{"id":79146,"date":"2020-03-15T04:00:00","date_gmt":"2020-03-15T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/un-episode-des-relations-entre-la-tunisie-et-la-tripolitaine-linsurge-ghouma-el-mahmoudi-dans-le-sud-tunisien\/"},"modified":"2020-03-15T04:00:00","modified_gmt":"2020-03-15T08:00:00","slug":"un-episode-des-relations-entre-la-tunisie-et-la-tripolitaine-linsurge-ghouma-el-mahmoudi-dans-le-sud-tunisien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/un-episode-des-relations-entre-la-tunisie-et-la-tripolitaine-linsurge-ghouma-el-mahmoudi-dans-le-sud-tunisien\/","title":{"rendered":"Un \u00e9pisode des relations entre la Tunisie et la Tripolitaine L\u2019insurg\u00e9 Ghouma El Mahmoudi dans le Sud tunisien"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c2\">Les \u00e9v\u00e9nements qui se d\u00e9roulent aujourd\u2019hui dans la Libye voisine avec un arri\u00e8re-plan marqu\u00e9 par la rupture de l\u2019unit\u00e9 nationale, la vigueur des structures tribales, le r\u00f4le des milices, qui le plus souvent n\u2019est rien d\u2019autre que l\u2019expression militante d\u2019antagonismes tribaux, l\u2019intervention \u00e9trang\u00e8re ouvertement affich\u00e9e ou secr\u00e8te, tout cela ne constitue pas un ph\u00e9nom\u00e8ne in\u00e9dit. Depuis le XVIIIe si\u00e8cle au moins, ce qui \u00e9tait alors une province ottomane n\u2019a pas \u00e9t\u00e9, loin s\u2019en faut, une immensit\u00e9 d\u00e9sertique, parcourue par des nomades et une frange c\u00f4ti\u00e8re plus ou moins fertile et avec ses villes portuaires et marchandes comme Tripoli, Misrata, Derna et Benghazi. La conqu\u00eate de Tripoli par Sinan Pacha en 1551 a d\u00e9finitivement ancr\u00e9 cette r\u00e9gion du Maghreb dans l\u2019aire g\u00e9opolitique m\u00e9diterran\u00e9enne a \u00e9t\u00e9, \u00e0 partir du XIXe si\u00e8cle, le th\u00e9\u00e2tre d\u2019op\u00e9rations strat\u00e9giques entreprises par les puissances au d\u00e9triment de l\u2019empire turc.<\/span>Avec la Tunisie, les relations politiques, \u00e9conomiques, sociales et culturelles sont fort anciennes. A l\u2019\u00e9poque romaine, les liens entre les deux territoires ont m\u00eame relev\u00e9 de la m\u00eame administration jusqu\u2019\u00e0 la r\u00e9organisation de la province d\u2019Afrique par Diocl\u00e9tien en 303. Au Moyen \u00c2ge, la Tripolitaine \u00e9tait incorpor\u00e9e aux \u00e9mirats successifs des Aghlabides et des Fatimides de Kairouan, puis au pouvoir hafside de Tunis. Au plan humain, les contacts entre les populations \u00e9taient d\u2019autant plus \u00e9troits que les structures tribales et le mode de vie nomade ou semi-nomade rendaient fr\u00e9quents les d\u00e9placements temporaires ou d\u00e9finitifs. Ainsi, la conf\u00e9d\u00e9ration des Ouerghemma qui dominait le Sud-Est tunisien avait des ramifications en Tripolitaine. Certaines tribus comme celle des Noua\u00efl (refoul\u00e9s en Tripolitaine \u00e0 l\u2019issue d\u2019une querelle avec les Ouerghamma qui tourna \u00e0 leur d\u00e9savantage au XVIIIe si\u00e8cle) et celle des Mham\u00eed, dont nous allons parler plus loin, se rattachaient, nous dit l\u2019historien Khalifa Chater, aux Ouled Dabbab de Tunisie.<\/p>\n<p>Culturellement parlant, les dialectes, les usages, l\u2019habillement \u00e9taient presque identiques. Dans la m\u00e9dina de Tripoli, l\u2019empreinte tunisienne est nette dans l\u2019architecture et diff\u00e9rentes expressions artisanales et artistiques. Dans les milieux s\u00e9dentaires aussi, les \u00e9changes de populations \u00e9taient fr\u00e9quents: Djerbiens, Sfaxiens ou Kerk\u00e9niens, par exemple, install\u00e9s en Tripolitaine et Libyens fix\u00e9s en diff\u00e9rentes r\u00e9gions de Tunisie, et de plus en plus \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle et au cours du XXe, ainsi que l\u2019atteste l\u2019onomastique.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/carte libya.jpg\" alt=\"\" width=\"735\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"482\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Mais revenons \u00e0 la g\u00e9opolitique. A l\u2019\u00e9poque moderne, lors du conflit entre Turcs et Espagnols, Tripoli fut tour \u00e0 tour conquise par les Espagnols en 1510 puis c\u00e9d\u00e9, vingt ans plus tard, par Charles Quint aux Chevaliers de l\u2019Ordre de Saint-Jean, lesquels en furent d\u00e9log\u00e9s par Sinan Pacha en 1551. A partir de cette date, elle devint une province ottomane administr\u00e9e par un pacha nomm\u00e9 par le gouvernement imp\u00e9rial. Au XVIIIe si\u00e8cle, \u00e0 l\u2019instar des beys de Tunis, les Qaram\u00e2nl\u00ee entreprirent, \u00e0 partir de 1711, une exp\u00e9rience dynastique qui se prolongea avec plus ou moins de vigueur jusqu\u2019en 1835. Les querelles au sein de la famille avaient cependant un caract\u00e8re r\u00e9current, ce qui mettait r\u00e9guli\u00e8rement la dynastie de ces pachas \u00e0 deux doigts de sa perte. La Sublime Porte mais aussi les beys de Tunis, qui avaient r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019installer solidement \u00e0 la t\u00eate du pouvoir tout en protestant solennellement et r\u00e9guli\u00e8rement de leur all\u00e9geance au Sultan-calife, suivaient avec pr\u00e9occupation les soubresauts politiques dont Tripoli et son arri\u00e8re-pays \u00e9taient le th\u00e9\u00e2tre. En 1793, le pacha Ali Qaram\u00e2nl\u00ee et deux de ses fils furent chass\u00e9s du pouvoir par un militaire ottoman Ali Borghol dont la mission \u00e9tait d\u2019assurer la stabilit\u00e9 et de r\u00e9tablir une administration directe.<\/p>\n<p>Les princes tripolitains se r\u00e9fugi\u00e8rent aupr\u00e8s de Hammouda Pacha bey de Tunis qui les accueillit de bonne gr\u00e2ce. Non content de leur offrir l\u2019hospitalit\u00e9, le prince tunisien constitua un puissant corps exp\u00e9ditionnaire charg\u00e9 d\u2019escorter les Qaram\u00e2nl\u00ee, et de les remettre sur le tr\u00f4ne. Autre objectif assign\u00e9 aux troupes beylicales: lib\u00e9rer l\u2019\u00eele de Djerba qui relevait du pouvoir de Tunis depuis 1613 et qu\u2019Ali Borghol avait occup\u00e9 et rattach\u00e9 \u00e0 Tripoli. Le 20 janvier 1795, les troupes beylicales prennent Tripoli et Borghol est contraint \u00e0 la fuite. Le gouvernement ottoman ne vit pas d\u2019un bon \u0153il cette entreprise mais, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019habilet\u00e9 du ministre Youssouf Saheb-Ettaba\u00e2, le Sultan, conform\u00e9ment \u00e0 une suzerainet\u00e9 bienveillante, voulut bien faire preuve de mansu\u00e9tude. Il confia m\u00eame \u00e0 l\u2019\u00e9missaire tunisien le soin de remettre les firmans d\u2019investiture \u00e0 Ahmed II Qaram\u00e2nl\u00ee en qualit\u00e9 de pacha et de son fr\u00e8re Youssouf \u00e0 la dignit\u00e9 de bey.<\/p>\n<p>Il est vrai que malgr\u00e9 l\u2019autonomie acquise par les beys husse\u00efnites, la l\u00e9gitimit\u00e9 ottomane \u00e9tait encore incontestable \u00e0 Alger, Tunis et Tripoli. Quelques d\u00e9cennies plus tard, les choses allaient changer. D\u2019abord, sous la forme d\u2019une pression diplomatique et militaire exerc\u00e9e sur les r\u00e9gences d\u2019Alger, de Tunis et de Tripoli comme par exemple les guerres entreprises par les Etats-Unis contre Alger et Tripoli (les\u00ab Barbary wars\u00bb) puis, \u00e0 partir de 1816, sous la forme d\u2019une supr\u00e9matie des escadres occidentales en M\u00e9diterran\u00e9e. La paix revenue en Europe, cette puissance navale redoutable aiguise l\u2019app\u00e9tit des chancelleries europ\u00e9ennes. En 1830, Alger est prise. De mani\u00e8re progressive mais irr\u00e9m\u00e9diable, la r\u00e9gence de Tunis entre d\u00e8s lors dans la mouvance fran\u00e7aise, et son autonomie, jusque-l\u00e0 admise sans trop de difficult\u00e9s par Istanbul, menace d\u00e9sormais la pr\u00e9sence ottomane au Maghreb.<\/p>\n<p>En juillet 1835, Chak\u00eer Saheb Ettaba\u00e2, en mission \u00e0 Constantinople pour solliciter comme de coutume le d\u00e9cret imp\u00e9rial d\u2019investiture pour le nouveau bey, eut des difficult\u00e9s \u00e0 obtenir cette marque d\u2019autonomie, qui pour le gouvernement ottoman, constituait \u00e0 pr\u00e9sent un danger. Cette d\u00e9fiance inusit\u00e9e de la Sublime Porte \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son vassal de Tunis s\u2019explique tout \u00e0 fait. En effet, l\u2019expansionnisme europ\u00e9en (France, Grande-Bretagne et, plus tard, l\u2019Italie unifi\u00e9e) ainsi que la rivalit\u00e9 entre les Etats n\u2019allaient plus cesser de marquer de leur empreinte l\u2019\u00e9volution politique des r\u00e9gences \u00abbarbaresques\u00bb jusqu\u2019\u00e0 l\u2019occupation coloniale. L\u2019Alg\u00e9rie occup\u00e9e, la Tunisie fragilis\u00e9e par des difficult\u00e9s financi\u00e8res croissantes et sa souverainet\u00e9 hypoth\u00e9qu\u00e9e par la France, il ne restait plus \u00e0 la Turquie que l\u2019actuelle Libye, c\u2019est-\u00e0- dire la Cyr\u00e9na\u00efque \u00e0 l\u2019est, le Fezzan au centre et la Tripolitaine \u00e0 l\u2019ouest. Or, en 1834, cette province est de nouveau en proie \u00e0 la r\u00e9volte provoqu\u00e9e par les exigences fiscales d\u2019un pouvoir priv\u00e9 des ressources de la course en mer, faisant face au d\u00e9clin du monopole commercial et aux abois face \u00e0 ses cr\u00e9anciers europ\u00e9ens. L\u2019agitation est aggrav\u00e9e par les querelles de succession, d\u00e9cid\u00e9ment r\u00e9currentes, au sein de la famille Qaram\u00e2nli. La r\u00e9action du gouvernement turc, conscient du p\u00e9ril, fut prompte. En mai 1835, le ministre de la guerre, N\u00e9jib Pacha en personne, et Tahar Capoudan-Pacha, amiral de la flotte imp\u00e9riale, d\u00e9barquent \u00e0 Tripoli. Mani\u00e8re habile de tester la bonne volont\u00e9 de l\u2019Etat beylical, ils r\u00e9clament l\u2019aide du Bardo qui, en juillet, envoie une fr\u00e9gate, une corvette, un brick et des bateaux de transport avec 300 chevaux. Les Qaram\u00e2nl\u00ee, d\u00e9finitivement \u00e9vinc\u00e9s du pouvoir, la r\u00e9gence de Tripoli retrouve son statut initial de province administr\u00e9e par un gouverneur nomm\u00e9 par Constantinople.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Homme du sud.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"532\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Les choses semblaient rentrer dans l\u2019ordre sans cons\u00e9quences f\u00e2cheuses pour la Tunisie. La rumeur courut, cependant, que l\u2019amiral, une fois sa mission accomplie \u00e0 Tripoli, viendrait \u00e0 La Goulette pour r\u00e9affirmer, de mani\u00e8re plus \u00e9nergique que de coutume, la l\u00e9gitimit\u00e9 turque sur la province de Tunis. Pour parer \u00e0 toute \u00e9ventualit\u00e9, la France adressa au bey de Tunis une lettre comminatoire dans laquelle elle pr\u00e9cisait que la marine Royale avait re\u00e7u l\u2019ordre, si cela venait \u00e0 se produire, d\u2019utiliser tous les moyens pour emp\u00eacher la flotte turque d\u2019arriver \u00e0 Tunis.<\/p>\n<p>A Tripoli, si l\u2019ordre ottoman \u00e9tait bel et bien r\u00e9tabli et les autorit\u00e9s ma\u00eetresses du littoral et des voies commerciales reliant la M\u00e9diterran\u00e9e \u00e0 l\u2019Afrique subsaharienne, la s\u00e9dition des tribus n\u2019avait pas compl\u00e8tement disparu. En sous-main, et malgr\u00e9 les efforts turcs pour garder le contr\u00f4le de leur ultime province du Maghreb, les agents fran\u00e7ais entretenaient une agitation qu\u2019ils consid\u00e9raient comme favorable aux int\u00e9r\u00eats de leur nation en Alg\u00e9rie et propice \u00e0 ses projets de p\u00e9n\u00e9tration et d\u2019expansion dans le Sahara.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Tunisie.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"392\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>C\u2019est dans ce contexte qu\u2019\u00e9merge la figure de Ghouma ben Khal\u00eefa El Mahmoudi. Cheikh de la puissante tribu des Mh\u00e2m\u00eed qui domine le Djebel al Gharbi et les steppes de l\u2019Ouest, il fait all\u00e9geance au gouverneur de Tripoli, \u00e0 l\u2019instar d\u2019Abdel El Gelil Seyf El Nasr\u00a0 chef des Ouled Slimane au Fezzan et Mrayed,\u00a0 seigneur de Tarhouna. Contre le versement d\u2019un tribut, le gouverneur reconna\u00eet leur autonomie. \u00abLes consuls tentent, nous dit l\u2019historien Andr\u00e9 Martel, d\u2019exploiter la situation. Celui de France a appuy\u00e9 une demande de restauration des Qaramanli formul\u00e9e par Ghouma. Une firme marseillaise a fourni des armes \u00e0 Abd El Gelil et obtenu une concession d\u2019exploitation de soufre (1840). Comment, ajoute-t-il, les Ottomans et les Anglais auraient-ils pu accepter l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 d\u2019une implantation fran\u00e7aise entre Tripolitaine et Cyr\u00e9na\u00efque au d\u00e9bouch\u00e9 du Bornou?\u00bb.<\/p>\n<p>Aussi, le gouvernement ottoman d\u00e9cida-t-il de mettre un terme \u00e0 l\u2019autonomie consentie nagu\u00e8re aux tribus et confia-t-il \u00e0 l\u2019un de ses meilleurs gouverneurs, Ahmed Pacha El Djazzar, le soin de r\u00e9duire la s\u00e9dition des chefs b\u00e9douins. En 1841 et 1842, la mission est accomplie. Tarhouna, Ghariane et Ghadam\u00e8s, chef-lieu du Djebel el Gharbi, tombent. Ghouma fait sa soumission en juillet 1842 et est condamn\u00e9 \u00e0 l\u2019exil \u00e0 Tr\u00e9bizonde, au nord de l\u2019Anatolie. Le cheikh Abd El Gelil des O. Slimane meurt au combat. Durant ces \u00e9v\u00e9nements, les consuls de France et d\u2019Angleterre ne sont pas rest\u00e9s inactifs, nous dit A. Martel. Le Britannique aurait pris contact avec Abd El Gelil puis l\u2019aurait abandonn\u00e9 sinon trahi. Le consul de France aurait pouss\u00e9 Ghouma \u00e0 se rendre \u00abdans l\u2019espoir de garder un partisan des Qaram\u00e2nl\u00ee sur les confins tunisiens. Intrigues qu\u2019\u00e9claire le d\u00e9roulement de la conqu\u00eate de l\u2019Alg\u00e9rie\u00bb. De sorte qu\u2019on a l\u2019impression, comme dit l\u2019historien Xavier Yacono, que le sort des tribus n\u2019est que pr\u00e9texte \u00e0 rivalit\u00e9s internationales.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/L\u00e9on.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"407\" align=\"left\"\/>Exemple \u00e9loquent de la nature pervertie prise par les r\u00e9bellions contre l\u2019ordre ottoman: dans les ann\u00e9es 1850, Ghouma r\u00e9ussit \u00e0 s\u2019\u00e9chapper de son exil gr\u00e2ce \u00e0 des complicit\u00e9s fran\u00e7aises, notamment celle du fameux L\u00e9on Roches (1809-1900). Cet habile serviteur des int\u00e9r\u00eats de son pays \u00e9tait arriv\u00e9 en Alg\u00e9rie en 1832. Il r\u00e9ussit \u00e0 gagner la confiance de l\u2019\u00e9mir Abdelkader et acquiert rapidement une parfaite connaissance des hommes et des choses du Maghreb. En 1852, il est nomm\u00e9 consul de France \u00e0 Tripoli puis \u00e0 Tunis en 1855 o\u00f9 il contribue efficacement \u00e0 accro\u00eetre l\u2019influence de son pays sur le gouvernement beylical, tout en d\u00e9veloppant un r\u00e9seau de relations secr\u00e8tes au sein des tribus.<\/p>\n<p>Ghouma El Mahmoudi arrive donc en Afrique du Nord.\u00a0 En 1856, apr\u00e8s une tentative infructueuse de reprendre pied dans son ancien fief de l\u2019Ouest tripolitain, il franchit la fronti\u00e8re et se r\u00e9fugie en Tunisie. Il sollicite de Mhammad Pacha Bey d\u2019interc\u00e9der en sa faveur aupr\u00e8s du Sultan. Sur l\u2019insistance du consul L\u00e9on Roches, et malgr\u00e9 les r\u00e9serves des ministres tunisiens hostiles \u00e0 une telle intervention de la part d\u2019un diplomate \u00e9tranger dans les relations entre la r\u00e9gence de Tunis et le suzerain ottoman, le Bey implore quand m\u00eame le pardon du Padichah pour Ghouma. Il essuya un refus et il lui fut demand\u00e9, en outre, de pr\u00eater main-forte aux autorit\u00e9s turques de Tripoli que le sultan envisageait de faire entrer en territoire tunisien pour y capturer le rebelle. Le bey s\u2019y oppose mais craignant que la pr\u00e9sence du chef tripolitain n\u2019incite certains clans tunisiens \u00e0 l\u2019agitation, il r\u00e9clame que Ghouma quitte le Sud-Est tunisien et campe, ainsi que les siens, plus au nord dans la steppe kairouanaise ou mieux encore dans la plaine de Tunis. Sous la surveillance des autorit\u00e9s beylicales.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Mhamad Bacha.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"426\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>S\u00fbr de l\u2019appui des Fran\u00e7ais qui cherchaient \u00e0 se constituer une zone d\u2019influence aux portes de la Tripolitaine, il se d\u00e9robe, pr\u00e9textant la difficult\u00e9 \u00e0 se d\u00e9placer pour ses nombreux partisans et leur impedimenta. Argument fallacieux quand on sait l\u2019aptitude des b\u00e9douins en la mati\u00e8re. Et de fait, sa pr\u00e9sence, nous dirions aujourd\u2019hui militante, notamment en incitant les sujets du bey \u00e0 ne pas payer l\u2019imp\u00f4t, r\u00e9active le vieil antagonisme entre les tribus du \u00e7off Chaddad (pachistes, hostiles au Bey de Tunis) et donc promptes au soul\u00e8vement et Celles dites Youssouf (Husse\u00efnistes). Malgr\u00e9 le caract\u00e8re, tout compte fait, limit\u00e9 de l\u2019agitation ( si les tr\u00e8s querelleurs B\u00e9ni Zid et une partie des Nafzaoua se soul\u00e8vent, les Ouerghemma, ma\u00eetres de la r\u00e9gion, et la plupart des tribus restent sourds aux appels \u00e0 la r\u00e9volte), le bey ne pouvait laisser se prolonger le s\u00e9jour de Ghouma et de ses partisans sans provoquer, \u00e0 terme, une r\u00e9action des autorit\u00e9s turques de Tripoli dont les cons\u00e9quences eussent \u00e9t\u00e9 p\u00e9rilleuses pour la stabilit\u00e9 de ses Etats, \u00e9tant donn\u00e9 la pr\u00e9sence fran\u00e7aise au Maghreb.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Tripoli.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"422\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p class=\"c4\">A Tripoli comme au Bardo, on savait pertinemment que la dissidence b\u00e9douine faisait le jeu de la grande Puissance ma\u00eetresse de l\u2019Alg\u00e9rie, et qu\u2019il fallait donc contrer toute vell\u00e9it\u00e9 de soul\u00e8vement. Le 20 septembre 1856, une colonne militaire \u00e9quip\u00e9e de canons, plac\u00e9e sous le commandement du g\u00e9n\u00e9ral Rachid, gouverneur du Sud-Est (El A\u2019r\u00e2dh), quitta Sousse avec pour instruction de d\u00e9barrasser la r\u00e9gion de Ghouma et de ses Mham\u00eed.<\/p>\n<p class=\"c4\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Youssouf pacha(1).jpg\" alt=\"\" width=\"300\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"434\" align=\"left\"\/>Au bout de six mois d\u2019escarmouches, de pousuites et de canonnades, durant lesquels les troupes beylicales b\u00e9n\u00e9fici\u00e8rent de l\u2019appui de grands chefs b\u00e9douins et de leurs cavaliers tels, nous dit l\u2019historien Mustapha Tlili, qu\u2019Ahmed ben Youssouf al Ns\u00eer\u00ee, ca\u00efd de la puissante et g\u00e9n\u00e9ralement loyale tribu des Hamm\u00e2ma, le cheikh libyen abandonne la partie et s\u2019enfuit dans le d\u00e9sert o\u00f9 il mourut (ou fut tu\u00e9?) en 1858. Que retenir de tout cela sinon que le caract\u00e8re chevaleresque, parfois h\u00e9ro\u00efque, de ces fiers b\u00e9douins en lutte pour la libert\u00e9 avait malheureusement quelque chose d\u2019alt\u00e9r\u00e9?. Et cela \u00e0 cause de la manipulation dont leur enthousiasme faisait l\u2019objet de la part des puissances \u00e9trang\u00e8res. C\u2019est ainsi qu\u2019un chef plein de bravoure comme Ghouma fut aussi, en m\u00eame temps, l\u2019instrument de la France dans sa politique maghr\u00e9bine hostile \u00e0 la pr\u00e9sence ottomane. Signe des temps, ces rebelles n\u2019\u00e9taient d\u2019ailleurs pas que de vaillants cavaliers maniant le sabre ou le fusil. Ils menaient aussi une sorte d\u2019activit\u00e9 diplomatique qu\u2019attestent leurs contacts avec les consuls europ\u00e9ens et leurs tentatives de jouer sur les rivalit\u00e9s entre les puissances. L\u2019historien Ahmed Ben Dhiaf, contemporain des \u00e9v\u00e9nements, note que le rebelle tripolitain \u00e9changeait fr\u00e9quemment des lettres avec L\u00e9on Roches, tandis que les chercheurs Salem Halleb et Lamjed Bouzid ont \u00e9tudi\u00e9 des documents relatifs aux contacts entre le cheikh des Mham\u00eed et G.H. Warrington, consul d\u2019Angleterre \u00e0 Tripoli de 1814 \u00e0 1846. L\u2019historien libyen Mohamed Mh. Twir a publi\u00e9 en 2003 deux lettres du cheikh Abd El Gelil. L\u2019une, dat\u00e9e du 25 joumada I 1255\/6 ao\u00fbt 1839, est adress\u00e9e au \u00abSultan de F\u00e8s\u00bb tandis que la seconde, en date du 7 rab\u00eei I 1258\/ 18 avril 1842, est destin\u00e9e au Mar\u00e9chal Soult, pr\u00e9sident du conseil des ministres de France, dont le cheikh des Ouled Slimane, apparemment en d\u00e9tresse, sollicite la protection et son intervention aupr\u00e8s du gouvernement turc pour mettre fin aux hostilit\u00e9s \u00abpour le plus grand bien, \u00e9crit-il, de notre commerce et du v\u00f4tre\u00bb.<\/p>\n<p>Au terme de cette br\u00e8ve \u00e9tude, il convient de rappeler que les relations historiques \u00e9troites entre les populations des confins tuniso-tripolitains et l\u2019habitude des d\u00e9placements de part et d\u2019autre des limites administratives avaient permis au cheikh Ghouma et ses partisans de trouver un refuge en quelque sorte naturel en territoire tunisien.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Essaraya.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"1099\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Plus tard au moment de la conqu\u00eate fran\u00e7aise de la Tunisie, les tribus allaient, \u00e0 leur tour, trouver refuge en Tripolitaine avec le vain espoir de revenir au pays en avant-garde des troupes ottomanes. Autre \u00e9lan de dignit\u00e9 et de courage, autre cruelle d\u00e9sillusion. Mais ceci est un autre \u00e9pisode des relations de la Tunisie avec sa voisine de l\u2019est dans un contexte d\u00e9j\u00e0 ancien et, h\u00e9las, toujours d\u2019actualit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire un contexte domin\u00e9 par des interf\u00e9rences \u00e9trang\u00e8res massives dans le destin de nos peuples.<\/p>\n<p class=\"c5\"><strong>Mohamed-El Aziz Ben Achour<\/strong><\/p>\n<p class=\"c5\">\u00a0<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/le_mensuel_abonnez_vous\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Bandeau-Leaders.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"128\" align=\"middle\"\/><\/a><\/strong><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/29349-un-episode-des-relations-entre-la-tunisie-et-la-tripolitaine-l-insurge-ghouma-el-mahmoudi-dans-le-sud-tunisien\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les \u00e9v\u00e9nements qui se d\u00e9roulent aujourd\u2019hui dans la Libye voisine avec un arri\u00e8re-plan marqu\u00e9 par la rupture de l\u2019unit\u00e9 nationale, la vigueur des structures tribales, le r\u00f4le des milices, qui le plus souvent n\u2019est rien d\u2019autre que l\u2019expression militante d\u2019antagonismes tribaux, l\u2019intervention \u00e9trang\u00e8re ouvertement affich\u00e9e ou secr\u00e8te, tout cela ne constitue pas un ph\u00e9nom\u00e8ne in\u00e9dit. 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