{"id":81957,"date":"2020-04-11T02:15:03","date_gmt":"2020-04-11T06:15:03","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/les-malades-du-covid-19-temoignent-douleurs-et-solitude-du-contamine\/"},"modified":"2020-04-11T02:15:03","modified_gmt":"2020-04-11T06:15:03","slug":"les-malades-du-covid-19-temoignent-douleurs-et-solitude-du-contamine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/les-malades-du-covid-19-temoignent-douleurs-et-solitude-du-contamine\/","title":{"rendered":"Les malades du Covid-19 t\u00e9moignent : Douleurs et solitude du contamin\u00e9"},"content":{"rendered":"<h4 class=\"title-14\"\/>\n<div class=\"featured_image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"360\" src=\"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/04\/UNEEE.jpg\" class=\"attachment-post-thumbnail size-post-thumbnail wp-post-image\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/04\/UNEEE.jpg 800w, https:\/\/www.elwatan.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/UNEEE-300x135.jpg 300w, https:\/\/www.elwatan.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/UNEEE-768x346.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\"\/><\/div>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s2\"><strong>Jeunes ou \u00e2g\u00e9s, en bonne ou en mauvaise sant\u00e9, ils sont nombreux \u00e0 avoir contract\u00e9 le Covid-19, ce virus qui endeuille de nombreuses familles alg\u00e9riennes. Le confinement auquel sont soumis les malades les terrifie, tout comme la stigmatisation dont ils font l\u2019objet. Certains sont dans le d\u00e9ni de la contamination et refusent d\u2019\u00eatre hospitalis\u00e9s, jusqu\u2019\u00e0 ce que leur \u00e9tat se d\u00e9grade. D\u2019autres sont terrifi\u00e9s par la maladie et ont la hantise de la transmettre \u00e0 leurs proches. Les t\u00e9moignages de certains patients sont poignants.<\/strong><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s3\">L<\/span>es salles de consultation, d\u2019isolement et de r\u00e9animation des malades atteints du coronavirus (Covid-19) au niveau des h\u00f4pitaux de Beni Messous, Mustapha, Maillot et El Kettar, sont d\u00e9pass\u00e9es.<\/p>\n<p class=\"p4\">Ouvertes r\u00e9cemment, les nouvelles salles risquent d\u2019\u00eatre rapidement satur\u00e9es en raison du nombre de plus en plus important de patients, d\u00e9sormais soumis \u00e0 un v\u00e9ritable parcours du combattant, en cas d\u2019hospitalisation. Jeunes, moins jeunes, femmes et hommes, nez et bouche couverts d\u2019un masque, les mains gant\u00e9es, us\u00e9s par la maladie, se bousculent dans ces salles exigu\u00ebs, en attente de soins, souffrent en silence.<\/p>\n<p class=\"p4\">Rencontr\u00e9s sur les lieux, les t\u00e9moignages de certains sont poignants. Ils partagent tous une douleur profonde et vivent tr\u00e8s mal leur maladie. Aucun d\u2019eux ne veut s\u2019identifier de peur d\u2019\u00eatre stigmatis\u00e9.<\/p>\n<p class=\"p4\">Ammar K., natif de Bab El Oued, ne sait m\u00eame pas o\u00f9 et quand il a chopp\u00e9 ce virus. Ce jeune homme pensait qu\u2019il avait une simple grippe lorsqu\u2019il a eu des quintes de toux et des courbatures. <em>\u00abJe voyais les spots, les images et les vid\u00e9os sur tous ces malades \u00e2g\u00e9s qui ont du mal \u00e0 respirer.<\/em><\/p>\n<p class=\"p4\"><em>Cela me faisait de la peine. Mais je n\u2019ai \u00e0 aucun moment pens\u00e9 que je pouvais \u00eatre contamin\u00e9. Je suis chauffeur de taxi, je ne prenais aucune mesure de protection. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 avoir de la fi\u00e8vre, puis une douleur \u00e0 la gorge qui descendait au fil des jours vers mes poumons. Mon \u00e9pouse m\u2019a emmen\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital Maillot.<\/em><\/p>\n<p class=\"p4\"><em>Apr\u00e8s une s\u00e9rie d\u2019examens, ils m\u2019ont mis en isolement. J\u2019\u00e9tais comme ce condamn\u00e9 qui emprunte le couloir de la mort\u00a0! Je pensais \u00e0 mes enfants, mes parents et \u00e0 tous ceux avec lesquels j\u2019ai \u00e9t\u00e9 en contact. J\u2019avais des remords terribles et je m\u2019en voulais \u00e0 moi-m\u00eame. J\u2019\u00e9tais tortur\u00e9 par l\u2019id\u00e9e d\u2019avoir pu contaminer mes proches. Pourquoi n\u2019ai-je pas \u00e9cout\u00e9 ceux qui me disaient de me prot\u00e9ger\u00a0?<\/em><\/p>\n<p class=\"p4\"><em>J\u2019ai pass\u00e9 des nuits enti\u00e8res \u00e0 penser \u00e0 mon enterrement sans ma famille, sans ablutions ni pri\u00e8re mortuaires, \u00e0 la douleur que je causerais \u00e0 mes enfants et mes parents. Convaincu que mon sort \u00e9tait scell\u00e9, je ne voulais pas parler avec ma femme ni avec mes enfants. Je me suis renferm\u00e9 sur moi-m\u00eame. Mon moral n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi bas. Les m\u00e9decins ne cessaient de me dire que mon \u00e9tat d\u2019anxi\u00e9t\u00e9 aurait des r\u00e9percussions n\u00e9gatives, mais au fond j\u2019\u00e9tais certain que j\u2019allais quitter ce monde de la mani\u00e8re la plus inhumaine\u00bb,<\/em> raconte Ammar, les larmes aux yeux.<\/p>\n<p class=\"p4\"><strong>\u00abJe souffrais terriblement, j\u2019en pleurais tout le temps\u00bb<\/strong><\/p>\n<p class=\"p6\">Au bout de dix jours, Ammar a commenc\u00e9 \u00e0 reprendre ses forces. <em>\u00abJ\u2019\u00e9tais convaincu que c\u2019\u00e9tait le signe d\u2019un d\u00e9part. On m\u2019a souvent dit que la mort est toujours pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e par le repos. Mais les pr\u00e9l\u00e8vements ont montr\u00e9 une r\u00e9mission. Je renaissais de mes cendres\u00a0! Pour moi, c\u2019\u00e9tait une deuxi\u00e8me vie. Lorsque j\u2019ai quitt\u00e9 l\u2019h\u00f4pital, c\u2019est mon p\u00e8re qui s\u2019est trouv\u00e9 tr\u00e8s mal. Il n\u2019arrivait plus \u00e0 respirer. Puis c\u2019\u00e9tait au tour de ma m\u00e8re et de ma jeune s\u0153ur. J\u2019en ai tellement pleur\u00e9 que mes yeux se sont ass\u00e9ch\u00e9s\u00bb,<\/em> raconte Ammar.<\/p>\n<p class=\"p4\">Les yeux larmoyants, il \u00e9voque ce sentiment de remords qui le ronge. Si sa m\u00e8re et sa s\u0153ur se portent un peu mieux, son p\u00e8re est en r\u00e9animation, en d\u00e9tresse respiratoire.\u00a0Si Ammar a eu la chance d\u2019\u00eatre pris en charge d\u00e8s le d\u00e9but, Mourad B., \u00e2g\u00e9 de 54\u00a0ans, natif de Kouba, a v\u00e9cu un cauchemar. Ses premi\u00e8res fi\u00e8vres, il les a eues une semaine apr\u00e8s son retour de France. <em>\u00abJe savais que le virus \u00e9tait dangereux. J\u2019ai pris mes dispositions. Je mettais un masque, je me lavais les mains tout le temps. Lorsque j\u2019ai senti cette toux s\u00e8che et cette fi\u00e8vre, j\u2019ai eu tr\u00e8s peur mais en m\u00eame temps, je me disais que c\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre une simple grippe. Je ne voulais pas aller chez le m\u00e9decin.<\/em><\/p>\n<p class=\"p4\"><em>Ma femme paniquait. Je trouvais qu\u2019elle exag\u00e9rait. Mais,<\/em> elle aussi, a commenc\u00e9 \u00e0 tousser. <em>Nous ne voulions pas que la famille le sache. Nous sommes all\u00e9s au CHU de Bab El Oued. Apr\u00e8s des heures d\u2019attente dans une salle bond\u00e9e de malades, faute de kits de pr\u00e9l\u00e8vement, on nous a renvoy\u00e9 vers l\u2019h\u00f4pital El Kettar et, l\u00e0 aussi, c\u2019\u00e9tait satur\u00e9. Je transpirais. J\u2019avais peur. Je voyais d\u00e9filer toutes ces personnes victimes du corona\u2026<\/em><\/p>\n<p class=\"p4\"><em>On nous a orient\u00e9s vers l\u2019h\u00f4pital Mustapha et, encore une fois, nous sommes renvoy\u00e9s,<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span> vers Beni Messous. Nous sommes fatigu\u00e9s et us\u00e9s. Nous perdons notre calme. Apr\u00e8s une altercation avec les m\u00e9decins, on nous fait entrer dans une salle o\u00f9 l\u2019on nous fait des pr\u00e9l\u00e8vements. On nous demande d\u2019aller les remettre au service immunologie. Moins d\u2019une heure apr\u00e8s, le test revient positif pour les deux. Le monde s\u2019\u00e9croule sur ma t\u00eate. Je pense \u00e0 ma famille \u00e0 mes enfants que je risque de ne plus revoir. Ma femme \u00e9clate en sanglots\u00bb<\/em>, se rem\u00e9more Mourad.<\/p>\n<p class=\"p4\">Il s\u2019arr\u00eate le temps de reprendre son souffle, puis poursuit son r\u00e9cit\u00a0: <em>\u00abLes m\u00e9decins la rassurent. Ils nous mettent en isolement. Mon \u00e9tat et celui de mon \u00e9pouse se d\u00e9gradent. La fi\u00e8vre ne descend pas. J\u2019ai mis longtemps pour d\u00e9cider d\u2019annoncer la mauvaise nouvelle \u00e0 mes enfants. De peur qu\u2019ils soient \u00e9vit\u00e9s comme des pestif\u00e9r\u00e9s, je leur ai dit de ne pas parler de notre maladie. Ils \u00e9taient affol\u00e9s. Heureusement qu\u2019aucun d\u2019entre eux n\u2019a \u00e9t\u00e9 contamin\u00e9. J\u2019ai vu ma mort, mes fun\u00e9railles, celles de mon \u00e9pouse\u2026 C\u2019\u00e9tait la descente en enfer.<\/em><\/p>\n<p class=\"p4\"><em>Ma femme \u00e9tait plus courageuse. Elle a vite surmont\u00e9 la maladie. Je ne faisais plus de diff\u00e9rence entre le jour et la nuit. J\u2019avais des douleurs et des moments d\u2019\u00e9vanouissement. Le pire, c\u2019\u00e9tait d\u2019entendre tous ces malades tousser en m\u00eame temps,<\/em> <em>sans arr\u00eat. Je voyais cette salle d\u2019isolement comme un mouroir duquel je ne sortirais pas. Je pensais beaucoup \u00e0 toutes ces personnes avec lesquelles j\u2019\u00e9tais en contact. Je voulais les appeler une \u00e0 une mais je n\u2019avais pas le courage de le faire. Je souffrais terriblement, j\u2019en pleurais tout le temps\u2026<\/em><\/p>\n<p class=\"p4\"><em>Je n\u2019arrivais pas \u00e0 accepter mon sort. Mais un des m\u00e9decins m\u2019a secou\u00e9 en me disant que j\u2019avais une \u00e9pouse et des enfants qui avaient besoin de moi, que je devais me ressaisir pour combattre la maladie d\u2019autant que je n\u2019avais aucune pathologie chronique. C\u2019\u00e9tait au cinqui\u00e8me jour de mon isolement. Je ne sais pas comment, mais mon \u00e9tat s\u2019est am\u00e9lior\u00e9.<\/em><\/p>\n<p class=\"p4\"><em>Celui de mon \u00e9pouse \u00e9galement. Nous avions r\u00e9ussi \u00e0 vaincre le Covid-19. Lorsque j\u2019ai quitt\u00e9 l\u2019h\u00f4pital, \u00e0 part mes enfants, toute la famille mais aussi mes voisins m\u2019\u00e9vitaient. Pour eux, je portais toujours ce virus. Je suis rest\u00e9 confin\u00e9 \u00e0 la maison. Mais quelques jours apr\u00e8s, un de mes voisins est venu me demander de l\u2019aide. Son fr\u00e8re \u00e9tait tr\u00e8s malade. Je l\u2019ai accompagn\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. J\u2019ai pris toutes les pr\u00e9cautions. Je viens de le d\u00e9poser. Je sais que lui aussi va faire sa descente en enfer.\u00bb<\/em><\/p>\n<p class=\"p4\"><strong>\u00abJ\u2019avais la hantise de contaminer ma m\u00e8re\u00bb<\/strong><\/p>\n<p class=\"p6\">Rencontr\u00e9e au CHU de Bab El Oued, Nac\u00e9ra C. se bat toujours pour se faire hospitaliser. La soixantaine, elle arrive aux urgences avec une toux s\u00e8che et de la fi\u00e8vre. Les m\u00e9decins lui demandent de faire un scanner pulmonaire, mais aucun des services de radiologie public ne peut le lui faire. On lui parle d\u2019un grand centre de radiologie qui accepte de prendre les malades ayant les sympt\u00f4mes du Covid-19. <em>\u00abPersonne \u00e0 la maison ou \u00e0 mon travail ne savait que je suis malade. Je n\u2019avais pas d\u2019argent sur moi. J\u2019ai emprunt\u00e9 15 000 DA pour payer le scanner et je suis revenue \u00e0 l\u2019h\u00f4pital avec.<\/em><\/p>\n<p class=\"p4\"><em>J\u2019ai d\u00fb rester des heures en<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span> salle de consultation, au milieu de personnes tr\u00e8s atteintes, avant que mon tour arrive. Le m\u00e9decin regarde le clich\u00e9 puis me dit, d\u2019un air tr\u00e8s froid, d\u2019aller \u00e0 l\u2019h\u00f4pital El Kettar pour faire le test. Je l\u2019interroge sur le contenu du clich\u00e9 et il me r\u00e9pond qu\u2019il y a des traces de l\u00e9sions, et que le test est indispensable. J\u2019appelle un ami pour lui demander de m\u2019accompagner jusqu\u2019\u00e0 l\u2019h\u00f4pital, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il n\u2019y a pas de transports. Lorsque je lui ai dit qu\u2019on soup\u00e7onnait le corona, il est devenu livide.<\/em><\/p>\n<p class=\"p4\"><em>Il n\u2019a pas os\u00e9 me dire de ne pas monter dans sa voiture. Mais j\u2019ai senti la peur sur son visage et c\u2019est l\u00e9gitime. Je l\u2019ai rassur\u00e9 en lui disant que je n\u2019allais rien toucher et que je portais un masque. A El Kettar, il y avait beaucoup de monde. Jamais je n\u2019aurais pens\u00e9 qu\u2019autant de personnes \u00e9taient touch\u00e9es. J\u2019ai attendu plus de 4 heures avant que le pr\u00e9l\u00e8vement soit fait.<\/em><\/p>\n<p class=\"p4\"><em>On m\u2019a demand\u00e9 de revenir le lendemain pour les r\u00e9sultats\u00bb,<\/em> raconte Nac\u00e9ra. Elle essuie ses larmes puis reprend\u00a0: <em>\u00abJe n\u2019ai pas dormi de la nuit. Je n\u2019ai rien dit \u00e0 ma m\u00e8re que j\u2019ai isol\u00e9e dans une chambre de peur de la contaminer. J\u2019\u00e9tais persuad\u00e9e que j\u2019\u00e9tais contamin\u00e9e. A la premi\u00e8re heure, le lendemain matin, j\u2019\u00e9tais \u00e0 l\u2019h\u00f4pital El Kettar. J\u2019ai march\u00e9 durant une heure pour y arriver. Le m\u00e9decin m\u2019annonce brutalement\u00a0: \u00ab\u00a0Vous \u00eates positive\u00a0!\u00a0\u00bb Je prends mon dossier et je me rends \u00e0 pied \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Bab El Oued. Je ne sens plus mes jambes. Je remets les conclusions au m\u00e9decin. Il me dit qu\u2019il n\u2019y a plus de place pour une hospitalisation. Je ne voulais pas rentrer chez moi.<\/em><\/p>\n<p class=\"p4\"><em>J\u2019avais la hantise de contaminer ma m\u00e8re ou de voir une ambulance venir me prendre de la maison sous le regard de tous les voisins. Je suis croyante, mais je n\u2019arrive pas \u00e0 admettre que je sois malade du corona\u2026\u00bb<\/em> Elle \u00e9clate en sanglots puis nous lance\u00a0: <em>\u00abJe reste ici jusqu\u2019\u00e0 ce que les m\u00e9decins me trouvent une place. J\u2019ai eu du mal \u00e0 convaincre ma cousine de prendre en charge ma m\u00e8re. Je lui ai dit que je partais au bled pour une urgence. Je ne peux pas rentrer \u00e0 la maison avec cette salet\u00e9 de virus. Ou je meurs ici, ou je rentre chez moi gu\u00e9rie\u00a0!\u00bb<\/em><\/p>\n<p class=\"p4\">Le t\u00e9moignage est poignant. Comme celui de A\u00efcha N., dont la m\u00e8re, \u00e2g\u00e9e de 77 ans, refuse cat\u00e9goriquement d\u2019\u00eatre hospitalis\u00e9e alors qu\u2019elle est hypertendue. Rencontr\u00e9e \u00e0 Beni Mesous, elle affirme que sa m\u00e8re a commenc\u00e9 \u00e0 tousser une semaine apr\u00e8s son retour de la Omra (p\u00e8lerinage). <em>\u00abJ\u2019ai constat\u00e9 qu\u2019elle avait de la fi\u00e8vre qui ne baissait pas. Je l\u2019ai emmen\u00e9e aux urgences de Maillot, o\u00f9 on m\u2019a r\u00e9orient\u00e9 vers El Kettar.<\/em><\/p>\n<p class=\"p4\"><em>Apr\u00e8s des heures d\u2019attente, on m\u2019a dirig\u00e9 vers le CHU de Beni Messous. Ma m\u00e8re ne cessait de me supplier de la ramener \u00e0 la maison. Elle refusait que je l\u2019emm\u00e8ne \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Elle \u00e9tait anxieuse, elle avait tr\u00e8s peur. Encore une fois, apr\u00e8s une attente de quatre heures sans manger ni boire, assises sur un banc, on nous r\u00e9oriente vers El Kettar. Je perds le contr\u00f4le de mes nerfs. Je me dispute avec le m\u00e9decin. Je reprends ma m\u00e8re dont l\u2019\u00e9tat se d\u00e9gradait\u00bb,<\/em> raconte A\u00efcha. Vers 21h30, les deux femmes se retrouvent dans la rue, alors que le couvre-feu \u00e9tait en cours. Sa voiture est stopp\u00e9e net par des policiers, \u00e0 un point de contr\u00f4le. Elle pr\u00e9sente le dossier de sa m\u00e8re.<\/p>\n<p class=\"p4\"><strong>\u00abMa m\u00e8re me suppliait de ne pas la laisser \u00e0 l\u2019h\u00f4pital\u00bb<\/strong><\/p>\n<p class=\"p6\"><em>\u00abOn me dit que je n\u2019avais pas le droit de la transporter en voiture et qu\u2019il fallait appeler une ambulance. Ma m\u00e8re commen\u00e7ait \u00e0 g\u00e9mir. J\u2019ai eu du mal \u00e0 leur faire comprendre qu\u2019elle n\u2019avait pas mang\u00e9 de toute la journ\u00e9e et qu\u2019elle \u00e9tait trop fatigu\u00e9e. Apr\u00e8s une demi-heure d\u2019attente, ils nous ont laiss\u00e9 partir. Nous rentrons \u00e0 la maison. Le lendemain matin, je remets ma m\u00e8re dans la voiture et je retourne \u00e0 l\u2019h\u00f4pital El Kettar. Beaucoup de monde attend d\u00e9j\u00e0. Je m\u2019adresse au chef de service, qui finit par la faire entrer pour un pr\u00e9l\u00e8vement. Je suis oblig\u00e9e de rester avec elle dans la salle.<\/em><\/p>\n<p class=\"p4\"><em>On me demande de revenir le lendemain pour les r\u00e9sultats. Ma m\u00e8re ne tient plus debout. Sa temp\u00e9rature est toujours \u00e9lev\u00e9e. Le lendemain, je la ram\u00e8ne<\/em> <em>encore une fois. On me confirme qu\u2019elle est positive au Covid-19. M\u00eame si j\u2019\u00e9tais presque s\u00fbre qu\u2019elle \u00e9tait contamin\u00e9e, j\u2019avais un l\u2019espoir d\u2019avoir un r\u00e9sultat n\u00e9gatif.<\/em> <em>J\u2019ai senti la terre trembler sous mes pieds.<\/em><\/p>\n<p class=\"p4\"><em>Ma m\u00e8re me regardait d\u2019un air tr\u00e8s triste et me demandait de ne pas la laisser \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Cette image m\u2019a traumatis\u00e9e. Le m\u00e9decin me dit qu\u2019il n\u2019y avait pas de place. Cela fait deux jours que je viens ici dans l\u2019espoir de trouver un lit. Et \u00e0 chaque fois que je quitte la maison, ma m\u00e8re me supplie de ne pas l\u2019emmener \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. J\u2019en souffre terriblement. Il faut qu\u2019elle soit hospitalis\u00e9e. Je ne veux pas la perdre\u00a0!\u00bb<\/em><\/p>\n<p class=\"p4\"><em>\u00abIls disent que tout a \u00e9t\u00e9 mis en place pour la prise en charge des malades. Or, je gal\u00e8re depuis trois jours et je ne suis pas la seule. Regardez autour de vous. Combien de patients et leurs familles souffrent de n\u2019avoir pas pu \u00eatre hospitalis\u00e9s, de n\u2019avoir pas pu faire le test ou un scanner ? Je les ai rencontr\u00e9s \u00e0 Bab El Oued, \u00e0 Beni Messous et ici \u00e0 El Kettar. Nous<\/em> <em>allons vers une catastrophe\u00bb,<\/em> lance A\u00efcha. Elle se l\u00e8ve \u00e0 la vue d\u2019un m\u00e9decin, qu\u2019elle attend depuis des heures.<\/p>\n<p class=\"p4\">A peine 35 ans, natif du quartier populaire d\u2019El Harrach, Youcef A. vient d\u2019arriver au CHU de Bab El Oued, accompagn\u00e9 d\u2019un de ses proches. Affaibli, ayant des difficult\u00e9s \u00e0 respirer, il ne cesse de tousser. Ballot\u00e9 entre El Kettar et Maillot, il n\u2019a plus de force. Dans l\u2019immeuble o\u00f9 il habite, trois de ses voisins ont \u00e9t\u00e9 contamin\u00e9s par le Covid-19. Le p\u00e8re de l\u2019un d\u2019eux, cardiopathe, en est mort et aucun des gens du quartier ni de la famille n\u2019a pu assister \u00e0 son enterrement et encore moins pr\u00e9senter les condol\u00e9ances \u00e0 ses enfants.<\/p>\n<p class=\"p4\">Masque sur le visage, et des gants couvrant ses mains, Youcef est affaiss\u00e9 sur une chaise. <em>\u00abJe ne sais pas combien de de voisins \u00e9t\u00e9 contamin\u00e9s. Nous nous retrouvions souvent au caf\u00e9 du quartier. Peut-\u00eatre que c\u2019est notre ami Fawzi, venu de France, qui \u00e9tait porteur du virus mais il ne le savait pas. Trois jours apr\u00e8s son d\u00e9part, deux voisins,<\/em> <em>tous des jeunes avaient de la fi\u00e8vre et toussaient.<\/em><\/p>\n<p class=\"p4\"><em>Ils sont rest\u00e9s cloitr\u00e9s chez eux. Le p\u00e8re de l\u2019un d\u2019eux a \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9 vers l\u2019h\u00f4pital, o\u00f9 il est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 peine quatre jours apr<\/em>\u00e8s. <em>Nous \u00e9tions sous le choc, lorsque nous avions appris qu\u2019il avait eu le corona\u00a0! La peur s\u2019est install\u00e9e dans le quartier.<\/em><\/p>\n<p class=\"p4\"><em>Chacun attendait son tour et nous \u00e9tions terroris\u00e9s \u00e0 l\u2019id\u00e9e de contaminer nos proches. J\u2019\u00e9tais le quatri\u00e8me \u00e0 \u00eatre malade. Je suis venu directement \u00e0 El Kettar. J\u2019\u00e9tais dans un \u00e9tat f\u00e9brile et je toussais. Apr\u00e8s une attente d\u2019une journ\u00e9e, ils m\u2019ont demand\u00e9 de revenir le lendemain\u00bb<\/em>, raconte Youcef. Mais \u00e0 son retour, il n\u2019y avait toujours pas de kits de pr\u00e9l\u00e8vement.<\/p>\n<p class=\"p6\"><strong>\u00abLes gens m\u2019\u00e9vitent comme un pestif\u00e9r\u00e9\u00bb<\/strong><\/p>\n<p class=\"p4\"><em>\u00abJe ne pouvais plus tenir debout. Une fatigue intense me paralysait. Je n\u2019arrivais plus \u00e0 parler. Ils m\u2019ont orient\u00e9 vers l\u2019h\u00f4pital de Bab El Oued. J\u2019ai d\u00fb attendre qu\u2019une vingtaine de malades passent pour qu\u2019arrive mon tour. Les m\u00e9decins m\u2019ont pos\u00e9 une s\u00e9rie de questions et demand\u00e9 d\u2019aller faire un scanner des poumons. Je n\u2019avais plus la force de marcher ou de faire un quelconque effort.<\/em><\/p>\n<p class=\"p4\"><em>J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 gesticuler puis j\u2019ai perdu conscience. Lorsque je me suis r\u00e9veill\u00e9, j\u2019\u00e9tais entour\u00e9 par des m\u00e9decins. Un infirmier a appel\u00e9 \u00e0 une ambulance qui m\u2019a transport\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019h\u00f4pital El Kettar. Mon \u00e9tat de sant\u00e9 se d\u00e9gradait.<\/em> <em>Ils m\u2019ont fait un pr\u00e9l\u00e8vement et m\u2019ont demand\u00e9 de revenir le lendemain matin. C\u2019\u00e9tait une journ\u00e9e tr\u00e8s p\u00e9nible. J\u2019ai d\u00fb passer la nuit dans un garage pour \u00e9viter de contaminer des membres de ma famille.<\/em><\/p>\n<p class=\"p4\"><em>J\u2019\u00e9tais persuad\u00e9 d\u2019avoir chop\u00e9 ce virus. Le lendemain, on me d\u00e9clare positif. Ils m\u2019orientent vers le CHU de Bab El Oued, faute de place. J\u2019appelle l\u2019ambulancier qui m\u2019a accompagn\u00e9. Il me d\u00e9pose \u00e0 Bab El Oued. Encore une attente de plusieurs heures dans cette salle lugubre et froide. J\u2019attends toujours qu\u2019ils m\u2019hospitalisent. Je n\u2019arrive pas \u00e0 admettre ma maladie\u00bb,<\/em> d\u00e9clare Youcef. Il s\u2019en veut et en veut \u00e0 tout le monde. Il a mal de ce regard que portent sur lui les gens.<\/p>\n<p class=\"p4\"><em>\u00abD\u00e8s que je tousse, les gens m\u2019\u00e9vitent comme un pestif\u00e9r\u00e9. J\u2019ai peur de que ma m\u00e8re ou mon p\u00e8re meurent \u00e0 cause de moi. Depuis cinq jours, je n\u2019ai pas mis les pieds \u00e0 la maison. Mes parents doivent \u00eatre morts d\u2019angoisse\u00a0! Je leur ai parl\u00e9 au t\u00e9l\u00e9phone en les rassurant, mais ils savent que je suis malade comme l\u2019ont \u00e9t\u00e9 mes voisins. Dans le quartier, ils sont tous au courant et ne s\u2019approchent m\u00eame pas de ma famille.<\/em><\/p>\n<p class=\"p4\"><em>Qu\u2019ai-je fait pour subir une telle maladie ?\u00bb,<\/em> affirme Youcef, avant qu\u2019un m\u00e9decin lui annonce une place pour son hospitalisation. Il pleure \u00e0 chaudes larmes et, d\u2019un geste spontan\u00e9, tente d\u2019enlacer le m\u00e9decin qui recule instinctivement par mesure de protection.<\/p>\n<p class=\"p4\">Youcef se retourne vers nous : <em>\u00abPriez pour moi afin que je gu\u00e9risse et que je puisse revoir ma m\u00e8re et mon p\u00e8re\u2026\u00bb<\/em> Il s\u2019engouffre dans ce couloir qui m\u00e8ne vers une destination inconnue.\u00a0Les t\u00e9moignages des malades Covid-19 se ressemblent tous et d\u00e9crivent la situation dramatique et inhumaine que vivent ces derniers, avant m\u00eame d\u2019entamer les soins, dans une structure sanitaire.<\/p>\n<p><span class=\"post-views-label\">Post Views:<\/span> <span class=\"post-views-count\">14\u00a0893<\/span><\/p>\n<p><br class=\"c2\"\/><br class=\"c5\"\/><\/p>\n<p>Auteur: Anis Khecheba<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.elwatan.com\/a-la-une\/les-malades-du-covid-19-temoignent-douleurs-et-solitude-du-contamine-11-04-2020\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jeunes ou \u00e2g\u00e9s, en bonne ou en mauvaise sant\u00e9, ils sont nombreux \u00e0 avoir contract\u00e9 le Covid-19, ce virus qui endeuille de nombreuses familles alg\u00e9riennes. Le confinement auquel sont soumis les malades les terrifie, tout comme la stigmatisation dont ils font l\u2019objet. 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