{"id":82365,"date":"2020-04-14T10:50:11","date_gmt":"2020-04-14T14:50:11","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/%ef%bb%bfmeriem-hadj-hamou-impressions-dun-soir-davril-2020\/"},"modified":"2020-04-14T10:50:11","modified_gmt":"2020-04-14T14:50:11","slug":"%ef%bb%bfmeriem-hadj-hamou-impressions-dun-soir-davril-2020","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/%ef%bb%bfmeriem-hadj-hamou-impressions-dun-soir-davril-2020\/","title":{"rendered":"\ufeffMeriem Hadj Hamou: \u00abimpressions d\u2019un soir d\u2019avril 2020\u00bb"},"content":{"rendered":"<div>\n<p style=\"text-align:center\" class=\"has-text-color has-vivid-red-color\"><strong>Des &eacute;crivains &agrave; l&rsquo;heure du Covid-19<\/strong><\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-cyan-blue-color\"><strong>Il y a l&rsquo;&eacute;criture d&rsquo;une personne en confinement, qui parle de l&rsquo;enfermement en le sublimant ou non, et il y a l&rsquo;autre, celle qui tente de mettre des mots sur l&rsquo;obligation de se confronter au risque pour raisons professionnelles. L&rsquo;&eacute;criture de ceux qui se l&egrave;vent chaque matin dans un tremblement, &eacute;puis&eacute;s de nuits denses et trop courtes, et qui puisent leur courage dans la conscience de leur mission. Leurs mots sont exalt&eacute;s, fr&eacute;n&eacute;tiques. Ils sortent des plis de la nuit et sont assoiff&eacute;s de lumi&egrave;re.<\/strong><\/p>\n<p>Mais peut-on vraiment parler de l&rsquo;acte d&rsquo;&eacute;crire,<br \/>\nalors m&ecirc;me que la blessure est &agrave; vif et que l&rsquo;on ressent la lame du couteau d&eacute;chiqueter<br \/>\nsa peau?<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas une &eacute;criture qui peut sauver, qui<br \/>\npeut all&eacute;ger le poids de la charge quotidienne. Ce n&rsquo;est ni un rem&egrave;de ni une<br \/>\ncatharsis. On n&rsquo;en est pas encore &agrave; la cicatrisation. C&rsquo;est une &eacute;criture<br \/>\ndouloureuse, qui d&eacute;crit la souffrance, la questionne, et appelle de ses v&oelig;ux la<br \/>\nfugacit&eacute; consolante de son instant. La mienne est po&eacute;tiquement tourment&eacute;e.<br \/>\nJ&rsquo;&eacute;treins tout ce qui choie, le sombre en journ&eacute;e et la clart&eacute; dans les<br \/>\nretomb&eacute;es du cr&eacute;puscule.<\/p>\n<p>Le jour o&ugrave; de mon bureau, d&rsquo;une pharmacie de<br \/>\nquartier populaire, le p&eacute;piement des oiseaux a couvert le vrombissement des<br \/>\nmotos, j&rsquo;ai compris que quelque chose avait gravement bascul&eacute;. Je ne saurais<br \/>\nmieux dire cela. J&rsquo;ai m&ecirc;me ressenti un vertige, il a fait glisser beaucoup de<br \/>\nmes certitudes. L&agrave; o&ugrave; je travaille, il n&rsquo;y a jamais eu de plage de silence. Ni<br \/>\nen journ&eacute;es ni en soirs de garde.<\/p>\n<p>Je dois pr&eacute;ciser que cet instant n&rsquo;est pas survenu<br \/>\nimm&eacute;diatement apr&egrave;s l&rsquo;obligation du confinement. Il s&rsquo;est construit dans la<br \/>\nprogression de deux indices&nbsp;: la baisse de la circulation, et, par<br \/>\nopposition, la croissance du nombre de volatils se trouvant sur l&rsquo;arbre de<br \/>\nl&rsquo;&eacute;cole face &agrave; mon officine. Ces oiseaux, je ne les avais jamais entendus avant.<br \/>\nPeut-&ecirc;tre m&ecirc;me sont-ils de nouveaux r&eacute;sidents. Il faut dire que la rue &eacute;tait<br \/>\ntr&egrave;s bruyante. Insupportablement nerveuse.<\/p>\n<p>Je ne peux pas dire que cela me fasse grand<br \/>\nplaisir de les entendre, ils sont synonyme d&rsquo;un manque de vie et d&rsquo;animation de<br \/>\nla rue. Ce n&rsquo;&eacute;tait pas le lieu de les distinguer non plus. Outre que l&rsquo;exercice<br \/>\nquotidien de la pharmacie, et les risques inh&eacute;rents aux microbes et virus -dont<br \/>\nla concentration est &eacute;lev&eacute;e chez ceux qui nous fr&eacute;quentent-, me met dans une<br \/>\nforme d&rsquo;anxi&eacute;t&eacute;, j&rsquo;ai toujours s&eacute;par&eacute; ces deux versants de ma vie. Celle r&ecirc;veuse<br \/>\nde l&rsquo;&eacute;criture qui prend appui sur l&rsquo;apaisement de la nature, et celle m&eacute;dicale<br \/>\nturbulente, qui soigne et conseille avec un esprit cart&eacute;sien. Qu&rsquo;ils<br \/>\ns&rsquo;imbriquent actuellement me met en d&eacute;phasage. Ces oiseaux sont un r&eacute;confort toutefois.<br \/>\nC&rsquo;est comme s&rsquo;ils me for&ccedil;aient &agrave; &ecirc;tre constamment attentive. Quand personne ne<br \/>\nparle, je les entends.<\/p>\n<p>J&rsquo;&eacute;coute tout ce qui se dit d&rsquo;ailleurs. Je r&eacute;ponds<br \/>\naux besoins. Les gens ont grande urgence &agrave; communiquer, &agrave; parler de leurs<br \/>\nsoucis divers et pas seulement m&eacute;dicaux, nous sommes parmi les derniers espaces<br \/>\n&agrave; l&rsquo;&eacute;coute. Notre pr&eacute;sence est rassurante. La mienne ne l&rsquo;est pas pour<br \/>\nmoi-m&ecirc;me. La journ&eacute;e s&rsquo;&eacute;tale infiniment.<\/p>\n<p>Parfois, j&rsquo;entends aussi des voitures passer en<br \/>\nlan&ccedil;ant &agrave; plein haut-parleur des lectures coranique. Je vous avoue que cela me<br \/>\nlaisse dubitative. Doit-on rappeler la pr&eacute;sence du Cr&eacute;ateur, alors m&ecirc;me que ce<br \/>\nqui nous bouleverse tous est une de ces cr&eacute;atures&thinsp;invisible ? La lumi&egrave;re<br \/>\nn&rsquo;&eacute;tait-elle pas suffisante &agrave; nous mettre toujours en Sa pr&eacute;sence&thinsp;? Il est dans<br \/>\nle bien et dans le mal. Il est partout, Omnipr&eacute;sent et Omniscient. Il n&rsquo;a<br \/>\nbesoin de nul tambour battant pour se pr&eacute;senter, encore moins d&rsquo;&ecirc;tre<br \/>\nrepr&eacute;sent&eacute;. Voil&agrave; la r&eacute;flexion que je me fais quand je suis dans de bonnes<br \/>\ndispositions. Il est vrai que je le suis rarement. La m&eacute;taphysique est un<br \/>\nrecours. Mes id&eacute;es ont tendance &agrave; suivre mon agitation int&eacute;rieure cependant.<\/p>\n<p>Il y a deux genres d&rsquo;&eacute;criture, celle qui prend<br \/>\nappui sur la vie et d&eacute;crit le quotidien, et celle qui d&eacute;livre la m&eacute;moire,<br \/>\nqu&rsquo;elle soit imaginative ou cathartique. Actuellement, je suis dans la<br \/>\npremi&egrave;re, je remplis des pages de noirceurs. Je ne peux pas &eacute;crire sans d&eacute;crire<br \/>\nl&rsquo;inqui&eacute;tude que je ressens autour de moi, ni celle que j&rsquo;&eacute;prouve en moi.<\/p>\n<p>Je ne veux pas embellir les mots, je veux qu&rsquo;ils<br \/>\nsortent justes. A flanc de leur amertume. Je veux que leur verdeur, leur acidit&eacute;<br \/>\nse d&eacute;verse et refl&egrave;te ma d&eacute;tresse et la leur. Parfois, des rayons d&rsquo;espoir s&rsquo;y<br \/>\nglissent, des &eacute;clats venant de ma nature profonde jaillissent, je ne les efface<br \/>\npas non plus. Ils seront mon dernier refuge.<\/p>\n<p>Je ne sais pas si tout cela servira un jour, je ne<br \/>\nsais pas si mes papiers ont valeur quelconque, je ne les relis pas. J&rsquo;avance et<br \/>\nne pense qu&rsquo;au pr&eacute;sent. Qu&rsquo;&agrave; finir chaque journ&eacute;e et me r&eacute;jouir de rentrer chez<br \/>\nmoi pour me confiner. Jusqu&rsquo;au lendemain. Et puis, me r&eacute;veiller chaque matin<br \/>\nainsi&nbsp;:<\/p>\n<p>Matin gisant de l&rsquo;autre<br \/>\nc&ocirc;t&eacute; du cr&eacute;puscule<\/p>\n<p>Solitaire <\/p>\n<p>Matin fatigu&eacute;, suspendu<\/p>\n<p>Sur le regard des jours<br \/>\nperdus<\/p>\n<p>Tu t&rsquo;&eacute;tires <\/p>\n<p>Tu t&rsquo;extrais des songes<\/p>\n<p>Matin qui s&rsquo;en vient de<br \/>\nla nuit<\/p>\n<p>Courb&eacute;e contre ton lit<\/p>\n<p>Tu te l&egrave;ves<\/p>\n<p>Et v&eacute;rifie ta fi&egrave;vre<\/p>\n<p>Le vent souffle plus<br \/>\nfort<\/p>\n<p>Sur les instants<br \/>\n&eacute;trangl&eacute;s<\/p>\n<p>&hellip;..<\/p>\n<p>Tu respires<\/p>\n<p>Tu t&rsquo;habilles<\/p>\n<p>Matin traversant les<br \/>\ncontours de l&rsquo;aube<\/p>\n<p>Tu repousses la porte<\/p>\n<p>Et foules les parterres<br \/>\nankylos&eacute;s<\/p>\n<p>Tu poursuis les traces<br \/>\ndes midis <\/p>\n<p>Ensoleill&eacute;s<\/p>\n<p>Tu les esp&egrave;res<br \/>\n&eacute;veill&eacute;s.<\/p>\n<p style=\"text-align:right\"><strong>Marrakech, le 9 Avril 2020<\/strong><\/p>\n<p><\/p>\n<p>L&rsquo;article <a rel=\"nofollow\" href=\"http:\/\/albayane.press.ma\/%EF%BB%BFmeriem-hadj-hamou-impressions-dun-soir-davril-2020.html\">&#65279;Meriem Hadj Hamou: &laquo;impressions d&rsquo;un soir d&rsquo;avril 2020&raquo;<\/a> est apparu en premier sur <a rel=\"nofollow\" href=\"http:\/\/albayane.press.ma\/\">ALBAYANE<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<p>Auteur: M&rsquo;hammed rahal<br \/>\n<a href=\"http:\/\/albayane.press.ma\/%EF%BB%BFmeriem-hadj-hamou-impressions-dun-soir-davril-2020.html\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des &eacute;crivains &agrave; l&rsquo;heure du Covid-19 Il y a l&rsquo;&eacute;criture d&rsquo;une personne en confinement, qui parle de l&rsquo;enfermement en le sublimant ou non, et il y a l&rsquo;autre, celle qui tente de mettre des mots sur l&rsquo;obligation de se confronter au risque pour raisons professionnelles. 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