{"id":78791,"date":"2020-03-11T06:00:00","date_gmt":"2020-03-11T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/digressions-marsiennes\/"},"modified":"2020-03-11T06:00:00","modified_gmt":"2020-03-11T10:00:00","slug":"digressions-marsiennes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/digressions-marsiennes\/","title":{"rendered":"Digressions \u00abmarsiennes\u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"c3\">Cette chronique m\u2019est inspir\u00e9e par deux \u00e9l\u00e9ments d\u00e9clencheurs ; le premier est li\u00e9 \u00e0 l\u2019interdiction des ventes-d\u00e9dicaces\u00a0 \u00e0 la librairie Multi-Livres de Tizi ; le second revient \u00e0 la chronique de l\u2019ami Arezki Metref, intitul\u00e9e Jours tranquilles \u00e0 Tizi, Le Soir d\u2019Alg\u00e9rie du 8 mars. C\u2019est ce qui explique le titre de celle-ci : \u00ab Digressions marsiennes \u00bb. Bien s\u00fbr, l\u2019actualit\u00e9 est florissante (je ne sais pas si je peux utiliser ce qualificatif). Le Hirak, encore et toujours. Le coronavirus, plus inqui\u00e9tant que jamais. La pluie, enfin. Un peu de neige, c\u2019est toujours \u00e7a de pris. Bien s\u00fbr, il n\u2019y a pas que \u00e7a. A chaque citoyen ses priorit\u00e9s du quotidien. Ses attentes. Et ses angoisses. Tout ne va pas dans le meilleur des mondes. La mer bouffe toujours nos enfants, qui n\u2019arrivent pas \u00e0 supporter leur \u00ab petite vie \u00bb en Alg\u00e9rie. Pour aujourd\u2019hui, je pr\u00e9f\u00e8re m\u2019arr\u00eater \u00e0 deux axes. D\u2019ici la chute de cette chronique, il se pourrait que j\u2019inclue d\u2019autres digressions. Mars est le mois des fous, dit-on ; je n\u2019ai jamais compris pourquoi une telle assertion.<br \/>La librairie Multi-Livres, appel\u00e9e par les anciens \u00ab Si Ali Ou Cheikh \u00bb, existe depuis la fin des ann\u00e9es 20. Oui, je dis bien depuis la fin des ann\u00e9es 20. Je me rappelle comme si cela datait d\u2019hier (clin d\u2019\u0153il \u00e0 Mouloud Feraoun), j\u2019ai acquis mon premier dictionnaire \u00e0 la fin des ann\u00e9es cinquante. Je crevais de poss\u00e9der un dictionnaire. Je n\u2019ai pas trop insist\u00e9 aupr\u00e8s de mon p\u00e8re pour me l\u2019offrir. Je m\u2019en rappelle tr\u00e8s bien : Le Petit Larousse, en couleurs, avec une couverture cartonn\u00e9e de couleur grise, des planches en quadrichromie et la fameuse liste des noms propres. J\u2019\u00e9tais fier de mon achat. Ce fut mon \u00ab doudou \u00bb, mon ami, ma r\u00e9f\u00e9rence et mon guide. Quatre g\u00e9n\u00e9rations sont pass\u00e9es dans cette librairie, du grand-p\u00e8re au petit-fils. Ce n\u2019est pas rien ! En ce temps-l\u00e0, nous n\u2019avions pas de t\u00e9l\u00e9vision. D\u00e8s lors, on s\u2019approvisionnait en illustr\u00e9s (Blek, Akim, Zembla, Elastoc, X 13, Popeye\u2026) aupr\u00e8s de \u00ab Si Ali Ou Cheikh \u00bb. Ces illustr\u00e9s \u00e9taient nos programmes de t\u00e9l\u00e9vision. Les choses ont chang\u00e9, me diriez-vous. Eh oui, il suffit de manier la \u00ab zappette \u00bb pour convoquer tous les programmes du monde. La librairie a chang\u00e9, elle s\u2019est modernis\u00e9e. Le livre occupe une place pr\u00e9pond\u00e9rante, d\u00e9sormais ; puisque tout un \u00e9tage lui est r\u00e9serv\u00e9. L\u2019amour du livre est toujours l\u00e0. La passion du livre anime toujours les h\u00e9ritiers de \u00ab Si Ali Ou Cheikh \u00bb. Moi qui fr\u00e9quente ce temple du livre depuis au moins la fin des ann\u00e9es 50, je peux en t\u00e9moigner.<br \/>Les s\u00e9ances de signature sont devenues une n\u00e9cessit\u00e9 de faire rencontrer l\u2019auteur (\u00e9crivain, po\u00e8te, essayiste, caricaturiste\u2026) et son lectorat. Ainsi, des ventes-d\u00e9dicaces sont organis\u00e9es une fois par semaine dans une ambiance livresque bon enfant. Sans protocole. Sans chichi. Le lecteur ach\u00e8te son livre, avec la signature de l\u2019auteur, sans oublier la sempiternelle photo. C\u2019est devenu une tradition \u00e0 Tizi, comme \u00e0 Alger, \u00e0 Oran, \u00e0 B\u00e9ja\u00efa, et ailleurs. Des auteurs les plus illustres aux auteurs d\u00e9butants ont d\u00e9fil\u00e9 \u00e0 la librairie Multi-Livres. Au hasard, je cite : Yasmina Khadra (pas qu\u2019une seule fois), Ali Dilem (l\u2019excellent caricaturiste de Libert\u00e9), Le\u00efla Aslaoui (la courageuse), Kamel Daoud (le caustique chroniqueur), Amhis Djouher (la p\u00e9dagogue), Amin Zaoui (l\u2019\u00e9crivain de la transgression), Laceb Djamel (un \u00e9crivain qui se r\u00e9approprie sa langue maternelle), Hakim La\u00e2lam (le chroniqueur au vitriol du \u00ab Nez et la perte \u00bb, du Soir), Sa\u00efd Sadi (l\u2019\u00e9crivain de talent que la politique nous a vol\u00e9), Lynda Chouiten (une auteure \u00e0 d\u00e9couvrir \u00e0 tout prix), Hanane Boura\u00ef (une auteure aux promesses certaines), Kahina Temzi (elle n\u2019a que 17 ans, c\u2019est tout, mais tutoie d\u00e9j\u00e0 le talent), et d\u2019autres. Je ne vais pas tous les citer. Voil\u00e0, toute bonne chose a une fin. La puissance publique a signifi\u00e9 son refus de ces s\u00e9ances de signature, conditionn\u00e9es d\u00e9sormais par une autorit\u00e9 pr\u00e9fectorale (Drag). D\u2019une simple d\u00e9cision administrative, on met sous la coupe du \u00ab bureau \u00bb la libert\u00e9 d\u2019un \u00e9crivain, d\u2019abord d\u2019\u00e9crire, ensuite d\u2019aller \u00e0 la rencontre de son lectorat. Le seul ballon d\u2019oxyg\u00e8ne livresque qui restait \u00e0 Tizi vient d\u2019\u00eatre d\u00e9gonfl\u00e9. Je voudrais dire au wali de Tizi de ne pas rajouter \u00e0 la sinistrose ambiante de la sinistrose. C\u2019est tout !<br \/>Jours tranquilles \u00e0 Tizi, titre lanc\u00e9 avec la douce ironie de l\u2019ami Arezki. Oh, ce n\u2019est pas pour porter la contradiction, mais beaucoup plus pour rajouter de l\u2019eau au moulin du chroniqueur. Les jours ne sont plus tranquilles \u00e0 Tizi ; ils l\u2019\u00e9taient, je peux l\u2019assurer. Ceux de ma g\u00e9n\u00e9ration se rappellent de cette ville coquette, proprette, douce \u00e0 vivre, bien ordonn\u00e9e, l\u00e9g\u00e8re et a\u00e9rienne. Ce ne sont pas des paroles de nostalgie. C\u2019est la stricte r\u00e9alit\u00e9. \u00c7a y est, \u00ab le remarquable travail de la librairie Cheikh \u00bb vient d\u2019\u00eatre stopp\u00e9 par une d\u00e9cision bureaucratique. La lecture va d\u00e9sormais prendre des chemins d\u2019infortune. Je veux juste rappeler qu\u2019avant la verrue de la ville dite nouvelle, il y a eu la \u00ab r\u00e9novation du centre-ville \u00bb, dans les ann\u00e9es 70. Au lieu d\u2019a\u00e9rer justement ce centre vital, la grande rue pour les nostalgiques, il y a eu un effet d\u2019entonnoir qui a \u00e9t\u00e9 mis en place. S\u2019il faut ajouter cette r\u00e9novation, les fameuses tr\u00e9mies qui n\u2019ont fait qu\u2019\u00e9visc\u00e9rer ce point de chute des Kabyles. Pour moi, il n\u2019y a eu ni r\u00e9novation ni oxyg\u00e9nation de Tizi. S\u2019il pouvait parler, le rond-point (actuel jet d\u2019eau ?) vomirait sa grande col\u00e8re.\u00a0<br \/>L\u2019urbanisme ? Je ne sais ce que c\u2019est. Je ne le vois pas, du tout. Tenez vous bien les amis, on n\u2019arrive pas \u00e0 planter des arbres \u00e0 Tizi. Des mains oisives s\u2019amusent \u00e0 assassiner ces plants. Depuis les ann\u00e9es 70, les trottoirs de Tizi sont faits et refaits, sans jamais arriver \u00e0 fixer correctement les carreaux. Du carrelage pour un trottoir ? Il faut \u00eatre riche pour ce faire. Les routes sont d\u00e9fonc\u00e9es. Les lotissements r\u00e9sidentiels sont un affront \u00e0 l\u2019architecture, \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique et \u00e0 l\u2019urbanisme. Que reste-t-il \u00e0 Tizi ? Le caf\u00e9 El Djenina est pass\u00e9 de vie \u00e0 tr\u00e9pas. Le Studio est un trou b\u00e9ant. La rue de la Paix est sombre. Alors que la haute-ville (Taddert ou dechra) tient le coup vaille que vaille. M\u00eame la JSK n\u2019arrive plus \u00e0 soulever les foules. Au vieux stade Oukil-Ramdane, Kolli, Rafai, Anane, Haouchine, Merad, Derdar, Ouhabi, Khalef\u2026 ont \u00e9crit la gloire de ce club, avant le \u00ab Jumbo \u00bb. Pour un touriste, comment passer une journ\u00e9e \u00e0 Tizi ? Difficile de r\u00e9pondre \u00e0 cette question. Des boutiques, des boutiques, des boutiques, encore des boutiques. A gogo. A foison. Je fais le compte : du pr\u00eat-\u00e0-porter, des bijouteries, du chawarma, ensuite du pr\u00eat-\u00e0-porter, puis des bijouteries, enfin du chawarma. Oui, il peut aller s\u2019ennuyer \u00e0 mort \u00e0 la Maison de l\u2019artisanat. A voir en cinq minutes chrono. Zid ! Il n\u2019y a rien \u00e0 \u00ab zider \u00bb, ya kho ! M\u00eame la for\u00eat de Harouza n\u2019a pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la sinistrose. Alors, flanqu\u00e9 de mes potes (Omar, Mus, Sa\u00efd et Vivou), nous conjuguons Tizi \u00e0 un pass\u00e9 le plus simple possible. A la prochaine vente-d\u00e9dicace, peut-\u00eatre !<br \/><em><strong>Y. M.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.lesoirdalgerie.com\/tendances\/digressions-marsiennes-40003\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cette chronique m\u2019est inspir\u00e9e par deux \u00e9l\u00e9ments d\u00e9clencheurs ; le premier est li\u00e9 \u00e0 l\u2019interdiction des ventes-d\u00e9dicaces\u00a0 \u00e0 la librairie Multi-Livres de Tizi ; le second revient \u00e0 la chronique de l\u2019ami Arezki Metref, intitul\u00e9e Jours tranquilles \u00e0 Tizi, Le Soir d\u2019Alg\u00e9rie du 8 mars. 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