{"id":76672,"date":"2020-02-20T04:09:52","date_gmt":"2020-02-20T09:09:52","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/abdelaziz-bouteflika-une-fin-de-regne-chaotique\/"},"modified":"2020-02-20T04:09:52","modified_gmt":"2020-02-20T09:09:52","slug":"abdelaziz-bouteflika-une-fin-de-regne-chaotique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/abdelaziz-bouteflika-une-fin-de-regne-chaotique\/","title":{"rendered":"Abdelaziz Bouteflika : Une fin de r\u00e8gne chaotique"},"content":{"rendered":"<h4 class=\"title-14\"\/>\n<div class=\"featured_image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"497\" src=\"https:\/\/www.elwatan.com\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/Boutef-col.gif\" class=\"attachment-post-thumbnail size-post-thumbnail wp-post-image\" alt=\"\"\/><\/div>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s2\"><strong>Au soir du 2 avril, devant leurs \u00e9crans de t\u00e9l\u00e9, les Alg\u00e9riens assistent, \u00e9bahis, \u00e0 une d\u00e9mission des plus burlesques de l\u2019histoire. Abdelaziz Bouteflika, ramen\u00e9 dans sa tenue traditionnelle devant le pr\u00e9sident du Conseil constitutionnel, pour lui remettre sa lettre de d\u00e9mission. Il rentre d\u00e9finitivement chez lui.<\/strong><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">R<\/span><span class=\"s1\">\u00e9duit au silence par la maladie, Bouteflika a travers\u00e9 ses sept derni\u00e8res ann\u00e9es au pouvoir dans l\u2019effacement absolu. Il \u00e9tait devenu le fant\u00f4me du palais d\u2019El Mouradia qu\u2019il n\u2019habitait plus. Il n\u2019exer\u00e7ait plus directement ses fonctions laissant le champ libre \u00e0 des forces influentes extraconstitutionnelles, structur\u00e9es essentiellement autour de son fr\u00e8re cadet, Sa\u00efd Bouteflika.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Port\u00e9 par une coalition politique factice et une caste d\u2019affairistes sans base \u00e9conomique v\u00e9ritable, le r\u00e9gime de Bouteflika peine a finir le 4<sup>e<\/sup> quinquennat qui prend eau de toutes parts. Les impasses politiques se superposent aux contre-performances \u00e9conomiques qui s\u2019accumulent.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le d\u00e9sordre institutionnel n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi mena\u00e7ant pour l\u2019Etat. Les scandales de corruption noircissent le tableau national. C\u2019est dans cette conjoncture alarmante que l\u2019Alg\u00e9rie conna\u00eet un \u00e9t\u00e9 2018 particuli\u00e8rement chaud.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">L\u2019arm\u00e9e, qui jusque-l\u00e0 est pr\u00e9sent\u00e9e comme seule institution fiable, est gagn\u00e9e par la fi\u00e8vre. Des limogeages en s\u00e9rie touchant des hauts grad\u00e9s, des chefs de R\u00e9gions militaires, dont certains, jusque-l\u00e0 intouchables, ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s derri\u00e8re les barreaux.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Trois mois auparavant \u2013 mai 2018 \u2013, \u00e9clate l\u2019affaire des 701 kg de coca\u00efne saisis au port d\u2019Oran. Une affaire d\u2019Etat qui provoque une purge au sein des appareils s\u00e9curitaires. L\u2019ex-puissant patron de la police nationale, le g\u00e9n\u00e9ral Abdelghani Hamel, en fait les frais un mois apr\u00e8s le scandale.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La classe politique dans son ensemble \u00e9tait comme perdue dans un champ insondable. Au sein du pouvoir, personne n\u2019osait \u00e9voquer ouvertement la pr\u00e9sidentielle. La candidature ou pas de Bouteflika \u00e0 un 5<sup>e<\/sup> mandat \u00e9tait \u00e9rig\u00e9e au rang de secret d\u2019Etat, laissant ses partisans dans le flou absolu.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les Alg\u00e9riens guettaient le moindre mouvement pour tenter de d\u00e9crypter la direction du vent. Ce fut le cas avec le limogeage th\u00e9\u00e2tral du pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, Sa\u00efd Bouhadja, en octobre, dans un feuilleton tragi-comique. Le r\u00e9gime politique perd le contr\u00f4le et est gagn\u00e9 par la nervosit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les apparences d\u2019une \u00abentente parfaite\u00bb volent en \u00e9clats, les rangs se dispersent et la guerre qui \u00e9tait jusque-l\u00e0 latente remonte \u00e0 la surface. L\u2019ambiance politique nationale s\u2019enflamme et l\u2019Alg\u00e9rie d\u2019en bas gronde dans le silence.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">L\u2019ann\u00e9e 2019 s\u2019engage sur la m\u00eame voie que celle qui venait de s\u2019\u00e9couler. Mais elle est de plus en plus aliment\u00e9e en rumeurs et sp\u00e9culations sur la tenue du scrutin pr\u00e9sidentiel dans les d\u00e9lais. Des voix politiques commencent \u00e0 se faire entendre.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les partis de l\u2019opposition annoncent leur boycott de la pr\u00e9sidentielle. L\u2019annonce faite le 18 janvier fixant la date de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle au 18 avril ne change rien \u00e0 la donne.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><strong><span class=\"s1\">Les vendredis qui \u00e9branl\u00e8rent le r\u00e9gime de Bouteflika<\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le mois de janvier passe vite, accompagn\u00e9 d\u2019une agitation des \u00abpartisans\u00bb qui poussent avec force vers la \u00abcontinuit\u00e9\u00bb. Le pays, lui, est fig\u00e9. Le samedi 9 f\u00e9vrier dans un meeting \u00e0 la coupole Mohamed Boudiaf, \u00e0 Alger, l\u2019ex-parti unique r\u00e9unit ses adeptes autour de toute la galaxie bouteflikienne en transe pour exhorter Abdelaziz Bouteflika \u00e0 briguer un 5<sup>e<\/sup> mandat.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Dans un d\u00e9sordre \u00e0 la mesure de celui qui caract\u00e9rise le pouvoir \u00e0 ce moment-l\u00e0, l\u2019impensable s\u2019est produit. D\u00e9sar\u00e7onn\u00e9s, les Alg\u00e9riens n\u2019en revenaient pas. Mais leur cauchemar se confirme le lendemain lorsque Abdelaziz Bouteflika annonce officiellement, via un communiqu\u00e9, sa candidature \u00e0 la pr\u00e9sidentielle.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Cette annonce provoque un choc national et un \u00e9tonnement international. Comment un Pr\u00e9sident paralys\u00e9 par une maladie, absent de la sc\u00e8ne depuis sept ann\u00e9es, compl\u00e8tement impotent, brigue un 5<sup>e<\/sup>\u00a0mandat pr\u00e9sidentiel.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le pouvoir avec ses ramifications fait bloc autour de l\u2019homme finissant. Pass\u00e9 le choc, les Alg\u00e9riens se voient infliger l\u2019humiliation supr\u00eame. Des jeunes un peu partout dans le pays brisent le silence et manifestent leur rejet du \u00abmandat de la honte\u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Kherrata sonne la r\u00e9volution. A Khenchela, des centaines de jeunes arrachent un portrait g\u00e9ant de Bouteflika couvrant la fa\u00e7ade de la mairie. La sc\u00e8ne film\u00e9e fait le tour du monde.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Ce 18 f\u00e9vrier, Abdelaziz Bouteflika \u00e9tait symboliquement tomb\u00e9. La semaine qui a suivi l\u2019annonce officielle de la candidature de Bouteflika a \u00e9t\u00e9 la plus longue du r\u00e8gne de Bouteflika. Elle va signer sa fin.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Durant cette semaine, des appels sur les r\u00e9seaux sociaux circulent comme une tra\u00een\u00e9e de poudre pour une marche partout dans le pays pour le vendredi 22 f\u00e9vrier. Dans une ultime tentative de r\u00e9sistance, le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, s\u2019essaie \u00e0 son jeu pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, celui du chantage au chaos.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Il est balay\u00e9 par la vague insurrectionnelle. La digue c\u00e8de. Abdelaziz Bouteflika n\u2019a pas tenu plus de deux semaines. Irr\u00e9versible. Au lendemain d\u2019un troisi\u00e8me vendredi, celui du 8 mars, qui a vu des millions d\u2019Alg\u00e9riennes et d\u2019Alg\u00e9riens submerger toutes les villes du pays, il prend acte.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le 11 mars, la veille de son retour au pays apr\u00e8s une longue hospitalisation, il annonce qu\u2019il <em>\u00abn\u2019y aura pas de 5<sup>e<\/sup>\u00a0mandat et il n\u2019en a jamais \u00e9t\u00e9 question pour moi\u00bb<\/em>, et <em>\u00abil n\u2019y aura pas d\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle le 18 avril prochain\u2026\u00bb<\/em>.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Il renonce \u00e0 la candidature, mais il reste au pouvoir en proposant une conf\u00e9rence nationale qu\u2019il conduira lui-m\u00eame. C\u2019\u00e9tait son ultime ruse. Les Alg\u00e9riens, plus que jamais d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 en finir, d\u00e9jouent la man\u0153uvre et exigent un d\u00e9part avec effet imm\u00e9diat.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Une d\u00e9termination qui va accentuer les craqu\u00e8lements dans le s\u00e9rail. Le chef d\u2019\u00e9tat-major change de fusil d\u2019\u00e9paule. A partir du 22 mars, il prie le Pr\u00e9sident de se retirer d\u00e9finitivement. Il obtient son accord et celui de sa famille. Mais le fr\u00e8re cadet man\u0153uvre et tente de doubler le vieux g\u00e9n\u00e9ral.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">A la surprise g\u00e9n\u00e9rale, Ga\u00efd Salah, \u00e0 partir d\u2019une caserne de la 4<sup>e<\/sup> R\u00e9gion militaire de Ouargla, appelle \u00e0 l\u2019application de l\u2019article 102 de la Constitution confirmant la vacance du pouvoir. S\u2019engage alors une course-poursuite entre les militaires et la Pr\u00e9sidence.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Une folle semaine o\u00f9 tout pouvait arriver. Les Bouteflika r\u00e9sistent jusqu\u2019au 1<sup>er<\/sup> avril. Le chef de l\u2019Etat annonce dans un communiqu\u00e9 qu\u2019il allait d\u00e9missionner avant l\u2019expiration de son mandat. Dans le m\u00eame communiqu\u00e9, il pr\u00e9cise que des <em>\u00abd\u00e9cisions importantes\u00bb<\/em> allaient \u00eatre prises.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Ga\u00efd Salah se savait dans le collimateur. S\u2019il n\u2019agit pas vite, il risque d\u2019y laisser sa peau. Le lendemain, il r\u00e9unit tous les chefs des forces arm\u00e9es au si\u00e8ge du ministre de la D\u00e9fense nationale et somme Abdelaziz Bouteflika de d\u00e9gager sur le champ.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Au soir du 2 avril, devant leurs \u00e9crans de t\u00e9l\u00e9, les Alg\u00e9riens assistent \u00e9bahis \u00e0 une d\u00e9mission des plus burlesques. Abdelaziz Bouteflika, ramen\u00e9 dans une tenue traditionnelle devant le pr\u00e9sident du Conseil constitutionnel, pour lui remettre sa lettre de d\u00e9mission.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Il rentre d\u00e9finitivement chez lui. Une sortie de sc\u00e8ne pitoyable. Ainsi s\u2019ach\u00e8ve les deux d\u00e9cennies de pouvoir de Bouteflika.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"post-views-label\">Post Views:<\/span> <span class=\"post-views-count\">5\u00a0948<\/span><\/p>\n<p><br class=\"c2\"\/><br class=\"c5\"\/><\/p>\n<p>Auteur: Anis Khecheba<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.elwatan.com\/edition\/actualite\/abdelaziz-bouteflika-une-fin-de-regne-chaotique-20-02-2020\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au soir du 2 avril, devant leurs \u00e9crans de t\u00e9l\u00e9, les Alg\u00e9riens assistent, \u00e9bahis, \u00e0 une d\u00e9mission des plus burlesques de l\u2019histoire. Abdelaziz Bouteflika, ramen\u00e9 dans sa tenue traditionnelle devant le pr\u00e9sident du Conseil constitutionnel, pour lui remettre sa lettre de d\u00e9mission. Il rentre d\u00e9finitivement chez lui. 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