{"id":84579,"date":"2020-05-06T16:17:28","date_gmt":"2020-05-06T20:17:28","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/boucle-du-mouhoun-quand-des-exciseuses-abandonnent-lames-et-couteaux\/"},"modified":"2020-05-06T16:17:28","modified_gmt":"2020-05-06T20:17:28","slug":"boucle-du-mouhoun-quand-des-exciseuses-abandonnent-lames-et-couteaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/boucle-du-mouhoun-quand-des-exciseuses-abandonnent-lames-et-couteaux\/","title":{"rendered":"Boucle du Mouhoun: Quand des exciseuses abandonnent lames et couteaux"},"content":{"rendered":"<div class=\"td-post-featured-image\"><a href=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/exciseuse7.jpg\" data-caption=\"\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"696\" height=\"317\" class=\"entry-thumb td-modal-image\" src=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/exciseuse7-696x317.jpg\" srcset=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/exciseuse7-696x317.jpg 696w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/exciseuse7-300x136.jpg 300w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/exciseuse7-768x349.jpg 768w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/exciseuse7.jpg 787w\" sizes=\"auto, (max-width: 696px) 100vw, 696px\" alt=\"\" title=\"exciseuse7\"\/><\/a><\/div>\n<p><strong>Pratique \u00e0 la peau dure, l\u2019excision demeure un v\u00e9ritable d\u00e9fi pour les d\u00e9fenseurs des droits de la femme. De l\u2019administration publique aux associations, de nombreuses actions sont men\u00e9es pour combattre ce ph\u00e9nom\u00e8ne qui attriste de nombreuses femmes au Burkina Faso. A Douroula, une commune rurale dans la province du Mouhoun, d\u2019anciennes exciseuses se sont reconverties dans des Activit\u00e9s g\u00e9n\u00e9ratrices de revenus (AGR).<\/strong><\/p>\n<p>Samedi 15 f\u00e9vrier 2020. Il est 11 heures 30 minutes \u00e0 Douroula, commune rurale \u00e0 une trentaine de kilom\u00e8tres au nord de D\u00e9dougou dans la r\u00e9gion de la Boucle du Mouhoun. En cette p\u00e9riode de saison s\u00e8che, c\u2019est l\u2019oisivet\u00e9 dans les campagnes, en attendant la reprise des pluies pour les travaux champ\u00eatres. Un groupe de femmes de cette commune rurale, des anciennes exciseuses, ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019occuper sainement ce passage \u00e0 vide par une Activit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ratrice de revenus (AGR). La cinquantaine en moyenne, trois femmes de ce groupe, avec Assita Drabo \u00e0 leur t\u00eate, s\u2019activent dans une cour d\u2019habitation \u00e0 extraire du jus de noix de karit\u00e9. Ces anciens \u00ab\u00a0bourreaux\u00a0\u00bb des jeunes filles qui, apr\u00e8s avoir pris conscience des cons\u00e9quences dangereuses de la pratique de l\u2019excision et de son interdiction par la loi, se sont r\u00e9solus \u00e0 troquer leurs lames et couteaux contre des AGR. \u00ab\u00a0La pratique de l\u2019excision nous avait \u00e9t\u00e9 transmise par nos parents qui l\u2019ont eux aussi re\u00e7ue de leurs parents. C\u2019est une pratique ancestrale qui se transmettait de m\u00e8re en fille que nous pratiquions dans le pass\u00e9. Mais au regard de son interdiction par la loi, et les multiples sensibilisations que nous avons re\u00e7ues, nous sommes aujourd\u2019hui bien conscientes des nombreuses cons\u00e9quences de cette pratique sur la vie de la femme. C\u2019est pourquoi, en guise de repentir, nous nous investissons dans la fabrication de beurre de karit\u00e9 pour gagner sainement notre vie \u00bb, confie Assita Drabo. Sage-femme de formation et responsable d\u2019une ONG de mutuelle de sant\u00e9, Aminata Coulibaly s\u2019investit sans rel\u00e2che dans l\u2019\u00e9radication de la pratique de l\u2019excision dans la province du Mouhoun. Sollicit\u00e9e par une association \u0153uvrant dans la lutte contre la pratique de l\u2019excision, la sage-femme, avec l\u2019assistance des hommes de droit et des responsables religieux et coutumiers, dit avoir convaincu au cours de symposiums tenus en 2010 et en 2011 \u00e0 D\u00e9dougou de nombreuses exciseuses \u00e0 l\u2019abandon de cette pratique d\u00e9vastatrice pour l\u2019autre moiti\u00e9 du ciel. \u00ab\u00a0Au cours des formations avec les femmes qui pratiquent l\u2019excision, comme lors des symposiums, nous insistons sur les cons\u00e9quences de cette pratique chez la jeune fille et chez la femme\u00a0\u00bb, soutient Aminata Coulibaly.<\/p>\n<p>Choquer par des t\u00e9moignages<\/p>\n<div class=\"td-a-rec td-a-rec-id-content_inline tdi_30_c7f td_block_template_1\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-21314\" src=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Bandeau-Covid-19-Sidwaya-1.jpg\" alt=\"\" width=\"790\" height=\"98\"\/><\/div>\n<p>Pour faire percevoir les cons\u00e9quences de cette pratique d\u2019une autre \u00e9poque, dame Coulibaly laisse entendre qu\u2019\u00e0 la maternit\u00e9 du Centre hospitalier r\u00e9gional (CHR) de D\u00e9dougou, quand elle y \u00e9tait, le personnel de sant\u00e9 n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 inviter les accompagnants, surtout les vieilles femmes, des femmes enceintes \u00e0 assister \u00e0 l\u2019accouchement lorsqu\u2019il y a des complications li\u00e9es \u00e0 l\u2019excision. \u00ab Nous le faisions afin qu\u2019elles constatent de visu les d\u00e9g\u00e2ts caus\u00e9s par l\u2019excision, question de les choquer et jouer sur le moral. Donc\u00a0nous essayons de convaincre par les formations, la dissuasion et par les cas-t\u00e9moins\u00a0\u00bb, relate Aminata Coulibaly. Dans ce combat contre l\u2019excision, Sita Mana, victime de cette pratique \u00ab\u00a0ignoble\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019\u00e2ge de quatorze ans, s\u2019est promise d\u2019\u0153uvrer \u00e0 ce qu\u2019aucune fille de Bondokuy dans la province du Mouhoun, son village natal, ne souffre le martyre comme elle. A cet effet, elle a cr\u00e9\u00e9 en 1993, l\u2019association \u00ab\u00a0Yenimahan\u00a0\u00bb (changement de mentalit\u00e9 en langue bwamu) pour, non seulement, sensibiliser les coutumiers aux dangers de l\u2019excision, mais aussi convaincre les exciseuses pour son abandon au profit des AGR. \u00ab\u00a0Victime de l\u2019excision \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 14 ans, j\u2019ai pris la r\u00e9solution de la combattre en cr\u00e9ant l\u2019association Yenimahan. Depuis 1993, les membres de l\u2019association \u0153uvrent dans la sensibilisation sur les cons\u00e9quences de cette pratique \u00e0 la peau dure qui attriste de nombreuses femmes. Les d\u00e9buts n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 du tout faciles, mais avec la pers\u00e9v\u00e9rance et l\u2019accompagnement de ma famille, nous avons pu engranger quelques r\u00e9sultats\u00a0\u00bb, se r\u00e9jouit Mme Mana. Partie de Bondokuy, Sita Mana et son association ont fait le tour des villages de la province du Mouhoun o\u00f9 la pratique de l\u2019excision \u00e9tait ancr\u00e9e dans les habitudes des populations. De Ouarkoye, \u00e0 Kona, en passant par Ouona et Tchi\u00e9riba, l\u2019opposante \u00e0 la pratique de l\u2019excision a pris son b\u00e2ton de p\u00e8lerin pour convaincre l\u2019abandon de l\u2019ablation du clitoris. Dans sa strat\u00e9gie de communication, Sita Mana organise des causeries-d\u00e9bats avec les exciseuses au cours desquelles, des s\u00e9ances de projection de films sur les images terrifiantes de l\u2019excision leur sont projet\u00e9es afin de les amener \u00e0 se rendre compte des cons\u00e9quences de leurs actes. \u00ab\u00a0Les causeries-d\u00e9bats et les projections de films sur les cons\u00e9quences de l\u2019excision sont nos principales armes pour amener \u00e0 une prise de conscience des m\u00e9faits de cette pratique d\u00e9fendue pour des raisons culturelles. Des anciennes exciseuses qui ont m\u00eame fait la prison se sont jointes \u00e0 nous pour nos s\u00e9ances de sensibilisation dans cette lutte et sont aujourd\u2019hui des membres actifs de l\u2019association\u00a0\u00bb, soutient la pr\u00e9sidente de Yenimahan.<\/p>\n<p>L\u2019islam n\u2019autorise pas l\u2019excision<\/p>\n<p>La direction r\u00e9gionale de la femme dans la Boucle du Mouhoun, selon son premier responsable, Innocent Stanislas Tuina, ne cesse, elle aussi, de multiplier les actions pour combattre ce ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019une autre \u00e9poque dans le \u00ab\u00a0grenier du Burkina\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Nous faisons de notre mieux \u00e0 travers les s\u00e9ances de sensibilisation avec l\u2019appui de certaines associations pour faire comprendre les effets n\u00e9fastes de l\u2019excision dans les contr\u00e9es o\u00f9 elle perdure. Des cin\u00e9-d\u00e9bats aux patrouilles dissuasives, en passant par des audiences foraines et les causeries \u00e9ducatives, nous usons de tous les moyens \u00e0 notre pouvoir pour faire passer le message afin de convaincre \u00e0 abandonner la pratique de l\u2019excision\u00a0\u00bb, foi du directeur r\u00e9gional de la Femme, de la Solidarit\u00e9 nationale, de la Famille et de l\u2019Action humanitaire de la Boucle du Mouhoun, Innocent Stanislas Tuina. Et avec ces actions de sensibilisation, M. Tuina soutient que la population a l\u2019information sur les dangers que courent les jeunes filles en se faisant exciser. Seulement, il faut travailler \u00e0 les convaincre \u00e0 la d\u00e9nonciation. Chose qui n\u2019est pas du tout ais\u00e9e. \u00ab\u00a0Il y a eu des acquis avec les multiples sensibilisations qui ont permis de donner l\u2019information. On sent qu\u2019il y a aussi un recul parce qu\u2019avant, la pratique se faisait au vu et au su de tout le monde, et c\u2019\u00e9tait une multitude de jeunes filles qu\u2019on excisait. Mais comme on sait que la pratique est condamn\u00e9e, on ne peut pas se la permettre \u00e0 ciel ouvert et avec un grand nombre d\u2019enfants comme de par le pass\u00e9. Maintenant il faut redoubler d\u2019efforts dans la d\u00e9nonciation\u00a0\u00bb, sugg\u00e8re Innocent Stanislas Tuina. Index\u00e9 comme une raison \u00e9voqu\u00e9e pour la pratique de l\u2019excision, l\u2019islam, selon les propos de Abdoul Karim Akabi, coordonnateur et Imam du Cercle d\u2019\u00e9tude de recherche et de formation islamique (CERFI) de la Boucle du Mouhoun, est au contraire contre l\u2019excision des filles. \u00ab\u00a0Nulle part dans le livre Saint, il est mentionn\u00e9 que le musulman doit pratiquer l\u2019excision. La tradition du proph\u00e8te Mohamed n\u2019aborde nulle part la pratique de l\u2019excision dans l\u2019Islam. Par cons\u00e9quent, ni le coran, ni le proph\u00e8te de son vivant, n\u2019a autoris\u00e9 la pratique de l\u2019excision\u00a0\u00bb, mart\u00e8le Abdoul Karim Akabi. \u00ab\u00a0Dans aucune coutume du Burkina, il n\u2019est dit nulle part qu\u2019il faut exciser forc\u00e9ment la femme.<br \/>Sur l\u2019aspect religieux aussi, il faut reconna\u00eetre que la pratique de l\u2019excision est ant\u00e9rieure aux religions r\u00e9v\u00e9l\u00e9es (ndlr\u00a0: le christianisme et l\u2019islam)\u00a0\u00bb, rench\u00e9rit la professionnelle de sant\u00e9, Aminata Coulibaly. En r\u00e9ponse \u00e0 une certaine opinion qui estime que la pratique de l\u2019excision est conseill\u00e9e par l\u2019islam, Abdoul Karim Akabi soutient que c\u2019est une opinion antique, ant\u00e9rieure \u00e0 l\u2019islam qui n\u2019a aucun fondement dans la religion islamique. \u00ab\u00a0En aucun cas, le coran ou les textes du proph\u00e8te n\u2019ont dit qu\u2019une femme non excis\u00e9e est souill\u00e9e. Selon les r\u00e9cits historiques, l\u2019on nous enseigne que dans le temps, le messager de Dieu a appris qu\u2019il y avait des peuples qui le faisaient.\u00a0Etonn\u00e9 d\u2019abord de savoir que certains de ses compagnons pratiquaient l\u2019excision, il les a conseill\u00e9s d\u2019enlever une toute petite partie du clitoris afin de permettre \u00e0 la femme de trouver du plaisir de m\u00eame que son mari. En Islam, la femme n\u2019est en \u00e9tat d\u2019impuret\u00e9 que lorsqu\u2019elle voit ses menstruations ou ses lochies\u00a0\u00bb, soutient imam Akabi. Pour laver les Imams de tout soup\u00e7on et donner la vraie et la bonne information aux fid\u00e8les, il pr\u00e9conise que ces derniers \u00e9voquent la question lors des pr\u00eaches dans les mosqu\u00e9es. Ce qui permettra du m\u00eame coup d\u2019\u00e9clairer les musulmans sur ce sujet. \u00ab\u00a0Par contre, le proph\u00e8te a conseill\u00e9 la pratique de la circoncision pour des bienfaits pour l\u2019homme tout comme la coupe des cheveux et des ongles\u00a0\u00bb, clarifie le coordonnateur du CERFI de la Boucle du Mouhoun.<\/p>\n<p>Kam\u00e9l\u00e9 FAYAMA<\/p>\n<div class=\"td-a-rec td-a-rec-id-content_bottom tdi_31_222 td_block_template_1\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-9623\" src=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/Projet-bannie\u0300re-Orange-mobile.jpg\" alt=\"\" width=\"728\" height=\"81\"\/><\/div>\n<p>Auteur: BM. Sidwaya<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/blog\/2020\/05\/06\/boucle-du-mouhoun-quand-des-exciseuses-abandonnent-lames-et-couteaux\/\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pratique \u00e0 la peau dure, l\u2019excision demeure un v\u00e9ritable d\u00e9fi pour les d\u00e9fenseurs des droits de la femme. De l\u2019administration publique aux associations, de nombreuses actions sont men\u00e9es pour combattre ce ph\u00e9nom\u00e8ne qui attriste de nombreuses femmes au Burkina Faso. 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