{"id":79398,"date":"2020-03-18T08:45:22","date_gmt":"2020-03-18T12:45:22","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/19-mars-1962-oran-le-jour-de-la-victoire\/"},"modified":"2020-03-18T08:45:22","modified_gmt":"2020-03-18T12:45:22","slug":"19-mars-1962-oran-le-jour-de-la-victoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/19-mars-1962-oran-le-jour-de-la-victoire\/","title":{"rendered":"19 mars 1962 : Oran, le jour de la victoire"},"content":{"rendered":"<p>Le professeur Sadek Benkada, historien et chercheur au Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle (CRASC), se souvient bien de cette journ\u00e9e exceptionnelle : \u00ab\u00a0le 19 mars 1962, vers midi, un avion a survol\u00e9 la ville d\u2019Oran et ses environs, notamment M\u2019dina Jdida, pour l\u00e2cher de milliers de tracts. C\u2019\u00e9tait la proclamation du cessez le feu, apr\u00e8s la signature, la veille, le 18 mars, des Accords d\u2019Evian\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les Alg\u00e9riens se sont pr\u00e9cipit\u00e9s pour ramasser ces tracts et y ont d\u00e9couvert la proclamation du cessez-le-feu, premi\u00e8re mesure entrant en vigueur apr\u00e8s la signature des Accords. La joie, soudaine, se lisait sur\u00a0tous les visages, accompagn\u00e9e d\u2019un immense et profond soulagement, car cela annon\u00e7ait la fin d\u2019une guerre exsangue qui a dur\u00e9 pr\u00e8s de huit ann\u00e9es et une occupation de 132 ans et c\u2019est pour cette raison que le 19 mars est appel\u00e9 la f\u00eate de la victoire\u00a0\u00bb, ajoute le m\u00eame universitaire.<\/p>\n<blockquote readability=\"16\">\n<p><em><strong>Pour lui, \u00ab\u00a0le sentiment ressenti alors \u00e9tait ind\u00e9finissable chez tous les oranais\u00a0\u00bb mais, a-t-il ajout\u00e9, \u00ab\u00a0cette joie et ce soulagement ont \u00e9t\u00e9 temp\u00e9r\u00e9s par la crainte des attentats des ultras de l\u2019OAS, perp\u00e9tr\u00e9s \u00e0\u00a0Oran, car environ 20 jours auparavant, le 28 f\u00e9vrier 1962, un attentat \u00e0 la voiture pi\u00e9g\u00e9e a ensanglant\u00e9 Tahtaha, la place publique du quartier de M\u2019dina Jdida\u00a0\u00bb.<\/strong><\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette crainte s\u2019est d\u2019ailleurs v\u00e9rifi\u00e9e apr\u00e8s le 19 mars, l\u2019OAS a redoubl\u00e9 de f\u00e9rocit\u00e9. Les attentats, les assassinats et les ex\u00e9cutions sommaires se sont multipli\u00e9s \u00e0 Oran, faisant des dizaines de morts et de bless\u00e9s, et ce durant les mois qui ont suivi et jusqu\u2019\u00e0 la fin juin.<\/p>\n<p>Sadek Benkada souligne, \u00e0 ce propos, que \u00ab\u00a0ceux qui ont v\u00e9cu les affres du colonialisme et des attentats de l\u2019OAS peuvent comprendre ce que le 19 mars signifie pour eux et pour le pays tout entier\u00a0\u00bb. La veille d\u00e9j\u00e0, la signature des Accords d\u2019Evian et la lib\u00e9ration, dans la nuit du 18 au 19 mars 1962, des cinq figures de la R\u00e9volution, d\u00e9tenues \u00e0 Aulnoy, ont suscit\u00e9 le bonheur des alg\u00e9riens. Les Oranais, coll\u00e9s \u00e0 la radio suivaient de pr\u00e8s tous les \u00e9v\u00e9nements et tous les \u00e9pisodes et les derniers d\u00e9veloppements des n\u00e9gociations d\u2019Evian.<\/p>\n<p><span class=\"c30\"><strong>-Terroriser pour saboter les accords d\u2019Evian-<\/strong><\/span><\/p>\n<p>\u00a0De son c\u00f4t\u00e9, Amar Mohand Ameur, historien et chercheur au CRASC, rappelle, dans une d\u00e9claration \u00e0 l\u2019APS, que \u00ab\u00a0les oranais, comme tous les alg\u00e9riens, ont tr\u00e8s bien accueilli la proclamation du cessez le feu, le 19 mars 1962 \u00e0 midi, comme stipul\u00e9 dans les accords d\u2019Evian dans le premier point, sign\u00e9s la veille. C\u2019\u00e9tait la fin de la guerre, mais ils se sont abstenus de faire de grandes d\u00e9monstrations de joie par crainte des attentats, des exactions et des intimidations de l\u2019OAS, tr\u00e8s bien implant\u00e9e \u00e0 Oran et, en g\u00e9n\u00e9ral,\u00a0dans les grandes villes du pays\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote readability=\"10\">\n<p><em><strong>Amar Mohand Ameur a ajout\u00e9 qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00ab\u00a0l\u2019OAS se consid\u00e9rait comme un Etat au sein de l\u2019Etat et que l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise \u00e9tait une force d\u2019occupation et ne voulait pas en d\u00e9mordre. Les alg\u00e9riens la craignaient\u00a0car cette organisation a d\u00e9j\u00e0 fait montre de ses vis\u00e9es, \u00e0 travers les attentats et les assassinats. C\u2019est pour cette raison que dans les grandes villes, les d\u00e9monstrations de joie \u00e9taient r\u00e9fr\u00e9n\u00e9es de peu de nouveaux attentats et de la vengeance des ultras\u00a0\u00bb.<\/strong><\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Ailleurs, en l\u2019occurrence dans les zones rurales et dans le maquis, dans les rangs de l\u2019ALN, les d\u00e9monstrations de joie \u00e9taient plus prononc\u00e9es\u00a0\u00bb, a-t-il ajout\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019historien et chercheur Mohand Ameur souligne que \u00ab\u00a0le cessez le feu a \u00e9t\u00e9 une victoire pour le FLN,\u00a0car malgr\u00e9 la force de la France et sa puissance, le FLN n\u2019a cess\u00e9 le feu qu\u2019apr\u00e8s un accord global garantissant l\u2019autod\u00e9termination des alg\u00e9riens, une autod\u00e9termination qu\u2019ils allaient voter \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 le 1er juillet 1962, lors du r\u00e9f\u00e9rendum sur l\u2019autod\u00e9termination\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Concernant le cessez-le-feu \u00e0 Oran, l\u2019historien a indiqu\u00e9 qu\u2019\u00a0\u00bbOran constituait un cas particulier\u00a0\u00bb, car l\u2019OAS, apr\u00e8s le 19 mars, a redoubl\u00e9 de f\u00e9rocit\u00e9, perp\u00e9trant des attentats sanglants et des assassinats, ainsi que\u00a0des intimidations envers les oranais. \u00ab\u00a0L\u2019OAS voulait, \u00e0 travers ces actes, saboter les accords d\u2019Evian\u00a0\u00bb, a-t-il soulign\u00e9.<\/p>\n<p><span class=\"c30\"><strong>\u00a0-Une journ\u00e9e particuli\u00e8re-<\/strong><\/span><\/p>\n<p>\u00a0Cette journ\u00e9e du 19 mars 1962 reste grav\u00e9e dans la m\u00e9moire des oranais.<\/p>\n<p>Hadja Mansouria, 81 ans, se souvient bien de ce jour si particulier. \u00ab\u00a0Mon p\u00e8re est entr\u00e9 pr\u00e9cipitamment \u00e0 la maison, tenant \u00e0 la main une feuille de papier. Il hurlait presque : c\u2019est le cessez-le-feu, la guerre est\u00a0termin\u00e9e. Nous n\u2019y croyions pas, mais apr\u00e8s quelques instants nous avons entendu les you-yous des voisines et nous nous sommes lanc\u00e9es, nous aussi, \u00e0 tue-t\u00eate\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0N\u00e9anmoins, nous nous sommes tues rapidement, car nous avions peur de l\u2019OAS, d\u2019un autre attentat comme celui du 28 f\u00e9vrier. Mais nous sommes rattrap\u00e9 le 5 juillet, le jour de la f\u00eate de l\u2019ind\u00e9pendance\u00a0\u00bb,\u00a0ajoute-t-elle, avec \u00e9motion.<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, S.Bouzid, raconte les \u00e9v\u00e9nements de la journ\u00e9e du 19 mars.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019avais 10 ans. Nous habitions au quartier des Mimosas, pr\u00e8s de la cit\u00e9 Petit, j\u2019\u00e9tais avec les gosses du quartier, c\u2019\u00e9tait presque l\u2019heure du d\u00e9jeuner lorsque nous avons vu de milliers de feuilles de papier qu\u2019un<\/p>\n<blockquote readability=\"15\">\n<p><em><strong>avion lan\u00e7ait. Nous avons ramass\u00e9 plusieurs exemplaires et nous remarqu\u00e9 que nos voisins, les adultes, commentaient ce qu\u2019il y avait d\u2019\u00e9crit sur les feuilles et l\u00e0 nous avons compris que la guerre \u00e9tait finie, alors nous nous sommes pr\u00e9cipit\u00e9s, chacun de nous, vers la maison et, en cours de route, nous avons entendu des you-yous dans les maisons par lesquels les femmes exprimaient leur joie\u00a0\u00bb.<\/strong><\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Tous les voisins ont pr\u00e9par\u00e9 du couscous et des g\u00e2teaux traditionnels qu\u2019ils ont distribu\u00e9 aux plus d\u00e9munis. C\u2019\u00e9tait une journ\u00e9e que je n\u2019oublierais jamais\u00a0\u00bb, ajoute-t-il.<\/p>\n<p>Le 19 mars 1962, les journaux locaux et nationaux annon\u00e7aient le cessez-le-feu, la fin de la guerre et du colonialisme : \u00ab\u00a0Cessez le feu \u00e0 midi dans toute l\u2019Alg\u00e9rie\u00a0\u00bb, c\u2019\u00e9tait le titre le plus usit\u00e9.<\/p>\n<p>Les carnages de l\u2019OAS n\u2019ont cess\u00e9 que le 5juillet \u00e0 Oran au cours duquel, les oranais comme tous les alg\u00e9riens f\u00eat\u00e8rent avec faste l\u2019ind\u00e9pendance du pays. Le peuple alg\u00e9rien a pay\u00e9 un lourd tribut en vies humaines.<\/p>\n<blockquote readability=\"10\">\n<p><em><strong>Le d\u00e9funt R\u00e9da Malek notait dans son ouvrage \u00ab\u00a0L\u2019Alg\u00e9rie \u00e0 Evian\u00a0\u00bb que les pertes furent colossales. Il souligne \u00e0 ce propos : \u00ab\u00a0Le mois de mai marque l\u2019apog\u00e9e des crimes de l\u2019OAS. La capture de ses t\u00eates de file les plus connues l\u2019accule \u00e0 la politique de terre br\u00fbl\u00e9e. D\u00e9sesp\u00e9rant d\u2019instituer une r\u00e9publique de type sudiste, qui consacrerait la partition du territoire national, l\u2019ultime carr\u00e9 d\u2019irr\u00e9ductible con\u00e7oit le projet fou de ramener l\u2019Alg\u00e9rie \u00e0 sa situation d\u2019avant 1830\u00a0\u00bb.<\/strong><\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.aps.dz\/regions\/103180-19-mars-1962-oran-le-jour-de-la-victoire\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le professeur Sadek Benkada, historien et chercheur au Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle (CRASC), se souvient bien de cette journ\u00e9e exceptionnelle : \u00ab\u00a0le 19 mars 1962, vers midi, un avion a survol\u00e9 la ville d\u2019Oran et ses environs, notamment M\u2019dina Jdida, pour l\u00e2cher de milliers de tracts. 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