{"id":81922,"date":"2020-04-11T15:01:08","date_gmt":"2020-04-11T19:01:08","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/intellectuels-et-artistes-dans-la-guerre\/"},"modified":"2020-04-11T15:01:08","modified_gmt":"2020-04-11T19:01:08","slug":"intellectuels-et-artistes-dans-la-guerre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/intellectuels-et-artistes-dans-la-guerre\/","title":{"rendered":"Intellectuels et artistes dans la guerre \u2026"},"content":{"rendered":"<p><strong><em>En p\u00e9riode de guerre, les intellectuels doivent s\u2019impliquer d\u2019une quelconque mani\u00e8re dans les combats. Ici, il ne s\u2019agit pas d\u2019aller sur les fronts de bataille, mais plut\u00f4t de faire face \u00e0 un virus, le redoutable ennemi, et de rester confin\u00e9s. Pour certains, le confinement a perturb\u00e9 leur vie professionnelle et ce n\u2019est \u00e9vident pour personne, quand on a l\u2019habitude\u00a0 de circuler librement. On passe par une phase o\u00f9 on se pose beaucoup de questions. Que faire quand on est pouss\u00e9 \u00e0 meubler le d\u00e9s\u0153uvrement, \u00e0 se confiner dans l\u2019immobilit\u00e9 et \u00e0 vivre une r\u00e9elle hibernation.<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Emouvants t\u00e9moignages par les belles plumes des confr\u00e8res ayant collabor\u00e9 durant de longues ann\u00e9es avec le journal Le Temps : Badreddine Ben Henda (universitaire et \u00e9crivain), Nadia Zouari (artiste peintre et critique d\u2019art), et Kamel Ben Ouan\u00e8s (universitaire et critique de cin\u00e9ma).\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\n<p><strong>Badreddine Ben Henda : universitaire et \u00e9crivain<\/strong><\/p>\n<p>Le confinement a perturb\u00e9 ma vie professionnelle surtout. Oui, la classe me manque, et je vais bient\u00f4t exp\u00e9rimenter l\u2019enseignement \u00e0 distance comme beaucoup de mes coll\u00e8gues. Pour le reste, j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 pris l\u2019habitude de passer le plus clair de mon temps \u00e0 la maison. D\u2019ordinaire, je sors le matin, de 10 heures \u00e0 midi, pour prendre un caf\u00e9 et voir des amis en centre ville. A la place, maintenant, je travaille sur mon ordinateur : trois heures le matin, deux l\u2019apr\u00e8s-midi. Sinon, je regarde la t\u00e9l\u00e9vision et principalement les divertissements et les s\u00e9ries polici\u00e8res sur les cha\u00eenes fran\u00e7aises.<\/p>\n<p>En tant qu\u2019homme de culture, je fais ce que font les \u00e9crivains tunisiens en ce moment : \u00e9crire ! Apr\u00e8s le confinement, vous verrez le nombre de livres qui para\u00eetront ! Ils auront tous l\u2019\u00e9pid\u00e9mie comme toile de fond ou comme th\u00e8me premier. Mon roman \u00e0 moi ne diff\u00e8rera pas du lot. J\u2019\u00e9cris \u00e0 mon rythme chaque jour une dizaine de pages. Mais je ne sais pas ce qu\u2019il en restera \u00e0 la fin.<\/p>\n<p>Chez moi, le silence r\u00e8gne pratiquement toute la journ\u00e9e ! Personne n\u2019est d\u00e9rang\u00e9 par personne. Ou presque ! Dans l\u2019ensemble, on ne s\u2019ennuie pas vraiment. Chacun de nous trois, s\u2019occupe comme il peut et comme il veut entre les murs de la maison et du jardinet. Nous prenons les choses avec une sorte de fatalisme et de r\u00e9alisme \u00e0 la fois. L\u2019avantage pour moi, c\u2019est aussi de me coucher t\u00f4t le soir et de prendre ma sieste quasi quotidiennement. Donc, m\u00eame si le confinement durait jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9, je n\u2019en serais personnellement pas perturb\u00e9 outre mesure. Par ailleurs, il faut que tout le monde s\u2019y fasse pour notre int\u00e9r\u00eat et pour notre survie.<\/p>\n<p>En p\u00e9riode de guerre, les intellectuels doivent s\u2019impliquer d\u2019une quelconque mani\u00e8re dans les combats. A d\u00e9faut de pouvoir m\u2019engager dans une action sociale ou humanitaire, je garde la maison, et c\u2019est l\u00e0 un devoir de citoyen et de patriote. C\u2019est plus reposant, il est vrai, de rester chez soi ! Mais, par le livre que j\u2019\u00e9cris et que je compte publier, je suis un peu dehors aussi, sur le terrain, sur le champ de bataille. La plume est une arme de combat, non ? Je dis cela un peu aussi pour avoir bonne conscience. Parce qu\u2019en fait, je suis un activiste de la premi\u00e8re ligne. Cette fois-ci, je n\u2019ai plus mes 20 ans, alors je m\u2019active tel qu\u2019un intellectuel de 65 peut le faire ! A distance ! Et avec calme !<\/p>\n<p><strong>Nadia Zouari, artiste peintre et critique d\u2019art<\/strong><\/p>\n<p>Juste avant cette p\u00e9riode de confinement, nous organisions une exposition solidaire \u00ab Solid\u2019Art 2020 \u00bb pour laquelle j\u2019ai \u0153uvr\u00e9 en tant que commissaire. \u00c7a nous a demand\u00e9 beaucoup d\u2019\u00e9nergie mais quand on sait que les \u0153uvres vendues l\u2019\u00e9taient au profit des enfants handicap\u00e9s, cela d\u00e9cuple les \u00e9nergies. Je remercie d\u2019ailleurs encore, les 42 artistes qui y ont particip\u00e9 avec 65 \u0153uvres. Apr\u00e8s ces mois de dynamisme et de mouvement, le Covid19 est arriv\u00e9 ; il nous a tronqu\u00e9 les deux derniers jours d\u2019exposition. Mais heureusement, l\u2019expo a connu un vif succ\u00e8s. Alors bien s\u00fbr, le confinement n\u2019est \u00e9vident pour personne. Quand on a l\u2019habitude d\u2019aller et venir librement, on passe par une phase o\u00f9 on se pose beaucoup de questions. Puis on s\u2019organise pour essayer d\u2019optimiser ce temps pass\u00e9 chez soi. On s\u2019occupe des enfants et de leurs cours en ligne, on cuisine, on range, on lit, on bouge, on fait du sport\u2026<\/p>\n<p>Puis, j\u2019ai la chance d\u2019avoir mon atelier \u00e0 la maison, alors cela me permet de respecter le confinement tout en continuant \u00e0 travailler. Comme j\u2019ai des commandes d\u2019avant confinement, j\u2019essaye de continuer pour les honorer. Je dois dire,\u00a0 que les premiers jours, je n\u2019arrivais pas \u00e0 peindre, sans doute submerg\u00e9e par toutes ces informations qui disaient tout et leur contraire. Puis on prend du recul et on s\u2019y remet. Je devais partir \u00e0 Paris d\u00e9but avril, invit\u00e9e par le Mus\u00e9e Matisse, en tant qu\u2019auteur et critique d\u2019art. J\u2019ai collabor\u00e9 \u00e0 leur catalogue pour une exposition qui durera une ann\u00e9e. Bien s\u00fbr,\u00a0 cette exposition a \u00e9t\u00e9 \u00e9galement ajourn\u00e9e. Nous n\u2019avons pas encore les dates. Bien s\u00fbr,\u00a0 j\u2019ai des projets pour l\u2019apr\u00e8s Corona virus,\u00a0 mais il est encore trop t\u00f4t pour en parler. J\u2019esp\u00e8re juste que cette p\u00e9riode ne durera pas trop longtemps, et qu\u2019il n\u2019y aura pas trop de ravages. Si on en sort indemne,\u00a0 alors\u00a0 on saura aimer les bonnes personnes, profiter des bons moments en nous disant,\u00a0 que rien n\u2019est acquis et que tout doit \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9 \u00e0 sa juste valeur.<\/p>\n<p><strong>Kamel Ben Ouan\u00e8s, universitaire et critique de cin\u00e9ma\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Que faire quand on est pouss\u00e9 \u00e0 meubler le d\u00e9s\u0153uvrement, \u00e0 se confiner dans l\u2019immobilit\u00e9 et \u00e0 vivre une r\u00e9elle hibernation ?<\/p>\n<p>Rien ! Et voil\u00e0 la redoutable question : que faire de ce rien, comment le g\u00e9rer, l\u2019amadouer pour qu\u2019il ne s\u2019impose pas \u00e0 nous telle une condamnation, une assignation \u00e0 r\u00e9sidence ?\u00a0\u00a0 Accepter ne rien faire, est insupportable. Mais, envisager d\u2019entreprendre plusieurs choses, est une chim\u00e8re, une utopie. Alors, il faut s\u2019imposer une hygi\u00e8ne simple et r\u00e9aliste. C\u2019est ce que j\u2019ai essay\u00e9 de faire sans pr\u00e9tention : d\u00e9poussi\u00e9rer ma biblioth\u00e8que, revisiter pas seulement les livres, mais aussi les documents, notes, brochures et dossiers qui s\u2019entassent et s\u2019incrustent p\u00eale-m\u00eale entre les bouquins. Et voil\u00e0 ce qui \u00e9tait con\u00e7u comme un simple exercice de rangement et de nettoyage, s\u2019av\u00e8re une r\u00e9elle aventure qui mobilise le corps, l\u2019esprit, la m\u00e9moire et l\u2019\u00e9motion.<\/p>\n<p>\u00a0Revisiter ma biblioth\u00e8que avec une large disponibilit\u00e9 m\u2019a conduit \u00e0 vivre une incroyable immersion dans mon \u00eatre. Tout le film de ma vie s\u2019affiche telle une fulgurante \u00e9ruption. Voil\u00e0 un roman que pr\u00e9sent\u00e9 il y a vingt ans dans la page litt\u00e9raire du journal \u00ab Le Temps \u00bb. Juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9, les Actes d\u2019un colloque sur Georges Perec o\u00f9 j\u2019ai pr\u00e9sent\u00e9 une communication. Puis, \u00e0 l\u2019autre bout de rayonnage, quelques dossiers qui regorgent de documents divers : des lettres, d\u2019\u00e9bauches de nouvelles ou de sc\u00e9narios, et quelques bribes d\u2019essais po\u00e9tiques sans valeur notable, mais qui avaient s\u00fbrement un sens et une l\u00e9gitimit\u00e9, il y a quelques d\u00e9cennies.<\/p>\n<p>Comment nettoyer tout cela, mettre de l\u2019ordre, m\u2019ing\u00e9nier \u00e0 trouver un\u00a0 meilleur classement ? J\u2019ai tout le temps. Je suis en confinement. Un vaste chantier se dessine devant moi, belle besogne face \u00e0 ce redoutable fl\u00e9au qui r\u00f4de autour de nous dans nos rues et nos art\u00e8res, tel un monstre qui vient tout droit de la mythologie antique.<\/p>\n<p>Alors, faute d\u2019\u00eatre toujours happ\u00e9 par l\u2019agitation de la ville, moi qui ne travaille que dans les caf\u00e9s, je me trouve enclav\u00e9 dans l\u2019intimit\u00e9 de mon foyer, et pouss\u00e9 de surcro\u00eet \u00e0 me d\u00e9placer, \u00e0 voyager, p\u00e9r\u00e9griner dans les m\u00e9andres de la m\u00e9moire, par le truchement inopin\u00e9 de ma biblioth\u00e8que. Et voil\u00e0 que le moi, apr\u00e8s un temps incommensurable, trouve finalement l\u2019opportunit\u00e9, de rencontrer moi-m\u00eame.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\n<p class=\"c2\"><em>T\u00e9moignages recueillis par :<\/em><\/p>\n<p class=\"c2\"><strong>\u00a0Sayda BEN ZINEB<\/strong><\/p>\n<p>Auteur: letemps1<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.letemps.com.tn\/article\/112685\/intellectuels-et-artistes-dans-la-guerre-%E2%80%A6\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En p\u00e9riode de guerre, les intellectuels doivent s\u2019impliquer d\u2019une quelconque mani\u00e8re dans les combats. Ici, il ne s\u2019agit pas d\u2019aller sur les fronts de bataille, mais plut\u00f4t de faire face \u00e0 un virus, le redoutable ennemi, et de rester confin\u00e9s. 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