{"id":82004,"date":"2020-04-12T11:03:01","date_gmt":"2020-04-12T15:03:01","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/%ef%bb%bfmuriel-augry-une-prison-de-mots\/"},"modified":"2020-04-12T11:03:01","modified_gmt":"2020-04-12T15:03:01","slug":"%ef%bb%bfmuriel-augry-une-prison-de-mots","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/%ef%bb%bfmuriel-augry-une-prison-de-mots\/","title":{"rendered":"\ufeffMuriel AUGRY: \u00abune prison de mots\u00bb"},"content":{"rendered":"<div>\n<p style=\"text-align:center\" class=\"has-text-color has-vivid-red-color\"><strong>Des &eacute;crivains &agrave; l&rsquo;heure du Covid-19<\/strong><\/p>\n<p style=\"color:#1e06e5\" class=\"has-text-color\"><strong>Il y a les couche-tard et les l&egrave;ve-tard, il y a les couche-t&ocirc;t et les l&egrave;ve-t&ocirc;t. J&rsquo;appartiens sans contexte &agrave; la premi&egrave;re cat&eacute;gorie. C&rsquo;est pour moi un plaisir indicible que de repousser les limites de la nuit, de me retrouver seule avec ma feuille dans une demeure assoupie et de go&ucirc;ter enfin un moment r&eacute;parateur, loin du tumulte diurne.<\/strong><\/p>\n<p>Le<br \/>\nconfinement a sur nos vies, bien &eacute;videmment un impact spatial. Il r&eacute;duit nos<br \/>\nd&eacute;placements &agrave; la plus simple expression, mais il a aussi un impact temporel<br \/>\ncons&eacute;quent.Le lundi est semblable au mardi, le mardi au mercredi et rien ne<br \/>\ndistingue les jours de la semaine de ceux du week-end. Les jours, mais aussi les<br \/>\nheures se r&eacute;tr&eacute;cissent ou s&rsquo;allongent, sans mobile r&eacute;el. Mais cette confusion,<br \/>\nqui pourrait se r&eacute;v&eacute;ler un handicap, devient richesse infinie. Le temps de<br \/>\nl&rsquo;&eacute;criture peut enfin empi&eacute;ter sur le temps tout court.<\/p>\n<p>Le temps de<br \/>\nl&rsquo;&eacute;criture n&rsquo;a plus &agrave; ob&eacute;ir &agrave; aucune horloge. Il est l&agrave;, disponible, &agrave; port&eacute;e<br \/>\nde main, presque palpable. Il se fait chair et nourrit mes personnages&nbsp;;<br \/>\nil est essence et insuffle un souffle &agrave; mes vers. Dans cette p&eacute;riode du<br \/>\nconfinement, je peux enfin r&ecirc;ver &eacute;veill&eacute;e, je peux laisser d&eacute;ferler mes<br \/>\n&eacute;motions et &eacute;clater mes r&eacute;actions, sans me soucier du carcan horaire. Cette<br \/>\nr&eacute;clusion forc&eacute;e dilue le temps, en stimulant la cr&eacute;ation.<\/p>\n<p>Une image me vient &agrave; l&rsquo;esprit: &eacute;t&eacute; 2019, la visite de l&rsquo;&icirc;le<br \/>\nde l&rsquo;Asinara en Sardaigne, sur laquelle est construite une prison ayant<br \/>\naccueilli des prisonniers de la premi&egrave;re guerre mondiale, puis des prisonniers<br \/>\nde la mafia italienne, une prison d&eacute;sormais d&eacute;saffect&eacute;e. La beaut&eacute; du lieu est<br \/>\n&agrave; couper le souffle. L&rsquo;azur de la mer est repris en &eacute;cho sur les murs des<br \/>\ncellules peintes en bleu et blanc. Cette &icirc;le minuscule, &agrave; l&rsquo; extr&ecirc;me nord-ouest<br \/>\nd&rsquo;une autre &icirc;le m&eacute;diterran&eacute;enne, m&rsquo;avait donn&eacute; une sensation de vertige; d&rsquo;une<br \/>\nbeaut&eacute; &acirc;pre, sauvage elle &eacute;taitcertes le cadre id&eacute;al pour un lieu de r&eacute;clusion.<\/p>\n<p>Et lorsqu&rsquo; en visitant l&rsquo;une des cellules au d&eacute;cor<br \/>\nminimaliste, j&rsquo;avais vu des feuillets noircis d&rsquo;encre, j&rsquo;avais ressenti comme<br \/>\nun coup de poing dans l&rsquo;estomac&hellip; Seuls dans quatre m&egrave;tres carr&eacute;s, avec une<br \/>\nfente de lumi&egrave;re donnant sur la mer, des prisonniers avaient &eacute;crit&nbsp;: des<br \/>\nlettres &agrave; leurs proches ou avaient tout simplement consign&eacute; sur des pages leurs<br \/>\n&eacute;tats d&rsquo;&acirc;me.<\/p>\n<p>Cette &eacute;motion violente que j&rsquo;avais ressentie, je peux<br \/>\naujourd&rsquo;hui, dans les circonstances dans lesquelles nous sommes, mieux<br \/>\nl&rsquo;analyser. La privation d&rsquo;espace, l&rsquo;annulation de rep&egrave;res chronologiques peut<br \/>\nse supporter gr&acirc;ce &agrave; l&rsquo;&eacute;criture, qui devient, &agrave; elle seule, une raison de vivre<br \/>\net dans certains cas de survivre.L&lsquo;&eacute;criture est donc salvatrice. C&rsquo;est le<br \/>\nconstat auquel aboutit spontan&eacute;ment un &eacute;crivain, mais c&rsquo;est aussi celui que &nbsp;d&rsquo;autres individus, bien loin de ce type de<br \/>\npr&eacute;occupations ont fait leur.<\/p>\n<p>Si &eacute;crire reclus, &eacute;crire confin&eacute; est &nbsp;synonyme d&rsquo;espoir, est-il pour autant un geste<br \/>\nais&eacute; qui se r&eacute;alise dans la s&eacute;r&eacute;nit&eacute;&nbsp;? Il ne peut, bien s&ucirc;r, y avoir de<br \/>\nr&eacute;ponse unilat&eacute;rale. Le syndrome de la page blanche peut survenir en toutes<br \/>\nsituations. Face &agrave; la douleur, face &agrave; l&rsquo;irrationnel, la peur guette tout un<br \/>\nchacun et il peut sembler superflu, voire ind&eacute;cent de coucher sur la page, des<br \/>\nmots qui ne soient pas en phase directe avec la r&eacute;alit&eacute;.<\/p>\n<p>Mais justement ce moment insolite n&rsquo;est-il pas paradoxalement<br \/>\nun formidable catalyseur d&rsquo;&eacute;motions qui permet une &eacute;closion de l&rsquo;&eacute;criture,<br \/>\nconviant autant &agrave; l&rsquo;introspection qu&rsquo;&agrave; la qu&ecirc;te de l&rsquo;autre, un moment &nbsp;qu&rsquo;il<br \/>\nconvient de ne pas laisser filer et d&rsquo;exploiter dans toutes ses subtilit&eacute;s.<br \/>\nL&rsquo;&eacute;criture ayant aussi une mission de &laquo;&nbsp;divertissement&nbsp;&raquo; au sens pascalien,<br \/>\nil importe de ne pas se sentir coupable et d&rsquo;oser la fiction au pouvoir<br \/>\nlib&eacute;rateur.<\/p>\n<p>Convaincue de la fonction l&eacute;nitive de l&rsquo;&eacute;criture, j&rsquo;ai un<br \/>\nsoir de marsdoux et sucr&eacute;, ponctu&eacute; des cris de sir&egrave;ne d&rsquo;ambulance, r&eacute;dig&eacute; ce<br \/>\ncourt po&egrave;me &nbsp;<em>Demain sera lueur<\/em><\/p>\n<p><em>Le printemps n&rsquo;a plus de visage<\/em><\/p>\n<p><em>Les ombres se sont r&eacute;tr&eacute;cies<\/em><\/p>\n<p><em>Furtives elles fr&ocirc;lentl&rsquo;asphalte sans<br \/>\nmot<\/em><\/p>\n<p><em>Le temps a d&eacute;cid&eacute; de s&rsquo;arr&ecirc;ter<\/em><\/p>\n<p><em>Sans pr&eacute;avis<\/em><\/p>\n<p><em>Aux quatre coins cardinaux<\/em><\/p>\n<p><em>Solennit&eacute; de l&rsquo; inaccoutum&eacute;<\/em><\/p>\n<p><em>L&rsquo;heure est &agrave; l&rsquo;attente<\/em><\/p>\n<p><em>Demain sera lueur<\/em><\/p>\n<p>L&rsquo;article <a rel=\"nofollow\" href=\"http:\/\/albayane.press.ma\/%EF%BB%BFmuriel-augry-une-prison-de-mots.html\">&#65279;Muriel AUGRY: &laquo;une prison de mots&raquo;<\/a> est apparu en premier sur <a rel=\"nofollow\" href=\"http:\/\/albayane.press.ma\/\">ALBAYANE<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<p>Auteur: M&rsquo;hammed rahal<br \/>\n<a href=\"http:\/\/albayane.press.ma\/%EF%BB%BFmuriel-augry-une-prison-de-mots.html\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des &eacute;crivains &agrave; l&rsquo;heure du Covid-19 Il y a les couche-tard et les l&egrave;ve-tard, il y a les couche-t&ocirc;t et les l&egrave;ve-t&ocirc;t. 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