\u2019il soit, ont tort, car tout bonnement l\u2019action politique est au c\u0153ur de tout syst\u00e8me social, et d\u00e9termine, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, l\u2019\u00e9conomique, le technologique, l\u2019\u00e9ducationnel, le social.\u00a0 Dans la conjoncture particuli\u00e8re du Maroc, la raison recommande une red\u00e9finition du politique en g\u00e9n\u00e9ral et une nouvelle ing\u00e9nierie de la r\u00e9partition de l\u2019autorit\u00e9 politique en particulier. Par autorit\u00e9 politique, il ne faut pas entendre seulement le chef de l\u2019Etat ou du gouvernement ou le parlement. Il s\u2019agirait l\u00e0 d\u2019une grille de lecture simpliste, car en fin de compte, il y a imbrication d\u2019autres \u00abacteurs\u00bb tout aussi influents de la soci\u00e9t\u00e9 politique. Pour que l\u2019action politique ait un sens dans le Maroc d\u2019aujourd\u2019hui, nous avons besoin d\u2019une red\u00e9finition des grands param\u00e8tres du syst\u00e8me politique dans son ensemble.<\/p>\n<p><strong>Selon vous, qu\u2018est ce qui explique le rejet de l\u2019action politique par les citoyens?<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019incompr\u00e9hension de l\u2019action politique aupr\u00e8s du grand public qui est \u00e0 bl\u00e2mer, elle engendre un hiatus abyssal entre les citoyens et l\u2019univers politique. En fait, une large majorit\u00e9 de la population ne comprend rien aux v\u00e9ritables fonctions du gouvernement, ni quelle est la mission exacte de l\u2019institution l\u00e9gislative, quels sont les objectifs concrets d\u2019une politique publique, etc. Il se trouve que le pays est embarqu\u00e9 sur un vaisseau de la d\u00e9mocratie chant\u00e9e par tous, mais sans mode d\u2019emploi\u00a0!<\/p>\n<p>On vit une grave crise de socialisation politique, synonyme d\u2019incapacit\u00e9 des acteurs concern\u00e9s, plus particuli\u00e8rement les partis, \u00e0 mener \u00e0 bien leur mission ; \u00e0 savoir, celle d\u2019encadrer les citoyens. C\u2019est l\u2019incompr\u00e9hension qui entraine souvent le rejet dont il est question. A cela s\u2019ajoute un autre facteur, celui du d\u00e9ficit communicationnel dont font preuve les acteurs politiques et les m\u00e9dias autour de l\u2019ex\u00e9cution des politiques publiques. Cela nous renseigne au moins sur les limites de la capacit\u00e9 d\u2019action des partis politiques qui n\u2019ont plus une emprise sur la r\u00e9alit\u00e9 qui souvent les d\u00e9passe, r\u00e9v\u00e9lant au grand jour le dysfonctionnement du syst\u00e8me. Autre point non moins important, celui de la mobilit\u00e9 des \u00e9lites au sein des partis politiques, qui laisse \u00e0 d\u00e9sirer. Lorsque \u00e0 titre d\u2019exemple, un militant ambitieux cherche \u00e0 devenir un acteur politique influent, ce qui est\u00a0 d\u2019ailleurs l\u00e9gitime, il se rendrait compte bien vite que son appartenance n\u2019a aucun sens quant \u00e0 sa promotion, au regard de facteurs de blocages structurels, dus \u00e0 une culture politique autoritaire, patriarcale et client\u00e9liste r\u00e9gissant le fonctionnement des partis politiques. L\u00e0, il remettra en cause sa propre adh\u00e9sion et cherchera tout naturellement \u00e0 emprunter d\u2019autres parcours, d\u2019o\u00f9 la fili\u00e8re technocratique qui a ses propres codes, ses propres protocoles et interm\u00e9diaires.<\/p>\n<p>D\u2019autre part, il faut reconna\u00eetre que les partis politiques n\u2019ont aucune emprise sur la gestion du pouvoir politique. De ce fait, ils ne peuvent rien promettre \u00e0 leurs adh\u00e9rents et encore moins \u00e0 leur base militante. C\u2019est \u00e0 partir de l\u00e0, qu\u2019on peut s\u2019expliquer pourquoi \u00e7a coince souvent dans les instances partisanes.<\/p>\n<p>\u00a0Pour cela, les partis qui se r\u00e9clament d\u2019\u00e9manation du pouvoir, ont plus de chances d\u2019avoir un maximum d\u2019adeptes dans leurs rangs, au contraire d\u2019autres qui campent dans l\u2019opposition classique. L\u2019alternance s\u2019apparente alors \u00e0 un accident de parcours. On se rappelle \u00e0 cet \u00e9gard, comment ce principe a \u00e9t\u00e9 malmen\u00e9 en 2002, et comment il peine depuis \u00e0 s\u2019ancrer dans les m\u0153urs des uns et des autres.<\/p>\n<p><strong>Voulez-vous dire que l\u2019offre des partis politiques n\u2019est pas \u00e0 la hauteur des attentes des jeunes?<\/strong><\/p>\n<p>Pour des raisons li\u00e9es \u00e0 leur existence pr\u00e9caire et indigente, les partis produisent un discours politique compl\u00e8tement d\u00e9suet aux yeux des jeunes et ne va nullement de pair avec les mutations profondes que connait la soci\u00e9t\u00e9. Toutefois, il ne faudrait pas jeter le b\u00e9b\u00e9 avec l\u2019eau du bain, car on ne peut pas adosser toute la responsabilit\u00e9 aux partis qui sont eux-m\u00eames victimes d\u2019une \u00e9volution pas toujours saine. Ils se doivent n\u00e9anmoins de mettre en \u0153uvre de nouvelles approches id\u00e9ologiques, de nouveaux modes d\u2019action plus mobilisatrices, plus en phase avec les r\u00e9alit\u00e9s nouvelles. Ils sont appel\u00e9s \u00e0 plus de pr\u00e9sence sur le champ politique et socioculturel, plus d\u2019implication dans le r\u00e9el, en vue de formuler un discours smart qui r\u00e9ponde \u00e0 l\u2019air du temps, un discours intelligent\u00a0 qui f\u00e9d\u00e8re et mobilise.\u00a0 Comment faire ?\u00a0 La t\u00e2che est ardue. L\u2019id\u00e9ologie capitaliste n\u2019a plus le pouvoir de s\u00e9duction aujourd\u2019hui, vu sa f\u00e9rocit\u00e9 et ses effets pervers sur le bien-\u00eatre collectif, d\u2019autant plus que ses adeptes ne courent plus les rues. Le socialisme comme id\u00e9ologie connait lui aussi, une r\u00e9gression depuis la chute du bloc socialiste, hormis quelques r\u00e9ussites de la social-d\u00e9mocratie\u2026 Que reste-t-il\u00a0? Le discours religieux qui ratisse large en instrumentalisant un langage accessible aux masses et auquel les partis conventionnels ne peuvent faire face. \u00a0Dans tout cela, les partis se doivent de se mettre en harmonie avec les nouveaux changements en \u00e9laborant un discours attractif et pragmatique. Malheureusement, ce travail n\u2019est pas encore fait.<\/p>\n<p><strong>N\u2019estimez vous pas que ce rejet s\u2019explique \u00e9galement par une crise de repr\u00e9sentation politique?<\/strong><\/p>\n<p>Comme je l\u2019ai dit,\u00a0 il y a un grave probl\u00e8me de socialisation. Pour \u00eatre un peu plus clair, je dirais que beaucoup de gens ne savent m\u00eame pas \u00e0 quoi sert l\u2019acte de voter ou le sens de l\u2019op\u00e9ration \u00e9lectorale, confondent entre un parlementaire et un \u00e9lu local. D\u2019autres, en connaissance de cause affirment qu\u2019ils ne sont point concern\u00e9s par le jeu \u00e9lectoral ni par ses r\u00e9sultats, ni les institutions qui en sont issues, ce qui est un grave probl\u00e8me de soci\u00e9t\u00e9. La repr\u00e9sentation de la soci\u00e9t\u00e9 est\u00a0 biais\u00e9e au d\u00e9part. A cela s\u2019ajoute un autre handicap institutionnel, celui de la faible repr\u00e9sentativit\u00e9 de plusieurs cat\u00e9gories sociales. Je fais allusion aux jeunes et aux femmes\u2026 A titre indicatif, et malgr\u00e9 les progr\u00e8s normatifs, on a du mal \u00e0\u00a0 accepter l\u2019id\u00e9e de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des genres. Il faut dire qu\u2019au Maroc, la conception du politique s\u2019abreuve des valeurs culturelles dominantes qui se trouvent \u00eatre conservatrices. On ne peut pas avoir une vision politique progressiste avec des valeurs pass\u00e9istes et donc fig\u00e9es. Il en est de m\u00eame en ce qui concerne les jeunes, une cat\u00e9gorie sociale souvent rel\u00e9gu\u00e9e au second plan et qui restent fonci\u00e8rement tourn\u00e9e vers le pass\u00e9, au contraire d\u2019une jeunesse progressiste des ann\u00e9es 70. Que dire alors, si toute soci\u00e9t\u00e9 a besoin de la fougue de sa jeunesse pour se d\u00e9velopper!<\/p>\n<p><strong>Certains politologues estiment que la marge d\u2019action du gouvernement est limit\u00e9e et sa v\u00e9ritable responsabilit\u00e9 consiste \u00e0 g\u00e9rer un temps court contrairement\u00a0 au temps long qui est strat\u00e9gique, d\u00e9volu au roi. Qu\u2019en pensez-vous?<\/strong><\/p>\n<p>Il faut admettre que la r\u00e9alit\u00e9 est complexe, parfois t\u00eatue parfois insondable. Il y a eu \u00e9norm\u00e9ment de changements dans le fonctionnement de notre syst\u00e8me politique, mais \u00e9galement \u00e9conomique, religieux et moral\u2026 Les al\u00e9as structurels requi\u00e8rent des politiques qui jalonnent un espace temps visible certes, n\u00e9anmoins requ\u00e9rant plus d\u2019anticipation, ce qui donne \u00e0 la monarchie la capacit\u00e9 d\u2019\u00e9taler toute sa lucidit\u00e9 et sa perspicacit\u00e9 \u00e0 forger le temps. Le gouvernement en revanche, dispose d\u2019une marge de man\u0153uvre, certes limit\u00e9e, mais conditionn\u00e9e par des projets qui lui \u00e9chappent en partie. Est-ce un handicap\u00a0?\u00a0 S\u2019il n\u2019est pas souvent porteur d\u2019un projet \u00e0 long terme, il se doit au moins de corriger les manquements, les insuffisances et les lacunes des politiques publiques. Or, on constate que l\u2019Ex\u00e9cutif \u00e9tale au grand jour son incapacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9fendre ses id\u00e9es, et qui manquent de\u00a0 projets et de programmes concrets. Il a certainement du mal \u00e0 accompagner des politiques publiques auxquelles il n\u2019a pas particip\u00e9es, sachant qu\u2019il dispose d\u2019atouts pour le faire. Je fais allusion \u00e0 plusieurs chantiers, tels le Plan Vert ou celui de Halieutis o\u00f9 plusieurs probl\u00e8mes ont \u00e9t\u00e9 soulev\u00e9s, sans que cela ne suscite la moindre r\u00e9action de l\u2019Ex\u00e9cutif, se contentant du r\u00f4le de spectateur, alors que rien ne lui interdit d\u2019apporter au moins des correctifs, voire des solutions de d\u00e9passement\u2026<\/p>\n<p><strong>L\u2019anthropologue Abdellah Hammoudi a d\u00e9clar\u00e9 r\u00e9cemment que la transition d\u00e9mocratique a pris fin et qu\u2019on est maintenant face \u00e0 ce qu\u2019il a d\u00e9sign\u00e9 par autoritarisme gestionnaire \u00bb,\u00a0 qu\u2019en pensez-vous?<\/strong><\/p>\n<p>D\u2019un point de vue acad\u00e9mique, la transition d\u00e9mocratique ou transition tout court, c\u2019est le passage d\u2019un \u00e9tat A \u00e0 un \u00e9tat B. Or, si on connait l\u2019\u00e9tat A on ne connait pas l\u2019\u00e9tat B, et il n\u2019est pas dit qu\u2019une transition se d\u00e9roule en X temps. Affirmer que\u00a0 la transition est finie n\u2019a aucun sens \u00e0 mon avis. Et d\u2019abord, elle a commenc\u00e9 quand cette transition ? Le Maroc a connu depuis l\u2019ind\u00e9pendance plusieurs phases de d\u00e9mocratisation du syst\u00e8me politique, \u00e0 commencer par les r\u00e9formes politiques cons\u00e9cutives \u00e0 la marche verte en 1975, puis les \u00e9lections de 1977 en passant par les ann\u00e9es 90 o\u00f9 le pouvoir a entam\u00e9 un grand virage pour plus de d\u00e9mocratisation en adoptant une nouvelle Constitution par deux fois en quatre ans (1992-1996), et au final le gouvernement dit d\u2019alternance consensuelle pilot\u00e9 par Abderrahmane El Youssoufi et qui devait ouvrir la voie \u00e0 une \u00e8re nouvelle qui tarde \u00e0 pointer du nez\u2026<\/p>\n<p>La transition d\u00e9mocratique n\u2019est pas un processus lin\u00e9aire et peut prendre fin en 20 ans ou 30 ans, selon les cas, mais ce n\u2019est pas une r\u00e8gle. La transition n\u2019est pas dat\u00e9e ni n\u2019est-elle programmable. Elle d\u00e9pend de plusieurs facteurs, et ne peut \u00eatre que globale. Elle s\u2019op\u00e8re \u00e0 plusieurs \u00e9tages concomitamment, culturels, politiques, \u00e9conomiques,\u00a0 \u00e9ducationnels\u2026<\/p>\n<p>Si l\u2019on prend uniquement le volet politique \u00e0 titre d\u2019exemple, nous sommes en mesure d\u2019affirmer que la transition monarchique s\u2019est pass\u00e9e dans des conditions optimales. Pour autant le syst\u00e8me politique n\u2019a pas v\u00e9cu la transition tant attendue comme en Espagne ou au Chili, et on attend toujours une rotation normale des formations politiques et des \u00e9lites, sur la base d\u2019un texte constitutionnel et ses pratiques consacr\u00e9es, qui favorisent l\u2019alternance par les urnes.<\/p>\n<p>Nous sommes dans une situation transitionnelle o\u00f9 il y a un peu de d\u00e9mocratie et un peu d\u2019autoritarisme, une image refl\u00e9tant une r\u00e9alit\u00e9 alambiqu\u00e9e. S\u2019agissant de \u00ab l\u2019autoritarisme gestionnaire \u00bb \u00e9voqu\u00e9 par Abdellah Hammoudi, je pense qu\u2019il a vu juste, puisque la soci\u00e9t\u00e9 a montr\u00e9 ses limites, et les partis ont d\u00e9missionn\u00e9 ou y ont \u00e9t\u00e9 forc\u00e9s de le faire. Peu importe, ils n\u2019assument plus ou pas leurs fonctions. C\u2019est pour cette raison que le pouvoir politique c\u2019est-\u00e0-dire la monarchie s\u2019est transform\u00e9e en Manager en chef qui occupe une place centrale sur l\u2019\u00e9chiquier politique et \u00e9conomique invariablement. A tel point qu\u2019aucun ministre n\u2019est aujourd\u2019hui capable d\u2019assumer enti\u00e8rement le fonctionnement de son d\u00e9partement, revendiquer ses attributions, sans en r\u00e9f\u00e9rer aux instructions royales\u00a0! Bref, les partis politiques en l\u2019\u00e9tat, ne disposent pas de la capacit\u00e9 de se transformer en de v\u00e9ritables acteurs politiques, \u00e0 la fois autonomes du centre d\u2019impulsion monarchique qui poin\u00e7onne la centralit\u00e9 au c\u0153ur du syst\u00e8me, et de l\u2019id\u00e9ologie dominante laquelle minore \u00e0 dessein le r\u00f4le des partis politiques et sape leur cr\u00e9dibilit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Actuellement on parle d\u2019un nouveau mod\u00e8le de d\u00e9veloppement, alors que pour certains observateurs, la r\u00e9forme politique est une condition sine qua non pour mettre en place un mod\u00e8le de d\u00e9veloppement global et inclusif\u2026<\/strong><\/p>\n<p>La panac\u00e9e consiste avant tout, \u00e0 red\u00e9finir le sens de l\u2019action politique. C\u2019est vrai qu\u2019il y a urgence d\u2019un nouveau mod\u00e8le de d\u00e9veloppement, mais il ne faut pas omettre qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une initiative royale, sachant que ce sont les partis politiques, la soci\u00e9t\u00e9 civile qui devaient normalement le faire\u2026 Pour moi,\u00a0 un nouveau mod\u00e8le de d\u00e9veloppement se con\u00e7oit de mani\u00e8re globale qui prend en compte aussi bien le politique, le social que l\u2019\u00e9conomique et le culturel. Ceux qui estiment que la r\u00e9forme passe d\u2019abord par le champ politique ont raison. A cet \u00e9gard, il y a les tenants de la monarchie parlementaire qui voudraient plus de pouvoir entre les mains des repr\u00e9sentants de la nation, et il y a les autres qui pensent que ce mod\u00e8le ne convient pas au Maroc ou que la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019y est pas encore pr\u00e9par\u00e9e. Faut-il rappeler que la r\u00e9partition des pouvoirs a \u00e9t\u00e9 la pomme de discorde entre la monarchie et le mouvement national depuis l\u2019ind\u00e9pendance. C\u2019est dire que cette question reste en suspens.<\/p>\n<p>Le plus important aujourd\u2019hui, c\u2019est de trouver une ligne m\u00e9diane en l\u2019adaptant au cas du pays, car, en fin de compte, le Maroc a sa propre histoire et nous nous sommes suffisamment outill\u00e9s pour mettre en place notre propre mod\u00e8le aussi bien politique (parlementarisme) qu\u2019\u00e9conomique (industrialisation) et social (la\u00efcit\u00e9, \u00e9galit\u00e9). Au lieu de se focaliser sur le mod\u00e8le de d\u00e9veloppement avec une vision principalement techniciste, il faudrait commencer par le commencement c\u2019est-\u00e0-dire red\u00e9finir les bases de la participation politique et de la repr\u00e9sentativit\u00e9 individuelle et spatiale.<\/p>\n<p><strong>Comment doit-on proc\u00e9der pour op\u00e9rer une v\u00e9ritable r\u00e9forme du champ politique?<\/strong><\/p>\n<p>Il faut r\u00e9former l\u2019\u00e9duction, red\u00e9finir les bases de la socialisation de mani\u00e8re \u00e0 forger de nouveaux citoyens qui rompent avec les avatars du pass\u00e9 et s\u2019arment de nouveaux id\u00e9aux. Autrement dit, il faut que les citoyens sortent de la sph\u00e8re du d\u00e9nigrement et du d\u00e9ni, pour \u00eatre dans la construction, le vivre ensemble et l\u2019appartenance.<\/p>\n<p>Toute r\u00e9forme n\u2019a de sens que lorsqu\u2019elle aboutit \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019un nouveau citoyen conscient de ses droits et de ses obligations, et cela commence \u00e0 l\u2019\u00e9cole. La r\u00e9forme du champ politique passe par des institutions fortes, responsables et comptables de leurs actes, des citoyens qui se prennent totalement en charge, en r\u00e9apprenant la mission v\u00e9ritable de l\u2019Etat, le respect de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, et surtout en acc\u00e9dant \u00e0 la connaissance \u00e0 la fois du fonctionnement de la soci\u00e9t\u00e9 et du fonctionnement normal des institutions politiques. Enfin r\u00e9habiliter le politique, c\u2019est r\u00e9habiliter les partis et l\u2019action citoyenne multiforme.<\/p>\n<p class=\"c3\">***<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-red-color c3\"><strong>Mustapha Sehimi, Professeur de droit, politologue<\/strong><\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-red-color c3\"><strong>\u00abLes partis doivent recouvrer leur autonomie de d\u00e9cision\u00bb<\/strong><\/p>\n<div class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/albayane.press.ma\/wp-content\/uploads\/Sehimi.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-84984\"\/><\/div>\n<p><strong>Pour le politologue, Mustapha Sehimi, la r\u00e9forme du champ politique passe par une pleine application de la Constitution et l\u2019exercice par les diff\u00e9rents organes de la pl\u00e9nitude de leurs attributions. Mais le plus important, persiste et signe-t-il, c\u2019est d\u2019avoir une volont\u00e9 politique r\u00e9formatrice et structurante\u2026<\/strong><\/p>\n<p><strong>Al Bayane : Quels sont les facteurs d\u00e9terminants qui expliquent aujourd\u2019hui le d\u00e9sint\u00e9ressement des citoyens \u00e0 l\u2019action politique?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mustapha Sehimi :<\/strong> C\u2019est vrai: la d\u00e9saffection est certaine \u00e0 l\u2019endroit des partis politiques. Plusieurs facteurs cumulatifs poussent dans ce sens. Le premier a trait \u00e0 l\u2019insuffisance de l\u2019encadrement qui se v\u00e9rifie chez les jeunes, les femmes et dans d\u2019autres forces vives.<\/p>\n<p>Intervient aussi un autre facteur : l\u2019offre partisane. Celle-ci est sans doute plurielle et on peut ici distinguer entre celle faite par des partis progressistes (USFP, PPS, PSU et FGD) et celle des partis dits \u00ab\u00a0administratifs\u00a0\u00bb (RNI, UC, MP et PAM). Les parcours historiques et militants des premiers les rendent-ils pour autant plus attractifs par rapport aux seconds ? C\u2019est une question.<\/p>\n<p>Un autre facteur doit \u00eatre mis en relief: il porte sur la nature et la port\u00e9e de l\u2019action politique. Celle-ci p\u00e8se-t-elle r\u00e9ellement dans l\u2019\u00e9laboration et la mise en \u0153uvre des politiques publiques ? Les v\u00e9ritables centres de d\u00e9cision ne sont-ils pas ailleurs, l\u00e0 o\u00f9 le contr\u00f4le d\u00e9mocratique fait d\u00e9faut ? R\u00e9f\u00e9rence est faite notamment \u00e0 des centres de fait qui ont la haute main sur la vie \u00e9conomique nationale. Qui a contr\u00f4l\u00e9 depuis plus de soixante ans la CDG qui n\u2019a qu\u2019un conseil de surveillance et qui n\u2019est pas dot\u00e9 d\u2019un conseil d\u2019administration ? Qui a la haute main sur des offices et des entreprises publiques dont les conseils d\u2019administration sont pr\u00e9sid\u00e9s par le chef de l\u2019ex\u00e9cutif ? Le minist\u00e8re des finances \u2013 avec les directions des imp\u00f4ts et du budget \u2013 n\u2019exerce-t-il pas des attributions d\u00e9bordantes sur pratiquement les secteurs, le Chef du gouvernement ne pouvant pas arbitrer grand-chose?<\/p>\n<p><strong>La perte de la cr\u00e9dibilit\u00e9 des partis n\u2019est-elle pas due \u00e0 l\u2019ing\u00e9rence de l\u2019Etat dans leurs affaires internes?<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019Etat peut-il rester neutre par rapport aux partis ou encore dans leur vie organique ? Difficile de le croire. Au Maroc, la pratique institutionnelle depuis l\u2019ind\u00e9pendance est int\u00e9ressante \u00e0 rappeler. Globalement, elle tient \u00e0 ceci : contrecarrer et r\u00e9duire les partis issus du mouvement national (PI, UNFP\/USFP, PPS) en mettant sur pied des partis dits \u00ab\u00a0administratifs\u00a0\u00bb. Ce fut le cas avec le FDIC, puis du RNI d\u2019Ahmed Osman (1978), de l\u2019UC de Ma\u00e2ti Bouabid (1983).<\/p>\n<p>Cet interventionnisme de l\u2019Etat dans la vie partisane s\u2019est de nouveau prolong\u00e9 avec le nouveau r\u00e8gne alors que l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une non -immixtion \u00e9tait attendue et esp\u00e9r\u00e9e, en rupture donc avec le pr\u00e9c\u00e9dent r\u00e8gne. Tel ne fut pas le cas partant avec la cr\u00e9ation du PAM en ao\u00fbt 2008 par fusion de cinq petits partis. Voil\u00e0 d\u00e9j\u00e0 de quoi s\u2019interroger sur plusieurs points: cette fusion n\u2019\u00e9tait elle pas le r\u00e9sultat d\u2019une pression? N\u2019est-ce pas l\u2019expression, brut de d\u00e9coffrage si l\u2019on ose dire c\u2019est-\u00e0-dire mal fa\u00e7onn\u00e9e, d\u2019une approche directive d\u2019un certain agencement partisan. Par la suite, cette m\u00e9thodologie s\u2019est prolong\u00e9e d\u2019abord lors des \u00e9lections communales de juin 2009 puis de celles de 2011, 2015 et 2016. Au fond, l\u2019on a retrouv\u00e9 dans la \u00ab\u00a0recette\u00a0\u00bb PAM un mode d\u2019emploi du pass\u00e9 sans doute mais avec moins de traitement, de savoir-faire surtout que la soci\u00e9t\u00e9 avait chang\u00e9 et que les r\u00e9seaux sociaux aidaient \u00e0 amplifier et \u00e0 critiquer de telles pratiques.<\/p>\n<p>Mais il y a plus. R\u00e9f\u00e9rence est faite ici \u00e0 un autre domaine o\u00f9 l\u2019Etat est intervenu dans la vie interne de certains partis. Au RNI, comment ne pas citer le coup de force qui a destitu\u00e9 Mustapha Mansouri, alors pr\u00e9sident, en janvier 2010 pour le remplacer par Salaheddine Mezouar ? Pourquoi ? Parce qu\u2019il \u00e9tait r\u00e9tif, oppos\u00e9 m\u00eame, \u00e0 la mainmise du PAM sur son parti. Dans cette m\u00eame formation, eut lieu une autre op\u00e9ration pratiquement comparable, le 12 octobre 2016, avec la \u00ab\u00a0d\u00e9mission\u00a0\u00bb du m\u00eame Salaheddine Mezouar et son remplacement le jour m\u00eame par Aziz Akhannouch qui avait suspendu son adh\u00e9sion le 2 janvier 2012 et qui avait m\u00eame d\u00e9clar\u00e9 en mai 2016 qu\u2019il allait quitter la sc\u00e8ne politique\u2026<\/p>\n<p>Pareille ing\u00e9rence se retrouve encore du c\u00f4t\u00e9 d\u2019une autre formation de ce m\u00eame lot des partis \u00ab\u00a0administratifs\u00a0\u00bb, avec le Mouvement populaire. Mohand Laenser a \u00e9t\u00e9 reconduit secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral pour un neuvi\u00e8me mandat \u2013 il avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lu en octobre 1986 \u2013 alors qu\u2019il avait d\u00e9clar\u00e9 et bien avant le 11\u00e8me\u00a0 congr\u00e8s (juin 2010) qu\u2019il ne serait plus candidat\u2026 Faute de profil consensuel au sein de la direction harakie, il n\u2019y a pas d\u2019autre option que son maintien. Preuve que l\u2019Etat pr\u00e9f\u00e8re g\u00e9rer le statu quo faute d\u2019avoir pr\u00e9par\u00e9 le changement\u2026<\/p>\n<p>L\u2019interventionnisme de l\u2019Etat se limite-t-il \u00e0 ce seul p\u00e9rim\u00e8tre ? Pas vraiment. Ainsi une formation comme l\u2019UC n\u2019a pas d\u2019autre latitude, semble-t-il, que d\u2019\u00eatre \u00e0 la remorque du RNI, Aziz Akhannouche \u00e9tant de fait mandataire, avec de pleins pouvoirs de n\u00e9gociation en son nom lors des tractations de repr\u00e9sentation au gouvernement et partant contraint de s\u2019aligner.\u00a0 Il y a bien des \u00e9tats d\u2019\u00e2me et de l\u2019amertume dans les rangs des parlementaires de l\u2019UC de Mohamed Sajid mais pas jusqu\u2019\u00e0 nourrir une fronde\u2026<\/p>\n<p>Enfin, il faut mentionner les rapports entre l\u2019Etat et deux partis du mouvement national, le PI et l\u2019USFP. Pour ce qui est de la formation istiqlalienne, la propulsion de Hamid Chabat \u00e0 sa t\u00eate, en septembre 2012 durant cinq ans, jusqu\u2019\u00e0 octobre 2017, s\u2019est-elle faite avec la \u00ab\u00a0neutralit\u00e9\u00a0\u00bb de l\u2019administration ? Personne ne peut s\u00e9rieusement le soutenir.<\/p>\n<p>Un tel casting devait faire pi\u00e8ce au populisme d\u2019Abdelilah Benkirane, alors secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du PJD et Chef du gouvernement (janvier 2012 \u2013 octobre 2016). La m\u00eame op\u00e9ration \u00ab\u00a0populiste\u00a0\u00bb ne s\u2019est-elle pas faite en direction de l\u2019USFP avec l\u2019\u00e9lection de Driss Lachgar, \u00e9lu premier secr\u00e9taire, en d\u00e9cembre 2012. R\u00e9\u00e9lu en mai 2017, des incertitudes se pr\u00e9sentent quant \u00e0 son statut au XI\u00e8me congr\u00e8s pr\u00e9vu en 2021. L\u2019hypoth\u00e8se de la mise sur orbite d\u2019un profil comme celui d\u2019Ahmed-R\u00e9da Chami, ancien ministre et pr\u00e9sident du CESE, est pour l\u2019heure mise en avant sans que les conditions op\u00e9ratoires de sa r\u00e9alisation soient certaines.<\/p>\n<p>Avec le PAM, c\u2019est pratiquement un concentr\u00e9 d\u2019ing\u00e9rence de l\u2019Etat qu\u2019il faut examiner. Ce parti a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par le pouvoir\u2026 Ce parti se heurte encore au moins \u00e0 trois gros probl\u00e8mes : le d\u00e9ficit de leadership avec cinq dirigeants depuis 2009; son contre-emploi en ce sens qu\u2019il a \u00e9t\u00e9\u00a0 rejet\u00e9 depuis 2012 dans l\u2019opposition alors qu\u2019il devait avoir une vocation gouvernementale appuy\u00e9e; enfin l\u2019identit\u00e9 et la lisibilit\u00e9 de son offre programmatique, corset\u00e9e entre le PJD, le PI, le RNI, l\u2019USFP et le PPS. Il s\u2019est volontiers baptis\u00e9 \u00ab\u00a0Parti de l\u2019authenticit\u00e9\u00a0\u00bb, ce qui fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des valeurs et des traditions lesquelles sont au c\u0153ur du r\u00e9f\u00e9rentiel de formations comme le PJD, le PI ou le MP et ce suivant des d\u00e9clinaisons propres \u00e0 chacun de ces partis. Il a aussi accol\u00e9 \u00e0 ce terme celui de \u00ab\u00a0modernit\u00e9\u00a0\u00bb; mais l\u00e0 encore, ce socle est assum\u00e9 et port\u00e9 notamment par deux partis aux r\u00e9f\u00e9rences historiques que sont l\u2019USFP et le PPS. Quelle peut \u00eatre la valeur ajout\u00e9e du PAM dans ce champ-l\u00e0 ? Dix ans apr\u00e8s sa cr\u00e9ation, ce parti du tracteur a-t-il pu capitaliser peu ou prou quelque apport particulier dans la d\u00e9fense et illustration d\u2019un projet de soci\u00e9t\u00e9 moderniste ? Au lieu de renforcer les forces progressistes, son bilan n\u2019est-t-il pas plut\u00f4t celui de la division et du brouillage ?<\/p>\n<p><strong>L\u2019anthropologue Abdellah Hammoudi a d\u00e9clar\u00e9 r\u00e9cemment que la transition d\u00e9mocratique a pris fin et qu\u2019on est maintenant face \u00e0 ce qu\u2019il a d\u00e9sign\u00e9 par autoritarisme gestionnaire\u00bb, qu\u2019en pensez-vous?<\/strong><\/p>\n<p>La Constitution de 2011 a constitu\u00e9 de grandes avanc\u00e9es, mais la pratique institutionnelle depuis neuf ans a-t-elle permis de consolider ces acquis consacr\u00e9s dans le texte constitutionnel?<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0nouvel autoritarisme gestionnaire\u00a0\u00bb \u00e9voqu\u00e9 par Abdellah Hammoudi n\u2019est pas \u00e0 \u00e9carter. Qui d\u00e9cide? Qui arr\u00eate les grands chantiers? Qui priorise les r\u00e9formes ? Et qui les accompagne par des impulsions, des recadrages et le cas \u00e9ch\u00e9ant sanctionne les responsables publics charg\u00e9s de leur mise en \u0153uvre? C\u2019est le Roi! Mais pourquoi le syst\u00e8me fonctionne-t-il ainsi alors que les acteurs ont des responsabilit\u00e9s et des mandats tant au niveau national que local?<\/p>\n<p>De fortes pesanteurs culturelles et politiques poussent certainement dans ce sens lesquelles font une large place encore \u00e0 un principe pr\u00e9gnant de verticalit\u00e9 : \u00a0\u00bb On attend un signe d\u2019en haut, une directive\u2026\u00a0\u00bb Une retenue qui se conjugue \u00e0 de la frilosit\u00e9. Du c\u00f4t\u00e9 du m\u00e9chouar, on explique volontiers l\u2019interventionnisme et l\u2019autoritarisme si n\u00e9cessaire parce que les acteurs institutionnels sont d\u00e9faillants\u2026 Une \u00e9quation ferm\u00e9e qui ne permet pas d\u2019int\u00e9grer un cercle vertueux o\u00f9 ceux-ci assumeraient la pl\u00e9nitude de leurs attributions. En somme, c\u2019est le primat d\u2019une r\u00e9gulation arbitrale et s\u2019il y a lieu d\u00e9cisionnaire : elle fonctionne dans le syst\u00e8me partisan \u2013 on l\u2019a \u00e9voqu\u00e9 \u2013 mais aussi dans le syst\u00e8me \u00e9tatique et ses multiples d\u00e9multiplications dans le secteur public et semi-public.<\/p>\n<p><strong>A maintes reprises, vous avez critiqu\u00e9 l\u2019action du gouvernement, mais plusieurs analystes consid\u00e8rent qu\u2019il y a deux temps de la politique au Maroc Un temps long, strat\u00e9gique, d\u00e9volu au Roi et un temps court, celui du gouvernement. Peut-on asserter que la marge d\u2019action du gouvernement demeure limit\u00e9e par des contraintes institutionnelles?<\/strong><\/p>\n<p>Il y a effectivement, \u00e0 un premier niveau d\u2019analyse, un temps long et un temps court dans la vie politique nationale. Le temps est celui de la monarchie, du r\u00e8gne ; le temps court, lui, rel\u00e8ve du calendrier \u00e9lectoral, l\u00e9gislatif, li\u00e9 \u00e0 une mandature. La marge d\u2019action d\u2019un gouvernement est-elle limit\u00e9e parce qu\u2019elle s\u2019ins\u00e8re dans une l\u00e9gislature de cinq ans comme c\u2019est le cas aujourd\u2019hui ? Ce n\u2019est pas \u00e9vident. Pour revenir \u00e0 l\u2019histoire, le cabinet Abdellah Ibrahim avec Abderrahim Bouabid n\u2019a dur\u00e9 que dix huit mois (d\u00e9cembre 1958 \u2013 mai 1960) et il a entrepris de grandes r\u00e9formes pour doter le Maroc ind\u00e9pendant de grands leviers \u00e9conomiques. Le cabinet El Youssoufi, pourtant \u00e0 l\u2019\u00e9troit dans une formule gouvernementale particuli\u00e8re, a aussi marqu\u00e9 des changements \u00e9ligibles \u00e0 un processus de transition d\u00e9mocratique rest\u00e9 cependant inachev\u00e9. Les gouvernements Jettou et Abbas El Fassi ont eux aussi, engag\u00e9 des r\u00e9formes contrari\u00e9es cependant par la crise financi\u00e8re 2008-2009.<\/p>\n<p>En ce d\u00e9but 2020, y-a-t- il de nouveaux termes de r\u00e9f\u00e9rence quant \u00e0 la latitude d\u2019action du gouvernement ? Tout para\u00eet se passer comme s\u2019il y avait une double grille de lecture et d\u2019\u00e9valuation. La premi\u00e8re a trait \u00e0 l\u2019action royale, la seconde regarde le gouvernement. Les grands chantiers structurants ont \u00e9t\u00e9 entrepris par le Souverain. Il est reproch\u00e9 au gouvernement de Benkirane et d\u2019El Othmani de n\u2019avoir pas r\u00e9ussi \u00e0 les accompagner dans des conditions optimales. Mais a-t-on dot\u00e9 l\u2019Etat des moyens et des leviers efficients pour assurer l\u2019optimisation des politiques publiques d\u2019une ann\u00e9e sur l\u2019autre?<\/p>\n<p><strong>Selon vous, quelle est la porte d\u2019entr\u00e9e principale pour r\u00e9former davantage le champ politique au Maroc?<\/strong><\/p>\n<p>R\u00e9former le champ politique ? Il faut du volontarisme ! Est-ce le cas ? Cela passe par une pleine application de la Constitution et l\u2019exercice par les diff\u00e9rents organes de la pl\u00e9nitude de leurs attributions. Cela commande aussi que les nombreuses instances consultatives et de bonne gouvernance puissent assumer leur mission alors qu\u2019elles sont marginalis\u00e9es. Cela exige aussi davantage de d\u00e9mocratie interne au sein des partis o\u00f9 pr\u00e9vaut, ici et l\u00e0, un mod\u00e8le rentier, client\u00e9liste, clanique aussi. Enfin, les partis doivent recouvrer leur autonomie de d\u00e9cision, assumer leurs d\u00e9cisions en toute responsabilit\u00e9. C\u2019est \u00e0 cette aune-l\u00e0 que l\u2019on pourra engager les profondes r\u00e9formes attendues, avec des partis et des responsables justifiant d\u2019une capacit\u00e9 d\u2019incarnation et de portage. Retour \u00e0 la politique: voil\u00e0 le challenge. Elle seule assure et permet le n\u00e9cessaire soutien populaire !<\/p>\n<p>Mais de quelle politique faut-il parler en derni\u00e8re instance ? Ni les r\u00e8gles de jeu ni les formes d\u2019action actuelles ne paraissent \u00eatre les plus op\u00e9ratoires. La fonction traditionnelle des partis est d\u2019encadrer les citoyens, de prendre en compte la multiplicit\u00e9 de leurs demandes, de leurs attentes et de leurs aspirations; puis de les agr\u00e9ger et de les structurer pour en faire des propositions de politiques publiques pouvant peser sur l\u2019action gouvernementale. De deux fa\u00e7ons : soit au sein d\u2019une majorit\u00e9, soit comme opposition pour en faire un domaine d\u2019interpellation voire de censure. Un tel sch\u00e9ma est disons \u00ab\u00a0institutionnel\u00a0\u00bb, d\u00e9clin\u00e9 autour du suffrage, de r\u00e9sultats, d\u2019alliances majoritaires de soutien \u00e0 un gouvernement. Mais si ce mod\u00e8le est toujours valable, il fonctionne \u00e0 c\u00f4t\u00e9 \u2013 voire m\u00eame en face ou contre ? \u2013 d\u2019un univers digital qui, lui, est r\u00e9gi par d\u2019autres r\u00e8gles, Qu\u2019y trouve-t-on ? Un cadre d\u2019expression d\u2019internautes \u00e0 travers les r\u00e9seaux sociaux \u2013 on en compte quelque 18 millions\u2026 Avec quel contenu? De tout et n\u2019importe quoi, sans doute, mais aussi un nouveau statut d\u2019un citoyen digital, g\u00e9n\u00e9ralement anonyme, qui s\u2019exprime, d\u00e9nonce\u2026<\/p>\n<p>Les partis sont pratiquement d\u00e9cal\u00e9s par rapport \u00e0 cette nouvelle forme de communication ; ils sont souvent \u00e0 la remorque des r\u00e9actions du monde num\u00e9rique, peu r\u00e9actif donc et partant consid\u00e9r\u00e9s comme d\u00e9faillants dans la repr\u00e9sentation des droits et des int\u00e9r\u00eats des citoyens. Combien d\u2019affaire ont \u00e9t\u00e9 m\u00e9diatis\u00e9s dans les r\u00e9seaux sociaux et r\u00e9gl\u00e9es d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre par les partis politiques formant la majorit\u00e9! C\u2019est dire que les partis doivent s\u2019adapter \u00e0 ces changements. Comment ? En utilisant eux aussi tous les moyens du num\u00e9rique, en activant et en actualisant le flux de leurs sites \u00e9lectroniques, enfin en \u00e9largissant leur base \u00e9lectorale. Mais il y a plus encore dans la perspective d\u2019une r\u00e9forme du champ politique. L\u2019ossature devrait \u00eatre la qualit\u00e9, la repr\u00e9sentativit\u00e9 et la dimension du syst\u00e8me partisan. Une restructuration s\u2019impose \u00e0 l\u2019\u00e9vidence \u00e0 cet \u00e9gard. De temps \u00e0 autre, le discours officiel y fait r\u00e9f\u00e9rence \u2013 de moins en moins d\u2019ailleurs\u2026 L\u2019on compte aujourd\u2019hui 34 partis, alors que l\u2019on en d\u00e9cembre qu\u2019une vingtaine voici deux d\u00e9cennies. Pourquoi un tel processus de balkanisation ? N\u2019est-il pas voulu parce qu\u2019une th\u00e8se sujette \u00e0 caution pr\u00e9gnante ici et l\u00e0, consid\u00e8re que le renforcement de la monarchie doit s\u2019accompagner de l\u2019affaiblissement des partis, a fortiori de ceux h\u00e9ritiers du mouvement national. La revitalisation des partis peut \u00eatre activ\u00e9e par des mesures techniques comme le scrutin majoritaire \u00e0 deux tours qui pousse \u00e0 des alliances et \u00e0 terme \u00e0 des p\u00f4les. Le rel\u00e8vement du seuil de repr\u00e9sentation est \u00e9galement une piste \u00e0 \u00e9tudier. Mais il reste pour tout cela un pr\u00e9 requis: celui d\u2019une volont\u00e9 politique r\u00e9formatrice et structurante.<\/p>\n<p class=\"c3\">***<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-red-color c3\">Abdelouahed Souhail, membre du Bureau politique du PPS<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-red-color c3\"><strong>\u00abLe champ politique a besoin d\u2019un minimum de fair-play\u00bb<\/strong><\/p>\n<div class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/albayane.press.ma\/wp-content\/uploads\/Abdelouahed-Souhail.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-84983\"\/><\/div>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-cyan-blue-color\"><strong>Pour Abdelouahed Souhail, membre du Bureau politique du parti du progr\u00e8s et du socialisme (PPS), l\u2019action politique n\u2019est pas seulement d\u2019organiser des \u00e9lections et de nommer des ministres, loin s\u2019en faut ! En fait, sa finalit\u00e9 consiste \u00e0 r\u00e9soudre des probl\u00e8mes tout en \u00e9tant \u00e0 l\u2019\u00e9coute des citoyens. Cela exige une d\u00e9marche d\u2019empathie, insiste-t-t-il.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Al Bayane\u00a0: Quels sont les facteurs qui expliquent le rejet des citoyens de l\u2019action politique?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Abdelouahed Souhail:<\/strong> Il faut situer le d\u00e9bat dans le contexte historique. En fait, depuis l\u2019ind\u00e9pendance, il y avait un int\u00e9r\u00eat assez fort pour la politique en tant que mode d\u2019action. Dans un cadre de pluralisme politique, d\u00e9j\u00e0 install\u00e9, les questions qui taraudaient l\u2019esprit de l\u2019opinion publique, portaient essentiellement sur la probl\u00e9matique du pouvoir et la forme d\u00e9mocratique que doit prendre la monarchie marocaine, le r\u00f4le des partis politiques et le mod\u00e8le de d\u00e9veloppement que doit emprunter le pays. Ce fut un d\u00e9bat qui refl\u00e9tait la conscience profonde des acteurs des imp\u00e9ratifs du d\u00e9veloppement du pays. Mais, cela n\u2019a pas dur\u00e9 longtemps.\u00a0 La p\u00e9riode des ann\u00e9es sombre qui a pr\u00e9valu tout de suite apr\u00e8s 1962 a an\u00e9anti les r\u00eaves du courant d\u00e9mocrate et progressiste. En d\u00e9pit de l\u2019adoption de la premi\u00e8re Constitution,\u00a0 il y avait un reflux de la sc\u00e8ne publique, qui fut marqu\u00e9e par des contestations populaires, des coups d\u2019Etats, la proclamation de l\u2019\u00e9tat d\u2019exception, entre autres. Cela a d\u00e9bouch\u00e9 sur une p\u00e9riode de\u00a0 forte pression o\u00f9 la libert\u00e9 d\u2019expression a \u00e9t\u00e9 b\u00e2illonn\u00e9e et une m\u00e9fiance aig\u00fce s\u2019est install\u00e9 entre le pouvoir et les partis politiques nationaux et qui ont perdu toute emprise sur la vie politique, qui fut\u00a0 r\u00e9duite \u00e0 sa plus simple expression. Les gouvernements n\u2019\u00e9taient, en faite, qu\u2019une fa\u00e7ade. Il faut dire que la question du Sahara marocain a d\u00e9clench\u00e9 un consensus national. La dynamique enclench\u00e9e par le pouvoir a permis le retour de plusieurs partis \u00e0 la sc\u00e8ne politique. Je rappelle que le parti communiste marocain a \u00e9t\u00e9 interdit d\u00e9finitivement en 1964, puis le PLS en 1968, soit un an apr\u00e8s sa cr\u00e9ation et l\u2019USFP en 1972. Il a fallu donc attendre l\u2019ann\u00e9e 1974 pour permettre aux partis de gauche\u00a0 d\u2019avoir une vie dans la l\u00e9galit\u00e9. Entre temps,\u00a0 la r\u00e9pression n\u2019a pas \u00e9pargn\u00e9 la gauche radicale. A partir de la marche verte,\u00a0 on est rentr\u00e9e dans un processus d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>Ce processus consistait \u00e0 obtenir plus de libert\u00e9s en mati\u00e8re d\u2019action pour les partis d\u00e9mocratiques.\u00a0 On est alors pass\u00e9 par un certain nombre d\u2019exp\u00e9riences \u00e9lectorales et constitutionnelles pour arriver\u00a0 \u00e0 ce que l\u2019on a qualifi\u00e9 de gouvernement d\u2019alternance dirig\u00e9 par Abderrahmane El Youssoufi. On croyait que ce fut\u00a0\u00a0 l\u2019aboutissement d\u2019un processus d\u00e9mocratique.\u00a0 Cette exp\u00e9rience qui a commenc\u00e9 en 1998, quelques mois avant\u00a0 le d\u00e9c\u00e8s de Feu Hassan II,\u00a0 s\u2019est prolong\u00e9e avec son successeur, SM le Roi\u00a0 Mohammed VI. Cependant, apr\u00e8s les \u00e9lections de 2002,\u00a0 le Maroc s\u2019est dot\u00e9 d\u2019un gouvernement qui n\u2019avait pas respect\u00e9 les termes de la m\u00e9thodologie d\u00e9mocratique, selon l\u2019expression utilis\u00e9e par Abderrahmane El Youssoufi,\u00a0 \u00e9tant donn\u00e9 que le parti de\u00a0 l\u2019USFP est sorti vainqueur des urnes. Pour plusieurs observateurs, c\u2019\u00e9tait-l\u00e0 un premier couac, voire un recul.\u00a0 En 2011, nous avons eu droit \u00e0 une nouvelle Constitution tr\u00e8s avanc\u00e9e par rapport aux textes pr\u00e9c\u00e9dents. Puis l\u2019installation d\u2019un gouvernement compos\u00e9 du PJD, le PPS, le PI\u00a0 et le MP. La sortie\u00a0 fracassante du PI a rendu la situation plus confuse et on se demandait s\u2019il y avait vraiment de bonnes raisons qui puissent pousser un parti national \u00e0 agir de la sorte.<\/p>\n<p>En tout \u00e9tat de cause, on a commenc\u00e9 \u00e0 sentir des perturbations apr\u00e8s la cr\u00e9ation du PAM, un\u00a0 parti qui se targuait comme l\u2019ennemi jur\u00e9 des islamistes, pr\u00e9tendant puiser son r\u00e9f\u00e9rentiel dans l\u2019id\u00e9ologie moderniste ou \u00a0traditionnelle. Le mauvais souvenir de la cr\u00e9ation du FDIC a refait surface\u2026<\/p>\n<p>Des cr\u00e9atures qui\u00a0 jaillissaient de nulle part mais venues certainement de quelque part. Cela \u00e9tant, le doute commen\u00e7ait\u00a0 a gagn\u00e9 les d\u00e9mocrates avertis apr\u00e8s la cr\u00e9ation du PAM\u00a0 se posant la question si le Maroc aura une vie politique normale.<\/p>\n<p><strong>Les partis assument-t-ils une certaine responsabilit\u00e9?<\/strong><\/p>\n<p>En fait, autre facteur expliquant le hiatus entre le citoyen et la sc\u00e8ne politique, r\u00e9side dans le fait que les partis politiques n\u2019ont pas encore r\u00e9ussi \u00e0 avoir un ancrage solide\u00a0 dans la soci\u00e9t\u00e9. A cela s\u2019ajoute le ph\u00e9nom\u00e8ne du nomadisme politique qui est synonyme de la d\u00e9pravation politique et d\u00e9cr\u00e9dibilise l\u2019action politique de tout sens. Il s\u2019agit d\u2019une transgression flagrante de l\u2019engagement moral liant l\u2019\u00e9lu aux \u00e9lecteurs. Ce type de pratique malsaines, \u00e9manant de certains partis,\u00a0 provoque la d\u00e9fiance\u00a0 des \u00e9lecteurs et d\u00e9route les citoyens les plus bienveillants, n\u2019en parlons plus de ceux qui disent que le jeu est fauss\u00e9\u00a0 d\u00e9s d\u00e9part. Des facteurs de blocages qui persistent encore et toujours\u00a0 et ont eu pour effet des taux de participation faibles. Je fais allusion \u00e0 l\u2019achat de voix et l\u2019utilisation de l\u2019argent d\u2019une mani\u00e8re massive lors des campagnes \u00e9lectorales. Qui plus est, le mauvais\u00a0 fonctionnement des institutions et la lenteur en mati\u00e8re de prise de d\u00e9cision a cr\u00e9\u00e9 la confusion.\u00a0 Ce qui se passe maintenant au sein du gouvernement El Othmani\u00a0 en est un exemple frappant. En t\u00e9moigne le fait qu\u2019une une\u00a0 bonne partie du gouvernement qui se mettait\u00a0 vent debout, d\u00e8s l\u2019entame de la mandature,\u00a0 contre le\u00a0 Chef du gouvernement,\u00a0 afin de d\u00e9cider contre son gr\u00e9. A cela s\u2019ajoute \u00e9galement l\u2019interf\u00e9rence des r\u00f4les et les chevauchements des comp\u00e9tences. Au final, c\u2019est les citoyens qui sont victimes de tels agissements. Grosso modo, l\u2019action du gouvernement est handicap\u00e9e par les divergences entres ses diff\u00e9rentes\u00a0 composantes. Autrement dit, on ne sent pas que l\u2019Ex\u00e9cutif est porteur d\u2019un projet. Et la preuve qu\u2019on est entrain de discuter du nouveau mod\u00e8le de d\u00e9veloppement\u00a0 en dehors de la sph\u00e8re gouvernementale.<\/p>\n<p><strong>Cela veut dire que les partis ne disposent\u00a0 pas d\u2019une offre politique?<\/strong><\/p>\n<p>En fait, c\u2019est la\u00a0 pratique politique qui laisse \u00e0 d\u00e9sirer. A quoi sert la politique\u00a0? Il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019organiser des \u00e9lections et nommer les ministres, loin s\u2019en faut\u00a0! Sa finalit\u00e9 consiste \u00e0 r\u00e9soudre des probl\u00e8mes \u2026Un v\u00e9ritable syst\u00e8me d\u00e9mocratique consiste d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e9coute des citoyens, mettre en place des solutions selon le besoin de la population.\u00a0 Ainsi, une d\u00e9marche d\u2019empathie s\u2019impose. De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019\u00e9lite politique,\u00a0 notamment les partis et les policy Makers, doivent s\u2019atteler \u00e0 encadrer les citoyens, en les amenant par la pratique \u00e0 adh\u00e9rer au projet d\u00e9mocratique et non pas les marginaliser. En fait, la d\u00e9mocratie c\u2019est un processus d\u2019apprentissage. Dire alors que les cadres d\u2019actions politiques (partis politiques, parlement, gouvernement..) ne servent \u00e0 rien, cela rel\u00e8ve du nihilisme et laisse la porte ouverte sur toutes les aventures\u2026<\/p>\n<p>Il faut dire que le politique a toujours sa place dans le fonctionnement des Etats. Un Etat fort, qui se veut d\u00e9mocratique,\u00a0 a besoin des relais fort, qui portent son message, le mettent en pratique,\u00a0 des hommes politiques honn\u00eates et cr\u00e9dibles qui lui donnent conseils\u2026<\/p>\n<p><strong>Le Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du PPS a appel\u00e9 \u00ab\u00e0 laisser le jeu se faire normalement\u00bb, sommes-nous alors devant un champ t\u00e9l\u00e9guid\u00e9?<\/strong><\/p>\n<p>Un champ politique doit \u00eatre, en principe,\u00a0 r\u00e9gul\u00e9 par des lois et valeurs. Cela ressemble presque aux r\u00e8gles de la pratique du football. Autrement dit, il faut que le jeu se fasse avec fair-play. Cela ne peut se faire sans le respect des dispositions de la Constitution, la cons\u00e9cration de la volont\u00e9 des partis politiques et de faire en sorte que les acteurs ne violent pas les r\u00e8gles du jeu. On ne peut pas g\u00e9rer une soci\u00e9t\u00e9 avec un m\u00e9lange de genres entre business et politique ou religion et politique ou avec la puissance\u2026D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019installer le d\u00e9bat.<\/p>\n<p><strong>Quelles sont les autres faiblesses qui caract\u00e9risent le champ politique?<\/strong><\/p>\n<p>Je crois que nous avons v\u00e9cu\u00a0 une transition d\u00e9mocratique qui n\u2019a pas abouti. C\u2019est la principale observation que nous pouvions faire.<\/p>\n<p>Dans un pays o\u00f9\u00a0 il y a des \u00e9lections et des lois,\u00a0 il faudrait veiller \u00e0 les appliquer correctement. En fait, la non-application des lois ne ferait\u00a0 qu\u2019engendrer les d\u00e9viances et les d\u00e9rapages. On ne doit pas \u00e0 autoriser des gens \u00e0 int\u00e9grer le champ politique parce qu\u2019ils ont de l\u2019argent ou parce qu\u2019ils ont de l\u2019influence ou encore parce que quelqu\u2019un\u00a0 dans les rouages de l\u2019Etat leur apporte son appui.\u00a0 Aujourd\u2019hui,\u00a0 vous sollicitez les citoyens\u00a0 pour aller voter, ils vous r\u00e9torquent que cela n\u2019a aucun d\u2019importance.\u00a0 Je pense que c\u2019est la pire des choses que peut avoir un syst\u00e8me\u00a0: une telle situation laisse la porte ouverte \u00e0 la d\u00e9magogie et le populisme\u2026 En principe, les \u00e9lections doivent incarner le r\u00e9el choix des citoyens pour que leurs attentes soient\u00a0 prises en charges. C\u2019est la principale \u00e9quation \u00e0 r\u00e9soudre dans le processus d\u00e9mocratique marocain.<\/p>\n<p><strong>Beaucoup de politologues qualifient le syst\u00e8me politique marocain \u00abd\u2019autoritarisme \u00e9lectoral\u00bb, qu\u2019en pensez-vous?<\/strong><\/p>\n<p>Il faut admettre que nous avons v\u00e9cu des processus \u00e9lectoraux biais\u00e9s, qui ont eu lieu dans le cadre d\u2019un rapport de force. Mais, \u00e0 mon avis, il faut r\u00e9fl\u00e9chir sur les m\u00e9canismes pour aller de l\u2019avant et poser les questions qui s\u2019imposent\u00a0: comment am\u00e9liorer la performance de notre syst\u00e8me\u00a0? Faut-il partager le pouvoir ou ne pas le partager et comment?\u00a0 Est-ce\u00a0 d\u2019une fa\u00e7on totale ou partielle\u00a0? Avec des gardes fous ou\u00a0 sans gardes de fous\u00a0? Voila quelques probl\u00e8mes sur lesquelles doit\u00a0 s\u2019y atteler notre r\u00e9flexion.<\/p>\n<p>Encore faut-il souligner que la politique est un champ de confrontation et d\u2019int\u00e9r\u00eat. Et les partis sont des organisations d\u2019encadrement des citoyens mais\u00a0 des organisations qui sont l\u00e0 pour r\u00e9aliser un programme sinon \u00e0 quoi sert leur existence?<\/p>\n<p>Notons par ailleurs, que le combat politique men\u00e9e par les partis d\u00e9mocratiques se d\u00e9roule dans un champ contraint par certains pesanteurs socioculturelles, propres \u00e0 notre histoire tel le groupe \u00ab\u00a0Jm\u00e2a\u00a0\u00bb ou la tribu travers\u00e9e par des confr\u00e9ries. En fait, nous sommes une nation encore en processus de formation. La d\u00e9mocratie sert \u00e0 aller de l\u2019avant et d\u00e9velopper le sens d l\u2019appartenance \u00e0 la nation.<\/p>\n<p>Et ce n\u2019est pas tout, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il Il faut\u00a0 composer avec une r\u00e9alit\u00e9 accablante du social\u00a0: mis\u00e8re, analphab\u00e9tisme, in\u00e9galit\u00e9 devant les chances,\u00a0 situation de la sant\u00e9\u2026<\/p>\n<p><strong>Consid\u00e9riez-vous alors que la dimension politique est importante pour \u00e9laborer un nouveau mod\u00e8le de d\u00e9veloppement?<\/strong><\/p>\n<p>Le mod\u00e8le de d\u00e9veloppement doit \u00eatre con\u00e7u sur la base d\u2019une approche politique, \u00e9conomique, social et culture.\u00a0 Nous avons affaires \u00e0 des \u00eatres humains avec des besoins complexes.<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit pas d\u2019avoir un PIB\u00a0 qui augmente de 9% mais en En contrepartie, seulement 1% de la population s\u2019accapare de 8%.<\/p>\n<p>Un projet de d\u00e9veloppement doit prendre en consid\u00e9ration la question des libert\u00e9s et des rapports entre gouvernants et gouvern\u00e9s,\u00a0 qui sont des conditions sine qua non pour la construction d\u2019une nation d\u00e9velopp\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019heure est alors au bilan. Donc, il faut s\u2019affranchir des approches techniques et des mod\u00e8les pr\u00eats \u00e0 porter. Durant plusieurs ann\u00e9es, ils n\u2019ont cess\u00e9 de dire que l\u2019Etat doit faire des \u00e9conomies pour encourager l\u2019investissement, il faudrait instaurer la paix sociale ou encore le lib\u00e9ralisme est la meilleure solution\u2026On aimerait savoir o\u00f9 tout cela nous a\u00a0 men\u00e9e, surtout avec un taux de croissance faible, fort endettement et une pr\u00e9carit\u00e9 accrue. Aussi, il faut mettre l\u2019accent sur le fait que la perception de la pr\u00e9carit\u00e9\u00a0 aupr\u00e8s des Marocains a totalement chang\u00e9. Les besoins du Marocain de 2020 se situent aux antipodes du Marocain de 1990. Il a une inspiration \u00e0 vivre beaucoup mieux.<\/p>\n<p><strong>Quelles sont alors les pr\u00e9alables pour la r\u00e9forme du champ politique?<\/strong><\/p>\n<p>Je pense qu\u2019il est\u00a0 temps de s\u2019atteler \u00e0 la r\u00e9flexion sur l\u2019exp\u00e9rience du processus d\u00e9mocratique que nous avons v\u00e9cu y compris en ce qui concerne\u00a0 les 20 derni\u00e8res ann\u00e9es. Il faut que l\u2019on puisse r\u00e9fl\u00e9chir sur les avanc\u00e9es et les facteurs de blocages et voir dans quelle\u00a0 mesure nous puissions mettre au rebut de l\u2019histoire\u00a0 tous\u00a0\u00a0 ce que de nous avons v\u00e9cus\u00a0: \u00e9lections truqu\u00e9es, \u00e9lus totalement v\u00e9reux, une pratique politiques en-de\u00e7\u00e0 des attentes\u2026 Je pense \u00e9galement\u00a0 que le monde de scrutin doit \u00eatre revu\u00a0: quel type de l\u2019\u00e9lu nous voulons avoir\u00a0?\u00a0 Il faut proc\u00e9der \u00e0 une \u00e9valuation de l\u2019exp\u00e9rience de la liste nationale des femmes dont leur apport \u00e0\u00a0l\u2019am\u00e9lioration de l\u2019action de\u00a0 l\u2019institution l\u00e9gislative fut tr\u00e8s int\u00e9ressant. M\u00eame constat pour la liste nationale des jeunes. Bref, il faut repenser le mode de scrutin dans le cadre d\u2019une intelligence collective, d\u2019une mani\u00e8re sereine responsable, et hors des p\u00e9riodes \u00e9lectorales.<\/p>\n<p class=\"c3\">***<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-red-color c3\">Abdellatif Ouahbi, membre du Bureau politique du PAM<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-red-color c3\"><strong>\u00abLa d\u00e9mocratie au Maroc vit une trag\u00e9die\u00bb<\/strong><\/p>\n<div class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/albayane.press.ma\/wp-content\/uploads\/Abdellatif-Ouahbi.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-84982\"\/><\/div>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-cyan-blue-color\"><strong>Pour, Abdellatif Ouahbi, membre du Bureau politique du PAM et candidat au poste du SG du parti,\u00a0 estime que L\u2019Etat ne pourrait\u00a0 \u00eatre fort que par des partis forts. Cela requiert d\u2019insuffler un nouveau souffle \u00e0 la vie politique.\u00a0 La raison recommande, ajoute-t-il\u00a0 de respecter la volont\u00e9 des partis politiques et de renforcer les partis politiques d\u00e9mocratiques \u00e0 savoir l\u2019USFP, le PPS et le PI\u00a0 sinon la d\u00e9mocratie serait un danger.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Al Bayane\u00a0: selon vous,\u00a0 la politique a-t-elle encore un sens au Maroc?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Abdellatif Ouahbi\u00a0:<\/strong> la politique en tant que\u00a0 mode d\u2019action civique se situe au c\u0153ur de fonctionnement de toutes les soci\u00e9t\u00e9s. C\u2019est l\u2019essence de l\u2019existence des communaut\u00e9s. Il s\u2019agit d\u2019une aberration d\u2019affirmer que l\u2019action politique n\u2019a plus de place aujourd\u2019hui au sein de l\u2019espace public. Comme dit, l\u2019adage, les probl\u00e8mes de tout le monde sont des probl\u00e8mes politiques,\u00a0 et ce contrairement \u00e0 certaines id\u00e9ologies simplificatrices qui pr\u00e9disent \u00ab\u00a0la fin de la politique\u00a0\u00bb. En principe, l\u2019acteur politique se situe en premi\u00e8re ligne de la soci\u00e9t\u00e9. Son v\u00e9ritable r\u00f4le consiste \u00e0 piloter les projets de d\u00e9veloppement, l\u2019\u00e9laboration et l\u2019adoption des lois, g\u00e9rer la chose publique, r\u00e9soudre les probl\u00e8mes des citoyens, en lui confiant, \u00e0 travers l\u2019acte du vote, une l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e9lectorale.<\/p>\n<p>Malheureusement qu\u2019on est loin\u00a0 de cette acception de la pratique politique. Il faut dire qu\u2019au Maroc,\u00a0 cette derni\u00e8re a pour finalit\u00e9 la pr\u00e9servation de l\u2019Etat et son p\u00e9rennisation. Il s\u2019agit d\u2019un pr\u00e9alable pour les d\u00e9cideurs.\u00a0 Comme quoi, la mission des partis consiste juste \u00e0\u00a0 meubler le d\u00e9cor.<\/p>\n<p>Nous s\u2019effor\u00e7ons \u00e0 trouver un modus vivendi pour la gestion de l\u2019espace politique, en s\u2019inspirant des exp\u00e9riences des pays ayant une longue tradition en mati\u00e8re de la d\u00e9mocratie, mais notre champ politique\u00a0 demeure impr\u00e9gn\u00e9 par un ensemble de contraintes\u00a0 historiques, traditionnelles et culturelles, qui se situent aux antipodes de la d\u00e9mocratie. Parfois, des conflits surgissent entre les principaux acteurs du ce champ politique o\u00f9 chacun veut imposer sa domination.<\/p>\n<p><strong>Comment expliquez-vous la d\u00e9fiance des citoyens par rapport \u00e0 l\u2019action politique?<\/strong><\/p>\n<p>En fait, il n\u2019y a pas de rejet de la politique, loin s\u2019en faut.\u00a0 La r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est qu\u2019il y a une d\u00e9fiance vis-\u00e0-vis des hommes politiques. Il faut reconnaitre que, parfois, nos politiques commettent des actions insens\u00e9es et versent dans les d\u00e9rapages,\u00a0 ce qui vide l\u2019action politique de son sens le plus noble. Notre champ politique, ressemble \u00e0\u00a0 une sorte d\u2019un m\u00e9li m\u00e9lo, marqu\u00e9 par un \u00ab\u00a0d\u00e9sordre id\u00e9ologique\u00a0\u00bb, o\u00f9 on\u00a0 assiste \u00e0 des conflits interminables, entre les tenants des id\u00e9es positivistes et des d\u00e9fenseurs d\u2019un projet moderniste de la soci\u00e9t\u00e9 et les partisans des id\u00e9es th\u00e9ologiques, ce qui ne fait que rebuter les citoyens en leur procurant un sentiment de d\u00e9go\u00fbt.<\/p>\n<p><strong>Plus pr\u00e9cis\u00e9ment,\u00a0 quelle \u00e9valuation faites-vous de l\u2019action politique au Maroc?<\/strong><\/p>\n<p>En toute franchise, ce qui caract\u00e9rise le comportement des hommes politiques au Maroc, c\u2019est qu\u2019ils parlent beaucoup en tenant des discours vides au lieu d\u2019agir efficacement.\u00a0 D\u2019une mani\u00e8re plus claire, l\u2019homme politique au Maroc, afin de convaincre les citoyens, recoure \u00e0 des pratiques trompeuses,\u00a0 en\u00a0 communiquant\u00a0 plus autour de sa personnalit\u00e9 au lieu de d\u00e9battre des id\u00e9es et des projets soci\u00e9taux. Cette\u00a0 personnification de l\u2019espace politique a d\u00e9cr\u00e9dibilis\u00e9 l\u2019action publique, sachant que le v\u00e9ritable r\u00f4les des acteurs, \u00e0 savoir les partis,\u00a0 consiste \u00e0 encadrer les citoyens,\u00a0 apporter des solutions et \u00eatre une v\u00e9ritable force de proposition.<\/p>\n<p>Il faut reconnaitre que notre classe politique est frapp\u00e9e aujourd\u2019hui par une corruption morale, ce qui v\u00e9hicule\u00a0 une image n\u00e9gative aupr\u00e8s des citoyens. En termes plus clairs, les partis politiques\u00a0 sont devenus symbole de la corruption. Il devient une \u00e9vidence, apr\u00e8s chaque \u00e9ch\u00e9ance \u00e9lectorale, que\u00a0\u00a0 le nombre d\u2019\u00e9lecteurs enregistre de plus en plus une nette r\u00e9gression. En fait, les hommes politiques et les institutions sont vus comme un objet \u00absuspect\u00bb.\u00a0 Certainement, Cela traduit une grave crise de confiance.<\/p>\n<p>Aussi, autres probl\u00e9matiques qui se posent aujourd\u2019hui avec acuit\u00e9, portent sur le r\u00f4le de l\u2019homme politique dans l\u2019\u00e9laboration des politiques publiques. Les Etats du monde arabe, sont\u00a0 encore en qu\u00eate d\u2019institutions fortes qui sont dot\u00e9es d\u2019une l\u00e9gitimit\u00e9 rationnelle. Or, force est de constater que\u00a0 la marge d\u2019action des politiques demeure restreinte si ce n\u2019est quasi inexistante.\u00a0<\/p>\n<p>En principe, la relation entre le politique et le citoyen devrait \u00eatre r\u00e9git par\u00a0 le diktat des urnes afin de donner sens au principe de la responsabilit\u00e9 et la reddition des compte.<\/p>\n<p><strong>Vous entendez que le politique a un r\u00f4le de second plan?<\/strong><\/p>\n<p>La r\u00e9ponse ne peut \u00eatre qu\u2019affirmative. Je fais allusion au mod\u00e8le de d\u00e9veloppement. Comment peut-on aujourd\u2019hui concevoir un mod\u00e8le de d\u00e9veloppement dans une soci\u00e9t\u00e9 ou les partis politiques ambitionnent d\u2019avoir un r\u00f4le, \u00e9laborer des programmes et assumer, par cons\u00e9quent, leurs responsabilit\u00e9s devant le peuple ?<\/p>\n<p>\u00a0Sur quelle base, ce projet va engager un gouvernement cens\u00e9 pr\u00e9senter un programme devant les \u00e9lus ? A mon avis, cela ne m\u2019engagerait en rien si je faisais partie du gouvernement.\u00a0 Pour moi, ce projet rel\u00e8ve d\u2019un registre de recommandations que j\u2019ai toute latitude de le prendre en consid\u00e9ration ou non, une fois au gouvernement. D\u2019ailleurs, un projet de d\u00e9veloppement doit refl\u00e9ter l\u2019intelligence collective de toutes les composantes de la soci\u00e9t\u00e9. Or, cela n\u2019a aucun sens le fait d\u2019assi\u00e9ger le politique dans les lois cadres ou des projets d\u00e9j\u00e0 \u00e9tablis. A partir de ce constat on comprend pourquoi le gouvernement est incapable de remplir son contrat. Sa faiblesse s\u2019explique par le manque d\u2019un programme ambitieux et strat\u00e9gique tout en restant plong\u00e9 dans la gestion des affaires courantes. En plus, le gouvernement est d\u00e9chir\u00e9 par un antagonisme entre ses diff\u00e9rentes composantes. C\u2019est un gouvernement cr\u00e9\u00e9 en dehors du cadre gouvernemental. Maintenant, il y a un gouvernement au sein du gouvernement. Une simple question\u00a0: quel est le lien entre El Othmani et le minist\u00e8re d\u2019Habitat ou celui du Tourisme\u00a0? Sur quelle base on va responsabiliser les ministres technocrates?<\/p>\n<p><strong>Le Maroc s\u2019est engag\u00e9 dans un processus d\u00e9mocratique depuis plusieurs ann\u00e9es, consid\u00e9riez-vous qu\u2019on a pu r\u00e9ussir ce pari?<\/strong>Je dois souligner d\u2019abord que l\u2019homme politique est victime d\u2019une certaine pens\u00e9e conservatrice\u2026 Cette pens\u00e9e conservatrice a cr\u00e9\u00e9 m\u00eame au sein de l\u2019Etat un courant conservateur qui a \u00e9t\u00e9 contraint\u00a0 \u00e0 recourir\u00a0 aux m\u00eames outils utilis\u00e9s par les conservateurs, en interdisant la libert\u00e9 d\u2019expression, l\u2019ing\u00e9rence\u2026 En fait, depuis 1975 o\u00f9 l\u2019Etat a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019entamer \u00abun processus d\u00e9mocratique\u00bb, la d\u00e9mocratie a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme une simple pr\u00e9sence des \u00e9lus dans l\u2019enceinte parlementaire avec une marge d\u2019action tr\u00e8s limit\u00e9e. Cela \u00e9tant, le repr\u00e9sentant de la nation est rel\u00e9gu\u00e9 au second plan quand il s\u2019agit de prendre une d\u00e9cision strat\u00e9gique, comme si sa pr\u00e9sence n\u2019est que pour servir une d\u00e9mocratie de fa\u00e7ade. Encore pire ! Une fois la crise se\u00a0 d\u00e9clenche,\u00a0 on commence \u00e0 se lamenter en jetant la responsabilit\u00e9 sur les partis politiques, en les taxant de tous les maux, les traitant comme incapables d\u2019\u00e9laborer des programmes.<\/p>\n<p>En principe, l\u2019Etat doit \u0153uvrer \u00e0 renforcer les partis politiques. Idem pour ces derniers qui sont tenus de leurs parts \u00e0 renforcer l\u2019Etat en moments de crise. La d\u00e9mocratie est une relation dialectique entre Etat et soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>En fait, l\u2019acception de la d\u00e9mocratie souffre d\u2019une d\u00e9formation et d\u2019handicapes institutionnels, qui sont un v\u00e9ritable facteur de blocage. D\u2019une mani\u00e8re plus claire, il faut reconnaitre\u00a0 qu\u2019on vit une trag\u00e9die de la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p><strong>Est-ce que cela soul\u00e8ve un probl\u00e8me de repr\u00e9sentation politique?<\/strong><\/p>\n<p>Evidement oui. Avant, l\u2019Etat planifie la marge d\u2019action des Hommes politiques et que sa mission consistait \u00e0 trouver un certain \u00e9quilibre entre l\u2019ensemble des acteurs du champ politique.<\/p>\n<p>Maintenant, les choses\u00a0 ont chang\u00e9.\u00a0 L\u2019Etat ne d\u00e9limite plus la marge d\u2019action des \u00e9lus. C\u2019est les politiques qui se sont appropri\u00e9 ce r\u00f4le en pratiquant l\u2019autocensure.\u00a0 En tant que membre d\u2019un parti compt\u00e9 sur les rangs de l\u2019Etat, je me trouve parfois devant un dilemme lorsqu\u2019il s\u2019agit de d\u00e9fendre la libert\u00e9 d\u2019expression dans des affaires portant sur les symboles de l\u2019Etat. Si on continue sur cette lanc\u00e9e, les partis politiques sont menac\u00e9s de disparation.\u00a0 D\u2019ailleurs, on observe que dans presque\u00a0 les Etats du monde arabe, tous les partis, notamment ceux qui sont proches du pouvoir se sont effondr\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>N\u2019estimiez-vous pas que la cr\u00e9ation du PAM a port\u00e9 un coup fatal au processus d\u00e9mocratique?<\/strong><\/p>\n<p>Cela est possible. Mais, si on inverse l\u2019\u00e9quation, qu\u2019est ce qui aurait chang\u00e9 substantiellement dans le champ politique si le PAM n\u2019existait pas ? A mon avis, pas grand-chose.\u00a0 Quand m\u00eame, le PAM, consid\u00e9r\u00e9 comme un appareil de l\u2019Etat, a r\u00e9ussi \u00e0 bloqu\u00e9 les conservateurs,\u00a0 en instaurant un certain \u00e9quilibre contrairement \u00e0 d\u2019autres partis nationaux qui ont une longue histoire.<\/p>\n<p>En fait, les conservateurs constituent notre raison d\u2019existence. Par conservateurs, je fais allusion au PJD, Al Adl Wal Ihsane et une partie de la gauche qui tient encore un discours qui date des ann\u00e9es soixante.<\/p>\n<p><strong>Mais vous avez \u00e9chou\u00e9 \u00e0 atteindre vos objectifs<\/strong><\/p>\n<p>Le PAM en tant que projet politique est venue d\u2019en haut et non pas de la base. C\u2019est le fruit d\u2019une d\u00e9cision politique. Et il ne peut donner que ce qu\u2019il pouvait donner. Il a \u00e9t\u00e9 approch\u00e9 par la classe moyenne mais il n\u2019a pas pu atteindre ses objectifs et ce pour plusieurs raisons. La catastrophe provoqu\u00e9e par le s\u00e9isme d\u2019El Hoceima a \u00e9t\u00e9 largement instrumentalis\u00e9e par le parti en se transformant \u00e0 une structure oligarchique,\u00a0 prisonni\u00e8re d\u2019une vision ethnique, \u00e0 telle\u00a0 enseigne qu\u2019on l\u2019a accus\u00e9 de chantage aupr\u00e8s de l\u2019Etat.\u00a0 C\u2019est un parti qui s\u2019est transform\u00e9 d\u2019un parti de l\u2019Etat \u00e0 l\u2019Etat-parti. Il est devenu presque un fardeau pour l\u2019Etat.<\/p>\n<p>La <strong>pr\u00e9sence des notables n\u2019a-t-elle pas affaibli le PAM?<\/strong><\/p>\n<p>En fait,\u00a0 la pr\u00e9sence des notables dans les rangs des partis est due relativement au retrait de\u00a0 la classe moyenne de\u00a0 la sc\u00e8ne politique. Les partis politiques de gauche avaient une pr\u00e9sence forte dans la sc\u00e8ne politique gr\u00e2ce \u00e0 la classe moyenne qui \u00e9pousait leurs th\u00e8ses politiques.\u00a0\u00a0\u00a0 D\u2019ailleurs, beaucoup de personnes issues de la classe moyenne ont adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 notre parti, puis ils l\u2019ont quitt\u00e9 apr\u00e8s d\u00e9ception.\u00a0 Nous devons s\u2019atteler \u00e0 les convaincre \u00e0 notre finalit\u00e9.<\/p>\n<p>Pour rappel, lors Les \u00e9lections de 1977 ou celles du 1984,\u00a0 il y avait une forte pr\u00e9sence de la classe moyenne parmi les parlementaires. De leur c\u00f4t\u00e9, les d\u00e9tendeurs des capitaux ont \u00e9t\u00e9 partag\u00e9s entre le RNI et le PND.\u00a0 Apr\u00e8s, les gens qui s\u2019activaient\u00a0 de l\u2019industrie ont quitt\u00e9 le RNI parce qu\u2019il ne jouait plus son r\u00f4le.<\/p>\n<p>Soulignons que 80% de ceux qui d\u00e9tiennent les capitaux aujourd\u2019hui au sein du RNI, leurs fortunes ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es \u00e0 travers les transactions publiques. Il s\u2019agit d\u2019un \u00abCapital\u00a0\u00bb\u00a0 \u00e0 la merci de l\u2019Administration.<\/p>\n<p>Encore faut-il souligner que\u00a0 les v\u00e9ritables d\u00e9tenteurs de capitaux sont devenus peu nombreux car on est un\u00a0 pays non-productif et ce pour plusieurs raisons, notamment\u00a0 la rigidit\u00e9 de l\u2019arsenal juridique\u2026Cela a impact\u00e9 le tissu social et par cons\u00e9quent le champ politique,\u00a0 \u00e9tant donn\u00e9 que\u00a0 la classe travailleuse s\u2019est beaucoup r\u00e9tr\u00e9cie.<\/p>\n<p><strong>Peut-on concevoir une alliance du PAM avec le PJD?<\/strong><\/p>\n<p>Un tel cas de figure est tout-a-fait envisageable.\u00a0 Le PAM a besoin d\u2019une l\u00e9gitimit\u00e9 politique qui lui fait d\u00e9faut. Peut-\u00eatre qu\u2019il est dot\u00e9 d\u2019une certaine \u00ab l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e9lectorale \u00bb, mais, \u00e0 elle seule, n\u2019est pas suffisante.\u00a0 Soulignons que les deux partis \u00e0 savoir le PAM et le PJD ne disposent point d\u2019un programme en bon et due forme. Donc, c\u2019est la raison pour laquelle nous sommes tenus \u00e0 \u0153uvrer ensemble pour aller de l\u2019avant.<\/p>\n<p><strong>Selon vous, comment doit-on proc\u00e9der pour r\u00e9former le champ politique?<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019Etat ne peut \u00eatre fort que par des partis forts. Cela requiert d\u2019insuffler un nouveau souffle \u00e0 la vie politique.\u00a0 La raison recommande de respecter la volont\u00e9 des partis politiques, renforcer les partis politiques d\u00e9mocratiques \u00e0 savoir l\u2019USFP, le PPS et le PI\u00a0 sinon la d\u00e9mocratie serait un danger. Il n\u2019y pas milles recettes pour instaurer la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p>Sur un autre registre, j\u2019ai la ferme conviction qu\u2019il serait\u00a0 difficile de rivaliser avec le PJD vu qu\u2019il tient un discours accessible. Son n\u00e9gligence et sa marginalisation pourrait le sombrer\u00a0 dans la sph\u00e8re de l\u2019extr\u00e9misme. Il faut \u0153uvrer \u00e0 ce que le PJD se transforme en un parti ordinaire comme les autres partis. M\u00eame constat pour le PAM qui ,pour sa part doit, prendre\u00a0 une dimension normale comme les autres partis.\u00a0 Je dirais que le PJD et le PAM, \u00e0 eux seuls, risque de\u00a0 constituer un danger pour la d\u00e9mocratie, d\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 du renforcement des partis historiques.<\/p>\n<p class=\"c3\">***<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-red-color c3\">Bilal Talidi, membre du Conseil national du PJD<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-red-color c3\"><strong>\u00abL\u2019affaiblissement des partis politiques ne fera qu\u2019affaiblir l\u2019Etat\u00bb<\/strong><\/p>\n<div class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/albayane.press.ma\/wp-content\/uploads\/bilal-tlidi.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-84981\"\/><\/div>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-cyan-blue-color\"><strong>Pour Bilal Talidi, membre du Conseil national du Parti de la justice et du d\u00e9veloppement(PJS), l\u2019implication du\u00a0 citoyen dans l\u2019action politique\u00a0 demeure saisonni\u00e8re et est souvent li\u00e9e\u00a0 aux\u00a0 \u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales ou plus particuli\u00e8rement dans les moments de crise. Et de souligner qu\u2019\u00e0 chaque fois qu\u2019on ait\u00a0 l\u2019impression que le processus de d\u00e9mocratisation est sur de bons rails,\u00a0on assiste \u00e0 un retournement de situation, ponctu\u00e9e par un retour des pratiques autoritaires\u2026<\/strong><\/p>\n<p><strong>Al Bayane\u00a0: Selon vous, quels sont les facteurs qui expliquent la d\u00e9fiance\u00a0 du citoyen vis-\u00e0-vis de l\u2019action politique?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Bilal Talidi\u00a0:<\/strong> Il faut d\u2019abord proc\u00e9der par une comparaison entre le statut de la politique dans les pays d\u00e9mocratiques et ceux qui sont d\u00e9sign\u00e9s sous le label des Etats autoritaires. Dans les Etats d\u00e9mocratiques, la pratique politique se fait dans un syst\u00e8me o\u00f9 les r\u00e8gles du jeu sont claires et o\u00f9 l\u2019homme politique est \u00e0 l\u2019\u00e9coute du citoyen en \u00e9tant \u00e0 son service.<\/p>\n<p>\u00a0Dans les Etats dits autoritaires, le citoyen a une perception p\u00e9jorative de l\u2019action politique, qui est due, en fait,\u00a0 \u00e0 un processus politique inachev\u00e9. Un tel comportement n\u2019est que le r\u00e9sultat d\u2019une configuration semi-autoritaire du champ politique qui repose plut\u00f4t sur des rapports de domination. C\u2019est-\u00e0-dire que l\u2019Etat\u00a0 dispose d\u2019une position monopolistique du pouvoir et que la comp\u00e9tition politique est r\u00e9git par des r\u00e8gles implicite et qui se situent parfois\u00a0 en dehors du champ visible. Les variables socio-traditionnelles ont \u00e9galement leurs poids et p\u00e8sent lourdement sur le comportement acteurs. Le citoyen, d\u00e9\u00e7u, pr\u00e9f\u00e8re ainsi\u00a0 prendre ses distances avec un univers qu\u2019il le voit d\u2019un mauvais \u0153il, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il s\u2019estime \u00abpersonae non grata\u00bb et que sa pr\u00e9sence n\u2019a aucune influence sur le processus d\u00e9cisionnel.<\/p>\n<p>Convaincre le citoyen de l\u2019utilit\u00e9 de l\u2019action politique,\u00a0 exige \u00e0 la fois,\u00a0 une p\u00e9dagogie politique et un processus de socialisation \u00e0 long terme mais aussi une efficacit\u00e9 en mati\u00e8re de l\u2019action politique.<\/p>\n<p>Cependant, notre v\u00e9ritable probl\u00e8me au Maroc, c\u2019est qu\u2019on revient toujours \u00e0\u00a0 la case de d\u00e9part. En fait, l\u2019implication du\u00a0 citoyen dans l\u2019action politique\u00a0 demeure occasionnelle voire saisonni\u00e8re, notamment\u00a0 lors des \u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales ou plus particuli\u00e8rement dans les moments de crise, comme si les r\u00e9pertoires de l\u2019action politique se limitent seulement \u00e0 l\u2019acte du vote. Une fois, les \u00e9lections termin\u00e9e et\u00a0 la crise prenait fin, il est laiss\u00e9 \u00e0 son compte.\u00a0 La strat\u00e9gie du pouvoir consiste alors \u00e0 conclure des arrangements ou un pacte\u00a0 politique contraignant\u00a0 avec les \u00e9lites, comme ce fut le cas avec le gouvernement de Abderrahmane El Youssoufi ou celui de Abdelilah Benkirane.<\/p>\n<p>En fait, \u00e0 chaque fois qu\u2019on ait\u00a0 l\u2019impression que le processus de d\u00e9mocratisation est sur de bons rails,\u00a0on assiste \u00e0 un retournement de situation, ponctu\u00e9e par un retour des pratiques autoritaires. L\u2019Etat se d\u00e9sengage ainsi de ses obligations en mettant les acteurs politiques devant le fait accompli. Il faut dire que le rejet des citoyens de l\u2019action\u00a0 politique exerc\u00e9e dans la l\u00e9galit\u00e9, illustre une grave crise de confiance. Pour r\u00e9habiliter l\u2019action politique et cr\u00e9er un climat de confiance, il faut que les acteurs politiques principaux, \u00e0 leurs t\u00eates l\u2019Etat,\u00a0 fassent preuve de s\u00e9rieux.<\/p>\n<p>Autre\u00a0 indicateur non moins important,\u00a0 porte sur les r\u00e8gles du jeu politique qui sont r\u00e9gul\u00e9es par les dispositions de la Constitution. Cependant, force est de constater que\u00a0 l\u2019application de ce texte, demeure tributaire de l\u2019interpr\u00e9tation de ces articles. Cela \u00e9tant, la pratique politique au Maroc est d\u00e9min\u00e9e par d\u2019autres d\u00e9terminants\u00a0 qui se situent hors du texte constitutionnel.<\/p>\n<p><strong>Voulez-vous dire que l\u2019action\u00a0 des acteurs politiques n\u2019a pas de sens?<\/strong><\/p>\n<p>En fait, on est face de\u00a0 deux champs\u00a0: un champ r\u00e9git par la r\u00e8gle de droit et un autre champ soumis \u00e0 des\u00a0 facteurs qui d\u00e9pendent du rapport de force, dont l\u2019Etat d\u00e9tient les v\u00e9ritables cl\u00e9s de n\u00e9gociations.\u00a0 Dans cette dynamique, la marge d\u2019action du politique reste limit\u00e9e et le v\u00e9ritable jeu se situe hors du champ politique. Un tel constat procure au citoyen un sentiment de d\u00e9ception. En termes plus clairs, on ne change pas une soci\u00e9t\u00e9 par d\u00e9cret, comme dit l\u2019adage.<\/p>\n<p>Autre facteur aussi d\u00e9terminant dans la fabrication du jeu politique,\u00a0 porte sur les acteurs politiques, notamment les partis d\u00e9mocratiques dot\u00e9s d\u2019une certaine l\u00e9gitimit\u00e9, qui finissent par \u00eatre pris dans l\u2019engrenage du pouvoir, en adoptant une posture pragmatique dans le sens le plus \u00e9troit. Il ne faut pas aussi\u00a0 n\u00e9gliger les transformations profondes que connait la soci\u00e9t\u00e9 marocaine. L\u2019\u00e9mergence de nouveaux espaces d\u2019expression et de mobilisation,\u00a0 a minimis\u00e9 le r\u00f4le du politique qui se trouve d\u00e9pass\u00e9 par les nouvelles technologies d\u2019information,\u00a0 n\u2019arrivant point \u00e0 rattraper son retard.\u00a0 Pour appr\u00e9hender la situation actuelle, il faut prendre en consid\u00e9ration\u00a0 les changements strat\u00e9giques et profonds qu\u2019a connus la sc\u00e8ne internationale depuis l\u2019effondrement du bloc de l\u2019Est.<\/p>\n<p>\u00a0L\u2019ancien ordre mondial bipolaire a procur\u00e9 aux courants de gauche et nationaliste une grande marge d\u2019action. Actuellement, la donne a chang\u00e9 et le contexte international ne semble pas encourager les expressions et les appels de d\u00e9mocratie, ce qui fait l\u2019affaire de ceux qui justifient l\u2019ordre \u00e9tabli.<\/p>\n<p><strong>Peut-on alors insinuer que l\u2019Ex\u00e9cutif n\u2019a qu\u2019un r\u00f4le de second plan?<\/strong><\/p>\n<p>La r\u00e9ponse \u00e0 cette question doit \u00eatre li\u00e9e \u00e0 la nature du texte constitutionnel d\u2019une part, et d\u2019autre part aux \u00ab\u00a0cases vides\u00a0\u00bb qui le r\u00e9gissent. Ce qui laisse la porte ouverte aux interpr\u00e9tations. Il est \u00e0 souligner que les pouvoirs et attributions des acteurs politiques sont r\u00e9gul\u00e9s par la loi supr\u00eame du pays. Le texte dispose que le Roi est le Chef de l\u2019Etat qui veille sur les secteurs strat\u00e9giques. Il n\u2019en demeure pas moins que le Chef du gouvernement jouit des attributions, mais sa marge d\u2019action demeure assujettie \u00e0 la volont\u00e9 de l\u2019Etat. On se rappelle du sort qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 Abdelillah Benkirane lorsqu\u2019il s\u2019est attach\u00e9 \u00e0 une \u00ab\u00a0pr\u00e9rogative infinit\u00e9simale\u00a0\u00bb en d\u00e9cidant, lui-m\u00eame, de piloter les n\u00e9gociations de la composition du gouvernement. Cela nous a co\u00fbt\u00e9 presque\u00a0 six mois de blocages. Bref, au Maroc si vous voulez composer un gouvernement, cela doit se faire avec les partis qui sillonnent dans le sillage du pouvoir.\u00a0 L\u2019Etat demeure le v\u00e9ritable artisan des \u00e9quilibres politiques.<\/p>\n<p><strong>On accuse le PJD d\u2019avoir chang\u00e9 de discours une fois au\u00a0 gouvernement\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Je trouve que c\u2019est tout-a-fait normal. Samuel Huntington fait\u00a0 partie des premiers qui ont \u00e9voqu\u00e9 l\u2019influence de la participation politique sur les positions des partis, une fois entr\u00e9s dans le giron du pouvoir. Bien \u00e9videment, les logiques d\u2019action se diff\u00e9rent selon le positionnement du parti dans le syst\u00e8me politique. Ils seront ainsi\u00a0 contraints \u00e0 se conformer \u00e0 une logique situationnelle, tout en tenant compte des limites de leur action dans le cadre d\u2019un pacte de nature contraignante. En fait, plusieurs interrogations doivent \u00eatre soulev\u00e9es dans ce sens, notamment en mati\u00e8re de la capacit\u00e9 de r\u00e9sistance du gouvernement devant les lobbys qui r\u00e9sistent acharnement contre tout changement positif.\u00a0 Est-il capable de faire la diff\u00e9rence dans un syst\u00e8me ferm\u00e9\u00a0? Sans sombrer dans une approche nihiliste, les \u00e9lections de 2016 ont d\u00e9montr\u00e9 relativement\u00a0 les limites des pratiques autoritaires et que les partis d\u00e9mocratiques sont capables de r\u00e9sister aux poches de r\u00e9sistances.<\/p>\n<p><strong>Mais certains politologues, comme R\u00e9my Leveau,\u00a0 soul\u00e8ve la question de la repr\u00e9sentativit\u00e9 politique, qui, selon eux, vient d\u2019en haut, se n\u00e9gocie et s\u2019octroie\u2026Cette grille de lecture est-elle toujours d\u2019actualit\u00e9?<\/strong><\/p>\n<p>La th\u00e8se de R\u00e9my Leveau a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite dans un contexte diff\u00e9rent que celui\u00a0 du contexte actuel. Il serait difficile si ce n\u2019est impossible de g\u00e9n\u00e9raliser ses r\u00e9sultats sur la donne actuelle.\u00a0 Toutes les \u00e9lections qui ont eu lieu \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 Driss Basri occupait les commandes de l\u2019Int\u00e9rieur, furent des \u00e9lections n\u00e9goci\u00e9es. Ces pratiques ne font plus partie du registre de l\u2019Etat qui a chang\u00e9 de strat\u00e9gie et ce pour la simple raison que le monde rural ne constitue plus le point fort du pouvoir,\u00a0 vu une urbanisation massive de la soci\u00e9t\u00e9 marocaine.<\/p>\n<p>\u00a0En fait, la balkanisation du champ politique, marqu\u00e9e par la prolif\u00e9ration des partis a rendu la t\u00e2che difficile pour le parti majoritaire, de former une alliance forte. Comme quoi, les alliances se font sur mesure et ce\u00a0 conform\u00e9ment aux desseins de l\u2019Etat, mais cela n\u2019emp\u00eache que les partis disposent, eux aussi,\u00a0 d\u2019une marge de man\u0153uvre pour imposer leur volont\u00e9. A titre d\u2019exemple, on a fait les mains\u00a0 et les pieds pour saborder l\u2019alliance du PJD avec le PPS en 2016. Et on connait toute l\u2019histoire apr\u00e8s la sortie du Parti Istiqlal et l\u2019adh\u00e9sion\u00a0 du parti du Rassemblement national des ind\u00e9pendants. Le but escompt\u00e9, \u00e9tait celui d\u2019affaiblir le pouvoir du Chef du gouvernement.<\/p>\n<p><strong>Pensez-vous que le processus de la transition d\u00e9mocratique a pris fin comme l\u2019a d\u00e9clar\u00e9 l\u2019anthropologue Abdellah Hammoudi?<\/strong><\/p>\n<p>On comprend cette d\u00e9ception de Abdellah Hammoudi qui est d\u2019ailleurs une d\u00e9ception d\u2019un intellectuel averti.\u00a0 Je pense que l\u2019erreur m\u00e9thodologique de premier ordre, commise par les chercheurs, tomb\u00e9s sous le charme du paradigme de la transition d\u00e9mocratique, c\u2019est qu\u2019ils ont transpos\u00e9 des indicateurs exog\u00e8nes\u00a0 sur le cas du Maroc sans prendre en consid\u00e9ration la complexit\u00e9\u00a0 et l\u2019essence du pouvoir.\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>En fait, dans les Etats arabes y compris le Maroc,\u00a0 le d\u00e9bat a port\u00e9 sur le passage d\u2019un r\u00e9gime autoritaire \u00e0 un r\u00e9gime semi-autoritaire entamant une\u00a0 ouverture d\u00e9mocratique. Je pense que lors de la formation du\u00a0 gouvernement d\u2019alternance dite\u00a0 consensuelle, on a beaucoup exag\u00e9r\u00e9 cet \u00e9v\u00e9nement\u00a0 comme si on vivait un moment de transition d\u00e9mocratique, en comparaison avec ce qui s\u2019est pass\u00e9 dans certains pays de l\u2019Europe de l\u2019Est ou l\u2019Am\u00e9rique latine. Il s\u2019agit d\u2019une comparaison erron\u00e9e, car ils ont n\u00e9glig\u00e9 un point primordial, celui de l\u2019essence du pouvoir qui n\u2019a pas chang\u00e9. Le syst\u00e8me politique continue \u00e0\u00a0 se reproduire d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre sans entamer de majeurs changements. Grosso modo,\u00a0 ce que l\u2019on qualifie de\u00a0 transition d\u00e9mocratique, demeure, en fin de compte,\u00a0 li\u00e9 \u00e0 des moments de crise. A chaque crise \u00e9conomique, politique ou sociale, on recourt aux \u00e9lites politiques.<\/p>\n<p><strong>Peut-on concevoir un mod\u00e8le de d\u00e9veloppement tout en n\u00e9gligeant la dimension politique?<\/strong><\/p>\n<p>Il ne faut pas nier que l\u2019Etat a d\u00e9ploy\u00e9 des efforts pour le d\u00e9veloppement du pays, par le lancement de grands chantiers \u00e9conomique. Mais, les r\u00e9sultats ont \u00e9t\u00e9 minimes, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il n\u2019y avait pas de retomb\u00e9es positives sur l\u2019ensemble de la population. Cela pose la question de la r\u00e9partition \u00e9quitable de la richesse, sachant que le Chef supr\u00eame de l\u2019Etat a lui-m\u00eame reconnu les limites du mod\u00e8le de d\u00e9veloppement. En fait, un simple diagnostic de l\u2019\u00e9conomie marocaine nous renseigne sur ses\u00a0 faiblesses et le pourquoi de son retardement. On ne peut pas b\u00e2tir un\u00a0 mod\u00e8le \u00e9conomique r\u00e9git par une rente structurelle, une faible industrialisation, assujetti aux al\u00e9as climatiques tout en \u00e9tant\u00a0 d\u00e9pendant des \u00e9conomies \u00e9trang\u00e8res.\u00a0\u00a0 La rente ne peut point assurer une \u00e9conomie concurrentielle. En sus de cela, on ne peut pas \u00e9laborer un nouveau mod\u00e8le en se conformant \u00e0 une approche param\u00e9trique voire techniciste. La mise en place d\u2019une \u00e9conomie solide passe par la cons\u00e9cration de la d\u00e9mocratie \u00e9conomique.\u00a0 Pour ce faire, l\u2019approche politique est indispensable. A cela s\u2019ajoute le renforcement de la libert\u00e9 de l\u2019initiative et la cons\u00e9cration du principe de l\u2019\u00e9galit\u00e9 devant les\u00a0 conditions \u00e9conomiques. Il est temps \u00e9galement de concevoir d\u2019autres approches renfor\u00e7ant les principes de la bonne gouvernance. L\u2019exp\u00e9rience de la gestion d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e fut un \u00e9chec total et cache un autre aspect de la rente.\u00a0 Une \u00e9conomie solide n\u00e9cessite\u00a0 un climat stable et d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p><strong>Alors, quelle est la porte principale pour la r\u00e9forme du champ politique?<\/strong><\/p>\n<p>Il existe trois sc\u00e9narios. Le premier n\u00e9cessite une forte volont\u00e9 de l\u2019Etat pour aller de l\u2019avant. Une volont\u00e9 devant venir d\u2019en haut, fermement convaincue aux vertus de la d\u00e9mocratie tout en faisant face aux int\u00e9r\u00eats de certains lobbys. Le deuxi\u00e8me sc\u00e9nario concerne les forces d\u00e9mocratiques dot\u00e9es d\u2019une volont\u00e9 de r\u00e9forme,\u00a0\u00a0 qui doivent, de leur part,\u00a0 assumer leur r\u00f4le, celui d\u2019\u00eatre influents dans le processus d\u00e9cisionnel.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me sc\u00e9nario porte sur les arrangements conclus entre les \u00e9lites politiques cr\u00e9dibles et l\u2019Etat. Les forces d\u00e9mocratiques, dans le cadre de la l\u00e9galit\u00e9,\u00a0 doivent d\u00e9fendre ardemment l\u2019option de la r\u00e9forme tout en restant fideles \u00e0 leurs\u00a0 principes. Il faut dire que l\u2019affaiblissement des partis politique ne fera qu\u2019affaiblir l\u2019Etat et aggraver la crise, d\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de se doter d\u2019une vision prospective.<\/p>\n<p class=\"c3\">***<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-red-color c3\">Abdelhamid Jmahri, membre du Bureau politique de l\u2019USFP<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-red-color c3\"><strong>\u00abLe gouvernement doit avoir le courage de reconqu\u00e9rir ses comp\u00e9tences\u00bb<\/strong><\/p>\n<div class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/albayane.press.ma\/wp-content\/uploads\/Jmahri.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-84980\"\/><\/div>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-cyan-blue-color\"><strong>Abdelhamid Jmahri,\u00a0 membre du Bureau politique de l\u2019Union socialiste des forces populaires (USFP) estime que la politique en tant pratique suscite plusieurs interrogations et accuse certaines\u00a0 faiblesses, aussi bien au niveau de son efficacit\u00e9 qu\u2019au niveau des structures cens\u00e9es incarner la raison publique.\u00a0 Pour le militant de l\u2019USFP, on assiste \u00e0 aujourd\u2019hui \u00e0\u00a0 un d\u00e9sengagement politique de plus en plus marqu\u00e9 chez les jeunes, mais le paradoxe c\u2019est qu\u2019en parall\u00e8le, on constate une forte sollicitation des institutions de l\u2019Etat et des partis politiques.\u00a0 Cela \u00e9tant, les formes de politisation ont chang\u00e9\u2026<\/strong><\/p>\n<p><strong>Al Bayane : Comment expliquer aujourd\u2019hui la d\u00e9fiance des citoyens envers l\u2019action\u00a0 politique?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Abdelhamid Jmahri\u00a0:<\/strong> D\u2019abord, il faut, avant tout, faire la nuance entre \u00abLe politique\u00bb et \u00abLa politique\u00bb. \u00abLe politique\u00bb,\u00a0 signifie le sens d\u2019appartenance \u00e0 un groupe, voire une adh\u00e9sion\u00a0 \u00e0 le \u00abNous collectif\u00bb, bas\u00e9 sur un\u00a0 socle de valeur, qui a un\u00a0 rapport direct ou indirect \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral de la communaut\u00e9 politique.<\/p>\n<p>Autrement dit, le politique est la cons\u00e9cration de\u00a0 \u00abla volont\u00e9 de vouloir vivre ensemble\u00bb, si on permet de paraphraser l\u2019heureuse expression d\u2019Ernest Renan. Je pense qu\u2019il n\u2019y ait pas de d\u00e9ficit \u00e0 ce niveau-l\u00e0.<\/p>\n<p>Cependant, la politique en tant pratique ou encore en tant que mode proc\u00e9dural,\u00a0 suscite plusieurs interrogations et accuse certaines\u00a0 faiblesses, aussi bien au niveau de son efficacit\u00e9 qu\u2019au niveau des structures cens\u00e9es incarner la raison publique dans le sens habermassien.\u00a0 Ce constat est devenu presque universel et n\u2019est pas\u00a0 seulement exclusif \u00e0 notre pays.<\/p>\n<p><strong>Mais pourquoi alors ce rejet de l\u2019action politique?<\/strong><\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, on constate presque dans tous les Etats du monde,\u00a0 que la politique, en tant que pratique,\u00a0 est tax\u00e9e p\u00e9jorativement et ce pour plusieurs raisons. La propagation des formes d\u2019expressions populistes, \u00e9manant que\u00a0 ce soient des courants extr\u00e9mistes de\u00a0 gauche ou de droite, entre autres,\u00a0 arguant des slogans flatteurs et\u00a0 \u00e0 caract\u00e8re d\u00e9magogique,\u00a0 a vid\u00e9 l\u2019action politique de son sens noble, celle de porter haut et fort les attentes et aspirations des citoyens.<\/p>\n<p>\u00a0Assur\u00e9ment, cela a eu des cons\u00e9quences graves et engendr\u00e9 un climat de d\u00e9faitisme.\u00a0\u00a0 Cependant, il faut mettre l\u2019accent sur le fait que ce d\u00e9sint\u00e9ressement \u00e0 la politique est significatif et\u00a0\u00a0 constitue en lui-m\u00eame un acte politique, comme disait Pierre Bourdieu.\u00a0<\/p>\n<p>Il ne faut point aussi\u00a0 n\u00e9gliger un autre indicateur\u00a0: la tendance \u00e0 l\u2019individualisation a port\u00e9 un sacr\u00e9 coup de barre \u00e0 la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative, y compris dans les pays les plus d\u00e9velopp\u00e9s. S\u2019agissant du cas du Maroc,\u00a0 il faut admettre que les aspects de d\u00e9ficit de l\u2019action politique se situent \u00e0 plusieurs \u00e9tages.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, on assiste \u00e0 un d\u00e9sengagement politique de plus en plus marqu\u00e9 chez les jeunes,\u00a0 mais le paradoxe c\u2019est qu\u2019en parall\u00e8le, on constate une forte sollicitation des institutions de l\u2019Etat et des partis politiques.\u00a0 Cela \u00e9tant, les formes de politisation ont chang\u00e9.<\/p>\n<p>Les citoyens marocains ont d\u00e9velopp\u00e9 diff\u00e9rentes formes d\u2019expression et ce en adoptant de plus en plus une posture contestataire, en investissant l\u2019espace de la rue pour formuler leurs revendications. Aussi, l\u2019\u00e9mergence des nouvelles technologies de l\u2019information notamment internet a r\u00e9duit l\u2019attractivit\u00e9\u00a0 des espaces politiques dits traditionnels. Force est de constater que les plateformes digitales sont devenues un outil de pr\u00e9dilection pour les g\u00e9n\u00e9rations montantes afin de pr\u00e9senter leurs dol\u00e9ances ou exprimer leurs col\u00e8res.<\/p>\n<p>En fait, on vit\u00a0 une v\u00e9ritable\u00a0 d\u00e9gradation de l\u2019action politique, telle qu\u2019elle est exerc\u00e9e par\u00a0 les structures traditionnelles notamment les partis. Cela t\u00e9moigne d\u2019une grave crise de confiance. Une crise \u00e9voqu\u00e9e m\u00eame par le Chef supr\u00eame de l\u2019Etat o\u00f9 dans son discours prononc\u00e9 en juillet 2017, il a manifest\u00e9 sa non- confiance \u00e0 nombre de politiciens \u00e0 cause de leurs pratiques qui poussent les citoyens \u00e0 bouder l\u2019engagement politique.<\/p>\n<p>Ce syndrome de m\u00e9fiance a atteint donc les sommets de l\u2019Etat.\u00a0 Si le Roi ne fait pas confiance \u00e0 certains politiques, que dire alors du citoyen lambda.<\/p>\n<p><strong>Voulez-vous dire que les partis politiques ont failli \u00e0 leur mission?<\/strong><\/p>\n<p>Je pense que la r\u00e9alit\u00e9 est beaucoup plus complexe. Il serait simpliste de dire que les partis ont failli \u00e0 leur mission. Ce serait un manque de discernement politique.\u00a0<\/p>\n<p>Le hic, c\u2019est que les partis trouvent beaucoup de difficult\u00e9 \u00e0 convaincre les citoyens\u00a0 y compris leur base militante en raison des facteurs de contingences structurelles.<\/p>\n<p>\u00a0En contrepartie, les citoyens, en d\u00e9pit d\u2019une certaine d\u00e9sertion des espaces de socialisation politiques traditionnelles, ne cessent de critiquer ces structures pour qu\u2019elles se plient \u00e0 leurs demandes. Cela signifie qu\u2019il y a une forte demande sur les partis, malgr\u00e9 une d\u00e9ception l\u00e9gitime. Comme quoi, le noyau du probl\u00e8me se pr\u00e9sente au niveau de la pratique politique.<\/p>\n<p><strong>Quels sont les facteurs de la crise des partis politiques?<\/strong><\/p>\n<p>La crise que vivent les partis politiques est due essentiellement \u00e0 des facteurs endog\u00e8nes. Certes,\u00a0 ils sont dans l\u2019obligation de proc\u00e9der \u00e0 une autocritique objective, mais sans tomber dans l\u2019auto-flagellation et sans dramatiser la situation. Bref, un aggiornamento s\u2019impose\u00a0! La solution consiste \u00e0 s\u2019inspirer de\u00a0 quelques exp\u00e9riences mondiales qui illustrent un exemple parfait de r\u00e9ussite. Je cite, \u00e0 titre d\u2019exemple, la social-d\u00e9mocratie qui\u00a0 a pu s\u2019ancrer dans le tissu social\u00a0 dans certains pays europ\u00e9ens, comme c\u2019est le cas en Portugal, l\u2019Europe du nord\u2026 o\u00f9 les partis porteurs de cette \u00ab\u00a0id\u00e9ologie\u00a0\u00bb ont parvenu \u00e0 se mettre au diapason de la nouvelle donne tout en interagissant avec les aspirations des citoyens.<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019en est-il de la gauche marocaine?<\/strong><\/p>\n<p>Je dirais que la gauche est malade \u00e0 cause de son \u00e9miettement pathologique. Beaucoup d\u2019\u00e9tiquettes politiques pour \u00ab\u00a0peu de repr\u00e9sentation\u00a0\u00bb.\u00a0 En fait, toute une ribambelle qui se r\u00e9clame de cette tendance id\u00e9ologique, mais au niveau la repr\u00e9sentation politique, elle connait une nette r\u00e9gression et cela risque m\u00eame de s\u2019aggraver dans les prochaines \u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales. La gauche n\u2019a pas profit\u00e9 d\u2019une r\u00e9activation des clivages sociaux culturels.\u00a0<\/p>\n<p>Pis encore\u00a0! On a cru que pour faire face au populisme religieux ou de droite, il vaudrait mieux, par effet d\u2019imitation, adopter un style populiste alors qu\u2019on ne pourrait\u00a0 pas vaincre les radicaux en insufflant la radicalit\u00e9 ou en encourageant la\u00a0m\u00e9diocrit\u00e9. En termes plus clairs, on ne pourrait\u00a0 venir \u00e0 bout du\u00a0 populisme qu\u2019avec un combat d\u00e9mocratique et rationnel, et ce\u00a0 sans sombrer dans un certain utopisme quelconque. Autrement dit, il faut savoir faire un dosage bien temp\u00e9r\u00e9 entre pragmatisme et r\u00e9f\u00e9rentiel id\u00e9ologique.\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0Le but escompt\u00e9 n\u2019est pas seulement de gagner les \u00e9lections mais de vaincre\u00a0 le combat de l\u2019\u00e9thique et de la morale.\u00a0 Autrement dit, ce qui importe, c\u2019est de b\u00e2tir un\u00a0 projet de gauche d\u00e9mocratique, mettant en valeur l\u2019\u00e9thique et la morale.\u00a0 Un tel d\u00e9bat est quasi inexistant en\u00a0 l\u2019\u00e9tat actuel.<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019est ce qui explique, selon vous,\u00a0 la faiblesse de notre syst\u00e8me\u00a0 de repr\u00e9sentation politique?<\/strong><\/p>\n<p>Je crois qu\u2019il y ait\u00a0 une transformation au niveau des structures de l\u2019Etat. Le pouvoir n\u2019est plus prisonnier de la vision jacobine. D\u2019ailleurs, les discours royaux\u00a0 n\u2019ont cess\u00e9 d\u2019appeler \u00e0 un changement de fond.\u00a0 Ainsi, la r\u00e9gionalisation constitue une occasion id\u00e9ale pour la gauche afin de s\u2019y impliquer davantage, malheureusement, cette gauche\u00a0\u00a0 brille par son absence.<\/p>\n<p>Qui plus est, le Souverain a confirm\u00e9 cette tendance dans son discours du 6 nombre 2019 o\u00f9 il a exprim\u00e9 sa volont\u00e9 pour faire de la r\u00e9gion de Souss un p\u00f4le \u00e9conomique par excellence.\u00a0 Il s\u2019agit bel et bien d\u2019un changement profond entre l\u2019Etat et ses territoires. C\u2019est une \u00e9volution qu\u2019on peut la qualifier de moderne et rationnelle.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0Il faut dire que\u00a0 l\u2019Etat\u00a0 est en train de se moderniser, toutefois ce nouveau\u00a0 r\u00f4le de l\u2019Etat demeure accompagn\u00e9 par une certaine faiblesse\u00a0 de la classe politique. Je pense que l\u2019Etat s\u2019est d\u00e9fait de la logique de l\u2019affaiblissement des partis politiques.\u00a0 Avec la r\u00e9forme de la Constitution, la citoyennet\u00e9 s\u2019impose de plus en plus comme une valeur s\u00fbre.<\/p>\n<p><strong>Mais, ne pensez-vous pas que la pr\u00e9sence des technocrates a affaibli l\u2019action des partis politiques?<\/strong><\/p>\n<p>Si on entend\u00a0 par technocrate celui\u00a0 qui va accompagner\u00a0 les d\u00e9cideurs\u00a0 politiques\u00a0 afin de faire mieux leur\u00a0 travail, et ce, en mettant \u00e0 leur\u00a0 disposition, l\u2019expertise et le son savoir-faire n\u00e9cessaire, j\u2019estime qu\u2019\u00e0 ce niveau-l\u00e0, il n\u2019y a pas de probl\u00e8me. Le probl\u00e8me se poserait alors, dans le cas o\u00f9 le technocrate\u00a0 voudrait\u00a0 se substituer au r\u00f4le du politique.<\/p>\n<p>Il est temps de mettre un terme \u00e0 certaines tendances voulant avilir le politique en le pr\u00e9sentant comme une persona non grata, incapable de remplir \u00e0 bien sa mission. D\u2019ailleurs, cela ne fait nullement la bonne cause du pays qui se veut une d\u00e9mocratie \u00e0 part enti\u00e8re.<\/p>\n<p>Cela n\u2019emp\u00eache que des quiproquos surgissent de temps \u00e0 autre, entre le gouvernement et les instances de r\u00e9gulations, des probl\u00e8mes qui refl\u00e8tent un autre aspect de conflit \u00ab\u00a0politico-technocratique\u00a0\u00bb, Je fais allusion au rapport de la Cour des comptes sur le Plan vert, ou celui de la Banque central sur le minist\u00e8re des finances.<\/p>\n<p><strong>Partagez-vous l\u2019avis de l\u2019anthropologue Abdellah Hammoudi, selon lequel, la transition d\u00e9mocratique a pris fin tout en qualifiant le syst\u00e8me politique marocain du \u00ab\u00a0n\u00e9o-autoritarisme gestionnaire?<\/strong><\/p>\n<p>Je ne partage pas souvent l\u2019alarmisme m\u00eame si je lui trouve parfois des justifications. Il y a \u00e0 mon sens une vraie d\u00e9marche de d\u00e9mocratisation aussi bien au niveau des textes que des actions de l\u2019Etat, marqu\u00e9es par son sens d\u2019anticipation.<\/p>\n<p>Actuellement, il y a une vision de la justice qui\u00a0 n\u2019est peut \u00eatre pas du go\u00fbt des partis et du\u00a0 gouvernement, portant sur la s\u00e9paration du parquet de la justice.\u00a0 Pour nous, cela suscite des interrogations, tout bonnement,\u00a0 parce qu\u2019il n\u2019y a pas de responsabilit\u00e9 politique derri\u00e8re. Il y a une crainte que la justice ne soit mise\u00a0 au profit des justiciables mais plut\u00f4t au profit des juges\u2026<\/p>\n<p>Si Abdellah Hammoudi entend par \u00ab\u00a0l\u2019autoritarisme gestionnaire\u00a0\u00bb, les\u00a0 chantiers initi\u00e9s par l\u2019Etat,\u00a0 d\u2019ailleurs, de telles pratiques sont monnaies courantes dans tous les Etats du monde. Alors, s\u2019il fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019approche s\u00e9curitaire,\u00a0 sinc\u00e8rement je ne partage nullement son avis.<\/p>\n<p>En plus de cela, je dois mettre l\u2019accent sur le fait que les comp\u00e9tences du Roi sont r\u00e8glement\u00e9es par le texte constitutionnel. Cela d\u00e9bouche sur un autre sujet d\u2019une importance cruciale, celui de la responsabilit\u00e9 du gouvernement qui doit avoir le courage de pratiquer\u00a0 ses comp\u00e9tences. Il ne faut pas\u00a0 laisser un blanc constitutionnel, interpr\u00e9table \u00e0 merci.\u00a0 Idem pour le parlement, qui\u00a0 doit de son c\u00f4t\u00e9,\u00a0 assumer pleinement\u00a0 sa repr\u00e9sentativit\u00e9 de la nation.\u00a0 \u2026 s\u2019il y ait\u00a0 une\u00a0 extension d\u2019un pouvoir sur l\u2019autre, c\u2019est que le deuxi\u00e8me est en difficult\u00e9 voire incapable de remplir \u00e0 bien sa mission.<\/p>\n<p><strong>On parle d\u2019un nouveau\u00a0 mod\u00e8le de d\u00e9veloppement, mais, pour plusieurs acteurs politiques, l\u2019\u00e9laboration de ce mod\u00e8le passe imp\u00e9rativement\u00a0 par l\u2019int\u00e9gration de la dimension politique\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Un mod\u00e8le de d\u00e9veloppement ne peut se concevoir que d\u2019une mani\u00e8re inclusive contenant tous les dimensions de d\u00e9veloppement humain. L\u2019objectif escompt\u00e9 est de trouver la panac\u00e9e id\u00e9ale permettant aux Marocains de\u00a0 profiter des richesses de leur pays de fa\u00e7on \u00e9quitable. Mais quelles sont les pr\u00e9alables pour la construction de ce mod\u00e8le\u00a0?\u00a0 Il ne faut pas y aller par quatre chemins.\u00a0 Primo, il faut s\u2019atteler sur le volet institutionnel, c\u2019est-\u00e0-dire pr\u00e9valoir la\u00a0 supr\u00e9matie de la r\u00e8gle de droit et d\u00e9finir les attributions de chaque institution en vue d\u2019\u00e9viter les chevauchements des comp\u00e9tences. Secundo, il faut instaurer la transparence\u00a0 en mati\u00e8re de la concurrence \u00e9conomique. L\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances est l\u2019\u00e9pine dorsale de l\u2019\u00e9conomie, comme disait Alexis Tocqueville. Certaines craintes \u00e9mises par l\u2019opinion publique et la classes politiques concernant la composition ou la m\u00e9thode de travail de la Commission charg\u00e9e de l\u2019\u00e9laboration de ce mod\u00e8le sont justifi\u00e9es. Cependant, je pense que la Commission est consciente des pr\u00e9occupations de la soci\u00e9t\u00e9 et de la classe politique.\u00a0 L\u2019approche par consensus a permis au Marocains d\u2019exp\u00e9rimenter des solutions pour des sujets litigieux, comme ce fut le cas pour le Code de la famille\u2026Il faut se d\u00e9faire des id\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues, pr\u00e9tendant que cette instance aura \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 un rapport de force.\u00a0<\/p>\n<p>Soit on est dans une logique consensuelle impliquant\u00a0 tous les acteurs ou devant une d\u00e9marche unilat\u00e9rale dict\u00e9e d\u2019en haut. Je pense que le Maroc, depuis 2000,\u00a0 a choisi la logique de la concertation, sachant que l\u2019Etat n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi fort et aussi convaincante comme aujourd\u2019hui, gr\u00e2ce \u00e0 sa vision anticipatrice. En t\u00e9moignent ses r\u00e9ponses \u00e0 plusieurs revendications sociales, tel le mouvement du 20 f\u00e9vrier\u2026 C\u2019est pour cette raison, peut-\u00eatre, qu\u2019on lui\u00a0 colle souvent l\u2019\u00e9tiquette du \u00abn\u00e9o-autoritarisme\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Quelle est, selon vous, la porte d\u2019entr\u00e9e pour la r\u00e9habilitation du champ politique?<\/strong><\/p>\n<p>Il y a d\u2019abord un travail qui devrait se faire sur le mod\u00e8le du\u00a0 politique. L\u2019homme politique est un homme d\u2019action disait Max Weber. Les partis politiques notamment de gauche, doivent servir comme mod\u00e8le aux citoyens, en faisant preuve de d\u00e9vouement\u00a0 et d\u2019abn\u00e9gation, des valeurs qui faisaient souvent le credo de leur\u00a0 l\u2019existence et leur\u00a0 combat d\u00e9mocratique.\u00a0 Comme quoi,\u00a0 les acteurs politiques doivent\u00a0 donner l\u2019exemple en mati\u00e8re d\u2019\u00e9thique. La transhumance politique d\u00e9cr\u00e9dibilise l\u2019action politique et constitue une trahison \u00e0 l\u2019\u00e9lecteur.\u00a0 Et ce n\u2019est pas tout. La r\u00e9habilitation de l\u2019action politique exige l\u2019instauration d\u2019un seuil \u00e9lectoral.\u00a0 Beaucoup de partis politiques ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s sur un coup de t\u00eate et continuent \u00e0 exister au nom de la d\u00e9mocratie\u2026Au final, l\u2019espace public, que ce\u00a0 soit audiovisuel, presse, parlementaire, entre autres,\u00a0\u00a0 doit \u00eatre l\u2019agora du d\u00e9bat politique.\u00a0 Cela constitue une condition sine qua pour donner sens \u00e0 l\u2019action politique.<\/p>\n<p>Auteur: M&rsquo;hammed rahal<br \/>\n<a href=\"http:\/\/albayane.press.ma\/a-la-recherche-du-politique-linterminable-transition.html\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entre d\u00e9fiance, rejet, m\u00e9fiance et sollicitude, l\u2019action politique, en d\u00e9cr\u00e9pitude presque partout dans le monde, est en perp\u00e9tuelle mutation. 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