{"id":84132,"date":"2020-05-03T04:00:00","date_gmt":"2020-05-03T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/liberte-de-la-presse-confinement-nest-pas-renoncement\/"},"modified":"2020-05-03T04:00:00","modified_gmt":"2020-05-03T08:00:00","slug":"liberte-de-la-presse-confinement-nest-pas-renoncement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/liberte-de-la-presse-confinement-nest-pas-renoncement\/","title":{"rendered":"Libert\u00e9 de la presse : confinement n\u2019est pas renoncement"},"content":{"rendered":"<div id=\"originalText\" readability=\"169\">\n<p>Cette ann\u00e9e 2020, la Journ\u00e9e mondiale de la libert\u00e9 de la presse est comm\u00e9mor\u00e9e sous le th\u00e8me \u201cJournalisme sans crainte ni complaisance\u201d. Un vaste programme qui interpelle les consciences d\u2019ici et d\u2019ailleurs. En ces temps o\u00f9, partout dans le monde, les soci\u00e9t\u00e9s humaines sont t\u00e9tanis\u00e9es par la terreur de la pand\u00e9mie de Covid-19, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019information v\u00e9rifi\u00e9e, en principe de droit humain, est vital.\u00a0 \u00a0 \u00a0<\/p>\n<p>Or, un faisceau d\u2019actes et de faits administr\u00e9s ces derni\u00e8res semaines par les pouvoirs publics de notre pays indiquent objectivement des\u00a0atteintes aux droits professionnels des\u00a0journalistes.\u00a0Ces atteintes nous semblent orchestr\u00e9es sciemment en profitant du cadre du confinement impos\u00e9. Elles participent d\u2019une volont\u00e9 politique de r\u00e9duire, de neutraliser, voire d\u2019\u00e9radiquer les dynamiques sociales pacifiquement forg\u00e9es par le Hirak populaire depuis le 22 f\u00e9vrier 2019.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Si l\u2019air du temps sanitaire impose \u00e0 la nation alg\u00e9rienne la r\u00e8gle m\u00e9dicale intangible du confinement pour faire face au terrible virus Covid-19, par contre il ne doit pas rimer avec renoncement aux devoirs premiers des\u00a0<br \/>m\u00e9dias\u00a0 : enqu\u00eater, t\u00e9moigner et publier. Les dispositions r\u00e9glementaires et s\u00e9curitaires mises en application ces derni\u00e8res semaines \u00e0 l\u2019\u00e9gard des journalistes et des entreprises\u00a0m\u00e9diatiques sont lourdes de cons\u00e9quences\u00a0<br \/>n\u00e9gatives quant \u00e0 l\u2019exercice des m\u00e9tiers du journalisme dans notre pays.<\/p>\n<p>Non pas que les journalistes alg\u00e9riens, femmes et hommes, ne soient pas eux aussi vuln\u00e9rables face \u00e0 ce nouvel \u201cennemi de l\u2019Humanit\u00e9\u201d, comme l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9 (OMS) l\u2019a d\u00e9clar\u00e9, mais dans tous les pays du monde, y compris ces temps-ci, ce qui fonde la plus-value au sein de la production des m\u00e9dias est justement imprim\u00e9 par les meilleurs reportages et enqu\u00eates sur le carnage infernal et insidieux frappant les soci\u00e9t\u00e9s humaines.\u00a0<\/p>\n<p>C\u2019est par cette production alliant le savoir-faire de multiplier et de faire se croiser des sources, se documenter, regarder, \u00e9couter et assumer sa responsabilit\u00e9 morale et sociale de t\u00e9moin professionnel que le journaliste inscrit au quotidien son travail face aux temps anxiog\u00e8nes que nous vivons. M\u00eame si ce ne sont que des bribes de connaissances sur des r\u00e9alit\u00e9s si complexes, cette production vient nourrir le droit \u00e0 l\u2019information des citoyennes et citoyens. Pour l\u2019esprit, cette connaissance est vitale : les journalistes sont les yeux, la voix et les oreilles de leurs concitoyens confin\u00e9s.\u00a0<\/p>\n<p>Ce travail de \u201cjournalisme debout\u201d est par d\u00e9finition d\u2019agenda et de territoire ouverts, libres. Une logique traverse son proc\u00e8s d\u2019\u00e9laboration : le confinement bureaucratique le pousse au renoncement. Renoncement au droit de savoir et de faire-savoir. \u00c0 charge bien s\u00fbr pour les \u00e9diteurs et les journalistes de se conformer strictement aux r\u00e8gles sanitaires prescrites durant leur travail et les chemins\u00a0qui y m\u00e8nent.\u00a0<\/p>\n<p>Ce journalisme-l\u00e0 n\u2019est pas forc\u00e9ment en antinomie ni en concurrence avec une communication institutionnelle sanitaire relevant de la gestion des pouvoirs publics. Intelligemment produite, cette communication est \u00e0 m\u00eame d\u2019\u00e9largir les connaissances de vulgarisation scientifique et, par les usages des langues populaires, de raffermir le lien social autant que l\u2019expression est ouverte aux\u00a0auditoires.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9bat de soci\u00e9t\u00e9<\/strong><br \/>En ces temps de confinement de la soci\u00e9t\u00e9, nous le constatons, le temps imparti aux usages de l\u2019Internet est d\u00e9multipli\u00e9 dans des dimensions formidables. Ce surdimensionnement du temps disponible devient chez de larges franges de la population, et notamment les enfants et les jeunes en cong\u00e9 prolong\u00e9, une vacuit\u00e9 ouverte \u00e0 une fr\u00e9quentation via les \u00e9crans du \u201ctout et n\u2019importe quoi\u201d. L\u2019infinit\u00e9 des possibles acc\u00e8s aux programmes, jeux et loisirs offerts charrie le meilleur et (bien plus souvent) le pire. Le travail du journalisme et de la communication institutionnelle sanitaire peut s\u2019allier en antidote salutaire pour offrir aux citoyens des alternatives d\u2019entendement des r\u00e9alit\u00e9s lib\u00e9r\u00e9es du chancre des fake news, terreau d\u2019expansion de charlatanismes anciens et nouveaux et de rumeurs aux cons\u00e9quences parfois dramatiques.\u00a0<\/p>\n<p>Ce sont l\u00e0 des probl\u00e8mes r\u00e9els n\u00e9cessitant un large d\u00e9bat de soci\u00e9t\u00e9 avant d\u2019en r\u00e9guler par le droit les usages. L\u2019adoption r\u00e9cemment de la loi portant r\u00e9vision du code p\u00e9nal criminalisant la diffusion de fausses nouvelles est aussi l\u2019un de ces actes attestant de la volont\u00e9 du pouvoir de rogner sur les principes du droit. Il est sain que le Syndicat national des magistrats et le Club des magistrats aient \u00e0 l\u2019unisson fustig\u00e9 la pr\u00e9cipitation de l\u2019adoption de ce texte de loi.<\/p>\n<p>Ils observent notamment que cette loi constitue \u201cune violation du principe de la l\u00e9galit\u00e9 criminelle, qui stipule que les comportements punissables doivent \u00eatre clairement et pr\u00e9alablement d\u00e9finis par la loi pour pr\u00e9server les libert\u00e9s et les droits fondamentaux\u201d (Libert\u00e9, 29 avril).\u00a0 Autre source de vraies inqui\u00e9tudes pour les m\u00e9dias nationaux : elles sont rep\u00e9rables dans les conditions \u00e9conomiques de survie des entreprises \u00e9ditrices de quotidiens de droit\u00a0priv\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019Anep cornaque la manne publicitaire des organismes et entreprises de droit public et collectivit\u00e9s territoriales (70% du volume national). Ses jeux de distribution des ressources financi\u00e8res sont orchestr\u00e9s en b\u00e2ton ou carotte de domestication des journaux.\u00a0la cagnotte de pub des annonceurs de droit priv\u00e9 va continuer de subir des coupes drastiques dues \u00e0 la r\u00e9cession \u00e9conomique. Dans cette m\u00eame trame de fond actuelle sont ordonn\u00e9s des blocages techniques de signaux de sites d\u2019information, l\u2019emprisonnement de journalistes et de dizaines de jeunes militants du hirak s\u2019exprimant via les m\u00e9dias\u00a0\u00e9lectroniques.<\/p>\n<p>La nouvelle vision \u00e0 laquelle l\u2019\u00e9preuve de ces temps de crise extr\u00eame nous appelle est d\u2019aller vers un nouvel \u00e9chafaudage global de r\u00e9ponses aux attentes multiples du droit \u00e0 la communication au sein de la soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne. Une nouvelle vision qui respecte d\u2019abord les exigences du Hirak populaire dont la sage discipline actuelle de confinement n\u2019est pas tarissement de vigueur de souffle, quoi qu\u2019en pensent certains propagandistes.\u00a0<\/p>\n<p><strong>La calamit\u00e9 du syst\u00e8me Bouteflika<\/strong><br \/>La premi\u00e8re rupture \u00e0 \u00e9tablir par les pouvoirs publics est celle de ne plus continuer \u00e0 percevoir le journalisme en simple maillon au service de la communication institutionnelle et \u00e0 respecter les conventions internationales paraph\u00e9es par l\u2019\u00c9tat alg\u00e9rien. Aujourd\u2019hui et demain, les actes et faits des gouvernants seront jug\u00e9s \u00e0 cette aune et non sur des communiqu\u00e9s plaidoyers pro domo, chroniquement d\u00e9livr\u00e9s par les ministres de la Communication depuis l\u2019ind\u00e9pendance. En pr\u00e8s de six d\u00e9cennies, nous avons vu comment et \u00e0 quoi a contribu\u00e9 la\u00a0 vell\u00e9it\u00e9 de domestication des m\u00e9dias.\u00a0<\/p>\n<p>M. Ammar Belhimer, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, semble encore chevill\u00e9 aux pratiques anciennes. Pour d\u00e9fendre la mise sous couvre-feu p\u00e9nalisant le journalisme d\u2019investigation, il soutient que \u201cles journalistes ne peuvent pas constituer une cat\u00e9gorie \u00e0 part\u201d. Son argumentaire n\u2019est pas en phase avec les exigences qualitatives d\u2019un r\u00e9dacteur en chef respectueux de son travail. \u201cL\u2019essentiel de l\u2019activit\u00e9, dit-il, se d\u00e9roule le jour. Le soir o\u00f9 les villes et les villages sont vides et o\u00f9 tout est ferm\u00e9, l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019effectuer des reportages n\u2019est pas si \u00e9vident que cela. Le champ des sujets \u00e0 traiter\u00a0 para\u00eet r\u00e9duit.\u201d<\/p>\n<p>L\u2019Alg\u00e9rie a connu \u201cla peste et le chol\u00e9ra\u201d des ann\u00e9es 90\u2019 et la calamit\u00e9 du syst\u00e8me Bouteflika; elle a surv\u00e9cu et r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 d\u2019expression citoyenne gr\u00e2ce aussi \u00e0 une presse qui a refus\u00e9 la compromission.\u00a0 Le nationalisme verbeux auquel tentent de nouveau de nous raccrocher les id\u00e9ologues \u00e9pigones du FLN n\u2019est pas le patriotisme de conviction et d\u2019action du hirak populaire.<\/p>\n<p>D\u00e9truire les ossatures d\u2019une poign\u00e9e d\u2019entreprises m\u00e9diatiques nationales de droit priv\u00e9 qui ont r\u00e9sist\u00e9 vaillamment au syst\u00e8me Bouteflika, pers\u00e9v\u00e9rer \u00e0 \u00e9radiquer tout \u00e9lan des professionnels \u00e0 appliquer les fondamentaux du service public dans l\u2019audiovisuel d\u2019\u00c9tat (mis en concurrence avec des t\u00e9l\u00e9s offshore mercenaires), c\u2019est participer au d\u00e9mant\u00e8lement du patrimoine m\u00e9diatique national. En \u00e9crasant les capacit\u00e9s endog\u00e8nes des m\u00e9dias, les pouvoirs publics renforcent les moyens de p\u00e9n\u00e9tration des multinationales de la communication, celles-l\u00e0 m\u00eames qu\u2019ils taxent par d\u00e9magogie de \u201ccheval de Troie\u201d, au \u201csoft power pernicieux\u201d.\u00a0<\/p>\n<p>Par ces temps de confinement imposant un\u00a0retrait salutaire de l\u2019espace public physique, il serait simpliste d\u2019y voir un renoncement aux droits et libert\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"c6\"><strong>Par : Belkacem Mostefaoui \u00c9cole nationale sup\u00e9rieure de journalisme et des sciences de l\u2019information, Alger\u00a0<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"text_core\" readability=\"169\">\n<p>Cette ann\u00e9e 2020, la Journ\u00e9e mondiale de la libert\u00e9 de la presse est comm\u00e9mor\u00e9e sous le th\u00e8me \u201cJournalisme sans crainte ni complaisance\u201d. Un vaste programme qui interpelle les consciences d\u2019ici et d\u2019ailleurs. En ces temps o\u00f9, partout dans le monde, les soci\u00e9t\u00e9s humaines sont t\u00e9tanis\u00e9es par la terreur de la pand\u00e9mie de Covid-19, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019information v\u00e9rifi\u00e9e, en principe de droit humain, est vital.\u00a0 \u00a0 \u00a0<\/p>\n<p>Or, un faisceau d\u2019actes et de faits administr\u00e9s ces derni\u00e8res semaines par les pouvoirs publics de notre pays indiquent objectivement des\u00a0atteintes aux droits professionnels des\u00a0journalistes.\u00a0Ces atteintes nous semblent orchestr\u00e9es sciemment en profitant du cadre du confinement impos\u00e9. Elles participent d\u2019une volont\u00e9 politique de r\u00e9duire, de neutraliser, voire d\u2019\u00e9radiquer les dynamiques sociales pacifiquement forg\u00e9es par le Hirak populaire depuis le 22 f\u00e9vrier 2019.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Si l\u2019air du temps sanitaire impose \u00e0 la nation alg\u00e9rienne la r\u00e8gle m\u00e9dicale intangible du confinement pour faire face au terrible virus Covid-19, par contre il ne doit pas rimer avec renoncement aux devoirs premiers des\u00a0<br \/>m\u00e9dias\u00a0 : enqu\u00eater, t\u00e9moigner et publier. Les dispositions r\u00e9glementaires et s\u00e9curitaires mises en application ces derni\u00e8res semaines \u00e0 l\u2019\u00e9gard des journalistes et des entreprises\u00a0m\u00e9diatiques sont lourdes de cons\u00e9quences\u00a0<br \/>n\u00e9gatives quant \u00e0 l\u2019exercice des m\u00e9tiers du journalisme dans notre pays.<\/p>\n<p>Non pas que les journalistes alg\u00e9riens, femmes et hommes, ne soient pas eux aussi vuln\u00e9rables face \u00e0 ce nouvel \u201cennemi de l\u2019Humanit\u00e9\u201d, comme l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9 (OMS) l\u2019a d\u00e9clar\u00e9, mais dans tous les pays du monde, y compris ces temps-ci, ce qui fonde la plus-value au sein de la production des m\u00e9dias est justement imprim\u00e9 par les meilleurs reportages et enqu\u00eates sur le carnage infernal et insidieux frappant les soci\u00e9t\u00e9s humaines.\u00a0<\/p>\n<p>C\u2019est par cette production alliant le savoir-faire de multiplier et de faire se croiser des sources, se documenter, regarder, \u00e9couter et assumer sa responsabilit\u00e9 morale et sociale de t\u00e9moin professionnel que le journaliste inscrit au quotidien son travail face aux temps anxiog\u00e8nes que nous vivons. M\u00eame si ce ne sont que des bribes de connaissances sur des r\u00e9alit\u00e9s si complexes, cette production vient nourrir le droit \u00e0 l\u2019information des citoyennes et citoyens. Pour l\u2019esprit, cette connaissance est vitale : les journalistes sont les yeux, la voix et les oreilles de leurs concitoyens confin\u00e9s.\u00a0<\/p>\n<p>Ce travail de \u201cjournalisme debout\u201d est par d\u00e9finition d\u2019agenda et de territoire ouverts, libres. Une logique traverse son proc\u00e8s d\u2019\u00e9laboration : le confinement bureaucratique le pousse au renoncement. Renoncement au droit de savoir et de faire-savoir. \u00c0 charge bien s\u00fbr pour les \u00e9diteurs et les journalistes de se conformer strictement aux r\u00e8gles sanitaires prescrites durant leur travail et les chemins\u00a0qui y m\u00e8nent.\u00a0<\/p>\n<p>Ce journalisme-l\u00e0 n\u2019est pas forc\u00e9ment en antinomie ni en concurrence avec une communication institutionnelle sanitaire relevant de la gestion des pouvoirs publics. Intelligemment produite, cette communication est \u00e0 m\u00eame d\u2019\u00e9largir les connaissances de vulgarisation scientifique et, par les usages des langues populaires, de raffermir le lien social autant que l\u2019expression est ouverte aux\u00a0auditoires.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9bat de soci\u00e9t\u00e9<\/strong><br \/>En ces temps de confinement de la soci\u00e9t\u00e9, nous le constatons, le temps imparti aux usages de l\u2019Internet est d\u00e9multipli\u00e9 dans des dimensions formidables. Ce surdimensionnement du temps disponible devient chez de larges franges de la population, et notamment les enfants et les jeunes en cong\u00e9 prolong\u00e9, une vacuit\u00e9 ouverte \u00e0 une fr\u00e9quentation via les \u00e9crans du \u201ctout et n\u2019importe quoi\u201d. L\u2019infinit\u00e9 des possibles acc\u00e8s aux programmes, jeux et loisirs offerts charrie le meilleur et (bien plus souvent) le pire. Le travail du journalisme et de la communication institutionnelle sanitaire peut s\u2019allier en antidote salutaire pour offrir aux citoyens des alternatives d\u2019entendement des r\u00e9alit\u00e9s lib\u00e9r\u00e9es du chancre des fake news, terreau d\u2019expansion de charlatanismes anciens et nouveaux et de rumeurs aux cons\u00e9quences parfois dramatiques.\u00a0<\/p>\n<p>Ce sont l\u00e0 des probl\u00e8mes r\u00e9els n\u00e9cessitant un large d\u00e9bat de soci\u00e9t\u00e9 avant d\u2019en r\u00e9guler par le droit les usages. L\u2019adoption r\u00e9cemment de la loi portant r\u00e9vision du code p\u00e9nal criminalisant la diffusion de fausses nouvelles est aussi l\u2019un de ces actes attestant de la volont\u00e9 du pouvoir de rogner sur les principes du droit. Il est sain que le Syndicat national des magistrats et le Club des magistrats aient \u00e0 l\u2019unisson fustig\u00e9 la pr\u00e9cipitation de l\u2019adoption de ce texte de loi.<\/p>\n<p>Ils observent notamment que cette loi constitue \u201cune violation du principe de la l\u00e9galit\u00e9 criminelle, qui stipule que les comportements punissables doivent \u00eatre clairement et pr\u00e9alablement d\u00e9finis par la loi pour pr\u00e9server les libert\u00e9s et les droits fondamentaux\u201d (Libert\u00e9, 29 avril).\u00a0 Autre source de vraies inqui\u00e9tudes pour les m\u00e9dias nationaux : elles sont rep\u00e9rables dans les conditions \u00e9conomiques de survie des entreprises \u00e9ditrices de quotidiens de droit\u00a0priv\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019Anep cornaque la manne publicitaire des organismes et entreprises de droit public et collectivit\u00e9s territoriales (70% du volume national). Ses jeux de distribution des ressources financi\u00e8res sont orchestr\u00e9s en b\u00e2ton ou carotte de domestication des journaux.\u00a0la cagnotte de pub des annonceurs de droit priv\u00e9 va continuer de subir des coupes drastiques dues \u00e0 la r\u00e9cession \u00e9conomique. Dans cette m\u00eame trame de fond actuelle sont ordonn\u00e9s des blocages techniques de signaux de sites d\u2019information, l\u2019emprisonnement de journalistes et de dizaines de jeunes militants du hirak s\u2019exprimant via les m\u00e9dias\u00a0\u00e9lectroniques.<\/p>\n<p>La nouvelle vision \u00e0 laquelle l\u2019\u00e9preuve de ces temps de crise extr\u00eame nous appelle est d\u2019aller vers un nouvel \u00e9chafaudage global de r\u00e9ponses aux attentes multiples du droit \u00e0 la communication au sein de la soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne. Une nouvelle vision qui respecte d\u2019abord les exigences du Hirak populaire dont la sage discipline actuelle de confinement n\u2019est pas tarissement de vigueur de souffle, quoi qu\u2019en pensent certains propagandistes.\u00a0<\/p>\n<p><strong>La calamit\u00e9 du syst\u00e8me Bouteflika<\/strong><br \/>La premi\u00e8re rupture \u00e0 \u00e9tablir par les pouvoirs publics est celle de ne plus continuer \u00e0 percevoir le journalisme en simple maillon au service de la communication institutionnelle et \u00e0 respecter les conventions internationales paraph\u00e9es par l\u2019\u00c9tat alg\u00e9rien. Aujourd\u2019hui et demain, les actes et faits des gouvernants seront jug\u00e9s \u00e0 cette aune et non sur des communiqu\u00e9s plaidoyers pro domo, chroniquement d\u00e9livr\u00e9s par les ministres de la Communication depuis l\u2019ind\u00e9pendance. En pr\u00e8s de six d\u00e9cennies, nous avons vu comment et \u00e0 quoi a contribu\u00e9 la\u00a0 vell\u00e9it\u00e9 de domestication des m\u00e9dias.\u00a0<\/p>\n<p>M. Ammar Belhimer, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, semble encore chevill\u00e9 aux pratiques anciennes. Pour d\u00e9fendre la mise sous couvre-feu p\u00e9nalisant le journalisme d\u2019investigation, il soutient que \u201cles journalistes ne peuvent pas constituer une cat\u00e9gorie \u00e0 part\u201d. Son argumentaire n\u2019est pas en phase avec les exigences qualitatives d\u2019un r\u00e9dacteur en chef respectueux de son travail. \u201cL\u2019essentiel de l\u2019activit\u00e9, dit-il, se d\u00e9roule le jour. Le soir o\u00f9 les villes et les villages sont vides et o\u00f9 tout est ferm\u00e9, l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019effectuer des reportages n\u2019est pas si \u00e9vident que cela. Le champ des sujets \u00e0 traiter\u00a0 para\u00eet r\u00e9duit.\u201d<\/p>\n<p>L\u2019Alg\u00e9rie a connu \u201cla peste et le chol\u00e9ra\u201d des ann\u00e9es 90\u2019 et la calamit\u00e9 du syst\u00e8me Bouteflika; elle a surv\u00e9cu et r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 d\u2019expression citoyenne gr\u00e2ce aussi \u00e0 une presse qui a refus\u00e9 la compromission.\u00a0 Le nationalisme verbeux auquel tentent de nouveau de nous raccrocher les id\u00e9ologues \u00e9pigones du FLN n\u2019est pas le patriotisme de conviction et d\u2019action du hirak populaire.<\/p>\n<p>D\u00e9truire les ossatures d\u2019une poign\u00e9e d\u2019entreprises m\u00e9diatiques nationales de droit priv\u00e9 qui ont r\u00e9sist\u00e9 vaillamment au syst\u00e8me Bouteflika, pers\u00e9v\u00e9rer \u00e0 \u00e9radiquer tout \u00e9lan des professionnels \u00e0 appliquer les fondamentaux du service public dans l\u2019audiovisuel d\u2019\u00c9tat (mis en concurrence avec des t\u00e9l\u00e9s offshore mercenaires), c\u2019est participer au d\u00e9mant\u00e8lement du patrimoine m\u00e9diatique national. En \u00e9crasant les capacit\u00e9s endog\u00e8nes des m\u00e9dias, les pouvoirs publics renforcent les moyens de p\u00e9n\u00e9tration des multinationales de la communication, celles-l\u00e0 m\u00eames qu\u2019ils taxent par d\u00e9magogie de \u201ccheval de Troie\u201d, au \u201csoft power pernicieux\u201d.\u00a0<\/p>\n<p>Par ces temps de confinement imposant un\u00a0retrait salutaire de l\u2019espace public physique, il serait simpliste d\u2019y voir un renoncement aux droits et libert\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"c6\"><strong>Par : Belkacem Mostefaoui \u00c9cole nationale sup\u00e9rieure de journalisme et des sciences de l\u2019information, Alger\u00a0<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.liberte-algerie.com\/actualite\/liberte-de-la-presse-confinement-nest-pas-renoncement-338180\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cette ann\u00e9e 2020, la Journ\u00e9e mondiale de la libert\u00e9 de la presse est comm\u00e9mor\u00e9e sous le th\u00e8me \u201cJournalisme sans crainte ni complaisance\u201d. 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