{"id":82005,"date":"2020-04-12T11:21:14","date_gmt":"2020-04-12T15:21:14","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/lire-lenfant-dighoudi-1\/"},"modified":"2020-04-12T11:21:14","modified_gmt":"2020-04-12T15:21:14","slug":"lire-lenfant-dighoudi-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/lire-lenfant-dighoudi-1\/","title":{"rendered":"Lire l\u2019Enfant d\u2019Ighoudi. (1)"},"content":{"rendered":"<div>\n<p style=\"text-align:right\"><strong>Par: Abdelmajid baroudi <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align:right\" class=\"has-text-color has-vivid-cyan-blue-color\"><em>La lecture dans ce roman occupe une place tr&egrave;s importante. C&rsquo;est &agrave; travers cette notion de lecture que se trame le profil du principal personnage de l&rsquo;Enfant d&rsquo;Ighoudi qui n&rsquo;est autre qu&rsquo;Amnay. Quel est donc l&rsquo;enjeu de cet acte intellectuel ? La lecture est-elle bien accueillie dans un monde rong&eacute; par l&rsquo;analphab&eacute;tisme ? Est &ndash;elle un mode de distanciation ou de rapprochement ? Mon statut de lecteur libre non soumis aux contraintes de la critique litt&eacute;raire me permet d&rsquo;inviter l&rsquo;articulation de la lecture avec l&rsquo;&eacute;criture et les connotations que l&rsquo;on leur assigne. C&rsquo;est le cumul qui nous permet ce genre d&rsquo;invitations. Kamel Daoud, dans son roman : Zabor,&nbsp; &eacute;voque le rapport de l&rsquo;&eacute;criture &agrave; la mort.<\/em><\/p>\n<p>Du coup, l&rsquo;&eacute;criture endigue la mort et rend &agrave; l&rsquo;&eacute;ternit&eacute; son<br \/>\nsens terrestre. Isma&euml;l, n&rsquo;a-t-il pas &eacute;chapp&eacute; &agrave; la mort ? Autant partager avec<br \/>\nl&rsquo;autre cette chance de vivre qu&rsquo;Ibrahim voulait &ocirc;ter &agrave; son fils. En ce sens,<br \/>\nse venger de la mort par l&rsquo;&eacute;criture, c&rsquo;est assigner &agrave; la symbolique de tuer une<br \/>\nconnotation non seulement de vie, mais aussi de ressemblance que le livre sacr&eacute;<br \/>\n&eacute;voque par rapport &agrave; Aissa, J&eacute;sus. Ils ne l&rsquo;ont ni tu&eacute; ni crucifi&eacute;&raquo;.(2)<\/p>\n<p>Si l&rsquo;&eacute;criture endigue la mort au profit de la vie, qu&rsquo;on est-il<br \/>\nde la lecture dans l&rsquo;Enfant d&rsquo;Ighoudi?<\/p>\n<p>Le parcours de l&rsquo;auteur illustre l&rsquo;impact de la lecture au<br \/>\nlong terme sur la vie de la personne. S&rsquo;agit-il d&rsquo;une identification au<br \/>\nparcours d&rsquo;Amnay ? Autrement, peut-on avancer, malgr&eacute; la difficult&eacute; de<br \/>\ndiscrimination, que des grains autobiographiques s&rsquo;assimilent &agrave; la fiction ? Il<br \/>\nme semble que le plus important est d&rsquo;&eacute;lucider les notions autour desquelles<br \/>\ntourne la lecture que repr&eacute;sente le personnage d&rsquo;Amnay. Il s&rsquo;agit l&agrave;, &agrave; mon<br \/>\navis, de solitude et distanciation qu&rsquo;engendre la lecture.<\/p>\n<p>Amnay a &eacute;volu&eacute; dans un milieu o&ugrave; la distinction entre la<br \/>\nlecture et les &eacute;tudes n&rsquo;est pas de mise. Le fait que son p&egrave;re : Haj Menan n&rsquo;a<br \/>\npas eu la chance de se cultiver, lui a permis de combler ce vide. Toutefois,<br \/>\nc&rsquo;est rare, dans un contexte pareil au sein duquel l&rsquo;analphab&eacute;tisme l&rsquo;emporte<br \/>\nsur l&rsquo;alphab&eacute;tisation, qu&rsquo;un p&egrave;re ach&egrave;te &agrave; son fils des livres.<\/p>\n<p>A Ighoudi tout comme dans tous les patelins du Maroc, il est<br \/>\ndifficile de confondre la lecture et l&rsquo;alphab&eacute;tisation. Lire ne veut pas dire<br \/>\nint&eacute;grer l&rsquo;&eacute;cole puisque la lecture est un acte qui d&eacute;passe l&rsquo;alphab&eacute;tisation<br \/>\net amplifie le savoir que l&rsquo;&eacute;cole peut fournir. La lecture arrache Amnay au<br \/>\ngroupe et le fait rentrer dans le monde de la solitude, laquelle est favoris&eacute;e<br \/>\npar l&rsquo;isolement d&rsquo;Ighoudi. La solitude qu&rsquo;impose la lecture est en quelque<br \/>\nsorte une r&eacute;bellion contre les conventions sociales qui visent l&rsquo;uniformit&eacute;.<br \/>\nEtre seul dans le cas d&rsquo;Amnay, c&rsquo;est &ecirc;tre seul par rapport au cadre de vie<br \/>\nimpos&eacute;e par la norme. En r&eacute;alit&eacute;, il n&rsquo;est pas seul, du moment que la lecture<br \/>\nle s&eacute;pare du m&eacute;pris du savoir conjugu&eacute; &agrave; la doxa.<\/p>\n<p>C&rsquo;est dans la lecture qu&rsquo;il rencontre son alt&eacute;rit&eacute;<br \/>\nm&eacute;taphysique l&rsquo;arrachant, ne serait que provisoirement &agrave; la duret&eacute; des<br \/>\npr&eacute;jug&eacute;s, ennemis de l&rsquo;alphab&eacute;tisation, voire de la lecture. Seul le chemin qui<br \/>\nm&egrave;ne &agrave; Paris pourrait renforcer sa distanciation. La solitude &eacute;clairante active<br \/>\nla distanciation. &laquo; Plus tard, lorsqu&rsquo;il commen&ccedil;a &agrave; ma&icirc;triser la langue et &agrave;<br \/>\nsaisir le sens des textes qu&rsquo;il lisait, il trouva une formule curative, simple<br \/>\nmais imparable. Il piochait dans les livres des phrases qui s&rsquo;appliquaient &agrave;<br \/>\nses bourreaux. En les transposant sur eux, il parvenait &agrave; se purger de tout le<br \/>\nmal qu&rsquo;ils lui faisaient&raquo;. (3) La distanciation qu&rsquo;Amnay s&rsquo;applique n&rsquo;est pas<br \/>\nune coupure, dans la mesure o&ugrave; le lien est toujours gard&eacute; avec la famille.<\/p>\n<p>Cette coupure ne s&rsquo;est faite qu&rsquo;au niveau intellectuel car<br \/>\nla r&eacute;bellion d&rsquo;Amnay est d&rsquo;ordre social et culturel. De fait, La rupture est<br \/>\nindividuelle, son impact sur le social et le politique n&rsquo;est pas palpable face<br \/>\nau socle id&eacute;ologique justifiant le discours de Kada et compagnie.<\/p>\n<p>En lisant les pages de 200 &agrave; 210, l&rsquo;id&eacute;e de complicit&eacute; m&rsquo;a<br \/>\ntravers&eacute; l&rsquo;esprit, comme si cette partie du r&eacute;cit &eacute;tait co&eacute;crite. Mais en<br \/>\nr&eacute;alit&eacute;, mon impuissance de confectionner cette trame que seul Abdelkhaleq<br \/>\nJayed sait construire, s&rsquo;incline devant un savoir-faire rod&eacute; par la lecture et<br \/>\nl&rsquo;&eacute;criture. Au fait, la complicit&eacute; s&rsquo;est nou&eacute;e avec Amnay durant son passage au<br \/>\nMsid ou l&rsquo;&eacute;cole coranique qui n&rsquo;a d&rsquo;&eacute;cole que le nom. Si L&acirc;aouni est l&rsquo;exemple<br \/>\nd&rsquo;une &eacute;criture qui ne se comprend gu&egrave;re et se contente d&rsquo;&ecirc;tre psalmodi&eacute;e,<br \/>\nLmallahi est l&rsquo;illustration d&rsquo;un apprentissage nourri de violence nue et d&eacute;muni<br \/>\nde p&eacute;dagogie . Apr&egrave;s tout, &ccedil;a ne sert &agrave; rien d&rsquo;apprendre sans comprendre puisque<br \/>\nle sens n&rsquo;y est pas.<\/p>\n<p>Avec le recul, Lmallahi et Al&acirc;aouni, repr&eacute;sentaient pour<br \/>\nnous Amnay et moi la d&eacute;ception envers un syst&egrave;me qui avait pour objectif sans<br \/>\ncomp&eacute;tences d&rsquo;an&eacute;antir une composante, je dirais existentielle de notre<br \/>\nidentit&eacute;. Lamllahi, pour nous recadrer, ne proc&eacute;dait pas par p&eacute;dagogie.<br \/>\nL&rsquo;insulte et le b&acirc;ton &eacute;taient son support qui n&rsquo;a rien de p&eacute;dagogique.<br \/>\nTaisez-vous, esp&egrave;ce de Chleuhs, nous lan&ccedil;ait-il.<\/p>\n<p>Celles et ceux qui ont lu la trilogie de Abdelkhaleq Jyaed,<br \/>\net l&rsquo;Enfant d&rsquo;Ighoudi vont s&ucirc;rement remarquer que le statut de la femme occupe<br \/>\nune place d&eacute;terminante dans ses &eacute;crits. Le personnage de Mouna t&eacute;moigne de<br \/>\nl&rsquo;in&eacute;galit&eacute; que la femme subit dans le milieu rural. D&rsquo;autant plus que sa<br \/>\ngrande part d&rsquo;analphab&eacute;tisme d&eacute;molit ses r&ecirc;ves et ferme la porte devant toute<br \/>\n&eacute;mancipation.<\/p>\n<p>Il me semble, de par les noms choisis pour ces personnages<br \/>\net le cheminement d&rsquo;Amnay, que cette histoire se d&eacute;roule l&agrave; o&ugrave; je vis. C&rsquo;est<br \/>\npour cela que ma remarque sur cet &eacute;crit concernant le voisinage de l&rsquo;auto<br \/>\nbiographique avec la fiction se manifeste &agrave; chaque fois que je rencontre un<br \/>\npersonnage que j&rsquo;ai d&eacute;j&agrave; connu ou un lieu que j&rsquo;ai d&eacute;j&agrave; fr&eacute;quent&eacute;. C&rsquo;est le<br \/>\nm&ecirc;me sentiment que j&rsquo;&eacute;prouve aussi en lisant, Leila Bahssaine Monier, Mohamed<br \/>\nNedali et Abdelhak Serhane.<\/p>\n<p>Ce genre de textes nous rassure sur l&rsquo;&eacute;tat de sant&eacute; du roman<br \/>\nMarocain, expression Fran&ccedil;aise.<\/p>\n<p>L&rsquo;Enfant d&rsquo;Ighoudi , un beau texte &agrave; savourer.<\/p>\n<p style=\"text-align:center\" class=\"has-text-color has-vivid-red-color\"><strong>Notes<\/strong><\/p>\n<p><em><strong>1- L&rsquo;Enfant d&rsquo;Ighoudi, roman de &nbsp;Abdelkhaleq JAYED aux Editions Virgule, 2020<\/strong><\/em><\/p>\n<p>L&rsquo;article <a rel=\"nofollow\" href=\"http:\/\/albayane.press.ma\/lire-lenfant-dighoudi-1.html\">Lire l&rsquo;Enfant d&rsquo;Ighoudi. (1)<\/a> est apparu en premier sur <a rel=\"nofollow\" href=\"http:\/\/albayane.press.ma\/\">ALBAYANE<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<p>Auteur: M&rsquo;hammed rahal<br \/>\n<a href=\"http:\/\/albayane.press.ma\/lire-lenfant-dighoudi-1.html\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par: Abdelmajid baroudi La lecture dans ce roman occupe une place tr&egrave;s importante. C&rsquo;est &agrave; travers cette notion de lecture que se trame le profil du principal personnage de l&rsquo;Enfant d&rsquo;Ighoudi qui n&rsquo;est autre qu&rsquo;Amnay. Quel est donc l&rsquo;enjeu de cet acte intellectuel ? 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