{"id":83424,"date":"2020-04-24T16:51:00","date_gmt":"2020-04-24T20:51:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/joli-temps-pour-les-machos\/"},"modified":"2020-04-24T16:51:00","modified_gmt":"2020-04-24T20:51:00","slug":"joli-temps-pour-les-machos","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/joli-temps-pour-les-machos\/","title":{"rendered":"Joli temps pour les machos!"},"content":{"rendered":"<p><em><span class=\"c2\"><strong>Par Azza Filali &#8211;<\/strong><\/span><\/em> Messieurs, violentez les femmes, il en restera toujours quelque chose!<\/p>\n<p>Le 16 mars 2020, l\u2019association tunisienne des femmes d\u00e9mocrates (ATFD), avait tir\u00e9 la sonnette d\u2019alarme, informant d\u2019un accroissement probable de violence \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes \u00e0 l\u2019occasion du confinement. Aujourd\u2019hui, 24 Avril, les actes de violence ont \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9s par cinq. A titre d\u2019exemple, au cours de la derni\u00e8re semaine, 53 femmes sont venues s\u2019abriter au refuges des femmes soumises \u00e0 violences. Sans compter les appels d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s de femmes violent\u00e9es (tout comme leurs enfants) et craignant pour leur vie. N\u2019oublions pas que dans notre beau pays, celui du CSP, deux femmes sur trois sont soumises \u00e0 un moment quelconque de leur vie, \u00e0 une violence conjugale. Et le temps du Covid, avec son confinement, a port\u00e9 cette violence \u00e0 son paroxysme. En admettant que ces femmes aient la possibilit\u00e9 d\u2019arriver au poste de police pour se plaindre, elles s\u2019entendent dire que les forces de l\u2019ordre ont d\u2019autres priorit\u00e9s. Dans le meilleur des cas, on les re\u00e7oit avec la phrase consacr\u00e9e: \u00abchidd darek\u00bb: \u00e0 la fois semonce et agression verbale, de la part d\u2019un agent de l\u2019ordre, lui aussi fonci\u00e8rement macho\u2026 La femme n\u2019a alors d\u2019autre recours que de r\u00e9int\u00e9grer le logis, sachant qu\u2019\u00e0 travers le pays, il n\u2019y a pas assez d\u2019abris pour recueillir ce genre de victimes.<\/p>\n<p>Mais la violence n\u2019est pas que physique. Elle touche tous les secteurs de la vie quotidienne: violence familiale quand on voit l\u2019amoncellement de taches qu\u2019assurent celles qui sont \u00e0 la fois \u00abm\u00e8res, \u00e9pouses, filles,\u00bb et qui doivent prendre sur elles toutes les obligations m\u00e9nag\u00e8res. Violence \u00e9conomique : que penser des femmes divorc\u00e9es qui, depuis la p\u00e9riode du confinement avec fermeture des tribunaux, n\u2019ont pas re\u00e7u la pension alimentaire qui leur est due? Ceci n\u2019\u00e9tant pas consid\u00e9r\u00e9 comme une affaire urgente\u2026\u00a0<\/p>\n<p>L\u2019ATFD a lanc\u00e9 des cris de d\u00e9tresse: un message au conseil sup\u00e9rieur de la magistrature. Aucune r\u00e9ponse. L\u2019ATFD a aussi adress\u00e9 un rapport au chef du gouvernement, listant toutes les anomalies subies par les femmes. Rapport demeur\u00e9 lettre morte. D\u2019autres priorit\u00e9s accaparent le premier responsable de l\u2019ex\u00e9cutif, Covid oblige ! En attendant, les femmes peuvent continuer \u00e0 recevoir des tann\u00e9es, ou \u00e0 crever de faim avec leurs enfants, si elles ont le \u00abtort\u00bb d\u2019\u00eatre divorc\u00e9es et de d\u00e9pendre d\u2019une pension alimentaire de la part de leur ex seigneur et ma\u00eetre\u2026<\/p>\n<p>Il y a aussi les violences verbales: celles qu\u2019une femme au volant re\u00e7oit syst\u00e9matiquement si elle commet la gaffe de doubler un m\u00e2le ou de ne pas d\u00e9marrer au quart de tour, au feu vert. Une pluie d\u2019injures s\u2019abat alors sur elle, balayant toutes les nuances de la vulgarit\u00e9, n\u2019\u00e9pargnant ni son p\u00e8re, ni sa m\u00e8re, pour arriver immanquablement \u00e0 son air de poufiasse! Souvent, plus la voiture du m\u00e2le est luxueuse, plus la vulgarit\u00e9 est crue!<\/p>\n<p>Venons-en \u00e0 la violence verbale dont sont victimes les femmes politiques. Celles-ci, malgr\u00e9 leur nombre limit\u00e9, ne sont pas \u00e9pargn\u00e9es par leurs coll\u00e8gues masculins. Ind\u00e9pendamment des positions politiques de ces dames et des id\u00e9es qu\u2019elles d\u00e9fendent, il est ind\u00e9niable qu\u2019elles sont trop souvent la proie d\u2019insultes qui peuvent atteindre un niveau de bassesse assez remarquable! Qu\u2019une d\u00e9put\u00e9e du parlement soit trait\u00e9e de tous les noms, m\u00eame les plus inacceptables, par un \u00e9lu roulant des m\u00e9caniques et s\u2019\u00e9tant empress\u00e9 de porter plainte contre elle (pour quelle raison au fait ?) Voil\u00e0 les ingr\u00e9dients du machisme ordinaire au pays du Code du statut personnel!<\/p>\n<p>En d\u00e9finitive, malgr\u00e9 la loi vot\u00e9e en Aout 2017 et interdisant toute forme de violence \u00e0 l\u2019encontre des femmes et des enfants, la situation n\u2019a pas vraiment chang\u00e9. En d\u00e9pit de tous les textes, vot\u00e9s ou non, et visant \u00e0 affranchir les femmes, notre soci\u00e9t\u00e9 reste, dans ce domaine, profond\u00e9ment traditionaliste. Le mod\u00e8le patriarcal, (qui pr\u00e9vaut aussi dans d\u2019autres pays), continue \u00e0 r\u00e9gner en ma\u00eetre. Apr\u00e8s soixante ann\u00e9es d\u2019ind\u00e9pendance, pour la premi\u00e8re fois une femme est nomm\u00e9e \u00e0 la t\u00eate d\u2019un minist\u00e8re r\u00e9galien, celui de la justice\u2026 Voil\u00e0 qui est loin de repr\u00e9senter une performance! L\u2019in\u00e9galit\u00e9 femme-homme et la pr\u00e9\u00e9minence du m\u00e2le au sommet de la pyramide sociale sont sans doute plus nuanc\u00e9es dans les soci\u00e9t\u00e9s urbaines mais il suffit de gratter un peu le vernis de modernisme pour voir resurgir le vieux d\u00e9mon de l\u2019incompl\u00e9tude f\u00e9minine: la femme, cet \u00eatre auquel manque toujours \u00ab un je ne sais quoi, un presque rien\u00bb, pour se dresser en personne autonome, droite dans sa vie et se suffisant \u00e0 elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>C\u2019est que le mod\u00e8le patriarcal est redoutable: d\u2019autant plus difficile \u00e0 contrecarrer qu\u2019il investit toutes les sph\u00e8res de la vie quotidienne. Depuis le salaire des ouvri\u00e8res agricoles, (nettement plus bas que celui des hommes), jusqu\u2019aux rites religieux, chasse gard\u00e9e des hommes depuis des mill\u00e9naires: qu\u2019il s\u2019agisse des r\u00e8gles de l\u2019h\u00e9ritage selon la Chariaa, ou plus prosa\u00efquement de l\u2019appel \u00e0 la pri\u00e8re: cinq fois par jour, un homme monte tout en haut du minaret des mosqu\u00e9es pour appeler les fid\u00e8les \u00e0 la pri\u00e8re. M\u00eame s\u2019il s\u2019agit d\u2019un enregistrement, celui-ci \u00e9met une voix masculine. C\u2019est que chez les d\u00e9vots (et les autres\u2026) la voix de la femme est \u00abAoura\u00bb! A la pri\u00e8re, ce sont les hommes qui se pressent en rangs serr\u00e9s vers la mosqu\u00e9e; parfois, quelques femmes arrivent aussi et se parquent dans un enclos, au bout de la grande salle r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 ces messieurs. Autre d\u00e9tail r\u00e9v\u00e9lateur: avez-vous fait attention aux files d\u2019attente dont la p\u00e9riode du confinement nous a gav\u00e9s? Devant les bureaux de poste, les grandes surfaces et autres: bien souvent, deux rang\u00e9es se constituent, une pour chaque sexe. Certes ce n\u2019est pas g\u00e9n\u00e9ral, mais cela r\u00e9v\u00e8le la constance de certaines mani\u00e8res d\u2019\u00eatre, envers et contre tous les signes affich\u00e9s d\u2019\u00e9galitarisme\u2026<\/p>\n<p>En d\u00e9finitive, l\u2019arch\u00e9type patriarcal nous moule encore et n\u2019est pas pr\u00e8s de dispara\u00eetre. Pour changer tout cela, il faudrait de grandes d\u00e9cisions politiques, une r\u00e9forme profonde de l\u2019\u00e9ducation, \u00e0 l\u2019\u00e9cole tout comme \u00e0 la maison, des sanctions muscl\u00e9es en cas de violence (de tous types) exerc\u00e9es sur les femmes. En somme, un mod\u00e8le soci\u00e9tal diff\u00e9rent, impliquant une v\u00e9ritable r\u00e9volution dans les mani\u00e8res de penser et d\u2019agir. Sommes-nous pr\u00eats \u00e0 entreprendre ce genre de r\u00e9volution, nous tous autant que nous sommes: politiques, hommes de loi, religieux, ou citoyens ordinaires? La r\u00e9ponse est non. La situation changera sans doute dans quelques d\u00e9cennies, au gr\u00e9 des secousses qui affecteront le corps social. En attendant, pr\u00e9voyez, mesdames, d\u2019\u00eatre encore injuri\u00e9es ou battues et prions toutes ensemble pour que les confinements ne se reproduisent plus et qu\u2019on ouvre tr\u00e8s vite caf\u00e9s et mosqu\u00e9es, afin que ces messieurs retrouvent leurs d\u00e9fouloirs habituels, entre hommes\u2026<\/p>\n<p>La loi num\u00e9ro 50 de la constitution visait \u00e0 interdire les causes de la violence \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes et impliquait un regard nouveau sur l\u2019\u00e9ducation \u00e0 la maison et \u00e0 l\u2019\u00e9cole, de mani\u00e8re \u00e0 changer le regard \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la femme d\u00e8s l\u2019enfance. Evidemment ceci n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9. Aucune \u00e9ducation sociale, sexuelle.<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>Azza Filali<\/strong><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/29768-azza-filali-covid-19-joli-temps-pour-les-machos\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Azza Filali &#8211; Messieurs, violentez les femmes, il en restera toujours quelque chose! Le 16 mars 2020, l\u2019association tunisienne des femmes d\u00e9mocrates (ATFD), avait tir\u00e9 la sonnette d\u2019alarme, informant d\u2019un accroissement probable de violence \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes \u00e0 l\u2019occasion du confinement. Aujourd\u2019hui, 24 Avril, les actes de violence ont \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9s par cinq. 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