{"id":77735,"date":"2020-03-01T08:57:00","date_gmt":"2020-03-01T13:57:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/mohamed-arbi-nsiri-entre-histoire-de-la-memoire-et-memoire-de-lhistoire-esquisse-dune-reflexion-epistemologique\/"},"modified":"2020-03-01T08:57:00","modified_gmt":"2020-03-01T13:57:00","slug":"mohamed-arbi-nsiri-entre-histoire-de-la-memoire-et-memoire-de-lhistoire-esquisse-dune-reflexion-epistemologique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/mohamed-arbi-nsiri-entre-histoire-de-la-memoire-et-memoire-de-lhistoire-esquisse-dune-reflexion-epistemologique\/","title":{"rendered":"Mohamed Arbi Nsiri : Entre Histoire de la M\u00e9moire et M\u00e9moire de l\u2019Histoire : esquisse d\u2019une r\u00e9flexion \u00e9pist\u00e9mologique"},"content":{"rendered":"<p>Dans un livre intitul\u00e9 \u00ab Douze le\u00e7ons sur l\u2019histoire \u00bb, Antoine Prost r\u00e9capitule les diff\u00e9rences fondamentales qui existent \u00e0 ses yeux entre Histoire et M\u00e9moire. Selon lui, \u00e0 l\u2019inverse de l\u2019Histoire, la M\u00e9moire isole un \u00e9v\u00e9nement de son contexte ; elle cherche \u00e0 le tirer de l\u2019oubli pour lui-m\u00eame et non pour l\u2019ins\u00e9rer dans un r\u00e9cit coh\u00e9rent cr\u00e9ateur de sens ; ceci s\u2019explique parce que la M\u00e9moire est affective, tandis que l\u2019Histoire se veut rationalisante ; pour lui, il y a donc contradiction entre la tendance de la M\u00e9moire au particulier et celle de l\u2019Histoire \u00e0 l\u2019universel, c\u2019est-\u00e0-dire entre les racines et les valeurs. Ainsi, en d\u00e9pit des apparences, l\u2019injonction incantatoire au \u00ab devoir de m\u00e9moire \u00bb, actuellement de rigueur, lui semble-t-elle en r\u00e9alit\u00e9 une n\u00e9gation de la demande d\u2019Histoire. Cet antagonisme entre Histoire et M\u00e9moire est une donn\u00e9e r\u00e9cente, bien qu\u2019essentielle. Il est la cons\u00e9quence des profondes mutations qui, depuis plus d\u2019un si\u00e8cle, ont affect\u00e9 la d\u00e9finition de l\u2019Histoire comme celle de la place revendiqu\u00e9e dans la soci\u00e9t\u00e9 par les historiens. Progressivement, ceux-ci ont pris de la distance vis-\u00e0-vis de la fabrication d\u2019un roman national, et ont affich\u00e9 leur m\u00e9fiance, apr\u00e8s les exp\u00e9riences douloureuses du 20e si\u00e8cle, envers toute tentation de manipulation de la m\u00e9moire collective. Les renouvellements introduits par l\u2019\u00c9cole des Annalesen faveur d\u2019une histoire globale inscrite dans la longue dur\u00e9e ont aussi contribu\u00e9 \u00e0 cette rupture des historiens avec l\u2019Histoire-M\u00e9moire traditionnelle. En contrepartie de cet effacement, on assiste depuis quelques ann\u00e9es \u00e0 la mont\u00e9e des revendications m\u00e9morielles, face auxquelles les historiens doivent se positionner.<\/p>\n<h2>I) Entre \u00abClio\u00bb et \u00abMnemosyn\u00e8\u00bb<\/h2>\n<p>\u00c0 l\u2019origine, l\u2019Histoire est M\u00e9moire. Au 5e si\u00e8cle av. J.-C., H\u00e9rodote d\u2019Halicarnasse justifie d\u2019ailleurs d\u2019embl\u00e9e son entreprise par la volont\u00e9 de pr\u00e9server de l\u2019oubli des \u00e9v\u00e9nements qu\u2019il juge d\u2019importance. En ce sens, au moment de sa fondation, l\u2019Histoire ne se donnait pas un objectif si diff\u00e9rent du mythe : la po\u00e9sie \u00e9pique de type hom\u00e9rique, ou bien la trag\u00e9die, mettaient \u00e9galement en sc\u00e8ne les grands \u00e9v\u00e9nements du pass\u00e9 (et leur h\u00e9ros) sans n\u00e9gliger d\u2019en proposer une explication. D\u2019ailleurs, rappelons que les Grecs consid\u00e9raient que Mnemosyn\u00e8, c\u2019est-\u00e0-dire la m\u00e9moire divinis\u00e9e, \u00e9tait la m\u00e8re des neufs Muses, dont Clio la Muse de l\u2019Histoire. D\u00e9j\u00e0 \u00e0 la fin du 8e si\u00e8cle av. J.-C., H\u00e9siode se pr\u00e9sente, dans les premiers vers de son \u00ab Th\u00e9ogonie \u00bb, comme celui auquel les Muses ont accord\u00e9 la connaissance du pass\u00e9 h\u00e9ro\u00efque. Comme le rappelle Paul Veyne a juste titre, le po\u00e8te est un poss\u00e9d\u00e9 de la M\u00e9moire, un t\u00e9moin inspir\u00e9 du mythe constructeur du pass\u00e9. L\u2019historien, pour sa part, est t\u00e9moin d\u2019un temps. Mais le principe est le m\u00eame : Lucien rapporte que les auditeurs des lecteurs publiques effectu\u00e9es par H\u00e9rodote \u00e0 Olympie donn\u00e8rent aux neuf livres de ses \u00ab Enqu\u00eates \u00bb les noms de chacune des Muses (Lucien, Sur H\u00e9rodote, I). Authentiquement ou non, cette anecdote r\u00e9v\u00e8le un parall\u00e8le \u00e9tabli entre l\u2019historien et le po\u00e8te, dans leur rapport \u00e0 la M\u00e9moire autant que dans l\u2019agr\u00e9ment de la forme. Durant toute l\u2019Antiquit\u00e9 classique subsiste l\u2019id\u00e9e que l\u2019historien transmet par son \u0153uvre un souvenir m\u00e9morable dont la post\u00e9rit\u00e9 aura l\u2019utilit\u00e9. Celui qui l\u2019a form\u00e9e le plus clairement est sans doute Cic\u00e9ron, dans ses \u00ab Dialogues de l\u2019Orateur \u00bb\u00e9crits en 55 av. J.-C., dans lesquels il pr\u00e9sente l\u2019Historia comme un t\u00e9moin des temps, une lumi\u00e8re de la v\u00e9rit\u00e9, une m\u00e9moire vivante qui nous instruit \u00e0 vivre (testis temporum, lux veritatis, vita memoriae, magistra vitae).<\/p>\n<p>Ainsi, chez les Romains de la fin de la R\u00e9publique et du d\u00e9but du r\u00e9gime imp\u00e9rial, l\u2019Histoire se fait v\u00e9ritablement rem\u00e9moration (monumentum) \u00e0 vocation exemplaire : la comm\u00e9moration y est source d\u2019\u00e9mulation et contribue \u00e0 construire une M\u00e9moire socialement effective, proc\u00e9d\u00e9 tr\u00e8s sensible par exemple chez Tite-Live. Toutefois, si l\u2019Histoire est bien M\u00e9moire, elle ne constitue pas qu\u2019un aspect de celle-ci, sous une forme particuli\u00e8re et qui peut m\u00eame \u00eatre jug\u00e9e mineure. D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, les soci\u00e9t\u00e9s m\u00e9diterran\u00e9ennes de l\u2019Antiquit\u00e9 disposaient de supports m\u00e9moriels puissants et vari\u00e9s qui ne leur rendaient pas indispensable l\u2019\u00e9criture de l\u2019Histoire. Tout se passe comme si l\u2019invention de l\u2019Histoire s\u2019\u00e9tait produite inexplicablement, sans r\u00e9elle demande sociale. Comme l\u2019a bien mis en \u00e9vidence l\u2019historien italien Arnaldo Momigliano, les Grecs disposaient sans l\u2019aide des historiens, de tous les savoirs sur le pass\u00e9 dont ils avaient besoin. Ceci s\u2019applique aussi \u00e0 la tradition h\u00e9bra\u00efque qui r\u00e9v\u00e8le une grande influence du mod\u00e8le grec. Ceci explique que l\u2019historiographie soit rest\u00e9e d\u00e9pourvue de v\u00e9ritable statut dans l\u2019Antiquit\u00e9 et que les historiens n\u2019aient jamais acquis une place reconnue dans la soci\u00e9t\u00e9 antique. \u00c0 ce propos A. Momigliano notait le suivant : \u00ab Ce ne peut \u00eatre un hasard si tant d\u2019historiens grecs v\u00e9curent en exil et si tant d\u2019historiens romains furent des s\u00e9nateurs d\u2019un \u00e2ge m\u00fbr : les uns \u00e9crivirent l\u2019histoire alors qu\u2019ils se trouvaient emp\u00each\u00e9s de participer \u00e0 la vie normale de leur propre cit\u00e9, et les autres alors que leur vie active approchait de sa fin \u00bb.\u00a0<\/p>\n<p>Ni enseign\u00e9e, ni toujours bien distingu\u00e9e de la litt\u00e9rature dans l\u2019esprit du public de l\u2019Agora Antique, l\u2019Histoire n\u2019\u00e9tait qu\u2019une des modalit\u00e9s de la M\u00e9moire collective, et pas n\u00e9cessairement la plus importante. \u00c0 Rome, lorsque Auguste, le fondateur du principat, souhaita l\u00e9gitimer son r\u00e9gime, il le fit en inscrivant celui-ci dans la continuit\u00e9 d\u2019une m\u00e9moire red\u00e9finie et r\u00e9affirm\u00e9e pour l\u2019occasion, par le biais de la sc\u00e9nographie grandiose du nouveau forum qu\u2019il avait fait construire en plein c\u0153ur de l\u2019Vrbs et qui fut inaugur\u00e9e en 2 av. J.-C.<\/p>\n<p>Avec la christianisation de l\u2019Empire romain, l\u2019ancrage historique de la M\u00e9moire se d\u00e9place vers la liturgie, qu\u2019illustre les Memoriae du Bas-Empire et du Moyen-\u00c2ge. Si la pratique m\u00e9morielle consiste \u00e0 rendre pr\u00e9sent le pass\u00e9 dans un effort dynamique d\u2019appropriation d\u2019un h\u00e9ritage, alors on peut dire que la liturgie trouve dans la rem\u00e9moration l\u2019essentiel de ses efforts. Certes, aucun rituel religieux n\u2019\u00e9chappe \u00e0 un ancrage m\u00e9moriel car une telle rem\u00e9moration ne prend sens que par la comm\u00e9moration, celle des fid\u00e8les r\u00e9unis en un lieu de culte (synagogue, \u00e9glise, mosqu\u00e9e\u2026) dont l\u2019universalit\u00e9 l\u00e9gu\u00e9e par son Histoire allait permettre un embo\u00eetement hi\u00e9rarchis\u00e9 et harmonieux d\u2019identit\u00e9s collectives extr\u00eamement solides, entretenue par la faveur g\u00e9n\u00e9reuse des fid\u00e8les qui en attendaient beaucoup dans l\u2019au-del\u00e0.<\/p>\n<h2>II) Vers une Histoire-M\u00e9moire<\/h2>\n<p>Lorsqu\u2019elle \u00e9merge \u00e0 la Renaissance, l\u2019historiographie moderne a cherch\u00e9 les racines des histoires locales jusque dans l\u2019Antiquit\u00e9 qu\u2019on red\u00e9couvrait alors avec passion : c\u2019est ainsi qu\u2019\u00e0 la fin du 16e si\u00e8cle \u00c9tienne Pasquier (1529-1615) mit \u00e0 l\u2019honneur, dans ses \u00ab Recherches de la France \u00bb, le mythe de \u00ab nos anc\u00eatres les Gaulois \u00bb.<\/p>\n<p>Non que le souvenir des Anciens n\u2019ait jamais \u00e9t\u00e9 perdu : au contraire, il suffit de songer \u00e0 la r\u00e9f\u00e9rence politique constante qu\u2019\u00e0 repr\u00e9sent\u00e9e l\u2019Empire romain durant tout le Moyen-\u00c2ge, comme en t\u00e9moigne par exemple la fameuse Donation de Constantin, d\u00e9nonc\u00e9e notamment par Lorenzo Valla (1407\u20131457) comme une \u00ab cr\u00e9ation \u00bb forg\u00e9e de toutes pi\u00e8ces. Mais d\u00e9sormais, l\u2019humanisme aidant, l\u2019amour de l\u2019Antique caract\u00e9rise le classisme italiens et fran\u00e7ais et les Lumi\u00e8res, durant lesquels l\u2019Histoire occupe une place privil\u00e9gi\u00e9e dans la culture des hommes du temps. Acad\u00e9mies et soci\u00e9t\u00e9s savantes entretiennent le r\u00eave des origines qui permettent aux \u00e9lites locales ou r\u00e9gionales de penser leur identit\u00e9 face \u00e0 une histoire officielle domin\u00e9e par la centralisation monarchique. La R\u00e9volution fran\u00e7aise et l\u2019Empire porteront \u00e0 leur comble les emprunts \u00e0 une Antiquit\u00e9 st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e et atemporelle dans le but de construire une M\u00e9moire lav\u00e9e de l\u2019h\u00e9ritage abhorr\u00e9e de la monarchie et de l\u2019Ancien R\u00e9gime. Par la suite, les nationalistes du 19e si\u00e8cle puiseront \u00e0 leur tour abondamment dans l\u2019histoire ancienne (pas seulement gr\u00e9co-romaine d\u2019ailleurs) pour fonder leurs revendications souvent antagonistes.<\/p>\n<p>En France par exemple, la construction de la M\u00e9moire collective (disant officielle) a proc\u00e9d\u00e9 par flux et reflux. La place accord\u00e9e au Moyen-\u00c2ge est de ce point de vue significative. Si l\u2019on consid\u00e8re que, pour \u00eatre op\u00e9ratoire, le travail de M\u00e9moire doit succ\u00e9der \u00e0 temps d\u2019oubli, alors il a d\u00fb \u00eatre singuli\u00e8rement efficace s\u2019agissant du Moyen-\u00c2ge. Plus que d\u2019un oubli, on y verra d\u2019ailleurs plut\u00f4t un effort d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 de distinction et, dans le m\u00eame temps, de d\u00e9pr\u00e9ciation peu favorable \u00e0 une rem\u00e9moration continue : c\u2019est ainsi que les savants de la p\u00e9riode classique et de celle des Lumi\u00e8res ancr\u00e8rent dans les esprits une certaine id\u00e9e du Moyen-\u00c2ge, obscur et peu digne d\u2019int\u00e9r\u00eat, que les hommes de la Renaissance avaient lanc\u00e9e.<\/p>\n<p>L\u2019engouement romantique pour la p\u00e9riode m\u00e9di\u00e9vale appara\u00eet donc, de ce point de vue, comme une grande rupture dont les premiers conservateurs et mus\u00e9ographes des ann\u00e9es r\u00e9volutionnaires furent certainement les \u00e9claireurs. Les mus\u00e9es (Cluny, Petits-Augustins\u2026), donc, mais aussi les arts, romanesque ou pictural, connurent alors un v\u00e9ritable foisonnement m\u00e9di\u00e9val qui ne se d\u00e9mentit pas par la suite : m\u00eame si leur \u0153uvre \u00e9tait p\u00e9trie d\u2019erreurs historiques grossi\u00e8res, Alexandre Lenoir, Victor Hugo ou Alexandre Dumas animent une passion pour la p\u00e9riode que l\u2019on peut presque qualifier de populaire. La qualit\u00e9 historique importe peu ici : rapidement, de vrais historiens prendront le relais, qui n\u2019auraient jamais pu le faire sans cet engouement initial.<\/p>\n<p>Alors une dynamique se cr\u00e9a, dont l\u2019enseignement, secondaire et sup\u00e9rieur d\u00e8s la Restauration, primaire \u00e0 partir de la IIIe R\u00e9publique, serait le principal moteur, entre vulgarisation des apports de l\u2019Histoire savante et passion de plus en plus partag\u00e9e pour le Moyen-\u00c2ge. L\u00e0, le \u00ab mythe des origines \u00bb, pour reprendre l\u2019expression de Marc Bloch trouvait sa pleine expression : Clovis \u00e0 Tolbiac, Charles Martel \u00e0 Poitier, Charlemagne et sa barbe fleurie \u00e0 Roncevaux, Louis IX sous son ch\u00eane et Jeanne d\u2019Arc sur son b\u00fbcher \u2026. (etc.). Les Fran\u00e7ais des trois derniers quarts du 19e et de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du 20e si\u00e8cle invoquaient les grandes figures que le premier sentiment national, m\u00e9di\u00e9val celui-l\u00e0, avait d\u00e9j\u00e0 honor\u00e9e, mais en les r\u00e9actualisant totalement. Un subtil compromis avec toutes les formes de l\u2019h\u00e9ritage r\u00e9volutionnaire permettait que, miraculeusement, tous les Fran\u00e7ais s\u2019y retrouvent, ce en quoi le mythe peut \u00eatre qualifi\u00e9e de pleinement op\u00e9ratoire. Sans surprise, il se d\u00e9lita lorsque le sentiment national lui-m\u00eame qui le sous-tendait s\u2019affaiblit. Enfin, l\u2019on peut remarquer que les identit\u00e9s dites \u00ab de minorit\u00e9s \u00bb, r\u00e9gionalistes notamment, qui s\u2019affirm\u00e8rent en s\u2019opposant \u00e0 une identit\u00e9 nationale englobante dont elles se disaient victimes, s\u2019agr\u00e9g\u00e8rent selon un m\u00e9canisme similaire d\u2019invocation d\u2019une m\u00e9moire des origines m\u00e9di\u00e9vales : les Bretons retrouv\u00e8rent le roi Arthur et Broc\u00e9liande, les Languedociens les Cathares et les Corses les pourfendeurs de Maures.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>\u00c0 ce niveau il faut rappeler quelques nouvelles perspectives m\u00e9thodologiques.\u00a0 Paul Ricoeur \u00e9tablit un utile distinguo entre M\u00e9moire \u00ab emp\u00each\u00e9e \u00bb, \u00ab manipul\u00e9e \u00bb et \u00ab oblig\u00e9e \u00bb, et invite en cons\u00e9quence au \u00ab travail de m\u00e9moire \u00bb, une notion jug\u00e9e moins st\u00e9rilisante que l\u2019omnipr\u00e9sent \u00ab devoir de m\u00e9moire \u00bb, ce passage oblig\u00e9 de nombreuse exhortations issues de la classe politique. C\u2019est d\u2019ailleurs en r\u00e9action contre les risques de d\u00e9rapages antiscientifiques inh\u00e9rents \u00e0 ces rappels \u00e0 l\u2019ordre que, dans la fin des ann\u00e9es 1980, s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e une Histoire de la M\u00e9moire, en tant que branche de l\u2019histoire des repr\u00e9sentations. L\u2019Histoire de la m\u00e9moire collective est ici entendue comme celle de l\u2019usage des pass\u00e9es dans les pr\u00e9sents successifs. Caract\u00e9ristique de cette d\u00e9marche, l\u2019entreprise de Pierre Nora en France et celle de Lotfi A\u00efssa en Tunisie, vise \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement d\u2019une cartographie mentale. Dans ce cadre, les \u00ab lieux de m\u00e9moire\u00bb sont entendus largement, puisqu\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 des \u00ab panth\u00e9ons \u00bb nationauxdes embl\u00e8mes figurent \u00e9galement des notions telles les sp\u00e9cificit\u00e9s r\u00e9gionales, l\u2019imaginaire, le folklore populaire\u2026(etc.). Ici, \u00ab lieu \u00bb \u00e9quivaut \u00e0 \u00ab \u00e9l\u00e9ment du patrimoine symbolique \u00bb. L\u2019\u00e9tude, partie d\u2019une volont\u00e9 de d\u00e9construction d\u2019un paysage anthropologique familier, aboutit \u00e0 la mise sur pied d\u2019un ensemble monumental.<\/p>\n<p class=\"c2\"><strong>Mohamed Arbi Nsiri<\/strong><br \/><em>Historien<\/em><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/29250-mohamed-arbi-nsiri-entre-histoire-de-la-memoire-et-memoire-de-l-histoire-esquisse-d-une-reflexion-epistemologique\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans un livre intitul\u00e9 \u00ab Douze le\u00e7ons sur l\u2019histoire \u00bb, Antoine Prost r\u00e9capitule les diff\u00e9rences fondamentales qui existent \u00e0 ses yeux entre Histoire et M\u00e9moire. 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