{"id":79660,"date":"2020-03-20T07:35:37","date_gmt":"2020-03-20T11:35:37","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/pr-jacques-nanema-sans-les-reseaux-sociaux-nos-societes-seraient-intenables\/"},"modified":"2020-03-20T07:35:37","modified_gmt":"2020-03-20T11:35:37","slug":"pr-jacques-nanema-sans-les-reseaux-sociaux-nos-societes-seraient-intenables","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/pr-jacques-nanema-sans-les-reseaux-sociaux-nos-societes-seraient-intenables\/","title":{"rendered":"Pr Jacques Nanema : \u00ab Sans les r\u00e9seaux sociaux, nos soci\u00e9t\u00e9s seraient intenables \u00bb"},"content":{"rendered":"<div class=\"td-post-featured-image\"><a href=\"https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/prjn.jpg?fit=900%2C675&amp;ssl=1\" data-caption=\"\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"696\" height=\"522\" class=\"entry-thumb td-modal-image\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/prjn.jpg?resize=696,522&amp;ssl=1\" srcset=\"https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/prjn.jpg?w=900&amp;ssl=1 900w, https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/prjn.jpg?resize=300%2C225&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/prjn.jpg?resize=768%2C576&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/prjn.jpg?resize=696,522&amp;ssl=1 696w, https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/prjn.jpg?resize=560%2C420&amp;ssl=1 560w, https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/prjn.jpg?resize=80%2C60&amp;ssl=1 80w, https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/prjn.jpg?resize=265%2C198&amp;ssl=1 265w, https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/prjn.jpg?resize=600%2C450&amp;ssl=1 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 696px) 100vw, 696px\" alt=\"\" title=\"prjn\"\/><\/a><\/div>\n<p><strong>Professeur titulaire de philosophie, sp\u00e9cialiste de philosophie moderne et contemporaine, Jacques Nanema, est enseignant-chercheur \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Pr Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou. Tr\u00e8s actif sur le r\u00e9seau social Facebook, il y publie r\u00e9guli\u00e8rement des r\u00e9flexions sur la philosophie, l\u2019\u00e9ducation, le vivre-ensemble, la gouvernance\u2026 Dans cette interview, il aborde l\u2019importance des r\u00e9seaux sociaux et bien d\u2019autres sujets.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Sidwaya (S.\u00a0)\u00a0: Qui est Pr Jacques Nanema\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Jacques Nanama (J. N.\u00a0\ud83d\ude42<\/strong> Je suis Professeur titulaire de philosophie, sp\u00e9cialiste de philosophie moderne et contemporaine. Je suis responsable du centre de p\u00e9dagogie universitaire, la structure qui s\u2019occupe de la formation continue des enseignants-chercheurs de l\u2019universit\u00e9 Pr Joseph Ki-Zerbo. Elle propose des formations en p\u00e9dagogie universitaire pour aider les enseignants \u00e0 bien assurer la qualit\u00e9 de leurs prestations afin de r\u00e9duire aussi les \u00e9checs au niveau de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur. Par ailleurs, je suis, depuis quelques ann\u00e9es, responsable d\u2019un master international et pluridisciplinaire sur les questions de d\u00e9veloppement (AGRINOVIA : Agriculture Innovation Afrique). C\u2019est une organisation Sud-Sud et Sud-Nord qui re\u00e7oit des \u00e9tudiants venant \u00e0 la fois du monde professionnel et des \u00e9tudiants classiques de niveau Master 1. Nous proposons \u00e0 ce double-public-l\u00e0 de b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une formation en d\u00e9veloppement pour pouvoir int\u00e9grer les ONG ou la fonction publique, et pour \u00eatre aussi des entrepreneurs. Nous initions un certain nombre d\u2019activit\u00e9s agro-pastorales et \u00e9ducatives tr\u00e8s int\u00e9ressantes.<\/p>\n<p><strong>S.: Vous \u00eates r\u00e9guli\u00e8rement pr\u00e9sent sur le r\u00e9seau social Facebook \u00e0 travers des r\u00e9flexions sur divers sujets. Pourquoi avez-vous choisi de communiquer par le biais de ce r\u00e9seau social ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>J. N. :<\/strong> Pour moi Facebook est un espace public et je pense que l\u2019\u00e9ducateur doit y \u00eatre pr\u00e9sent aussi. L\u2019\u00e9ducation ne doit \u00eatre pas seulement confin\u00e9e dans des espaces priv\u00e9s. Entre quatre murs, on peut avoir la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et le calme n\u00e9cessaire pour pouvoir bien travailler. Mais Facebook ne doit pas \u00eatre laiss\u00e9 seulement \u00e0 ceux qui veulent se contenter de s\u2019amuser ou de raconter des histoires. L\u2019espace public doit \u00eatre celui de l\u2019\u00e9ducation parce que c\u2019est l\u00e0 o\u00f9 v\u00e9rifie la qualit\u00e9 de jugement de chacun et la relation aux autres. Donc, il me semble que cet espace public est un espace d\u2019int\u00e9r\u00eat pour les enseignants que nous sommes. Nous ne pouvons pas nous plaindre de la d\u00e9gradation des choses au niveau de la soci\u00e9t\u00e9 et refuser d\u2019aller dans ces espaces o\u00f9 se trouvent les gens, o\u00f9 ils s\u2019expriment sur la qualit\u00e9 de la gouvernance, de leurs jugements par rapport \u00e0 ce qui ne va pas dans la soci\u00e9t\u00e9. Facebook est donc un espace privil\u00e9gi\u00e9 pour l\u2019\u00e9ducation parce que c\u2019est l\u00e0 qu\u2019on ramasse du bois mort pour pouvoir allumer un bon feu.<\/p>\n<p><strong>s.: Certes un espace de la libert\u00e9 d\u2019expression, mais est-ce que l\u2019appropriation des r\u00e9seaux sociaux par certains ne laisse pas parfois \u00e0 d\u00e9sirer ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>J. N. :<\/strong> Il est \u00e9vident qu\u2019on fait un usage anarchique et m\u00e9diocre de cet espace-l\u00e0. La question n\u2019est pas seulement de saisir la libert\u00e9 d\u2019expression comme opportunit\u00e9 pour s\u2019exprimer. Il s\u2019agit de savoir si la libert\u00e9 d\u2019expression qui est accord\u00e9e \u00e0 tous pr\u00e9suppose une libert\u00e9 d\u2019esprit. Or la libert\u00e9 d\u2019esprit repose sur la capacit\u00e9 \u00e0 former son jugement, \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir, \u00e0 avoir un esprit critique, une libert\u00e9 d\u2019esprit. Alors que beaucoup de gens ont la libert\u00e9 d\u2019expression, mais ils n\u2019ont pas la libert\u00e9 d\u2019esprit. Si on n\u2019a pas la libert\u00e9 d\u2019esprit, la libert\u00e9 d\u2019expression devient le lieu de l\u2019expression de toutes les humeurs, parfois de ce qui est d\u00e9sagr\u00e9able, de ce qui n\u2019est pas digne d\u2019\u00eatre montr\u00e9 en public. Or si on a la formation de son jugement, on a un esprit m\u00fbr, bien form\u00e9, flexible, capable de comprendre, d\u2019expliquer et d\u2019argumenter, alors la libert\u00e9 d\u2019expression devient une opportunit\u00e9 de faire grandir la soci\u00e9t\u00e9. Si la libert\u00e9 d\u2019expression est d\u00e9coupl\u00e9e de la libert\u00e9 d\u2019esprit, Facebook devient un espace o\u00f9 on trouve toutes sortes de marchandises de valeur minable. Puisque les gens ne savent pas appr\u00e9cier si ce qu\u2019ils vont proposer ou dire a de l\u2019importance ou pas. Certains publient des choses qui desservent leur honneur. Alors que normalement chacun doit se soucier de son honneur. (\u2026)<\/p>\n<p>Il m\u2019arrive de renoncer \u00e0 publier des choses quand je pense que le moment n\u2019est pas venu ou quand je pense que j\u2019ai pas suffisamment r\u00e9fl\u00e9chi aux dimensions d\u2019une affaire. Quelquefois on apprend beaucoup \u00e0 travers ce que les autres \u00e9crivent, la mani\u00e8re dont ils r\u00e9agissent contre vos publications. Cela permet de prendre en compte l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, que tout le monde n\u2019est pas pareil et ne pense pas la m\u00eame chose. Dieu merci, il y a une diversit\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 qui enrichit v\u00e9ritablement celui qui veut r\u00e9fl\u00e9chir. R\u00e9fl\u00e9chir n\u2019est pas seulement s\u2019enfermer dans son petit moi, c\u2019est s\u2019ouvrir \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 et essayer d\u2019aller plus loin. Encore faut-il avoir un esprit bien form\u00e9 qui se soucie de prouver ce qu\u2019il dit au lieu d\u2019\u00e9taler sur la place publique des humeurs et des d\u00e9sirs.<\/p>\n<p><strong>s.: Outils de connaissance, d\u2019apprentissage et de culture g\u00e9n\u00e9rale, Est-ce que les r\u00e9seaux sociaux ne charrient pas aussi des craintes ?<\/strong><\/p>\n<p>Il y a des humeurs qui s\u2019expriment, or une humeur est souvent spontan\u00e9e, impulsive, irr\u00e9fl\u00e9chie. Comme on dit, \u00e7a sort comme \u00e7a sort. <strong>Je pense qu\u2019on a en m\u00eame temps le super march\u00e9 de la b\u00eatise dans Facebook, mais il y a aussi des lignes tr\u00e8s int\u00e9ressantes qui nous donnent des raisons qu\u2019on peut apprendre des autres.<\/strong> Il y a des informations qui y circulent, il y en a de fausses aussi. C\u2019est pourquoi je reviens toujours \u00e0 la maturit\u00e9 intellectuelle. Si on n\u2019a pas form\u00e9 son jugement, l\u2019exercer \u00e0 avoir un esprit critique, autocritique et r\u00e9flexif, cela devient difficile, parce qu\u2019on consomme tout sans indistinction. Or la capacit\u00e9 de profiter de Facebook, c\u2019est d\u2019avoir un jugement bien \u00e9tabli, construit et r\u00e9flexif qui nous permette de d\u00e9passer la surench\u00e8re de la b\u00eatise.<\/p>\n<p>Je pense aussi qu\u2019il faut \u00e9viter une condamnation syst\u00e9matique et moralisante de Facebook, sinon cela va donner l\u2019impression que la moralit\u00e9 serait ailleurs. Or sur ce r\u00e9seau social, on voit comment s\u2019expriment le gens, de quel sujet ils veulent parler. On voit qu\u2019ils ont aussi envie de se montrer, de montrer aux autres qu\u2019ils existent. Cela signifie quelque chose, surtout pour l\u2019homme politique. Les gens ont besoin de montrer qui ils sont, de montrer les comp\u00e9tences dont ils disposent, leurs capacit\u00e9s \u00e0 avoir des amis. Cela signifie que l\u2019homme est v\u00e9ritablement un \u00eatre qui a besoin de vivre avec les autres, de partager et qui est quelquefois m\u00eame narcissique. C\u2019est-\u00e0-dire qui veut transformer Facebook en espace d\u2019auto-valorisation. Cela veut dire quelque chose, qu\u2019il n\u2019est pas suffisamment reconnu ailleurs. Et si quelqu\u2019un a besoin d\u2019\u00eatre reconnu et prend tous les moyens pour le faire, cela est un beau miroir pour se rendre compte des aspirations des citoyens. Pour le politique, c\u2019est quelque chose d\u2019absolument important parce que l\u00e0 il peut mesurer \u00e0 la fois la diversit\u00e9 des opinions, leurs divergences et le d\u00e9sir de reconnaissance de la soci\u00e9t\u00e9. Les gens ont besoin d\u2019\u00eatre reconnus et il faut leur donner cet espace. <strong>S\u2019il n\u2019y avait pas Facebook, je me demande si nos pays seraient encore en vie.<\/strong> Parce que tout ce qui sort sur Facebook, l\u2019expression des ranc\u0153urs, des rumeurs, des humeurs, des d\u00e9sirs, c\u2019est un canal qui autorise une sorte de catharsis social. <strong>S\u2019il n\u2019y avait pas Facebook, peut-\u00eatre que nos soci\u00e9t\u00e9s seraient plus violentes.<\/strong> L\u00e0 o\u00f9 les gens peuvent s\u2019exprimer et avoir l\u2019impression qu\u2019on les a entendus, cela lib\u00e8re d\u2019une certaine fa\u00e7on sur le plan \u00e9motionnel. Heureusement qu\u2019il y a des canaux d\u2019expression comme Facebook o\u00f9 quand les gens croient qu\u2019ils ont partag\u00e9 quelque chose sur leur mur, le monde entier est au courant. J\u2019ai soutenu un m\u00e9moire de Master, je mets cela sur Facebook, mes amis m\u2019applaudissent. Quelque part, cela renforce l\u2019id\u00e9e que je ne suis pas seul au monde, que je suis admir\u00e9 par des gens<strong>. Heureusement qu\u2019il y a les r\u00e9seaux sociaux, sinon nos soci\u00e9t\u00e9s seraient intenables \u00e0 l\u2019heure actuelle.<\/strong> (..) On peut jeter la pierre sur Facebook d\u2019un certain point de vue parce que c\u2019est le lieu de la surench\u00e8re de la b\u00eatise, mais il faut heureusement reconnaitre qu\u2019il y a ce canal d\u2019expression qui permet une lib\u00e9ration de la parole sociale, de r\u00e9duire les tensions et les frustrations entre les uns et les autres.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-20046\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/rso.jpg?resize=420,260&amp;ssl=1\" alt=\"\" width=\"420\" height=\"260\" srcset=\"https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/rso.jpg?w=420&amp;ssl=1 420w, https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/rso.jpg?resize=300%2C186&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/rso.jpg?resize=356%2C220&amp;ssl=1 356w\" sizes=\"auto, (max-width: 420px) 100vw, 420px\" data-recalc-dims=\"1\"\/><\/p>\n<p><strong>S.: Ces r\u00e9seaux sociaux ont vu la naissance de cyber activistes ou activistes qui s\u2019approprient des combats comme la fin du franc CFA, la lutte contre la corruption, la mal gouvernance. Quelle lecture faites-vous de leur \u00abengagement \u00bb ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>J. N. :<\/strong> L\u2019engagement est quelque chose de normal. Il ne faut pas s\u2019\u00e9tonner que des gens aient envie de monter sur certains chevaux et de mener certaines batailles. Quand je souffre d\u2019une situation dans la soci\u00e9t\u00e9, j\u2019ai besoin que cela change et c\u2019est normal qu\u2019\u00e0 la limite j\u2019enfourche le cheval de l\u2019engagement pour pouvoir distribuer et diffuser les id\u00e9es afin de faire changer les choses. L\u00e0 encore, il se pose la question de la mesure. Il <strong>y a de la d\u00e9mesure qui guette en permanence tous ceux qui veulent mener des combats.<\/strong> C\u2019est la maturit\u00e9 intellectuelle qui peut aider \u00e0 ne pas sombrer dans les d\u00e9rives ou dans les d\u00e9mesures de ce qu\u2019on appelle le militantisme. C\u2019est-\u00e0-dire la capacit\u00e9 intellectuelle \u00e0 mesurer ses propres arguments pour penser qu\u2019il est possible de d\u00e9velopper des contre-arguments. Si la maturit\u00e9 intellectuelle est le sous bassement de l\u2019engagement, alors cela aide \u00e0 rendre service \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 au lieu de cr\u00e9er des camps de bataille id\u00e9ologique sur Facebook. On se rend compte effectivement qu\u2019il y a des gens qui sont dans une optique donn\u00e9e, ils ont une vision unilat\u00e9rale des choses et ne veulent rien entendre. Quelquefois il y a de l\u2019exc\u00e8s. La d\u00e9mesure et l\u2019exc\u00e8s peuvent \u00eatre corrig\u00e9s par la capacit\u00e9 intellectuelle si on prend le temps de former son jugement. Mais peut-\u00eatre qu\u2019il y a des gens qui confondent engagement et militantisme. On peut \u00eatre engag\u00e9 et rester lucide, savoir qu\u2019on est dans un monde de la complexit\u00e9, o\u00f9 d\u2019autres pens\u00e9es et visions sont possibles et que nous n\u2019avons pas le monopole de la v\u00e9rit\u00e9. Normalement une formation en philosophie aide beaucoup \u00e0 cela parce qu\u2019elle d\u00e9veloppe l\u2019esprit critique, autocritique et r\u00e9flexif. Mais je dis encore que c\u2019est la libert\u00e9 d\u2019esprit qui est le fondement de la mesure de nos engagements. Si nous nous laissons seulement port\u00e9s par la d\u00e9mesure de certains de nos engagements, nous cr\u00e9ons des conflits dans la soci\u00e9t\u00e9. Ce que nous voulions arranger comme situation, nous risquons m\u00eame de compliquer les choses parce que cela peut nous braquer contre d\u2019autres et aiguiser les rivalit\u00e9s. Or si on apporte quelque chose pour b\u00e2tir la soci\u00e9t\u00e9, c\u2019est dans une perspective de pacification. Ce n\u2019est pas en faisant la guerre tous les jours qu\u2019on pacifie la soci\u00e9t\u00e9. Si quelqu\u2019un est capable de se rendre compte qu\u2019on peut penser autrement que lui, il en tiendra compte dans la mani\u00e8re dont il va \u00e9crire quelque chose sur Facebook. Et cela va avoir une sorte de capacit\u00e9 de conciliation avec les avis contraires. Or ce que l\u2019on voit la plupart du temps, ce sont des luttes id\u00e9ologiques o\u00f9 on a une vision unilat\u00e9rale et monopolistique des choses au point que le dialogue devient quasiment impossible. C\u2019est comme si on changeait de monde quand on passe de certains activistes \u00e0 d\u2019autres. On a l\u2019impression que le monde est encore divis\u00e9 par le Mur de Berlin alors qu\u2019il est tomb\u00e9. Donc nous devons cesser de voir les choses en est-ouest-nord-sud pour essayer d\u2019\u00eatre des gens qui apportent quelque chose \u00e0 penser \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Au lieu de s\u2019enferrer dans ses contradictions, la soci\u00e9t\u00e9 doit les d\u00e9passer. Si j\u2019interviens sur Facebook, c\u2019est toujours pour faire avancer quelque chose. Il y a certains de mes \u00e9tudiants des ann\u00e9es pass\u00e9es qui sont en province et n\u2019ont plus acc\u00e8s aux pour leur formation continue. Mais gr\u00e2ce \u00e0 ce qu\u2019on \u00e9crit sur Facebook, on leur permet de combler certaines de leurs lacunes. On leur donne de la mati\u00e8re \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir et on les met en contact avec les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations d\u2019\u00e9tudiants que nous sommes en train de former. Donc, j\u2019ai senti que la contribution que j\u2019apporte sur Facebook \u00e0 propos de mes cours de philosophie est suivie par mes anciens \u00e9tudiants qui sont devenus des professeurs au lyc\u00e9e. Ils me disent merci parce que je partage des choses qui alimentent leurs cours. Cela leur donne une autre chance d\u2019\u00eatre aussi bien form\u00e9s que ceux qu\u2019on forme aujourd\u2019hui. Il y a quelques ann\u00e9es o\u00f9 nous n\u2019avions pas acc\u00e8s \u00e0 toutes ces informations. Quand le professeur avait un livre, il le gardait. Alors qu\u2019aujourd\u2019hui je mets des extraits de textes qui sont bien cit\u00e9s sur Facebook et qui peuvent \u00eatre mobilis\u00e9s dans une pens\u00e9e personnelle.<\/p>\n<p>Donc il me semble qu\u2019au-del\u00e0 de tout ce qu\u2019on peut dire sur Facebook ou sur l\u2019activisme, c\u2019est d\u2019inviter les uns et les autres \u00e0 faire preuve de r\u00e9flexion parce que l\u2019intelligence sert \u00e0 cela. La t\u00eate chez l\u2019homme, ce n\u2019est pas seulement pour se coiffer, c\u2019est d\u2019abord pour r\u00e9fl\u00e9chir et penser. Et penser c\u2019est mettre en ordre ses id\u00e9es pour les partager et grandir en affrontant d\u2019autres pens\u00e9es. Ce n\u2019est pas l\u2019art d\u2019installer un conflit d\u00e9finitif avec d\u2019autres personnes. La guerre des id\u00e9es est aussi une guerre qui profite \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Mais la guerre des personnes est tr\u00e8s grave. Or bien souvent on confond guerre des id\u00e9es et guerre des personnes. Et c\u2019est cela qui est vraiment tragique.<\/p>\n<blockquote readability=\"9\">\n<p><strong>S.:<\/strong> <strong>De nos jours, les m\u00e9dias traditionnels comme la presse \u00e9crite, la radio et la t\u00e9l\u00e9vision n\u2019ont plus le monopole de la diffusion de l\u2019information et des opinions. Cela n\u2019engendre-t-il pas des risques de d\u00e9sinformation ?<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>J. N.:<\/strong> Oui, parce que n\u2019importe se donne le droit de partager n\u2019importe quelle information. La qualit\u00e9 des journalistes est en quelque sorte battue en br\u00e8che presque chaque jour par le fait de l\u2019irruption de tout le monde, du commun des mortels, sur les r\u00e9seaux sociaux qui veut apporter des informations et qui se prend pour un journaliste. C\u2019est l\u00e0 aussi que la diff\u00e9rence doit \u00eatre nette. Un journaliste est un professionnel de l\u2019information et de la communication. Un journaliste, c\u2019est aussi un chercheur d\u2019informations. C\u2019est quelqu\u2019un qui utilise son cerveau, pas seulement ses pieds. Il faut analyser, trier, synth\u00e9tiser et expliquer l\u2019information. Le journaliste, c\u2019est d\u2019abord quelqu\u2019un dont le souci est de traiter avec minutie, avec intelligence une information ou une diversit\u00e9 d\u2019information avant de la communiquer. Donc, il y aura toujours une diff\u00e9rence entre le travail du journaliste, que ce soit sur Facebook ou dans un journal, et un simple facebooker qui publie ses humeurs, sa joie ou les \u00e9v\u00e9nements sociaux. Cela n\u2019est pas du journalisme. On appelle cela des fioritures \u00e9motionnelles. On ne peut pas comparer le travail du journaliste \u00e0 ce que les gens font sur Facebook. Sauf si le journaliste est lui-m\u00eame sur Facebook et qu\u2019il produit des informations d\u2019utilit\u00e9 publique. Cela est aussi quelque chose d\u2019important. Je pense qu\u2019on ne peut pas emp\u00eacher le journaliste d\u2019acc\u00e9der \u00e0 ce niveau-l\u00e0 parce que c\u2019est justement ceux qui ont des comp\u00e9tences qui peuvent occuper l\u2019espace public. Sinon c\u2019est l\u2019incomp\u00e9tence et l\u2019ignorance qui vont l\u2019occuper. J\u2019ai comme l\u2019impression que les journalistes doivent assumer leur mission historique. C\u2019est une mission essentielle la communication parce que sans elle il n\u2019y a pas de soci\u00e9t\u00e9. La communication se fait sur la base de recherche et si on ne sait pas faire de la recherche, on ne peut pas \u00eatre consid\u00e9rer comme journaliste. La recherche est un processus par lequel on collecte des informations, on les traite et on tire \u00e9ventuellement des axes de lectures, des tendances sans tomber dans le moralisme o\u00f9 on va juger les choses. Parce que le journaliste n\u2019est pas l\u00e0 pour faire la morale, il apporte des informations qu\u2019il a v\u00e9rifi\u00e9es, trait\u00e9es et organis\u00e9es pour pouvoir donner une pens\u00e9e coh\u00e9rente et aider la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 grandir. Ce sont des m\u00e9tiers nobles qu\u2019on ne peut pas confondre avec ce qui se passe chez n\u2019importe quel <em>facebooker<\/em> qui publie ses propres humeurs. Encore une fois, le journaliste, l\u2019enseignant ou l\u2019enseignant-chercheur sont des gens qui vivent dans la soci\u00e9t\u00e9. Il peut arriver qu\u2019ils aient des faiblesses, qu\u2019ils soient press\u00e9s de publier quelque chose, mais l\u2019essentiel est de savoir qu\u2019il y a une \u00e9thique du m\u00e9tier qui nous oblige \u00e0 \u00eatre diff\u00e9rents des <em>facebookers<\/em> ordinaires. L\u2019enseignant qui publie quelque chose doit penser \u00e0 l\u2019utilit\u00e9 p\u00e9dagogique de ce qu\u2019il fait. Je suis surpris de voir des enseignants qui sont sur Facebook et quand vous regardez leur mur, ils vous parlent de mi\u00e8vreries religieuses. Et je me demande ce que j\u2019apprends de cet enseignant. Si je vais sur la page Facebook d\u2019un pasteur, d\u2019un pr\u00eatre ou d\u2019une religieuse, c\u2019est normal que j\u2019apprenne des choses sur la Bible. Tout le monde est en train de voler le m\u00e9tier des religieux. Les politiciens volent ce m\u00e9tier parce que partout o\u00f9 vous passez c\u2019est <em>\u00ab\u00a0que Dieu vous b\u00e9nisse, Dieu aime le Burkina\u00a0\u00bb.<\/em> Foutez la paix au bon Dieu et laissez le m\u00e9tier des religieux en paix. Vous \u00eates politiques, occupez-vous de politique si vous avez quelque chose \u00e0 partager pour faire grandir la soci\u00e9t\u00e9. Je suis enseignant de philosophie et tous ceux visiteront mon mur sauront qu\u2019ici on parle de philosophie, que cette discipline peut aider la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 se soulever pour regarder plus loin que ses propres limites. Si je suis sur la page d\u2019un romancier, je dois apprendre des choses sur la litt\u00e9rature, avoir des bribes que le r\u00eave dans la vie d\u2019un homme, d\u2019une jeunesse est tr\u00e8s important. Et qu\u2019il ne faut jamais sous-estimer les lettres sous pr\u00e9texte qu\u2019on fait des math\u00e9matiques. Les lettres construisent aussi une soci\u00e9t\u00e9. La litt\u00e9rature et les arts sont quelque chose de formidable dans la soci\u00e9t\u00e9. Je pense m\u00eame si qu\u2019au niveau politique les gens \u00e9taient tr\u00e8s attentifs \u00e0 ce qui se passe dans le monde romanesque ou dans le monde artistique, beaucoup de d\u00e9g\u00e2ts pourraient \u00eatre \u00e9vit\u00e9s. Il y a des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre qui ont \u00e9t\u00e9 jou\u00e9es \u00e0 Ouagadougou, au CITO (NDLR\u00a0: Carrefour International du Th\u00e9\u00e2tre de Ouagadougou) quelques jours avant l\u2019insurrection. Et si des gens l\u2019avaient vue, peut-\u00eatre qu\u2019ils auraient anticiper certaines choses. Il ne faut pas m\u00e9priser telle ou telle discipline, tel ou tel corps de m\u00e9tier. Bien au contraire, chaque m\u00e9tier doit se soucier d\u2019exprimer sa quintessence au niveau des r\u00e9seaux sociaux pour que cela \u00e9duque la soci\u00e9t\u00e9. Mon souhait est qu\u2019on sorte des postures militantes, id\u00e9ologiques qui sont unilat\u00e9rales, exclusives pour apprendre \u00e0 penser de fa\u00e7on plus mesur\u00e9e, plus organis\u00e9e, plus argument\u00e9e et plus r\u00e9flexive. Cela est quelque chose d\u2019absolument important qu\u2019il faut prendre en compte.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>S.: Dans un de vos post, vous avez soutenu que <em>\u00ab Sans l\u2019\u00e9cole, la soci\u00e9t\u00e9 s\u2019auto-d\u00e9capite \u00bb<\/em>. Est-ce un cri d\u2019alerte lanc\u00e9 \u00e0 l\u2019endroit de tous les acteurs de l\u2019\u00e9ducation de notre pays ?<\/strong><\/p>\n<p><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-20047\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/face.png?resize=411,178&amp;ssl=1\" alt=\"\" width=\"411\" height=\"178\" srcset=\"https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/face.png?w=411&amp;ssl=1 411w, https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/face.png?resize=300%2C130&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 411px) 100vw, 411px\" data-recalc-dims=\"1\"\/>J. N.:<\/strong> Je voulais dire le r\u00f4le et la place de la r\u00e9flexion dans la soci\u00e9t\u00e9. L\u2019\u00e9cole est un milieu \u00e9ducatif sp\u00e9cifique. On peut \u00eatre \u00e9duqu\u00e9 dans sa famille, chez ses oncles, entre camarades du m\u00eame quartier. On peut \u00eatre \u00e9duqu\u00e9 dans la rue. Mais l\u2019\u00e9cole est lieu d\u2019\u00e9ducation sp\u00e9cifique o\u00f9 il est demand\u00e9 de d\u00e9velopper une comp\u00e9tence intellectuelle. C\u2019est ce que j\u2019appelais pr\u00e9c\u00e9demment la libert\u00e9 d\u2019esprit. La maturit\u00e9 intellectuelle est l\u2019objectif de l\u2019\u00e9cole. L\u2019\u00e9cole fait le pari que l\u2019homme est capable de d\u00e9velopper des comp\u00e9tences intellectuelles, mais aussi des comp\u00e9tences relationnelles et sociales. On rencontre des gens \u00e0 l\u2019\u00e9cole. J\u2019ai d\u00e9couvert \u00e0 l\u2019\u00e9cole des gens que je ne connaissais pas dans mon quartier. On apprend aussi \u00e0 vivre avec les autres en allant \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Sans l\u2019\u00e9cole, la soci\u00e9t\u00e9 s\u2019auto-d\u00e9capite veut dire que sans l\u2019\u00e9cole, la soci\u00e9t\u00e9 vit sans sa t\u00eate. Parce que l\u2019\u00e9cole d\u00e9veloppe les comp\u00e9tences intellectuelles, sociales, culturelles et morales. L\u2019\u00e9cole est le lieu o\u00f9 l\u2019homme s\u2019affranchit du poids et des pesanteurs du pr\u00e9sent en disant que demain est possible. L\u2019\u00e9cole, c\u2019est le pari que l\u2019intelligence humaine peut \u00e9clairer le cheminement de l\u2019individu et de celui de la soci\u00e9t\u00e9. Une soci\u00e9t\u00e9 qui renonce \u00e0 l\u2019\u00e9cole, la minimise, la d\u00e9consid\u00e8re, la m\u00e9prise est dangereuse. C\u2019est comme si elle d\u00e9cidait de se priver de sa propre t\u00eate. Or se priver de sa propre t\u00eate, c\u2019est vivre sans sens. Et sans sens la vie n\u2019a plus d\u2019orientation. Une soci\u00e9t\u00e9 qui ne croit pas \u00e0 l\u2019\u00e9cole est une soci\u00e9t\u00e9 qui est d\u00e9j\u00e0 vendue au n\u00e9ant. (\u2026) Je voulais insister sur le r\u00f4le de la r\u00e9flexion dans la vie humaine en g\u00e9n\u00e9ral, dans la vie individuelle et sociale. Sans l\u2019\u00e9cole qui est le lieu o\u00f9 on fait la promotion de l\u2019intelligence, des apprentissages sociaux, relationnels, politiques et moraux, la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019avance pas. (\u2026) L\u2019\u00e9cole est comme la lampe qu\u2019on tient dans la main la nuit et qui nous guide. Une soci\u00e9t\u00e9 sans \u00e9cole est d\u00e9j\u00e0 promise \u00e0 la mort.<\/p>\n<p>Mais cela ne veut pas dire que l\u2019\u00e9cole r\u00e9sume tout. Y a des gens qui n\u2019y vont pas. La majorit\u00e9 des gens chez nous ne va pas \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Il y en a qui sont sortis trop t\u00f4t de l\u2019\u00e9cole. Il y en a qui n\u2019y sont pas all\u00e9s. Toutefois je consid\u00e8re l\u2019\u00e9cole comme un sanctuaire \u00e0 partir duquel on peut apprendre beaucoup sur soi, sur la soci\u00e9t\u00e9, sur l\u2019humanit\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral et sur ce qu\u2019on peut devenir. Ce n\u2019est pas pour autant que ceux qui ne vont pas \u00e0 l\u2019\u00e9cole sont b\u00eates. Etre analphab\u00e8te ne veut pas dire qu\u2019on est b\u00eate. Un homme est d\u2019abord un \u00eatre qui a une pens\u00e9e, une conscience. Et l\u00e0 o\u00f9 il y a de la conscience, il est toujours possible r\u00e9fl\u00e9chir. Nous avons des grands-parents qui n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole et qui ont la capacit\u00e9 de r\u00e9fl\u00e9chir. Ils sont capables de prendre de la distance par rapport \u00e0 des situations r\u00e9elles pour pouvoir dire qu\u2019ici, d\u00e9sormais, on ne fera plus comme cela.<\/p>\n<blockquote readability=\"7\">\n<p><strong>S.: Pourquoi dites-vous qu\u2019<em>\u00ab il manque \u00e0 notre \u00e9cole et sans doute aussi \u00e0 notre pays, l\u2019imagination de nouveaux paradigmes et mod\u00e8les \u00e9ducatifs\u2026\u00bb<\/em> ?<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>J. N. :<\/strong> L\u2019\u00e9cole ce n\u2019est pas seulement le lieu de la complaisance dans la pure et simple conceptualisation. C\u2019est bien s\u00fbr le lieu o\u00f9 on d\u00e9veloppe son intelligence, mais pas seulement dans des perspectives purement et simplement th\u00e9oriques. Il y a n\u00e9cessit\u00e9 de penser tr\u00e8s fort l\u2019\u00e9cole en lien avec la soci\u00e9t\u00e9. L\u2019\u00e9cole doit \u00eatre comme une force qui tire la soci\u00e9t\u00e9. Cela signifie qu\u2019il faut relier l\u2019\u00e9cole avec le projet de soci\u00e9t\u00e9. Depuis quelques ann\u00e9es, nous avons initier une formation qui s\u2019appelle AGRINOVIA (Agriculture Innovation Afrique) pour accompagner les agents de d\u00e9veloppement qui sont des professionnels et les \u00e9tudiants qui sont des futurs professionnels. Ceci dans le but d\u2019accompagner le processus d\u2019innovation en milieu rural. Cela veut dire que l\u2019universit\u00e9 doit \u00eatre un espace o\u00f9 on apprend, o\u00f9 on se forme sur la base de th\u00e9ories, de concepts et de m\u00e9thodes pour rendre service \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 et d\u00e9tecter t\u00f4t les possibilit\u00e9s d\u2019innovation qu\u2019on va soutenir, renforcer et capitaliser. Nous pensons l\u2019\u00e9cole en g\u00e9n\u00e9ral et l\u2019enseignement sup\u00e9rieur en particulier comme v\u00e9ritablement le lieu o\u00f9 on peut nouer un contact fondamental entre le pr\u00e9sent et l\u2019avenir. Et une soci\u00e9t\u00e9 doit \u00eatre tendue entre le pr\u00e9sent et l\u2019avenir. Quand l\u2019enseignement sup\u00e9rieur prend en charge des probl\u00e9matiques r\u00e9elles de la soci\u00e9t\u00e9 comme les questions de l\u2019agriculture, l\u2019\u00e9levage, de l\u2019environnement, les changements climatiques et les m\u00e9tiers, l\u2019innovation est essentielle. Il faut encourager les forces innovatrices. Il y a des gens qui innovent dans les villages parce qu\u2019ils essaient de s\u2019adapter aux circonstances qui deviennent de plus en plus difficiles. Si ces gens ne sont pas soutenus, la soci\u00e9t\u00e9 va tourner en rond dans le cercle vicieux de ses habitudes. Promouvoir l\u2019innovation et le partenariat entre les diff\u00e9rents acteurs autour de l\u2019innovation, c\u2019est encourager v\u00e9ritablement la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 changer, aller de l\u2019avant et \u00e0 explorer de nouveaux chemins pour r\u00e9soudre ses probl\u00e8mes. Le bon Dieu s\u2019occupe de nous, au lieu d\u2019attendre que notre p\u00e8re qui est en Occident nous envoie de l\u2019aide, au lieu d\u2019attendre que tout nous tombe du ciel, nous devons d\u00e9velopper des capacit\u00e9s d\u2019innovation et d\u2019entr\u00e9e en partenariat pour collaborer au succ\u00e8s de nos initiatives. Notre programme AGRINOVIA est une formation qui m\u00e9lange les professionnels d\u00e9j\u00e0 sur le terrain et des \u00e9tudiants pour qu\u2019ils apprennent ensemble. Les \u00e9tudiants verront comment on devient professionnel. Et cela va faciliter les apprentissages. C\u2019est dans ce sens que je disais qu\u2019il fallait la connexion entre l\u2019\u00e9cole et l\u2019avenir de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p><strong>\u00a0S.<\/strong><strong>: <em>\u00ab\u00a0La professionnalisation des formations scolaires, dites-vous, a un co\u00fbt, tout le reste n\u2019est que populisme \u00bb<\/em>. Que sous-entendez-vous par-l\u00e0 ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>J. N. :<\/strong> Je voulais simplement dire que les m\u00eames personnes qui se plaignent qu\u2019elles n\u2019ont pas de ressources sont des gens qui organisent des bapt\u00eames, des fun\u00e9railles avec des ressources dont on ignore la provenance. Ils sont capables d\u2019investir dans le festif, dans le domaine culturel, dans des fian\u00e7ailles, et quand il s\u2019agit de payer l\u2019\u00e9cole pour leurs enfants, c\u2019est le service public. On ne doit pas nous demander d\u2019investir, de payer. A la limite, on voudrait que tout soit gratuit. C\u2019est contre l\u2019id\u00e9ologie du gratuit que j\u2019ai \u00e9crit cette phrase en disant\u00a0: ne vous laissez pas tromper, toute chose a un co\u00fbt. Ce n\u2019est pas parce que notre p\u00e8re, l\u2019Etat, cr\u00e9e des structures, des institutions et des moyens pour pouvoir \u00e9duquer les enfants du pays qu\u2019il faut lui laisser toutes les d\u00e9penses. La contribution des familles \u00e0 l\u2019\u00e9ducation de leurs enfants est quelque chose d\u2019essentiel. Les m\u00eames personnes qui refusent de payer un certain nombre de choses \u00e0 l\u2019enseignement public, on les retrouve inscrites dans l\u2019enseignement priv\u00e9 o\u00f9 elles consentent de payer cher pour une formation qui permette d\u2019aboutir \u00e0 un travail. Je connais des parents qui envoient leurs enfants \u00e0 la maternelle et qui paient plus 100 mille F CFA, mais pour investir dans leur enfant qui est \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Joseph Ki-Zerbo, c\u2019est comme s\u2019ils n\u2019\u00e9taient plus d\u2019accord. Cela n\u2019est pas normal. Dans une soci\u00e9t\u00e9, les gens doivent consentir des sacrifices pour donner un avenir \u00e0 leurs enfants. Ce n\u2019est pas seulement \u00e0 l\u2019Etat de s\u2019occuper de l\u2019\u00e9ducation. L\u2019Etat a une responsabilit\u00e9 majeure, il f\u00e9d\u00e8re l\u2019ensemble des besoins, des ressources du pays. Et cela doit motiver les parents pour qu\u2019ils acceptent d\u2019investir. Sinon on raconte des histoires aux gens, il n\u2019y a rien sans rien. Tout a un prix. Il y a un co\u00fbt qu\u2019il faut consentir.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>S.: Vous avez d\u00e9clar\u00e9 que \u00ab\u00a0Si l\u2019Afrique a mal, c\u2019est d\u2019abord et avant tout \u00e0 sa t\u00eate, \u00e0 sa gouvernance \u00bb Est-ce la cause principale des maux actuels de l\u2019Afrique ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>J. N.:<\/strong> Ce n\u2019est pas la cause principale. En fait, je voulais dire l\u2019Afrique ind\u00e9pendante ou dite ind\u00e9pendante, structur\u00e9e en Etats et en soci\u00e9t\u00e9s. Encore une fois, l\u2019Etat, c\u2019est le bien commun. Ce n\u2019est pas le gouvernement. Le gouvernement peut appartenir \u00e0 un parti alors que l\u2019Etat appartient \u00e0 tout le monde. Concevoir l\u2019Etat, aider la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 se rendre compte que l\u2019Etat, c\u2019est elle. Il y a comme une sorte de divorce depuis les ind\u00e9pendances entre soci\u00e9t\u00e9 et Etat. C\u2019est comme si l\u2019Etat \u00e9tait un corps \u00e0 part, une t\u00eate \u00e9ventuellement en fer qu\u2019on a pos\u00e9e sur un corps qui serait en terre. Il faut renouer avec l\u2019id\u00e9e d\u2019une unit\u00e9 fondamentale, cr\u00e9ative entre la soci\u00e9t\u00e9 et l\u2019Etat. Depuis les ann\u00e9es des ind\u00e9pendances, l\u2019Etat apparait comme quelque chose de parachut\u00e9, d\u2019h\u00e9t\u00e9roclite et de diff\u00e9rent qui n\u2019arrive pas \u00e0 assumer les missions qui lui \u00e9taient confi\u00e9es. C\u2019est ce que j\u2019ai voulu dire quand j\u2019ai soutenu que notre soci\u00e9t\u00e9 a mal \u00e0 sa t\u00eate. J\u2019ai d\u00e9nonc\u00e9 aussi une certaine mis\u00e8re politique. Comme si l\u00e2ch\u00e9s, depuis les soleils des ind\u00e9pendances, nous autres Africains nous n\u2019avons pas \u00e9t\u00e9 capables de concevoir et de mettre en place un Etat qui r\u00e9ponde v\u00e9ritablement \u00e0 l\u2019obligation de l\u2019autopromotion sociale. Comment se fait-il que depuis 50 ans, 60 ans nous n\u2019ayons pas assum\u00e9 les responsabilit\u00e9s fondamentales pour ce qui concerne l\u2019\u00e9ducation, la sant\u00e9, le bien-\u00eatre, les routes et les transports. Il y a encore des parties de notre pays qui ne sont pas encore connect\u00e9es au reste. Cela n\u2019est pas normal. On dit que 60 ans pour un individu, c\u2019est beaucoup, mais 60 ans pour un Etat, c\u2019est peu. J\u2019accuse nos Etats d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 plus des diversions politiques que des structures, des institutions qui ont vraiment servi le d\u00e9veloppement du corps social. Faire en sorte que nous cessions d\u2019avoir mal \u00e0 notre t\u00eate, c\u2019est repenser l\u2019Etat pour qu\u2019il soit comme une locomotive du progr\u00e8s social. Que l\u2019Etat ne soit pas quelque chose d\u2019absolument diff\u00e9rent ou oppos\u00e9 \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, mais \u00e0 son service. Parce qu\u2019on cr\u00e9e une institution pour qu\u2019elle serve le d\u00e9veloppement de ce qui existe. A quoi bon l\u2019Etat\u00a0s\u2019il ne sert pas le corps social ? Donc repensons l\u2019Etat parce que la t\u00eate qu\u2019il repr\u00e9sente est dans un rapport chiasmatique, un rapport de d\u00e9chirement avec le corps qu\u2019il devrait servir. (\u2026) Maintenant comment gu\u00e9rir cette t\u00eate si le corps lui-m\u00eame commence \u00e0 tomber malade. Dans un organisme v\u00e9ritable, tout ce qui passe dans un cerveau est irrigu\u00e9 par la vie du corps. En retour le cerveau alimente et \u00e9claire le reste du corps. Il y a une dialectique entre l\u2019Etat et la soci\u00e9t\u00e9 qui doit \u00eatre encore mieux construite pour que l\u2019Etat serve le progr\u00e8s de la soci\u00e9t\u00e9. Le bien commun doit servir \u00e0 tous, il ne doit pas \u00eatre quelque chose de d\u00e9coratif. (\u2026) Si on s\u2019organise en communaut\u00e9 politique c\u2019est pour aller plus loin. Si on estime qu\u2019avec 60 ethnies, on constitue un peuple, c\u2019est pour aller plus loin. L\u2019Etat, c\u2019est cet ensemble de forces qu\u2019on a r\u00e9ussi \u00e0 rassembler et qui catalyse le mouvement par lequel nous allons traverser le pr\u00e9sent pour aller et construire un avenir.<\/p>\n<p><strong>S.: Comment selon votre expression \u00ab une aube nouvelle porteuse d\u2019une libert\u00e9 universelle effective \u00bb peut \u00eatre possible en Afrique, et particuli\u00e8rement au Burkina Faso ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>J. N. :<\/strong> Tout le monde connait l\u2019histoire de l\u2019Afrique, les grands maux que nous avons travers\u00e9s. Tout le monde connait aussi le moment que nous avons appel\u00e9 nos ind\u00e9pendances qui \u00e9taient plus ou moins conc\u00e9d\u00e9es, arrach\u00e9es. Nos ind\u00e9pendances nous ont assez rapidement d\u00e9senchant\u00e9s, parce qu\u2019on pensait que tout irait bien. Nous nous \u00e9tions appropri\u00e9s de notre libert\u00e9 qui devenait effective. Mais, en fait, c\u2019est une libert\u00e9 qui \u00e9tait seulement th\u00e9orique, parce qu\u2019elle \u00e9tait seulement politique, sans assise \u00e9conomique v\u00e9ritable et sans structuration de cette soci\u00e9t\u00e9 pour qu\u2019on apprenne \u00e0 vivre ensemble. Aube nouvelle d\u2019une libert\u00e9 effective signifie que nous qui avions v\u00e9cu la servitude, l\u2019esclavage, la domination des autres, devions apprendre \u00e0 vivre avec l\u2019autre, puisque les anciens colonisateurs sont toujours l\u00e0. Ils sont m\u00eame plus d\u00e9velopp\u00e9s que nous, peut-\u00eatre qu\u2019ils dominent le monde encore plus que nous. Nous partageons le m\u00eame monde avec eux, nous devons travailler \u00e0 avoir une libert\u00e9 effective et universelle. C\u2019est-\u00e0-dire ne pas \u00eatre seulement riv\u00e9 \u00e0 ce que nous avons, \u00e0 ce qui nous concerne. Parce que le local est aussi global. Mon souci c\u2019\u00e9tait d\u2019aider les africains \u00e0 avoir une vision de leur libert\u00e9 qui ne soit pas insulaire, mais une vision universelle.\u00a0 D\u00e9j\u00e0 entre nous, entre diff\u00e9rentes les ethnies, les diff\u00e9rentes classes sociales. La libert\u00e9 est quelque chose qui doit \u00eatre donn\u00e9 \u00e0 tout le monde, un trait d\u2019union entre les diff\u00e9rents citoyens.<\/p>\n<p><strong>S.: Que faire dans un contexte actuel au Burkina Faso o\u00f9 notre vivre-ensemble est menac\u00e9 \u00e0 cause du terrorisme et des conflits communautaires ?<\/strong><\/p>\n<p><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-20048\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/1nane.jpg?resize=696,522&amp;ssl=1\" alt=\"\" width=\"696\" height=\"522\" srcset=\"https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/1nane.jpg?w=800&amp;ssl=1 800w, https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/1nane.jpg?resize=300%2C225&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/1nane.jpg?resize=768%2C576&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/1nane.jpg?resize=696,522&amp;ssl=1 696w, https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/1nane.jpg?resize=560%2C420&amp;ssl=1 560w, https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/1nane.jpg?resize=80%2C60&amp;ssl=1 80w, https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/1nane.jpg?resize=265%2C198&amp;ssl=1 265w, https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/1nane.jpg?resize=600%2C450&amp;ssl=1 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 696px) 100vw, 696px\" data-recalc-dims=\"1\"\/>J. N. :<\/strong> D\u00e9j\u00e0 ne pas laisser les conflits communautaires s\u2019installer, cela est tr\u00e8s grave. Ne pas laisser la surench\u00e8re des divergences ethniques s\u2019installer. On a v\u00e9cu dans un pays o\u00f9 il n\u2019y avait pas d\u2019opposition aussi meurtri\u00e8re entre les ethnies. Mon p\u00e8re parle le mor\u00e9, le fran\u00e7ais, le dioula et le fulfuld\u00e9. Donc je ne me sens pas l\u2019ennemi de qui que ce soit. Personne ne peut me transformer aujourd\u2019hui en ennemi de telle ou telle ethnie ou de telle ou telle r\u00e9gion. \u00a0Parce que j\u2019ai une capacit\u00e9 de jugement pour me m\u00e9fier de tout discours id\u00e9ologie qui tendrait \u00e0 essayer de faire de moi quelqu\u2019un qui s\u2019oppose \u00e0 une autre ethnie. Il y a combien de gens qui sont \u00e0 mesure d\u2019avoir un jugement assez \u00e9clair\u00e9, critique pour ne pas se laisser embobiner par des discours de haine\u00a0?<\/p>\n<p>C\u2019est cela notre probl\u00e8me, si on renonce \u00e0 l\u2019\u00e9cole, elle ne formera pas le capital humain dont nous avons besoin. Parce que l\u00e0 o\u00f9 il y a l\u2019obscurit\u00e9 on pourra toujours ajouter de l\u2019obscurit\u00e9. Ceux qui \u0153uvrent dans l\u2019obscurit\u00e9 n\u2019ont pas besoin de lumi\u00e8re. C\u2019est donc une raison suppl\u00e9mentaire pour que l\u2019\u00e9cole soit le lieu de diffusion, \u00e0 la fois de l\u2019intelligence, des savoirs, des connaissances locales, autochtones, endog\u00e8nes, universelles, scientifiques. Mais aussi que l\u2019\u00e9cole soit le lieu o\u00f9 on apprenne \u00e0 d\u00e9couvrir la diff\u00e9rence des autres, \u00e0 respecter cette diff\u00e9rence, et surtout \u00e0 faire en sorte que les divergences soient des moteurs de d\u00e9veloppement pour nous tous.\u00a0 Une soci\u00e9t\u00e9 n\u2019est pas seulement une fourmili\u00e8re o\u00f9 chaque fourmi fait ce qu\u2019elle a \u00e0 faire, est programm\u00e9e pour cela. Dans la soci\u00e9t\u00e9 humaine, les gens r\u00e9fl\u00e9chissent, peuvent ne pas \u00eatre en accord. Et les d\u00e9saccords, c\u2019est normal dans une soci\u00e9t\u00e9, les divergences politiques c\u2019est normal. Mais ce qui n\u2019est pas normal c\u2019est que nous ne soyons pas capables de faire converger toutes ces forces contraires pour le service du bien commun. C\u2019est ce que j\u2019appelle aussi avoir mal \u00e0 sa t\u00eate, l\u2019incapacit\u00e9 au niveau politique de r\u00e9concilier, de tirer profit des oppositions de la diversit\u00e9 et des divergences de positions pour b\u00e2tir le Burkina. Vous regardez en France, es partis de droites et ceux de gauche. \u00a0Quand la vie de la France est en jeu, quand les enjeux nationaux sont en jeu, tous les partis politiques savent se mettre ensemble pour d\u00e9fendre cela. \u00a0Pourquoi nous, nous ne serons pas capables de cela\u00a0? Nous avons appris la politique aupr\u00e8s de ceux qui nous dominaient hier. Ces derniers sont capables de se retrouver entre eux, de sauver les int\u00e9r\u00eats sup\u00e9rieurs de la nation fran\u00e7aise. Et chez nous, on est pr\u00eat \u00e0 tout d\u00e9chirer, casser. Il y a comme une sorte de nihilisme qui quelquefois habite notre mani\u00e8re de vivre la politique. Il faut absolument faire attention, et revenir \u00e0 une politique r\u00e9fl\u00e9chie, mieux pens\u00e9e et une politique du respect. Respect des divergences, respect de la diversit\u00e9, mais surtout capitalisation des \u00e9nergies diff\u00e9rentes qui secouent notre pays pour que des comp\u00e9tences nouvelles se d\u00e9veloppent et qu\u2019on puisse aller loin ensemble.<\/p>\n<p class=\"c1\"><strong>Interview r\u00e9alis\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p class=\"c1\"><strong>par Karim BADOLO<\/strong><\/p>\n<div class=\"td-a-rec td-a-rec-id-content_bottom tdi_30_055 td_block_template_1\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-9623\" src=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/Projet-bannie\u0300re-Orange-mobile.jpg\" alt=\"\" width=\"728\" height=\"81\"\/><\/div>\n<p>Auteur: BS. Sidwaya<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/blog\/2020\/03\/20\/pr-jacques-nanema-sans-les-reseaux-sociaux-nos-societes-seraient-intenables\/\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Professeur titulaire de philosophie, sp\u00e9cialiste de philosophie moderne et contemporaine, Jacques Nanema, est enseignant-chercheur \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Pr Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou. Tr\u00e8s actif sur le r\u00e9seau social Facebook, il y publie r\u00e9guli\u00e8rement des r\u00e9flexions sur la philosophie, l\u2019\u00e9ducation, le vivre-ensemble, la gouvernance\u2026 Dans cette interview, il aborde l\u2019importance des r\u00e9seaux sociaux et bien d\u2019autres sujets. [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1816,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"","fifu_image_alt":"","footnotes":""},"categories":[73,81],"tags":[],"class_list":["post-79660","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualite","category-burkina-faso"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/79660","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1816"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=79660"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/79660\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=79660"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=79660"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=79660"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}