{"id":78116,"date":"2020-03-04T12:17:00","date_gmt":"2020-03-04T17:17:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/crisis-group-la-tunisie-sous-kais-saied-entre-souverainistes-et-populistes\/"},"modified":"2020-03-04T12:17:00","modified_gmt":"2020-03-04T17:17:00","slug":"crisis-group-la-tunisie-sous-kais-saied-entre-souverainistes-et-populistes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/crisis-group-la-tunisie-sous-kais-saied-entre-souverainistes-et-populistes\/","title":{"rendered":"Crisis Group \u2013 La Tunisie sous Kais Sa\u00efed, entre souverainistes et populistes"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0La Tunisie a perdu un temps pr\u00e9cieux, souligne Crisis Group dans un nouveau rapport publi\u00e9 ce 4 mars \u00e0 Tunis et Bruxelles. Sous le titre de Tunisie\u00a0: \u00e9viter les surench\u00e8res populistes, il dresse une analyse des nouvelles forces issues des \u00e9lections de 2019, mettant en garde contre les d\u00e9rives politique et \u00e9conomiques mena\u00e7antes. \u00ab\u00a0La pr\u00e9sence de personnalit\u00e9s et de forces politiques dites souverainistes, y lit-on, favorise l\u2019installation d\u2019un climat de surench\u00e8re populiste augmentant les tensions politiques et la polarisation sociale et diminuant la capacit\u00e9 du pays \u00e0 relever les d\u00e9fis \u00e9conomiques et s\u00e9curitaires.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Afin de r\u00e9duire ces surench\u00e8res, poursuit le rapport, la nouvelle classe politique devrait faciliter la mise en place de m\u00e9canismes de dialogues inclusifs qui fixeraient de mani\u00e8re consensuelle les orientations strat\u00e9giques nationales de long terme, en particulier celles visant \u00e0 accroitre la souverainet\u00e9 \u00e9conomique du pays.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pour Crisis Group, \u00ab\u00a0le climat de surench\u00e8re populiste renforc\u00e9 par l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 budg\u00e9taire pourrait encourager les autorit\u00e9s \u00e0 apaiser les ranc\u0153urs de certaines franges de la population en menant des actions d\u2019\u00e9clat, de r\u00e9pression et d\u2019exclusion.\u00a0\u00bb<br \/>\u00ab\u00a0Traduire les attentes populaires exprim\u00e9es lors du dernier cycle \u00e9lectoral et \u00e9viter l\u2019installation d\u2019un climat de surench\u00e8res populistes durable\u00a0diminuant la capacit\u00e9 du pays \u00e0 faire face aux d\u00e9fis \u00e9conomiques et \u00e0 r\u00e9agir rapidement \u00e0 la d\u00e9gradation de son \u00e9conomie nationale ainsi qu\u2019\u00e0 un possible choc ext\u00e9rieur, est imp\u00e9ratif, affirme le rapport. Pour ce faire, il importe d\u2019\u0153uvrer \u00e0 accroitre la souverainet\u00e9 \u00e9conomique de la Tunisie, conform\u00e9ment aux attentes populaires, tout en sauvegardant son int\u00e9gration dans l\u2019espace \u00e9conomique europ\u00e9en. Cette dynamique n\u00e9cessite la mise en place de m\u00e9canismes de dialogue entre les principaux acteurs politiques, syndicaux, administratifs et associatifs tunisiens afin que ces derniers formulent des orientations strat\u00e9giques nationales de long terme.<\/p>\n<h2>Les compagnons souverainistes de Sa\u00efed<\/h2>\n<p>Dressant le portrait du pr\u00e9sident Kais Sa\u00efed, Crisis Group souligne que \u00ab son orientation id\u00e9ologique est beaucoup moins claire. Ses compagnons de route se partagent principalement entre membres de la gauche islamique tunisienne, inspir\u00e9e de penseurs iraniens de la r\u00e9volution de 1979, et ex-dirigeants d\u2019extr\u00eame gauche, fondateurs d\u2019une sorte de club d\u2019id\u00e9es en 2011, le Front des forces de la Tunisie libre.\u00a0Pour Sa\u00efed et ses partisans, le peuple dans son ensemble doit redevenir le principal acteur politique. Cette id\u00e9e est clairement formul\u00e9e dans son slogan de campagne, \u00ab\u00a0le peuple veut\u00a0\u00bb, entendu lors des sit-in de la Kasbah et de la Kasbah II en janvier-f\u00e9vrier 2011. Pour beaucoup, son c\u00f4t\u00e9 rigide et juridiste, sa diction m\u00e9ticuleuse en arabe classique et sa frugalit\u00e9 personnelle, illustrent le caract\u00e8re l\u00e9gal, rationnel et impersonnel des institutions, que les partis politiques auraient fait dispara\u00eetre en investissant l\u2019administration publique.<br \/>Le formalisme juridique de Sa\u00efed semble r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019exigence populaire d\u2019une application du principe d\u2019\u00e9galit\u00e9 devant la loi, une \u00e9galit\u00e9 qui passe par la moralisation et la restauration de l\u2019autorit\u00e9 publique, la stricte neutralit\u00e9 du pouvoir judiciaire et le d\u00e9mant\u00e8lement des r\u00e9seaux de \u00ab\u00a0passe-droit\u00a0\u00bb.\u00a0\u00a0Il d\u00e9fend l\u2019id\u00e9e d\u2019un r\u00e9tablissement de services publics forts dans le domaine de l\u2019\u00e9ducation, de la sant\u00e9 et des transports, et cite en exemple la Tunisie des ann\u00e9es 1960.<\/p>\n<p>Sa\u00efed critique la Constitution et le r\u00e9gime parlementaire mixte qui en d\u00e9coule. D\u2019apr\u00e8s lui, la Constitution de 2014 et le mode de scrutin proportionnel qui en est le prolongement auraient perverti la volont\u00e9 populaire au profit d\u2019un cartel de partis politiques. Il r\u00e9prouve ainsi le r\u00e9gime politique d\u00e9fini par cette Constitution. Il voue aux g\u00e9monies les organisations partisanes et propose la mise en place d\u2019une nouvelle architecture institutionnelle et politique bas\u00e9e sur la d\u00e9mocratie locale et la r\u00e9vocabilit\u00e9.\u00a0\u00a0Les \u00ab\u00a0supporteurs\u00a0\u00bb de Sa\u00efed, comme ces derniers se qualifient, se sont abstenus aux \u00e9lections l\u00e9gislatives du 6 octobre 2019, dont le taux de participation a difficilement d\u00e9pass\u00e9 les 40 pour cent, car celui-ci n\u2019avait pr\u00e9sent\u00e9 ni parti politique ni liste ind\u00e9pendante.<\/p>\n<h2>Aust\u00e9rit\u00e9, frugalit\u00e9, probit\u00e9<\/h2>\n<p>\u00ab\u00a0Il a \u00e9galement fait campagne sur le th\u00e8me de la promotion d\u2019une certaine ind\u00e9pendance \u00e9conomique. Il a mis l\u2019accent en particulier sur la lutte contre la corruption de l\u2019\u00e9lite et sur la redistribution du pouvoir politique aux cat\u00e9gories les plus l\u00e9s\u00e9es de la population, deux mesures qui permettraient au pays de mieux r\u00e9sister \u00e0 la pression de l\u2019\u00e9tranger, notamment dans le domaine \u00e9conomique.<br \/>En outre, son apparence jug\u00e9e int\u00e8gre et aust\u00e8re renvoie l\u2019image d\u2019une certaine Tunisie frugale qui peut \u00ab\u00a0se passer de l\u2019argent des bailleurs de fonds et que personne ne peut acheter\u00a0\u00bb, comme le note un sociologue.\u00a0La probit\u00e9 de Ka\u00efs Sa\u00efed en t\u00e9moigne\u00a0: mode de vie simple, habitat dans un quartier populaire, tourn\u00e9e dans les caf\u00e9s de l\u2019int\u00e9rieur du pays dans une voiture bon march\u00e9, refus de remboursement public des frais de campagne du premier tour qui s\u2019\u00e9l\u00e8veraient \u00e0 moins de 4000 dinars (environ 1400 dollars).\u00a0\u00bb<\/p>\n<h2>Fakhfakh et la surench\u00e8re<\/h2>\n<p>Quant au gouvernement Fakhfakh, le rapport consid\u00e8re que \u00ab\u00a0les dangers sont multiples\u00a0\u00bb et il \u00ab pourrait n\u2019avoir d\u2019autre choix que de g\u00e9rer au jour le jour une situation \u00e9conomique qui se d\u00e9grade.\u00a0\u00a0Les conflits en son sein entre ministres ind\u00e9pendants plus ou moins proches politiquement du chef de l\u2019Etat ou du chef de gouvernement, de ministres d\u2019An-Nahda, ou de formations souverainistes \u2013 Courant d\u00e9mocrate et Mouvement du peuple \u2013 risquent d\u2019\u00eatre nombreux. L\u2019opposition, compos\u00e9e en partie de forces \u00e9galement souverainistes\u00a0\u2013 Coalition de la dignit\u00e9 et Parti destourien libre \u2013 sera encline \u00e0 surench\u00e9rir politiquement (d\u00e9nonciation de pr\u00e9tendues atteintes \u00e0 la souverainet\u00e9 nationale, accusation de corruption de personnalit\u00e9s politiques, d\u00e9clarations pro-islamistes et anti-islamistes virulentes, etc.).\u00a0\u00a0Une atmosph\u00e8re de polarisation de la soci\u00e9t\u00e9 comparable \u00e0 celle de la seconde moiti\u00e9 de 2013 pourrait s\u2019installer de nouveau.<\/p>\n<p><span class=\"c5\"><strong>En quoi est-ce significatif ?<\/strong><\/span> La Tunisie a perdu un temps pr\u00e9cieux. La pr\u00e9sence de personnalit\u00e9s et de forces politiques dites souverainistes, favorise l\u2019installation d\u2019un climat de surench\u00e8re populiste augmentant les tensions politiques et la polarisation sociale et diminuant la capacit\u00e9 du pays \u00e0 relever les d\u00e9fis \u00e9conomiques et s\u00e9curitaires.<\/p>\n<p><span class=\"c5\"><strong>Comment agir ?<\/strong><\/span> Afin de r\u00e9duire ces surench\u00e8res, la nouvelle classe politique devrait faciliter la mise en place de m\u00e9canismes de dialogues inclusifs qui fixeraient de mani\u00e8re consensuelle les orientations strat\u00e9giques nationales de long terme, en particulier celles visant \u00e0 accroitre la souverainet\u00e9 \u00e9conomique du pays.<\/p>\n<p>Rapport int\u00e9gral<\/p>\n<p><span class=\"c6\"><span class=\"c2\"><strong>I. Synth\u00e8se<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>En septembre et octobre 2019, les Tunisiens se sont rendus aux urnes, choisissant de changer la physionomie de la classe politique. De nouvelles personnalit\u00e9s et partis incarnant certaines attentes populaires qui ont \u00e9merg\u00e9 au cours de ces derni\u00e8res ann\u00e9es, sont arriv\u00e9s sur le devant de la sc\u00e8ne politique. Cette nouvelle classe politique se livre \u00e0 des surench\u00e8res populistes qui accroissent les tensions politique, polarisent la soci\u00e9t\u00e9 et r\u00e9duisent la capacit\u00e9 du pays \u00e0 faire face aux d\u00e9fis \u00e9conomiques et s\u00e9curitaires. Pour diminuer ces surench\u00e8res, elle devrait participer \u00e0 la cr\u00e9ation de m\u00e9canismes de dialogue r\u00e9unissant les principaux acteurs politiques, syndicaux, administratifs et associatifs. Ces m\u00e9canismes aideraient \u00e0 d\u00e9finir de mani\u00e8re consensuelle les grands choix strat\u00e9giques nationaux de long terme, notamment, ceux visant \u00e0 augmenter la souverainet\u00e9 \u00e9conomique de la Tunisie.<\/p>\n<p>La Tunisie a d\u00e9j\u00e0 perdu du temps. Pendant pr\u00e8s de quatre mois, aucune coalition parlementaire capable de former un nouveau gouvernement ne s\u2019est d\u00e9gag\u00e9e. Le 10 janvier, l\u2019Assembl\u00e9e pr\u00e9sid\u00e9e par le pr\u00e9sident du parti d\u2019inspiration islamiste, An-Nahda, Rached Ghannouchi, a rejet\u00e9 le cabinet de Habib Jemli, propos\u00e9 par ce m\u00eame parti. Comme la Constitution le stipule dans ce cas, le nouveau pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Ka\u00efs Sa\u00efed, a d\u00e9sign\u00e9 un nouveau chef de gouvernement, Elyes Fakhfakh, membre d\u2019Ettakatol, parti social-d\u00e9mocrate qui appartenait \u00e0 l\u2019alliance gouvernementale et parlementaire (tro\u00efka, compos\u00e9e des partis An-Nahda, Ettakatol et Congr\u00e8s pour la r\u00e9publique) constitu\u00e9e au cours des premi\u00e8res ann\u00e9es qui ont suivi le d\u00e9part du pr\u00e9sident Ben Ali (2011-2014) et emmen\u00e9e par An-Nahda. Fakhfakh a form\u00e9 une nouvelle \u00e9quipe minist\u00e9rielle qui a obtenu la confiance de l\u2019Assembl\u00e9e le 27 f\u00e9vrier 2020 avec 129 voix pour et 77 contre.<\/p>\n<p>Le nouveau gouvernement ne devrait ni ignorer l\u2019importante pression des bases militantes et des citoyens mobilis\u00e9s sur le plan social et politique (notamment ceux qui ont pl\u00e9biscit\u00e9 le pr\u00e9sident Sa\u00efed avec pr\u00e8s de 73 pour cent des suffrages), ni chercher \u00e0 apaiser momentan\u00e9ment leurs attentes par des mesures populistes (notamment l\u2019emprisonnement de \u00ab corrompus \u00bb ou la rh\u00e9torique anti-occidentale).<\/p>\n<p>De concert avec la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique et le parlement, il devrait faciliter la cr\u00e9ation d\u2018espaces de dialogue qui r\u00e9uniraient un maximum d\u2019acteurs de diff\u00e9rents horizons politiques, sociaux et professionnels afin de parvenir \u00e0 un compromis sur les grandes orientations strat\u00e9giques nationales de long terme. Cela permettrait d\u2019att\u00e9nuer les conflits id\u00e9ologiques et de r\u00e9duire les surench\u00e8res populistes qui risquent d\u2019affaiblir la capacit\u00e9 du pays \u00e0 faire face soit \u00e0 un choc ext\u00e9rieur provoqu\u00e9 par la d\u00e9gradation de la situation s\u00e9curitaire \u00e0 l\u2019\u00e9chelle r\u00e9gionale, soit \u00e0 la d\u00e9t\u00e9rioration de ses \u00e9quilibres macro-\u00e9conomiques.<\/p>\n<p>Ces grandes orientations porteraient, par exemple, sur l\u2019am\u00e9lioration de la qualit\u00e9 des services publics dits de premi\u00e8re ligne \u2013 sant\u00e9 et assistance sociale, \u00e9ducation et transports. Elles pourraient traiter des outils les plus efficaces pour d\u00e9bloquer l\u2019action publique dans le domaine \u00e9conomique (loi d\u2019urgence socio-\u00e9conomique) et d\u00e9manteler graduellement les r\u00e9seaux client\u00e9listes qui affaiblissent la chaine de commandement au sein des institutions et minent la confiance entre ces institutions et de larges franges de la population (par le biais d\u2019une r\u00e9forme des imp\u00f4ts et de la douane et l\u2019int\u00e9gration d\u2019une partie du commerce informel dans l\u2019\u00e9conomie formelle, notamment). Elles pourraient \u00e9galement se traduire par la cr\u00e9ation d\u2019une Agence d\u2019intelligence \u00e9conomique qui permettrait de prendre des d\u00e9cisions \u00e9conomiques nationales plus harmonis\u00e9es, notamment en mati\u00e8re de prospective strat\u00e9gique, d\u2019ouverture sur de nouveaux march\u00e9s ou d\u2019utilisation plus efficiente de l\u2019aide internationale.<\/p>\n<p>Afin de consolider la stabilit\u00e9 de la Tunisie, l\u2019Union europ\u00e9enne, l\u2019un des principaux partenaires du pays, devrait soutenir ces orientations, leur \u00e9laboration et leur mise en \u0153uvre, et convaincre les cr\u00e9anciers internationaux \u2013 y compris le Fonds mon\u00e9taire international (FMI) \u2013 d\u2019en faire autant. Elle devrait aussi tirer profit de cette nouvelle configuration politique pour concentrer son assistance dans les domaines qu\u2019elle soutient d\u00e9j\u00e0, tels que la r\u00e9forme de l\u2019administration publique, la lutte antitrust et le d\u00e9veloppement des r\u00e9gions p\u00e9riph\u00e9riques, mais que les forces dites souverainistes, enclines \u00e0 critiquer les interventions \u00e9trang\u00e8res, seront moins susceptibles d\u2019assimiler \u00e0 de l\u2019ing\u00e9rence.<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><span class=\"c6\"><strong>II. La d\u00e9fense de la souverainet\u00e9 nationale : un nouveau leitmotiv<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La th\u00e9matique de la d\u00e9fense de la souverainet\u00e9 nationale, qui a jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9cisif dans l\u2019\u00e9mergence de nouvelles personnalit\u00e9s et partis politiques \u00e0 l\u2019issue du cycle \u00e9lectoral de fin 2019, est apparu en plusieurs \u00e9tapes depuis 2013. Au cours de 2013, dans un contexte de reflux du \u00ab printemps arabe \u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9chelle r\u00e9gionale, de faible rendement \u00e9conomique et social de la tro\u00efka et de mont\u00e9e de la violence jihadiste, l\u2019id\u00e9e que l\u2019affaiblissement de l\u2019Etat sape la souverainet\u00e9 du pays a gagn\u00e9 du terrain dans la soci\u00e9t\u00e9 tunisienne. Cette id\u00e9e se traduit alors par une certaine nostalgie pour l\u2019ancien r\u00e9gime (1956-2011). La sc\u00e8ne politique se polarise entre islamistes et anti-islamistes, les seconds accusant les premiers de \u00ab vendre le pays \u00e0 leurs alli\u00e9s du Golfe \u00bb, de ne pas croire \u00e0 la Tunisie mais plut\u00f4t \u00e0 la \u00ab nation islamique \u00bb (oumma), et d\u2019affaiblir ainsi l\u2019Etat \u00e0 dessein pour mieux le p\u00e9n\u00e9trer et le d\u00e9truire.<\/p>\n<p>En 2016, alors que l\u2019attrait du salafisme jihadiste diminue parmi la jeunesse des zones d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9es, cette demande de renforcement de l\u2019Etat et de r\u00e9habilitation de l\u2019ancien r\u00e9gime, que Nida Tounes n\u2019\u00e9tait pas parvenu \u00e0 satisfaire en s\u2019alliant avec An-Nahda fin 2014, gagne en popularit\u00e9 dans cette frange de la population.<\/p>\n<p>Un nombre important de ces jeunes disaient, en 2015, esp\u00e9rer que l\u2019organisation de l\u2019Etat islamique \u00ab vienne les d\u00e9livrer \u00bb, comme le d\u00e9clarait l\u2019un d\u2019eux. Un an plus tard, ils expriment plut\u00f4t le sentiment que le pays a besoin d\u2019un homme fort comme Ben Ali.<\/p>\n<p>En 2017, les discours r\u00e9pandus tant au sein des cat\u00e9gories populaires que des classes plus ais\u00e9es, convergent vers l\u2019id\u00e9e que l\u2019Etat et ses services publics (sant\u00e9, \u00e9ducation, transports) se d\u00e9litent et que les Tunisiens ne sont pas pr\u00eats pour la d\u00e9mocratie, surtout parlementaire, laquelle entrainerait la g\u00e9n\u00e9ralisation du client\u00e9lisme, de la corruption et de la mis\u00e8re sociale et profiterait seulement \u00e0 des politiciens v\u00e9naux et opportunistes.<\/p>\n<p>Plusieurs responsables politiques, notamment de Nida Tounes, ainsi que des hauts fonctionnaires, affirment que la Constitution de 2014 et le mode de scrutin proportionnel au plus fort fragmentent la sc\u00e8ne politique.<\/p>\n<p>Selon eux, ces deux \u00e9l\u00e9ments seraient les principaux responsables de la g\u00e9n\u00e9ralisation de la corruption dans un pays marqu\u00e9 par une crise d\u2019autorit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e.\u00a0 Ainsi, comme l\u2019avait not\u00e9 Crisis Group, ces responsables sont convaincus que la seule mani\u00e8re de sauver le pays serait de reconcentrer les \u00e9nergies et les moyens d\u2019action aux mains d\u2019un pouvoir ex\u00e9cutif solide, homog\u00e8ne sur le plan id\u00e9ologique et de renouer avec l\u2019hyperpr\u00e9sidence.<\/p>\n<p>Par ailleurs, \u00e0 partir de la seconde moiti\u00e9 de 2016, la concordance entre, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, marasme \u00e9conomique et baisse du niveau de vie et, de l\u2019autre, pression accrue, notamment du Fonds mon\u00e9taire international (FMI) et de l\u2019Union europ\u00e9enne, conduisent plusieurs forces politiques et syndicales \u00e0 d\u00e9noncer les atteintes \u00e0 la souverainet\u00e9 \u00e9conomique du pays telles que l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 budg\u00e9taire pr\u00f4n\u00e9e par le FMI ou la pr\u00e9tendue appropriation des ressources naturelles de la Tunisie par des compagnies \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n<p>C\u2019est notamment le discours de certains membres du parti islamiste radical Hizb ut-Tahrir, de proches de l\u2019ex-tro\u00efka, de militants de base d\u2019An-Nahda, de nostalgiques de l\u2019ancien r\u00e9gime, d\u2019activistes de centre gauche ou d\u2019extr\u00eame gauche, de nationalistes arabes et de cadres de l\u2019Union g\u00e9n\u00e9rale tunisienne du travail (UGTT).<\/p>\n<p>Enfin, durant la seconde moiti\u00e9 de 2018, le d\u00e9bat autour des questions de l\u2019\u00e9galit\u00e9 hommes-femmes en mati\u00e8re d\u2019h\u00e9ritage, de la d\u00e9p\u00e9nalisation de l\u2019homosexualit\u00e9 et de l\u2019abolition de la peine de mort, trois points d\u2019attention identifi\u00e9s par le rapport de la Commission des libert\u00e9s individuelles et de l\u2019\u00e9galit\u00e9 (Colibe) publi\u00e9 en juin 2018, a \u00e9t\u00e9 fortement m\u00e9diatis\u00e9 dans la presse nationale et surtout internationale.<\/p>\n<p>Les interventions des m\u00e9dias \u00e9trangers soutenant ces propositions engendrent notamment un mouvement de r\u00e9affirmation de la souverainet\u00e9 sur le plan identitaire. Nombre de Tunisiens, la plupart sensibles aux discours des forces politiques d\u2019opposition (nostalgiques de l\u2019ancien r\u00e9gime ; \u00ab r\u00e9volutionnaires \u00bb de 2011, de gauche ou islamistes), d\u00e9noncent les mesures en faveur de l\u2019\u00e9galit\u00e9 hommes-femmes en mati\u00e8re d\u2019h\u00e9ritage. Ils les per\u00e7oivent comme une tentative de la classe politique, de concert avec l\u2019Occident \u2013 notamment la France et l\u2019Union europ\u00e9enne \u2013 de changer le mode de vie des Tunisiens, et en particulier de d\u00e9truire la cellule familiale, dernier espace de solidarit\u00e9 face au durcissement des conditions d\u2019existence.<\/p>\n<p><span class=\"c6\"><span class=\"c2\"><strong>III. Ka\u00efs Sa\u00efed ou la d\u00e9fense de la souverainet\u00e9 du \u00ab peuple \u00bb et de la nation<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Sa\u00efed, principal repr\u00e9sentant de cette nouvelle vague \u00ab souverainiste \u00bb, s\u2019est fait l\u2019\u00e9cho de ces pr\u00e9occupations. Cette approche a port\u00e9 ses fruits : en t\u00eate du premier tour de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle anticip\u00e9e du 15 septembre 2019 avec environ 18 pour cent des suffrages, il a quasiment \u00e9t\u00e9 pl\u00e9biscit\u00e9 au second tour, le 13 octobre 2019, avec pr\u00e8s de 73 pour cent, soit plus de 2,7 millions de voix pour un taux de participation de pr\u00e8s de 57 pour cent.<\/p>\n<p>Son \u00e9lection a eu lieu dans un contexte de confusion politique.\u00a0 Pour nombre de jeunes Tunisiens, sa victoire a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cue comme un soulagement. Des campagnes citoyennes de nettoyage des rues et de boycott de produits alimentaires, objet de sp\u00e9culation de la part d\u2019interm\u00e9diaires, se sont multipli\u00e9es.\u00a0 Des jeunes des quatre coins du pays ont peint spontan\u00e9ment son portrait. L\u2019atmosph\u00e8re politique semblait passer de la r\u00e9signation \u00e0 l\u2019espoir.<\/p>\n<p>Sa\u00efed est devenu une figure m\u00e9diatique apr\u00e8s le d\u00e9part de Ben Ali, en tant qu\u2019expert constitutionnaliste. Il \u00e9tait pr\u00e9sent lors des sit-in populaires de la Kasbah en janvier-f\u00e9vrier 2011.<\/p>\n<p>Il a pris position \u00e0 plusieurs reprises pour le processus de justice transitionnelle.\u00a0 Ses discours insistent sur le respect de l\u2019\u00e9quit\u00e9 r\u00e9gionale par la force du droit et la lutte pour la redistribution r\u00e9gionale et locale du pouvoir central.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, son orientation id\u00e9ologique est beaucoup moins claire. Ses compagnons de route se partagent principalement entre membres de la gauche islamique tunisienne, inspir\u00e9e de penseurs iraniens de la r\u00e9volution de 1979, et ex-dirigeants d\u2019extr\u00eame gauche, fondateurs d\u2019une sorte de club d\u2019id\u00e9es en 2011, le Front des forces de la Tunisie libre.<br \/>\u00a0Pour Sa\u00efed et ses partisans, le peuple dans son ensemble doit redevenir le principal acteur politique. Cette id\u00e9e est clairement formul\u00e9e dans son slogan de campagne, \u00ab le peuple veut \u00bb, entendu lors des sit-in de la Kasbah et de la Kasbah II en janvier-f\u00e9vrier 2011. Pour beaucoup, son c\u00f4t\u00e9 rigide et juridiste, sa diction m\u00e9ticuleuse en arabe classique et sa frugalit\u00e9 personnelle, illustrent le caract\u00e8re l\u00e9gal rationnel et impersonnel des institutions, que les partis politiques auraient fait dispara\u00eetre en investissant l\u2019administration publique.<br \/>Le formalisme juridique de Sa\u00efed semble r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019exigence populaire d\u2019une application du principe d\u2019\u00e9galit\u00e9 devant la loi, une \u00e9galit\u00e9 qui passe par la moralisation et la restauration de l\u2019autorit\u00e9 publique, la stricte neutralit\u00e9 du pouvoir judiciaire et le d\u00e9mant\u00e8lement des r\u00e9seaux de \u00ab passe-droit \u00bb.<\/p>\n<p>Il d\u00e9fend l\u2019id\u00e9e d\u2019un r\u00e9tablissement de services publics forts dans le domaine de l\u2019\u00e9ducation, de la sant\u00e9 et des transports, et cite en exemple la Tunisie des ann\u00e9es 1960.<\/p>\n<p>Sa\u00efed critique la Constitution et le r\u00e9gime parlementaire mixte qui en d\u00e9coule. D\u2019apr\u00e8s lui, la Constitution de 2014 et le mode de scrutin proportionnel qui en est le prolongement auraient perverti la volont\u00e9 populaire au profit d\u2019un cartel de partis politiques. Il r\u00e9prouve ainsi le r\u00e9gime politique d\u00e9fini par cette Constitution. Il voue aux g\u00e9monies les organisations partisanes et propose la mise en place d\u2019une nouvelle architecture institutionnelle et politique bas\u00e9e sur la d\u00e9mocratie locale et la r\u00e9vocabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Les \u00ab supporteurs \u00bb de Sa\u00efed, comme ces derniers se qualifient, se sont abstenus aux \u00e9lections l\u00e9gislatives du 6 octobre 2019, dont le taux de participation a difficilement d\u00e9pass\u00e9 les 40 pour cent, car celui-ci n\u2019avait pr\u00e9sent\u00e9 ni parti politique ni liste ind\u00e9pendante.<\/p>\n<p>Il a \u00e9galement fait campagne sur le th\u00e8me de la promotion d\u2019une certaine ind\u00e9pendance \u00e9conomique. Il a mis l\u2019accent en particulier sur la lutte contre la corruption de l\u2019\u00e9lite et sur la redistribution du pouvoir politique aux cat\u00e9gories les plus l\u00e9s\u00e9es de la population, deux mesures qui permettraient au pays de mieux r\u00e9sister \u00e0 la pression de l\u2019\u00e9tranger, notamment dans le domaine \u00e9conomique.<br \/>En outre, son apparence jug\u00e9e int\u00e8gre et aust\u00e8re renvoie l\u2019image d\u2019une certaine Tunisie frugale qui peut \u00ab se passer de l\u2019argent des bailleurs de fonds et que personne ne peut acheter \u00bb, comme le note un sociologue.<\/p>\n<p>La probit\u00e9 de Ka\u00efs Sa\u00efed en t\u00e9moigne : mode de vie simple, habitat dans un quartier populaire, tourn\u00e9e dans les caf\u00e9s de l\u2019int\u00e9rieur du pays dans une voiture bon march\u00e9, refus de remboursement public des frais de campagne du premier tour qui s\u2019\u00e9l\u00e8veraient \u00e0 moins de 4000 dinars (environ 1400 dollars).<\/p>\n<p>Par ailleurs, les \u00e9lecteurs de Sa\u00efed sont nombreux \u00e0 d\u00e9noncer le pr\u00e9tendu pillage des ressources naturelles et \u00e0 souligner leur potentiel apport d\u00e9cisif \u00e0 la lutte pour l\u2019ind\u00e9pendance \u00e9conomique. Nombre de ses sympathisants, en partie de jeunes Tunisiens estimant qu\u2019ils m\u00e9ritent une meilleure condition sociale (dipl\u00f4m\u00e9s ch\u00f4meurs par exemple), affirment que la Tunisie est riche en ressources naturelles. Ils expliquent qu\u2019il est n\u00e9cessaire, dans un premier temps, d\u2019\u00e9radiquer la corruption en restaurant l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019Etat. Selon eux, cela faciliterait l\u2019obtention de l\u2019ind\u00e9pendance r\u00e9elle du pays face aux grandes puissances. Il ne resterait plus ensuite qu\u2019\u00e0 redistribuer librement les richesses pour qu\u2019advienne la prosp\u00e9rit\u00e9, ce qui sous-entend que l\u2019Occident est un obstacle \u00e0 cette prosp\u00e9rit\u00e9.<br \/>Le discours de Ka\u00efs Sa\u00efed d\u00e9fend \u00e9galement une certaine souverainet\u00e9 sur le plan identitaire. La dimension arabo-musulmane de l\u2019identit\u00e9 tunisienne serait selon lui menac\u00e9e par des interventions \u00e9trang\u00e8res en tout genre, y compris dans les espaces intimes.<\/p>\n<p>Sa\u00efed s\u2019est notamment prononc\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises pour la criminalisation de toute tentative de normalisation diplomatique avec l\u2019Etat d\u2019Isra\u00ebl.\u00a0 Il s\u2019est oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019abolition de la peine de mort et \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 hommes-femmes en mati\u00e8re d\u2019h\u00e9ritage et a \u00e9galement \u00e9mis un avis mitig\u00e9 sur la question de la d\u00e9p\u00e9nalisation de l\u2019homosexualit\u00e9, les trois points controvers\u00e9s du rapport de la Colibe.<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><span class=\"c6\"><strong>IV. De nouvelles forces souverainistes dans un parlement fragment\u00e9<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Le parlement issu des \u00e9lections du 6 octobre 2019 est plus fragment\u00e9 que celui issu du scrutin de 2014.<\/p>\n<p>Les deux formations politiques arriv\u00e9es en t\u00eate de l\u2019\u00e9lection l\u00e9gislative de 2019, An-Nahda (54 si\u00e8ges sur 217) et Qalb Tounes (38 si\u00e8ges), n\u2019ont pu constituer une coalition majoritaire \u00e0 elles seules, \u00e0 l\u2019instar de celle form\u00e9e par Nida Tounes (86 si\u00e8ges en 2014) et An-Nahda (69 si\u00e8ges en 2014) au d\u00e9but de la pr\u00e9c\u00e9dente mandature.<\/p>\n<p>Si la coalition constitu\u00e9e en 2014 avait r\u00e9duit la polarisation entre islamistes et anti-islamistes, elle n\u2019a en revanche pas r\u00e9ussi \u00e0 relever les d\u00e9fis socio-\u00e9conomiques et institutionnels de la transition. Cela a, par cons\u00e9quent, ouvert la voie \u00e0 des demandes de changement plus radicales, s\u2019exprimant en particulier \u00e0 travers l\u2019attachement \u00e0 une souverainet\u00e9 nationale qui serait viol\u00e9e. Ainsi, d\u2019une part, Nida Tounes et An-Nahda ont \u00e9t\u00e9 victimes d\u2019un vote sanction, en particulier le premier, perdant la quasi-totalit\u00e9 de ses d\u00e9put\u00e9s (il n\u2019obtient que 3 si\u00e8ges). D\u2019autre part, de nouvelles forces dites souverainistes ayant exploit\u00e9 sur le plan \u00e9lectoral ces demandes de changement composent d\u00e9sormais pr\u00e8s de la moiti\u00e9 de la nouvelle Assembl\u00e9e.<\/p>\n<p>Une partie est pr\u00e9sente au sein du cabinet d\u2019Elyes Fakhfakh aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019An-Nahda et d\u2019ind\u00e9pendants, dont certains sont proches politiquement du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique et du chef de gouvernement (Courant d\u00e9mocrate et Mouvement du peuple). Une autre est dans l\u2019opposition (Coalition de la dignit\u00e9 et Parti destourien libre). La plupart, \u00e0 l\u2019instar de Sa\u00efed, r\u00e9cup\u00e8rent les revendications exprim\u00e9es lors du soul\u00e8vement de 2010-2011 (lutte contre la corruption, emploi des jeunes, r\u00e9duction des in\u00e9galit\u00e9s r\u00e9gionales de d\u00e9veloppement) tout en \u00e9tant enclines \u00e0 surench\u00e9rir sur la question du renforcement de l\u2019Etat, de l\u2019anti-corruption ou de la d\u00e9fense de la souverainet\u00e9 nationale.<\/p>\n<p>Une de ces nouvelles forces souverainistes est le Courant d\u00e9mocrate, qui est pass\u00e9 de trois si\u00e8ges en 2014 \u00e0 22 si\u00e8ges en 2019 et poss\u00e8de trois minist\u00e8res dans le gouvernement Fakhfakh. Cr\u00e9\u00e9 en 2013, il est dirig\u00e9 par Mohamed Abbou, ministre de la Fonction publique.<\/p>\n<p>Cette formation est la premi\u00e8re \u00e0 avoir surf\u00e9 sur la th\u00e9matique populaire de la lutte contre la corruption et de la restauration d\u2019un Etat fort, au nom des valeurs exprim\u00e9es lors du soul\u00e8vement de 2010-2011. Depuis 2017, elle concilie respect des valeurs lib\u00e9rales (notamment sur la question de la d\u00e9mocratie, des droits humains et de l\u2019\u00e9galit\u00e9), avec la lutte pour le retour d\u2019un \u00ab Etat fort et juste \u00bb et la stricte application de la loi pour les \u00ab corrompus \u00bb.<\/p>\n<p>Une autre de ces forces est le Mouvement du peuple, qui passe de trois \u00e0 quinze d\u00e9put\u00e9s et occupe deux minist\u00e8res dans le gouvernement Fakhfakh. De tendance nationaliste arabe, ce mouvement est un ancien membre du Front populaire (coalition de partis d\u2019extr\u00eame gauche et nationalistes arabes, devenu parti politique en juillet 2019) et a \u00e9t\u00e9 dirig\u00e9 de 2011 \u00e0 2013 par Mohamed Brahmi, d\u00e9put\u00e9 assassin\u00e9 en juillet 2013.<\/p>\n<p>Le parti se focalise particuli\u00e8rement sur la th\u00e9matique de la d\u00e9fense de la souverainet\u00e9 \u00e9conomique et cultive un discours anti-occidental et surtout anti-normalisation avec l\u2019Etat d\u2019Isra\u00ebl.\u00a0 Une partie de cette formation consid\u00e8re An-Nahda comme son principal ennemi politique et id\u00e9ologique.\u00a0 En janvier 2020, un d\u00e9put\u00e9 ind\u00e9pendant, proche de ce parti, a qualifi\u00e9 les binationaux de \u00ab b\u00e2tards \u00bb qui, en monopolisant les circuits de d\u00e9cision politique, mineraient la souverainet\u00e9 de la Tunisie.<\/p>\n<p>La Coalition de la dignit\u00e9 apparait \u00e9galement \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e avec 21 si\u00e8ges. Form\u00e9e en f\u00e9vrier 2019, elle se compose de listes ind\u00e9pendantes emmen\u00e9es notamment par d\u2019anciens islamo-r\u00e9volutionnaires, membres des Ligues de protection de la r\u00e9volution (LPR) de 2011-2012, du reste du Congr\u00e8s pour la r\u00e9publique (CPR \u2013 r\u00e9duit \u00e0 quelques militants) et de deux petits partis islamistes.<\/p>\n<p>Son porte-parole, Seifeddine Makhlouf, par ailleurs l\u2019un des principaux avocats des salafistes-jihadistes tunisiens, s\u2019est rendu c\u00e9l\u00e8bre par ses attaques r\u00e9p\u00e9t\u00e9es contre la France et son ambassadeur, qu\u2019il accuse de piller les ressources naturelles de la Tunisie et de vouloir changer le mode de vie des Tunisiens. Il accuse \u00e9galement, de mani\u00e8re r\u00e9guli\u00e8re, le bureau ex\u00e9cutif de l\u2019Union g\u00e9n\u00e9rale tunisienne du travail (UGTT) de corruption.\u00a0 Il d\u00e9fend le port du voile int\u00e9gral, s\u2019oppose \u00e0 toute forme de f\u00e9minisme, m\u00e9lange virilisme, anticolonialisme, anti-corruption, conservatisme et lutte contre l\u2019\u00e9lite \u00e9conomique \u00e9tablie.<\/p>\n<p>Enfin, se revendiquant explicitement de l\u2019h\u00e9ritage de l\u2019ancien r\u00e9gime, le Parti destourien libre (PDL), dirig\u00e9 par Abir Moussi (ancienne secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale adjointe charg\u00e9e de la femme aupr\u00e8s du parti dissous de Ben Ali, le Rassemblement constitutionnel d\u00e9mocratique \u2013 RCD) fait \u00e9galement son entr\u00e9e avec 17 d\u00e9put\u00e9s.<\/p>\n<p>Sa pr\u00e9sidente se prononce pour un r\u00e9gime pr\u00e9sidentiel fort, attaque r\u00e9guli\u00e8rement la Constitution de 2014 et pr\u00f4ne l\u2019interdiction d\u2019An-Nahda qu\u2019elle d\u00e9crit dans des termes similaires \u00e0 ceux utilis\u00e9s dans les ann\u00e9es 1990 par les propagandistes du r\u00e9gime d\u00e9chu (terrorisme, traitre \u00e0 la nation, etc.).\u00a0 Depuis le d\u00e9but des travaux du nouveau parlement en d\u00e9cembre 2019, elle est engag\u00e9e dans un \u00ab duel th\u00e9\u00e2tral \u00bb avec An-Nahda et son pr\u00e9sident Rached Ghannouchi, ce qui contribue \u00e0 repolariser la sc\u00e8ne politique autour de la question de l\u2019islamisme.<\/p>\n<p><span class=\"c6\"><span class=\"c2\"><strong>V. Les risques de cette nouvelle configuration politique<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9miettement de la sc\u00e8ne politique, sa confusion et la m\u00e9fiance r\u00e9ciproque des partis qui la composent comportent plusieurs risques. Ceux-ci expliquent en particulier la difficult\u00e9 \u00e0 former un nouveau gouvernement depuis le scrutin l\u00e9gislatif d\u2019octobre 2019. En effet, les alliances politiques se font et se d\u00e9font, parfois \u00e0 la derni\u00e8re minute. Cette volatilit\u00e9 des alliances est due \u00e0 plusieurs facteurs : le manque de confiance mutuelle qui augmente les tensions entre partis politiques et fragilise les n\u00e9gociations ; la polarisation islamistes\/anti-islamistes aliment\u00e9e par le regain de tensions r\u00e9gionales, notamment en Libye ; les surench\u00e8res id\u00e9ologiques et politiques de la plupart des formations de taille moyenne qui demandent davantage de postes de ministres et de secr\u00e9taires d\u2019Etat en \u00e9change de leur soutien le jour du vote.<\/p>\n<p>Les dangers sont multiples. Le gouvernement d\u2019Elyes Fakhfakh pourrait n\u2019avoir d\u2019autre choix que de g\u00e9rer au jour le jour une situation \u00e9conomique qui se d\u00e9grade.<\/p>\n<p>Les conflits en son sein entre ministres ind\u00e9pendants plus ou moins proches politiquement du chef de l\u2019Etat ou du chef de gouvernement, de ministres d\u2019An-Nahda, ou de formations souverainistes \u2013 Courant d\u00e9mocrate et Mouvement du peuple \u2013 risquent d\u2019\u00eatre nombreux. L\u2019opposition, compos\u00e9e en partie de forces \u00e9galement souverainistes \u2013 Coalition de la dignit\u00e9 et Parti destourien libre \u2013 sera encline \u00e0 surench\u00e9rir politiquement (d\u00e9nonciation de pr\u00e9tendues atteintes \u00e0 la souverainet\u00e9 nationale, accusation de corruption de personnalit\u00e9s politiques, d\u00e9clarations pro-islamistes et anti-islamistes virulentes, etc.).\u00a0 Une atmosph\u00e8re de polarisation de la soci\u00e9t\u00e9 comparable \u00e0 celle de la seconde moiti\u00e9 de 2013 pourrait s\u2019installer de nouveau.<\/p>\n<p>Le manque de rendement socio-\u00e9conomique du gouvernement pourrait, par ailleurs, le placer sous le coup d\u2019une motion de censure du parlement et isoler Sa\u00efed, lequel ne dispose pas de formation politique. Sa capacit\u00e9 \u00e0 satisfaire son \u00e9lectorat d\u00e9pend, en grande partie, dans le cadre de la Constitution actuelle, des effets b\u00e9n\u00e9fiques de la politique mise en place par le gouvernement. \u00ab Si celle-ci ne s\u2019av\u00e8re pas concluante, le chef de l\u2019Etat en payerait le prix, nous passerions rapidement du r\u00eave au cauchemar \u00bb, note un dirigeant du Courant d\u00e9mocrate. La ranc\u0153ur \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Sa\u00efed pourrait \u00eatre proportionnelle \u00e0 l\u2019espoir qu\u2019il a fait na\u00eetre, ce qui pourrait pousser un certain nombre de ses supporteurs vers des formes de contestation \u00e9ventuellement violentes.<\/p>\n<p>En outre, la Tunisie a perdu du temps, et \u00ab au vu des d\u00e9fis \u00e9conomiques auxquelles elle est confront\u00e9e, le temps est ce qu\u2019il y a de plus pr\u00e9cieux pour le pays \u00bb, note un diplomate europ\u00e9en.<\/p>\n<p>L\u2019administration publique, en attente de nouveaux dirigeants politiques, fonctionne encore au ralenti. De plus, l\u2019absence de nouveau gouvernement pendant pr\u00e8s de quatre mois a rendu impossible la tenue des revues trimestrielles avec le FMI dans le cadre du plan 2016-2020. Le FMI n\u2019a pu verser les derni\u00e8res tranches du pr\u00eat, soit 1,2 milliard de dollars. Le pays risque de devoir ren\u00e9gocier un nouveau pr\u00eat et ainsi effectuer au pr\u00e9alable un certain nombre de r\u00e9formes douloureuses allant de l\u2019arr\u00eat total des subventions publiques \u00e0 l\u2019\u00e9nergie \u00e0 la profonde restructuration des entreprises publiques.<\/p>\n<p>Plusieurs \u00e9conomistes et hauts fonctionnaires affirment que sans ce pr\u00eat, la Tunisie est incapable de boucler son budget annuel.<\/p>\n<p>En attente d\u2019un nouveau cr\u00e9dit, la Tunisie pourrait \u00eatre contrainte d\u2019emprunter sur le march\u00e9 financier international \u00e0 des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s, ce qui creuserait durablement son d\u00e9ficit.\u00a0 Cela engendrerait une nouvelle d\u00e9pr\u00e9ciation de la monnaie nationale, un gel des salaires, des licenciements dans la fonction publique et une baisse du pouvoir d\u2019achat ; une situation qui, \u00e0 son tour, pourrait entra\u00eener une mont\u00e9e de la criminalit\u00e9 et des tensions sociales.<\/p>\n<p>Ainsi, le climat de surench\u00e8re populiste renforc\u00e9 par l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 budg\u00e9taire pourrait encourager les autorit\u00e9s \u00e0 apaiser les ranc\u0153urs de certaines franges de la population en menant des actions d\u2019\u00e9clat, de r\u00e9pression et d\u2019exclusion. Par exemple, une nouvelle lutte s\u00e9lective contre la corruption pourrait alimenter les tensions politiques, d\u00e9courager les investisseurs et accroitre l\u2019\u00e9vasion de capitaux. De m\u00eame, la tenue d\u2019un discours anti-occidental et des cabales m\u00e9diatiques visant, par exemple, les d\u00e9l\u00e9gations de l\u2019Union europ\u00e9enne et le FMI risqueraient de pousser le pays \u00e0 se replier sur lui-m\u00eame, ce qui mettrait en p\u00e9ril sa capacit\u00e9 \u00e0 assurer le service de sa dette ext\u00e9rieure, sans pour autant am\u00e9liorer ses performances \u00e9conomiques.<\/p>\n<p><span class=\"c6\"><span class=\"c2\"><strong>VI. D\u00e9fendre la souverainet\u00e9 nationale de mani\u00e8re pragmatique<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La d\u00e9fense de la souverainet\u00e9 de la Tunisie dans une optique populiste peut entrainer la polarisation de la sc\u00e8ne politique, la d\u00e9stabilisation des institutions et la d\u00e9fiance envers les bailleurs de fonds.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, dans le domaine essentiel qu\u2019est l\u2019\u00e9conomie, cette d\u00e9fense peut et doit se faire de mani\u00e8re pragmatique et inclusive dans une optique gagnant-gagnant entre les principaux acteurs politiques, syndicaux, administratifs et associatifs tunisiens, les pays partenaires de la Tunisie et les instances et organisations internationales.<\/p>\n<p>A cette fin, le gouvernement d\u2019Elyes Fakhfakh soutenu par la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique et le parlement devrait contribuer \u00e0 mettre en place des m\u00e9canismes de dialogue \u00e9largis r\u00e9unissant des repr\u00e9sentants de partis politiques pr\u00e9sents au parlement ou non, au sein du gouvernement ou dans l\u2019opposition ; des \u00e9lus (d\u00e9put\u00e9s, maires) ; les directeurs g\u00e9n\u00e9raux des administrations centrales ; les repr\u00e9sentants de l\u2019administration r\u00e9gionale et locale ; les repr\u00e9sentants des corps professionnels ; les organisations syndicales, notamment l\u2019UGTT et le syndicat patronal, l\u2019Union tunisienne de l\u2019industrie, du commerce et de l\u2019artisanat ainsi que les principales associations.<\/p>\n<p>Ces m\u00e9canismes viseraient \u00e0 produire des plateformes consensuelles sur les grandes orientations strat\u00e9giques nationales \u00e0 long terme. Ils pourraient aider \u00e0 canaliser les surench\u00e8res populistes en orientant une partie des controverses id\u00e9ologiques que les forces politiques soul\u00e8vent, autour de choix constructifs.<\/p>\n<p>Ces orientations strat\u00e9giques de port\u00e9e nationale viseraient par exemple \u00e0 accroitre la qualit\u00e9 des services publics dits de premi\u00e8re ligne, comme la sant\u00e9, l\u2019assistance sociale, les transports publics et l\u2019\u00e9ducation. Elles tenteraient de trouver une solution durable au blocage de l\u2019action publique dans le domaine \u00e9conomique, telle une loi d\u2019urgence socio-\u00e9conomique permettant de contourner les lourdeurs administratives dans les secteurs pourvoyeurs de devises comme l\u2019\u00e9nergie.<\/p>\n<p>Ces orientations pourraient aussi baliser un programme interminist\u00e9riel dans le domaine de la lutte contre la corruption. Ce programme s\u2019attaquerait aux principales causes de la multiplication des r\u00e9seaux client\u00e9listes, laquelle contribue au blocage de la prise de d\u00e9cision et entraine la d\u00e9fiance de franges grandissantes de citoyens envers les institutions. Parmi les r\u00e9formes envisageables, citons la r\u00e9forme des imp\u00f4ts et de la douane, de l\u2019administration et des entreprises publiques, ou bien encore l\u2019int\u00e9gration d\u2019une partie du commerce informel dans l\u2019\u00e9conomie formelle. En revanche, il serait bon d\u2019\u00e9viter le d\u00e9clenchement par les autorit\u00e9s d\u2019une nouvelle \u00ab guerre contre la corruption \u00bb, par nature s\u00e9lective et populiste, comme Crisis Group l\u2019avait not\u00e9 d\u00e8s 2017, et qui serait dommageable sur le plan \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Comme le pr\u00e9conisent certains experts, ces orientations pourraient \u00e9galement pr\u00e9voir la mise en place d\u2019une Agence d\u2019intelligence \u00e9conomique combinant op\u00e9rateurs publics et priv\u00e9s afin d\u2019harmoniser les d\u00e9cisions \u00e9conomiques nationales : prospective strat\u00e9gique, ouverture sur de nouveaux march\u00e9s, utilisation plus efficiente de l\u2019aide internationale, etc.<\/p>\n<p>Pour sa part, l\u2019Union europ\u00e9enne, pourrait, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, soutenir ces orientations, de leur \u00e9laboration \u00e0 leur mise en \u0153uvre, et jouer un r\u00f4le de m\u00e9diateur afin que les bailleurs de fonds internationaux, en particulier le FMI, lui emboitent le pas. De l\u2019autre, elle pourrait adapter son assistance financi\u00e8re en se focalisant sur les domaines dans lesquels elle apporte d\u00e9j\u00e0 un certain soutien, mais que les forces politiques dites souverainistes sont moins enclines \u00e0 associer \u00e0 de l\u2019ing\u00e9rence \u00e9trang\u00e8re, comme ce fut le cas avec la promotion de l\u2019Accord de libre-\u00e9change complet et approfondi (ALECA) ou le soutien \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 hommes-femmes dans l\u2019h\u00e9ritage.<\/p>\n<p>Viennent \u00e0 l\u2019esprit notamment la r\u00e9forme de l\u2019administration publique, la lutte antitrust ainsi que l\u2019aide au d\u00e9veloppement des r\u00e9gions p\u00e9riph\u00e9riques.<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><span class=\"c6\"><strong>VII. Conclusion<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Traduire les attentes populaires exprim\u00e9es lors du dernier cycle \u00e9lectoral et \u00e9viter l\u2019installation d\u2019un climat de surench\u00e8res populistes durable diminuant la capacit\u00e9 du pays \u00e0 faire face aux d\u00e9fis \u00e9conomiques et \u00e0 r\u00e9agir rapidement \u00e0 la d\u00e9gradation de son \u00e9conomie nationale ainsi qu\u2019\u00e0 un possible choc ext\u00e9rieur, est imp\u00e9ratif. Pour ce faire, il importe d\u2019\u0153uvrer \u00e0 accroitre la souverainet\u00e9 \u00e9conomique de la Tunisie, conform\u00e9ment aux attentes populaires, tout en sauvegardant son int\u00e9gration dans l\u2019espace \u00e9conomique europ\u00e9en. Cette dynamique n\u00e9cessite la mise en place de m\u00e9canismes de dialogue entre les principaux acteurs politiques, syndicaux, administratifs et associatifs tunisiens afin que ces derniers formulent des orientations strat\u00e9giques nationales de long terme.<\/p>\n<p><strong>Tunis\/Bruxelles, 4 Mars 2020<\/strong><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/29285-crisis-group-la-tunisie-sous-kais-saied-entre-souverainistes-et-populistes\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0La Tunisie a perdu un temps pr\u00e9cieux, souligne Crisis Group dans un nouveau rapport publi\u00e9 ce 4 mars \u00e0 Tunis et Bruxelles. 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