{"id":83810,"date":"2020-04-29T01:00:00","date_gmt":"2020-04-29T05:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/journee-ordinaire-dun-confine-au-temps-du-corona-6\/"},"modified":"2020-04-29T01:00:00","modified_gmt":"2020-04-29T05:00:00","slug":"journee-ordinaire-dun-confine-au-temps-du-corona-6","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/journee-ordinaire-dun-confine-au-temps-du-corona-6\/","title":{"rendered":"Journ\u00e9e ordinaire d\u2019un confin\u00e9 au temps du corona (6)"},"content":{"rendered":"<p class=\"c3\">Voil\u00e0, les amis, je suis \u00e0 ma sixi\u00e8me semaine de confinement. S\u00e9rieusement, je commence \u00e0 m\u2019habituer. A ce qu\u2019on dit, l\u2019\u00eatre humain s\u2019habitue \u00e0 tout. Sauf que ce n\u2019est pas dans les r\u00e8gles humaines de rester clo\u00eetr\u00e9 des semaines durant. A moins d\u2019\u00eatre un ermite ! Oui, on s\u2019habitue \u00e0 tout ; c\u2019est tout. Avec sidna Ramadhan, le jour, je suis amorphe. Je ne bouge pratiquement pas. Je vois d\u2019ici certains sourcils bigots faire l\u2019accent circonflexe. Oui, c\u2019est comme \u00e7a, je ne l\u00e8ve pas le petit doigt. Ni le gros orteil. Il faut dire que je n\u2019ai pas le choix. Je suis confin\u00e9 dans le confinement. Je ne suis vraiment pas tent\u00e9 de quitter l\u2019abri du toit familial. Je me sens en s\u00e9curit\u00e9. Je n\u2019ai pas \u00e0 mettre le masque contre le Covid-19. Je respire \u00e0 plein nez. Puis, je ne pense pas que mes oliviers soient contamin\u00e9s par ce virus \u00e0 la d\u00e9gaine tra\u00eetresse.\u00a0<br \/>Aujourd\u2019hui, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de quitter le nid familial, contr\u00f4le m\u00e9dical oblige. Je prends mon tacot, direction la poste pour retirer un peu de sous. Dans les rues, les bagnoles circulent normalement. Je n\u2019ai pas l\u2019impression qu\u2019il y ait moins de trafic. Pas autant, je crois. C\u2019est juste une impression. En mon for int\u00e9rieur, je ne croyais pas qu\u2019il y aurait autant de tires. Les gens circulent, \u00e9galement. Ils sont nonchalants, comme d\u2019habitude. A croire qu\u2019il n\u2019y a rien de chang\u00e9. Avec mon masque, je me sentais diff\u00e9rent. Ils ne sont pas nombreux \u00e0 utiliser ce moyen de protection. Les gens ont les narines et les babines totalement libres. C\u2019est la migration pendulaire entre le domicile et l\u2019ext\u00e9rieur. Les gens ne donnent pas l\u2019impression qu\u2019une terrible \u00e9pid\u00e9mie fait son sale boulot. L\u2019Alg\u00e9rien est-il philosophe ? Fataliste ? Suicidaire ? Il ne donne pas l\u2019air d\u2019\u00eatre conscient de l\u2019enjeu. \u00c7a se croise. \u00c7a se double. \u00c7a se recroise. \u00c7a discute. Sans protection aucune.\u00a0<br \/>A la poste de la Nouvelle-Ville, qui n\u2019a de nouvelle que le nom, un policier \u2014 \u00e0 cheval sur la discipline \u2014 organise la queue. La distance est respect\u00e9e. Par l\u00e0, les hommes. Par l\u00e0-bas, les femmes. Deux en un ! J\u2019ai quand m\u00eame vu quelques s\u00e9quences qui en disent sur la psychologie de l\u2019Alg\u00e9rien. Celui-ci n\u2019aime pas faire la cha\u00eene. Il faut qu\u2019il voit ce qu\u2019il se passe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du bureau de poste, sans perdre une miette de la rue. Quant \u00e0 lui faire respecter les quelques centim\u00e8tres de distanciation, c\u2019est une autre paire de manches. Surtout que personne n\u2019est \u00abmasqu\u00e9\u00bb. A un moment donn\u00e9, un usager demande \u00e0 son suivant de respecter la distance ; l\u2019autre obtemp\u00e8re, en bougonnant. Je l\u2019ai entendu dire : \u00abNous sommes un peuple mort et nous avons peur de la mort !\u00bb Je n\u2019en croyais pas mes oreilles. Le monsieur, tout vivant qu\u2019il est, vient chercher ses sous pour cro\u00fbter, parce qu\u2019encore une fois, il est vivant et \u00abplus solide que l\u2019ennui\u00bb, se permet de dire que tout le monde est mort, bel et bien mort. Que dire ? Rien, justement. J\u2019aurais aim\u00e9 pouvoir lui dire que s\u2019il voulait mourir, il n\u2019a qu\u2019\u00e0 mourir seul. Mais j\u2019avais peur de prendre une tann\u00e9e. Il y a de la nitroglyc\u00e9rine qui coule dans les veines de l\u2019Alg\u00e9rien. Alors, je me suis tu. \u00abLaisse b\u00e9ton\u00bb, me suis-je dit.<br \/>Tiens, revoil\u00e0 le policier qui replace un citoyen. Ce dernier ne l\u2019entend pas de cette oreille. \u00abJe n\u2019ai aucune raison de me mettre \u00e0 cette place. Sauf si vous me certifiez que cette place a \u00e9t\u00e9 d\u00e9sinfect\u00e9e. Monsieur l\u2019agent, pouvez-vous me garantir que ce monsieur n\u2019est pas infect\u00e9 par le fameux virus ?\u00bb Le policier s\u2019est mis \u00e0 se gratter la t\u00eate, lui qui voulait bien faire son job. C\u2019est comme \u00e7a, l\u2019endroit n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9sinfect\u00e9, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un bloc op\u00e9ratoire, aussi l\u2019Alg\u00e9rien a fait sa propre police. Au fait, celui-ci n\u2019\u00e9tait pas prot\u00e9g\u00e9 ; il n\u2019avait pas de bavette. Je suis \u00e0 peu pr\u00e8s s\u00fbr qu\u2019il n\u2019avait pas dans sa poche le fameux gel. J\u2019en mets ma main \u00e0 couper.\u00a0<br \/>A la fin, j\u2019ai pris mes sous, repris ma bagnole et me suis taill\u00e9 dare-dare, sans demander mon reste.\u00a0<br \/>En voiture, j\u2019ai fait tout de m\u00eame le tour de quelques rues commer\u00e7antes. Waouh ! les p\u00e2tisseries et autres halaouyate, l\u00e0, franchement, il y a de quoi voir. Les adeptes du sucre sont coll\u00e9s les uns aux autres. S\u00e9rieux, ils le sont vraiment. Il y a une impression de queue, sans plus. Juste pour casser cette envie irr\u00e9pressible de forcer le destin du diab\u00e8te ! Puis, je me suis promis d\u2019aller voir du c\u00f4t\u00e9 du \u00abTounsi\u00bb. Yakhi, les commerces ont \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9s \u00e0 rouvrir. Vous constatez que, l\u00e0-dessus, je ne fais aucun commentaire. On confine tout en \u00abd\u00e9confinant\u00bb !<br \/>C\u2019est de la responsabilit\u00e9 des gouvernants. Chez le \u00abTounsi\u00bb donc, on fait la cha\u00eene pour se payer de la zlabia, du maqroute et autres sucreries. S\u00e9rieux, j\u2019ai eu la chair de poule. De la zlabia, sous forme de treillis soud\u00e9, d\u2019o\u00f9 coule un liquide cens\u00e9 \u00eatre du miel. Qui peut me dire ce que c\u2019est ? L\u00e0, \u00e9galement, je n\u2019ai pas demand\u00e9 mon reste, je suis vite reparti me confiner. Je pr\u00e9f\u00e8re la compagnie des quatre murs de ma chambre, et sa nudit\u00e9.\u00a0<br \/>C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 je ne trouve plus rien \u00e0 dire. On a beau se pr\u00e9parer \u00e0 ce presque journal d\u2019un confin\u00e9, il n\u2019en demeure pas moins que, parfois, les doigts se font gourds. Et n\u2019arrivent pas \u00e0 \u00abtaper\u00bb une phrase coh\u00e9rente. Je voudrais dire, n\u00e9anmoins, que ce confinement m\u2019a fait plonger plus que jamais dans les livres. Oui, j\u2019ai d\u00e9couvert et red\u00e9couvert des \u00e9crivains qui font de mon \u00e9merveillement un plaisir de tous les instants. D\u2019abord, j\u2019ai d\u00e9couvert Hanane Bourai et son \u00e9criture qui oppose, dans le monde de la femme, deux trac\u00e9s de vie totalement \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 l\u2019un de l\u2019autre. Deux mondes s\u2019opposent : le traditionnel et ledit moderne. D\u2019une \u00e9criture a\u00e9rienne, Hanane dresse deux portraits, deux destins, voire deux choix, aux prises avec une r\u00e9alit\u00e9 impitoyable. Puis, il y a Lynda Chouiten qui questionne la folie, une folie douce, dirai-je, pour portraiturer la \u00abr\u00e9bellion\u00bb d\u2019une femme qui, vaille que vaille, se prend en charge, malgr\u00e9 la solitude, l\u2019adversit\u00e9 et ses nerfs qui l\u00e2chent jusqu\u2019\u00e0 pratiquement le suicide. Ces deux plumes tiennent le plan de marche comme il se doit. Je suis s\u00fbr qu\u2019on entendra parler d\u2019elles d\u2019ici quelques ann\u00e9es. Ce sont deux auteures de qualit\u00e9. Enfin, j\u2019ai red\u00e9couvert Kamel Bencheikh, un po\u00e8te des ann\u00e9es soixante-dix, qui a port\u00e9 \u2014 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Chakib Hamada, Tahar Djaout, Hamid Tibouchi, Hamid Nacer Khodja, etc. \u2014 le verbe tr\u00e8s haut la po\u00e9sie. Pr\u00e9lude \u00e0 l\u2019espoir est son unique recueil, malheureusement. Cette fois-ci, il s\u2019est mis au roman. Et l\u2019essai est plus que concluant. Kamel nous retrempe dans ces moments terribles de la soldatesque fran\u00e7aise. Je le connaissais po\u00e8te, je le retrouve \u00e9crivain de talent.\u00a0 Il y a d\u2019autres noms pour d\u2019autres jouissances livresques, on essayera d\u2019en parler dans la prochaine chronique. En attendant, sortez masqu\u00e9s le Covid-19 peut se nicher n\u2019importe o\u00f9. La preuve, le confinement est prolong\u00e9 au 14 mai.\u00a0<br \/><em><strong>Y. M.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.lesoirdalgerie.com\/tendances\/journee-ordinaire-dun-confine-au-temps-du-corona-6-41875\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voil\u00e0, les amis, je suis \u00e0 ma sixi\u00e8me semaine de confinement. S\u00e9rieusement, je commence \u00e0 m\u2019habituer. 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