{"id":76280,"date":"2020-02-16T03:00:00","date_gmt":"2020-02-16T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/mohamed-el-aziz-ben-achour-aux-origines-de-letat-beylical-la-dynastie-mouradite\/"},"modified":"2020-02-16T03:00:00","modified_gmt":"2020-02-16T08:00:00","slug":"mohamed-el-aziz-ben-achour-aux-origines-de-letat-beylical-la-dynastie-mouradite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/mohamed-el-aziz-ben-achour-aux-origines-de-letat-beylical-la-dynastie-mouradite\/","title":{"rendered":"Mohamed-El Aziz Ben Achour &#8211; Aux origines de l\u2019etat beylical: la dynastie mouradite"},"content":{"rendered":"<p><strong><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Mohamed-Aziz-Ben-Achour(1).jpg\" alt=\"\" width=\"30%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"left\"\/>1574. La Tunisie, si\u00e8ge durant trois si\u00e8cles de l\u2019\u00e9mirat hafside, est d\u00e9sormais une province ottomane conquise de haute lutte par Sinan Pacha. Administr\u00e9e directement par le gouvernement imp\u00e9rial turc, elle a certes \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 une domination espagnole qui aurait \u00e9t\u00e9 v\u00e9cue comme un grave revers du Croissant face \u00e0 la Croix, mais la situation \u00e9tait loin d\u2019\u00eatre rassurante.\u00a0 Des r\u00e9gions \u00e9chappaient \u00e0 toute autorit\u00e9 et de puissantes tribus, refusant le nouvel ordre politique, tenaient la drag\u00e9e haute aux nouveaux ma\u00eetres du pays. Aux d\u00e9sordres qui affect\u00e8rent l\u2019ensemble du territoire \u00e0 la suite de la d\u00e9composition de l\u2019Etat hafside puis du conflit entre l\u2019Espagne et la Turquie ottomane s\u2019ajout\u00e8rent les effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res de l\u2019instabilit\u00e9 des pouvoirs et de la turbulence de la milice des janissaires.<\/strong><\/p>\n<p>En 1591, une r\u00e9volte de ces soldats contre leurs officiers sup\u00e9rieurs (les bouloukbash\u00ee-s) aboutit \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une nouvelle force politique issue de leurs rangs, celle des deys. Deux des plus avis\u00e9s d\u2019entre ces militaires r\u00e9ussirent \u00e0 concentrer entre leurs mains la r\u00e9alit\u00e9 du pouvoir, permettant ainsi au pays de retrouver la vieille tradition centralisatrice et \u00e0\u00a0 ses habitants de renouer avec la stabilit\u00e9, voire une certaine prosp\u00e9rit\u00e9. Il s\u2019agit de Othman Dey (1598-1610) et de Youssouf Dey (1610-1637)<\/p>\n<p class=\"c2\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Bey-2.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Comme il \u00e9tait cependant impossible de tenir le territoire sans faire appel \u00e0 d\u2019autres autorit\u00e9s et que les deys surveillaient prioritairement Tunis, le littoral, les ports et les places fortes, le personnage du Bey, charg\u00e9 d\u2019assurer l\u2019ordre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du pays et de pr\u00e9lever les imp\u00f4ts, par la force des armes le cas \u00e9ch\u00e9ant, ne tarda pas \u00e0 repr\u00e9senter une puissance redoutable. Par ses liens avec le pays profond, ses alliances avec les tribus soumises, la force de ses armes et, surtout, les ressources que lui assurait sa haute main sur les imp\u00f4ts, le Bey disposait d\u2019atouts consid\u00e9rables.\u00a0 Pour que la r\u00e9alit\u00e9 du pouvoir pass\u00e2t dans ses mains, il fallait qu\u2019il e\u00fbt le talent et l\u2019audace n\u00e9cessaires pour r\u00e9duire l\u2019autorit\u00e9 des deys \u00e0 la portion congrue. C\u2019est \u00e0 un jeune converti originaire de Corse, Giacomo Santi, devenu Mourad en islam, que le destin attribua cette entreprise. Elev\u00e9 au rang de bey \u00e0 la mort de son ma\u00eetre et beau-p\u00e8re Ramadhan Bey, il s\u2019impose par son \u00e9nergie. Ses victoires sur les puissantes tribus dissidentes Ouled Sa\u00efd et Ouled Chennouf assoient son autorit\u00e9 sur l\u2019int\u00e9rieur du pays et lui assurent aux yeux des autochtones un prestige qui joue en faveur de l\u2019ordre politique issu de la conqu\u00eate ottomane. La sagacit\u00e9 et la forte personnalit\u00e9 de Youssouf Dey aidant, Mourad agit de concert avec ce dernier. Leurs efforts conjugu\u00e9s contribu\u00e8rent \u00e0 fixer le cadre territorial de ce qui allait devenir la Tunisie moderne. C\u2019est ainsi qu\u2019en 1613 Djerba, qui d\u00e9pendait alors de Tripoli, fut rattach\u00e9e \u00e0 la r\u00e9gence de Tunis.<\/p>\n<p>En 1631, Mourad Bey sollicita de la Sublime Porte et obtint le titre de pacha. Il meurt peu de temps apr\u00e8s. Son fils Hammouda lui succ\u00e8de avec la b\u00e9n\u00e9diction de Youssef Dey. En 1637 celui-ci meurt. Un \u00abren\u00e9gat\u00bb originaire d\u2019Italie, Osta Mourad \u00abGenovese\u00bb, aid\u00e9 par Mami \u00abFerrarese\u00bb, lui succ\u00e8de, marquant comme le dit l\u2019historien Andr\u00e9 Raymond, l\u2019apog\u00e9e de la puissance des\u00a0 chr\u00e9tiens convertis \u00e0 l\u2019islam. Osta Mourad fut lui aussi un grand dey, protecteur des non-musulmans.\u00a0 Entre autres r\u00e9alisations, on lui doit Porto-Farina, son port et ses fortifications et la mise en valeur de la Mohammedia. Il mourut en 1640.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Bey-3.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Les querelles internes au corps de la milice ainsi que le tarissement relatif des ressources\u00a0\u00a0 \u00e0 cause du d\u00e9clin de l\u2019activit\u00e9 corsaire et\u00a0 l\u2019instabilit\u00e9 de la fonction (une vingtaine de deys se succ\u00e8dent entre 1637 et 1702), sont mises \u00e0 profit par Hammouda Bey pour \u00e9tendre son pouvoir et lui donner un caract\u00e8re h\u00e9r\u00e9ditaire. En 1658, il obtient du Sultan non seulement le titre de pacha mais aussi le droit de fonder une dynastie. En 1662-63, il nomme l\u2019a\u00een\u00e9 de ses\u00a0 fils, Mourad, \u00e0 la t\u00eate du Camp \u00abmhalla\u00bb, la colonne arm\u00e9e du bey charg\u00e9e d\u2019assurer l\u2019ordre int\u00e9rieur et de lever les imp\u00f4ts.\u00a0 A Mohamed El Hafs\u00ee, il confie le gouvernement de Kairouan, du Sahel et de Sfax, et \u00e0 Hassan B\u00e9ja et le Nord-Ouest (Friguya). Hammouda Pacha meurt en 1666 au bout de 35 ans\u00a0 de r\u00e8gne durant lesquels il r\u00e9ussit \u00e0 assurer la stabilit\u00e9, notamment en mettant fin \u00e0 la dissidence de certaines tribus dont les fameux Dr\u00eed. Il renoua tant bien que mal avec la vieille tradition dynastique du pays sans pour autant r\u00e9ussir \u00e0 \u00e9liminer les pouvoirs du Divan des janissaires et des deys, certes d\u00e9sormais soumis mais susceptibles de remettre en cause le nouvel \u00e9quilibre. Il fut un grand b\u00e2tisseur. On lui doit l\u2019actuel palais du gouvernement, le Dar El Bey, la mosqu\u00e9e qui porte son nom, la tourba familiale et un am\u00e9nagement des souks de Tunis auquel contribua \u00e9galement Youssouf Dey.\u00a0 Il fit \u00e9difier un aqueduc entre Ras Tabia et Tunis,\u00a0 l\u2019h\u00f4pital d\u2019El Azafine dans la m\u00e9dina,\u00a0 et \u00e0 Kairouan le mausol\u00e9e de Sidi S\u00e2hib.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Bey-4.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Son fils Mourad II lui succ\u00e8de.\u00a0 Il poursuit l\u2019\u0153uvre de son p\u00e8re en r\u00e9duisant davantage les pouvoirs des deys. Il renforce la l\u00e9gitimit\u00e9 de sa famille en ch\u00e2tiant les ca\u00efds pr\u00e9varicateurs, en r\u00e9tablissant le calme dans le sud et en r\u00e9primant la r\u00e9volte du Djebel Ousselat. La puissance de ses armes et l\u2019\u00e9tendue de son autorit\u00e9 lui permirent m\u00eame d\u2019aller jusqu\u2019\u00e0 Tripoli r\u00e9tablir l\u2019ordre. Son tr\u00f4ne est cependant menac\u00e9 en 1673 \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un complot ourdi par le dey et le divan auquel s\u2019\u00e9taient joints des contingents b\u00e9douins. Il en r\u00e9chappa de justesse. Mourad II prolongea l\u2019oeuvre de son p\u00e8re et donna au pays des monuments d\u2019utilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale comme le pont de Medjez El Bab et la mosqu\u00e9e de Gab\u00e8s.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Bey-5.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 le long r\u00e8gne de Hammouda et les neuf ann\u00e9es de Mourad, la pr\u00e9carit\u00e9 cons\u00e9cutive \u00e0 la superposition des autorit\u00e9s issues de la conqu\u00eate ottomane continuait de menacer les fragiles \u00e9quilibres que le syst\u00e8me de gouvernement issu de la conqu\u00eate ottomane maintenait bien difficilement.\u00a0 La querelle dynastique qui au lendemain de la mort de Mourad II d\u00e9chira sa famille en opposant les fr\u00e8res Mhammad et Ali et leur oncle El Hafs\u00ee allait mettre en p\u00e9ril non seulement la fonction beylicale mais l\u2019ordre politique tout entier. Elle fut aggrav\u00e9e par l\u2019intervention d\u2019autres acteurs et notamment la milice et les deys. A l\u2019int\u00e9rieur du pays, les vieilles dissidences r\u00e9duites par la force des arm\u00e9es mouradites renaissaient, ici\u00a0 et l\u00e0, de leurs cendres. Quant \u00e0 l\u2019ing\u00e9rence des militaires d\u2019Alger et de Constantine, appel\u00e9s \u00e0 la rescousse, elle contribua \u00e0 la complexit\u00e9\u00a0 d\u2019une guerre civile longue et sanglante. Ing\u00e9rence qui allait se r\u00e9p\u00e9ter et qu\u2019on retrouverait au XVIIIe si\u00e8cle au temps des beys husse\u00efnites. Tunis ne r\u00e9ussira \u00e0 se d\u00e9barrasser de cette humiliante tutelle qu\u2019en 1807. Le gouvernement imp\u00e9rial turc suivait bien s\u00fbr ce qui se d\u00e9roulait dans la province et veillait \u00e0 ce que les troubles ne remettent jamais en cause sa l\u00e9gitimit\u00e9. Son intervention se faisait soit directement en conf\u00e9rant la dignit\u00e9 de pacha, soit en confiant \u00e0 l\u2019odjaq d\u2019Alger la mission de p\u00e9n\u00e9trer en territoire tunisien.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Bey-6.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Il serait fastidieux de pr\u00e9senter les p\u00e9rip\u00e9ties de cette guerre civile dans le d\u00e9tail. Retenons qu\u2019elle dura dix ans de 1675 \u00e0 1686, qu\u2019elle opposa\u00a0 non seulement les fr\u00e8res Mhammad et Ali mais aussi leur oncle Mohamed El Hafs\u00ee qui, au nom du droit de primog\u00e9niture, r\u00e9clama que ses neveux lui\u00a0 c\u00e8dent le pouvoir. Sur ce conflit familial vint se greffer la pr\u00e9tention des deys \u00e0 restaurer le pouvoir qui fut le leur au temps de leurs illustres pr\u00e9d\u00e9cesseurs, Othman et Youssouf, et que les beys Mourad I, Hammouda Pacha et Mourad II avaient consid\u00e9rablement r\u00e9duit. Autre caract\u00e8re de cette guerre civile : elle d\u00e9borda largement les limites de la ville de Tunis en s\u2019\u00e9tendant \u00e0 diverses r\u00e9gions du pays\u00a0 en impliquant de la sorte les populations autochtones ou plus exactement les chefs b\u00e9douins. En voici les principaux \u00e9pisodes:\u00a0 Mohamed El Hafs\u00ee r\u00e9ussit \u00e0 supplanter son neveu Mhammad avec la complicit\u00e9 de Ali bey et l\u2019appui du divan des janissaires. Evinc\u00e9, Mhammad se r\u00e9fugie au Kef et bat le rappel de ses nombreux partisans. El Hafsi, redoutant une d\u00e9faite qui aurait abouti \u00e0 sa mort, abdique et quitte le pays. Mhammad reprend le pouvoir, tandis que son fr\u00e8re Ali se r\u00e9fugie aupr\u00e8s du bey de Constantine. Selon un sc\u00e9nario classique, il s\u2019allie aux Hannancha, puissante tribu des confins alg\u00e9ro-tunisiens et depuis longtemps impliqu\u00e9e dans les luttes politiques de l\u2019une et l\u2019autre des r\u00e9gences. Sur ces entrefaites, El Hafs\u00ee Bey, l\u2019oncle \u00e9vinc\u00e9, ayant repris du poil de la b\u00eate aupr\u00e8s du gouverneur de Tripoli, r\u00e9ussit \u00e0 obtenir du sultan le titre et les attributions de pacha, ainsi qu\u2019un contingent militaire charg\u00e9 d\u2019assurer son accession au pouvoir. Mhammad Bey, en accord avec le dey et le divan des janissaires, emp\u00eacha cependant le d\u00e9barquement de l\u2019oncle qui regagna Constantinople, suivi quelque temps plus tard par une d\u00e9l\u00e9gation mandat\u00e9e par Mhammad pour gagner le\u00a0 grand vizir\u00a0 \u00e0 sa cause. Exit El Hafsi. Quant \u00e0 Ali Bey, ayant ralli\u00e9 \u00e0 sa cause non seulement les Hanancha mais aussi d\u2019autres tribus, il p\u00e9n\u00e9tra en Tunisie et prit ses quartiers au Djebel Ousselat dont la population, toujours prompte \u00e0 la r\u00e9bellion, le re\u00e7ut bien volontiers, Mhammad Bey les ayant rudement r\u00e9prim\u00e9s nagu\u00e8re. Mhammad quitte Tunis et va au-devant de son fr\u00e8re, sans succ\u00e8s (1677). Il est de nouveau contraint de se r\u00e9fugier dans la place forte du Kef. Il s\u2019ensuivit diverses escarmouches entre les deux fr\u00e8res sans r\u00e9sultat d\u00e9cisif. Apr\u00e8s maints \u00e9pisodes, Mhammad entre de nouveau \u00e0 Tunis pendant qu\u2019Ali \u00e9tait occup\u00e9 \u00e0 r\u00e9tablir l\u2019ordre dans le lointain Dj\u00e9rid.\u00a0 Ils s\u2019affrontent de nouveau dans la r\u00e9gion du Fahs puis se replient, Ali Bey \u00e0 Sousse qui lui \u00e9tait rest\u00e9e fid\u00e8le et Mhammad dans sa bonne ville du Kef. Coup de th\u00e9\u00e2tre dans cette trag\u00e9die : mettant \u00e0 profit l\u2019absence des deux fr\u00e8res, l\u2019oncle El Hafs\u00ee r\u00e9appara\u00eet soudain \u00e0 Tunis.\u00a0 Rejet\u00e9 par le Divan, il rejoint son neveu Ali au Sahel. A cette \u00e9pouvantable anarchie, s\u2019ajoute l\u2019intervention, \u00e0 la t\u00eate de son arm\u00e9e, du dey d\u2019Alger. Il tenta de r\u00e9concilier tout le monde sans grand succ\u00e8s. El Hafsi est exil\u00e9 de nouveau par les soins du dey Tabaq partisan de Ali Bey et ce dernier s\u2019installe \u00e0 Tunis, et plus exactement au Bardo, r\u00e9sidence princi\u00e8re hafside et qui pr\u00e9sentait l\u2019avantage d\u2019\u00eatre relativement \u00e9loign\u00e9 de Tunis et donc de la milice des janissaires.\u00a0 Les exc\u00e8s commis par ses hommes am\u00e8nent la population tunisoise \u00e0 se r\u00e9volter et \u00e0 faire all\u00e9geance au nouveau dey Ahmed Chelbi. Celui-ci, craignant d\u2019\u00eatre chass\u00e9 par les troupes d\u2019Ali, fait appel \u00e0 Mhammad. Nouveaux affrontements fratricides. La situation \u00e9tait d\u2019une confusion telle, nous dit\u00a0 Andr\u00e9 Raymond, que pour conclure un trait\u00e9 avec la r\u00e9gence, la France dut le faire signer \u00e0 Tunis par le pacha, le dey Ahmed Chelbi,\u00a0 Manyout, un bey fantoche nomm\u00e9 par Chelbi et,\u00a0 dans la rade de Sousse, par Mhammad et Ali ! Face au p\u00e9ril d\u2019une restauration de l\u2019autorit\u00e9 du divan et du dey, les fr\u00e8res finirent par se r\u00e9concilier. Ils firent appel au Dey d\u2019Alger et \u00e0 son arm\u00e9e, et, apr\u00e8s un si\u00e8ge de huit mois, ils p\u00e9n\u00e9tr\u00e8rent \u00e0 Tunis en juin 1686.\u00a0 Peu de temps apr\u00e8s, Mhammad, prenant pr\u00e9texte d\u2019un crime scandaleux commis par un des soldats d\u2019Ali, fit assassiner son fr\u00e8re et se retrouva seul au pouvoir. Ar\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 investi par le Dey d\u2019Alger au nom du sultan, il r\u00e9ussit \u00e0 s\u2019en d\u00e9barrasser contre le versement d\u2019une forte indemnit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Bey-7.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019anarchie qui \u00e9prouva le pays lors de la guerre civile, le r\u00e8gne de Mhammad\u00a0 Bey, qui dura jusqu\u2019en 1696, permit un\u00a0 relatif redressement. Il r\u00e9tablit l\u2019autorit\u00e9 beylicale sur les deys, ramena l\u2019ordre dans le pays en matant les dissidents tels que les Ouled Sa\u00efd et les coriaces habitants d\u2019El Hamma. Il contribua \u00e0 l\u2019essor urbain et architectural de Tunis par la construction de souks au profit de la prosp\u00e8re corporation des fabricants de ch\u00e9chias et en \u00e9difiant l\u2019unique exemple de mosqu\u00e9e ottomane.\u00a0 On lui doit aussi des travaux hydrauliques dans diverses r\u00e9gions,comme le barrage du Batan ainsi que des mosqu\u00e9es et medersas au Kef, \u00e0 B\u00e9j\u00e0, \u00e0 Gafsa,\u00e0 Gab\u00e8s et \u00e0 Kairouan. Mhammad releva et embellit la r\u00e9sidence princi\u00e8re d\u2019\u00e9poque hafside du Bardo et qui allait devenir la r\u00e9sidence officielle des monarques tunisiens jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque contemporaine.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Bey-8.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Ce calme retrouv\u00e9 dans la province semble avoir satisfait le Sultan qui l\u2019\u00e9leva au rang de pacha\u00a0 \u00e0 deux tough-s (queues de cheval). Mais dans les derni\u00e8res ann\u00e9es de son r\u00e8gne, la menace alg\u00e9rienne pointa de nouveau. Chaabane, dey d\u2019Alger, affirmant agir au nom du gouvernement sultanien (ce qui n\u2019\u00e9tait pas impossible), accusait Mhammad de susciter\u00a0 des troubles \u00e0 la fronti\u00e8re\u00a0 et \u00abd\u2019avoir contract\u00e9 avec le roi du Maroc une ligue offensive et d\u00e9fensive\u00bb (correspondance avec la France publi\u00e9e par Plantet). En 1694, Chaabane attaque la r\u00e9gence\u00a0 et occupe Tunis o\u00f9 il place un bey et un dey, obligeant Mhammad \u00e0 se r\u00e9fugier \u00e0 la campagne.\u00a0 Apr\u00e8s le d\u00e9part des Alg\u00e9riens en janvier 1695, les exactions des autorit\u00e9s fantoches avaient h\u00e9riss\u00e9 la population tunisoise et Mhammad put retrouver son tr\u00f4ne jusqu\u2019\u00e0 sa mort survenue le 14 octobre 1696.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Bey-9.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Le relatif redressement que connut la malheureuse r\u00e9gence gr\u00e2ce \u00e0 Mhammad Bey ne fut cependant gu\u00e8re durable. Sur des fondements institutionnels aussi fragiles, dans un pays aussi affect\u00e9 par toutes sortes de d\u00e9sordres et de violences, il suffisait que le pouvoir r\u00e9el ne f\u00fbt plus<br \/>exerc\u00e9 par un homme autoritaire et avis\u00e9\u00a0 pour que tout s\u2019effondre. De fait, la dynastie mouradite eut le malheur d\u2019avoir pour successeurs de Mhammad deux princes incapables de poursuivre l\u2019\u0153uvre de redressement au profit du mod\u00e8le monarchique beylical.<\/p>\n<p>En effet, Ramadhan Bey (1696-1999), troisi\u00e8me fils de Mourad II, \u00e9tait\u00a0 peu aguerri. Il se laissa dominer par la personnalit\u00e9 fantasque de son favori, un ren\u00e9gat du nom de\u00a0 Mezhoud. Dans une atmosph\u00e8re tr\u00e8s orientale, on fit croire au bey qu\u2019un complot se tramait contre lui en faveur de son neveu Mourad, fils d\u2019Ali. Pour l\u2019emp\u00eacher d\u2019acc\u00e9der jamais au pouvoir sans aller jusqu\u2019\u00e0 l\u2019assassinat, on d\u00e9cida de crever les yeux du jeune prince. Le chirurgien europ\u00e9en charg\u00e9 de cette \u00e9pouvantable besogne eut piti\u00e9 de lui et s\u2019arrangea pour faire croire \u00e0 une \u00e9nucl\u00e9ation totale. Le prince garda plus ou moins la vue mais les circonstances de ce drame ne manqu\u00e8rent pas d\u2019affecter son esprit.\u00a0 Quelque temps plus tard, il s\u2019\u00e9chappa du Bardo, rallia \u00e0 sa cause les populations, tua Ramadhan\u00a0 et se fit proclamer bey en mars 1699. Le r\u00e8gne de Mourad III &#8211; si bien d\u00e9crit dans la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre \u00e9crite par Habib Boular\u00e8s et mise en sc\u00e8ne par\u00a0 Aly Ben Ayed &#8211;\u00a0 fut tragique au plein sens du terme. En fait, son despotisme d\u00e9brid\u00e9 (muni d\u2019une \u00e9p\u00e9e ottomane dite b\u00e2la, il d\u00e9capitait \u00e0 tour de bras, d\u2019o\u00f9 son surnom de Mourad Bou B\u00e2la) le distinguait des princes orientaux, ses semblables, plus par son intensit\u00e9 que par sa cruaut\u00e9 ou sa soudainet\u00e9. Il n\u2019\u00e9tait pas d\u00e9nu\u00e9 de sens politique. Il semble, en tout cas, qu\u2019il ait eu conscience que l\u2019exp\u00e9rience beylicale mise en \u0153uvre par sa famille depuis les premi\u00e8res ann\u00e9es du XVIIe si\u00e8cle ne plaisait gu\u00e8re \u00e0 l\u2019oligarchie ottomane d\u2019Alger ni, sans doute, au gouvernement du Sultan. Il savait aussi qu\u2019\u00e0 Tunis, le Divan et les deys, malgr\u00e9 le succ\u00e8s du mod\u00e8le beylical, ne d\u00e9sesp\u00e9raient pas de restaurer leur pouvoir si l\u2019occasion venait \u00e0 se pr\u00e9senter. C\u2019est sans doute pour cela qu\u2019il monta une exp\u00e9dition contre la r\u00e9gence voisine et mit le si\u00e8ge durant cinq mois devant Constantine. N\u2019ayant pas r\u00e9ussi \u00e0 la prendre, il regagna Tunis en octobre 1701. L\u2019ann\u00e9e suivante, il se proposait de tenter de nouveau l\u2019aventure lorsqu\u2019il fut assassin\u00e9 par l\u2019agha des spahis Ibr\u00e2h\u00eem dit Ch\u00e9rif. Cet officier de haut rang appartenait peut-\u00eatre \u00e0 l\u2019un des contingents alg\u00e9riens intervenus \u00e0 diverses reprises dans la vie politique tunisienne, et, peut-\u00eatre se serait- il engag\u00e9 dans l\u2019arm\u00e9e de Tunis comme cela \u00e9tait fr\u00e9quent \u00e0 l\u2019\u00e9poque ottomane et avait-il gard\u00e9 des relations avec la milice d\u2019Alger. Peut-\u00eatre aussi \u00e9tait-il l\u2019ex\u00e9cutant d\u2019instructions venues de Constantinople qui souhaitait mettre un terme au projet dynastique inaugur\u00e9 par les mouradites. Ce n\u2019est pas exclu.\u00a0 Afin d\u2019exercer la pl\u00e9nitude du pouvoir, Ibrahim se proclama bey et dey et obtint du sultan,\u00a0 en 1703, le titre de pacha. Par une mesure effroyable et radicale mais assez fr\u00e9quente en pays d\u2019Orient, il fit massacrer tous les membres de la famille beylicale. Une autre incursion alg\u00e9rienne eut raison de son pouvoir. Il fut fait prisonnier le 10 juillet 1705 et son lieutenant Husse\u00efn Ben Ali Turki, \u00e9lev\u00e9 au rang de bey\u00a0 par les troupes, fut appel\u00e9 au pouvoir par les notables. Avec lui, commen\u00e7ait la seconde exp\u00e9rience dynastique de la Tunisie ottomane, celle des beys husse\u00efnites qui, apr\u00e8s une premi\u00e8re phase difficile marqu\u00e9e par une guerre de succession, r\u00e9ussit \u00e0 concentrer entre les mains du bey tous les pouvoirs et consolider une monarchie h\u00e9r\u00e9ditaire qui durera deux si\u00e8cles et demi, de 1705 \u00e0 la proclamation de la r\u00e9publique le 25 juillet 1957. Incontestablement, l\u2019Etat beylical s\u2019est \u00e9panoui gr\u00e2ce aux Husse\u00efnites qui surent \u00e9tablir des liens solides avec les \u00e9lites du pays, obtenir du suzerain turc une autonomie r\u00e9elle et acqu\u00e9rir une l\u00e9gitimit\u00e9 admise par tous. Il ne faudrait cependant pas n\u00e9gliger l\u2019apport de leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs, les beys mouradites, dans l\u2019\u00e9mergence, pour la premi\u00e8re fois depuis la conqu\u00eate de 1574, d\u2019un mod\u00e8le dynastique autonome et centralisateur.<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>Mohamed-El Aziz Ben Achour<\/strong><\/p>\n<p class=\"c2\"><strong><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/le_mensuel_abonnez_vous\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Bandeau-Leaders-1-copie(25).jpg\" alt=\"\" width=\"500\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"128\" align=\"middle\"\/><\/a><\/strong><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/29136-aux-origines-de-l-etat-beylical-la-dynastie-mouradite\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1574. La Tunisie, si\u00e8ge durant trois si\u00e8cles de l\u2019\u00e9mirat hafside, est d\u00e9sormais une province ottomane conquise de haute lutte par Sinan Pacha. Administr\u00e9e directement par le gouvernement imp\u00e9rial turc, elle a certes \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 une domination espagnole qui aurait \u00e9t\u00e9 v\u00e9cue comme un grave revers du Croissant face \u00e0 la Croix, mais la situation \u00e9tait [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":76281,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"","fifu_image_alt":"","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-76280","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/76280","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=76280"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/76280\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=76280"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=76280"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=76280"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}