{"id":84835,"date":"2020-05-09T10:30:47","date_gmt":"2020-05-09T14:30:47","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/tribune-libre-a-lombre-de-coronavirus\/"},"modified":"2020-05-09T10:30:47","modified_gmt":"2020-05-09T14:30:47","slug":"tribune-libre-a-lombre-de-coronavirus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/tribune-libre-a-lombre-de-coronavirus\/","title":{"rendered":"Tribune libre : A l\u2019ombre de coronavirus"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" class=\"post_layout_5_img\" src=\"https:\/\/aujourdhui.ma\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Coronavirus.jpg\" alt=\"Tribune libre : A l&#x2019;ombre de coronavirus\"\/><\/p>\n<p><span class=\"c7\"><strong>Demeurer en repos chez soi est une occasion propice pour red\u00e9couvrir ses \u00e9motions et ses envies, ses craintes et ses phobies, \u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e9coute de son tempo personnel, suivre progressivement, harmonieusement et savoureusement cette reconnexion \u00e0 soi-m\u00eame.<\/strong><\/span> <span id=\"more-344477\"\/><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/aujourdhui.ma\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Farouk-Youssef.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-344449\" src=\"https:\/\/aujourdhui.ma\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Farouk-Youssef.jpg\" alt=\"\" width=\"245\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/aujourdhui.ma\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Farouk-Youssef.jpg 373w, https:\/\/aujourdhui.ma\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Farouk-Youssef-294x300.jpg 294w, https:\/\/aujourdhui.ma\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Farouk-Youssef-36x36.jpg 36w\" sizes=\"auto, (max-width: 245px) 100vw, 245px\"\/><\/a><span class=\"c8\"><strong>Par Farouk Youssef (*)<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Coronavirus : un fait mondial qui occupe tous les esprits, un fl\u00e9au qui s\u2019abat sur les quatre coins du monde, une question qui s\u2019impose avec acuit\u00e9 \u00e0 l\u2019intelligence humaine, un ennemi invisible qui, \u00abdu sang que nous perdons cro\u00eet et se fortifie\u00bb, un fardeau qui p\u00e8se lourdement sur le Pr\u00e9sent et nargue l\u2019incertain Avenir, un myst\u00e8re qui fait jaser les savants aust\u00e8res et les fervents amoureux de la vie, un infiniment petit auquel se plient toutes les sommit\u00e9s, un virus qui va d\u00e9mocratisant le mal, terrassant puissants et faibles, nantis et d\u00e9munis, r\u00e9duisant tous les bip\u00e8des- ou presque- \u00e0 une \u00abservitude involontaire\u00bb, \u00e0 un confinement chez soi, \u00e0 un repli sur soi lourd de cons\u00e9quences.<\/p>\n<p>Car se confiner c\u2019est d\u2019abord faire face \u00e0 sa finitude, reconna\u00eetre, par la force de \u00abcorona\u00bb, sa mis\u00e8re, sa d\u00e9pendance. Blaise Pascal a finement soulign\u00e9 cette g\u00eane qu\u2019\u00e9prouve l\u2019\u00eatre humain \u00e0 huis clos. \u00abJ\u2019ai d\u00e9couvert que tout le malheur des hommes vient d\u2019une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos, dans une chambre\u00bb. Si le divertissement, selon l\u2019auteur des Pens\u00e9es, sert d\u2019alibi aux descendants d\u2019Eve et d\u2019Adam, pour \u00abfuir, l\u00e0-bas fuir\u00bb, d\u00e9veloppant d\u00e9mesur\u00e9ment leur pseudo grandeur, force est de constater que l\u2019examen de soi, ce regard introspectif par lequel l\u2019\u00eatre se livre au passionnant d\u00e9bat de sa conscience, est l\u2019unique panac\u00e9e au mal-\u00eatre.<br \/>A l\u2019ombre de coronavirus, \u00e0 l\u2019abri de l\u2019enfer sartrien : \u00ables autres\u00bb, l\u2019\u00eatre en nous se doit d\u2019appr\u00e9hender cette opportunit\u00e9 \u00abcovidesque\u00bb afin de recouvrer son c.v originel <span class=\"c9\">(1)<\/span>, son moi profond, intime, vid\u00e9 de tous les artifices et les masques, pr\u00eat \u00e0 s\u2019ouvrir \u00e0 soi pour se re-co-na\u00eetre ou se repenser. La mise en jach\u00e8re de sa vie, forc\u00e9e mais salutaire, permet \u00e0 cet \u00eatre si proche et si myst\u00e9rieux de faire surface. Demeurer en repos chez soi est une occasion propice pour red\u00e9couvrir ses \u00e9motions et ses envies, ses craintes et ses phobies, \u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e9coute de son tempo personnel, suivre progressivement, harmonieusement et savoureusement cette reconnexion \u00e0 soi-m\u00eame. Si le cogito cart\u00e9sien est la condition sine qua non de l\u2019existence, cette existence prend forme et sens dans et par le biais de la r\u00e9conciliation de l\u2019homme avec lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>L\u2019ouverture \u00e0 soi favorise donc l\u2019av\u00e8nement de la jouissance pure, l\u2019\u00e9merveillement devant les choses que la civilisation a malicieusement dissip\u00e9 au profit d\u2019une \u00abpourrissante lumi\u00e8re\u00bb. Proust l\u2019a bien compris lorsqu\u2019il se confina, se d\u00e9roba aux regards \u00e9trangers pour enfin \u00eatre pr\u00e9sent \u00e0 soi. De sa retraite, il recomposa, par le truchement d\u2019une Madeleine inspiratrice, tout un monde o\u00f9 le temps se vida de son sens conventionnel pour se charger d\u2019un autre, intime, essentiel. Aussi Le temps retrouv\u00e9 est-il le couronnement d\u2019une existence \u00e0 soi finement accomplie. Le promeneur solitaire, lui, conf\u00e8re au present continuous ses lettres de noblesse. Emancip\u00e9 d\u2019un pass\u00e9 qui n\u2019est plus et d\u2019un avenir qui n\u2019est pas encore, l\u2019auteur des R\u00eaveries, depuis sa retraite salvatrice, loin des autres, ses pers\u00e9cuteurs, son enfer, peut d\u00e9sormais savourer son confinement, son juste l\u00e0, un v\u00e9ritable locus amoenus dans un pr\u00e9sent qui dure.<\/p>\n<p>Dire que le confinement offre \u00e0 l\u2019homme une chance inou\u00efe d\u2019\u00eatre pr\u00e9sent \u00e0 soi, c\u2019est souligner qu\u2019une telle pr\u00e9sence ne peut s\u2019accomplir r\u00e9ellement que par une remise en question de l\u2019\u00eatre confin\u00e9, une critique constructive susceptible d\u2019interroger ses convictions et ses doutes, ses ambitions folles pour les raisonner, ses manquements pour y rem\u00e9dier, ses illusions perdues pour l\u2019assagir. Loin d\u2019\u00eatre une autoflagellation passive, un lamento pour justifier un fiasco ou relater, la mort dans l\u2019\u00e2me, une m\u00e9saventure, l\u2019autocritique authentique se veut dynamique, interactive ; l\u2019\u00eatre, \u00e0 la fois sujet et objet, prend conscience que la refonte escompt\u00e9e n\u2019est pas une mince affaire. C\u2019est une exp\u00e9rience de longue haleine, dure et p\u00e9rilleuse, sollicitant affects (pour Spinoza, les affects positifs augmentent notre puissance d\u2019agir) et intellect : deux forces agissantes que la personne en question doit savamment combiner pour juger et jauger sa vie dans la dur\u00e9e comme l\u2019a bien dit cet esprit renaissant : \u00abJe ne peins pas l\u2019\u00eatre. Je peins le passage\u00bb. Le \u00abje\u00bb pensant table sur sa franchise pour se dire dans sa nudit\u00e9 et sur l\u2019inconstance pour souligner toutes les modifications impr\u00e9vues, apparemment absurdes, parfois d\u00e9concertantes qui s\u2019op\u00e8rent dans cet \u00eatre en mouvement. Montaigne nous apprend, dans ses Essais, que la qu\u00eate de la v\u00e9rit\u00e9, de sa propre v\u00e9rit\u00e9, passe n\u00e9cessairement par l\u2019examen critique de sa propre personne ; il en fait une feuille de route pour mieux conna\u00eetre la nature humaine.<\/p>\n<p>Se repenser dans le confinement, \u00e0 l\u2019ombre de coronavirus, c\u2019est justement repenser sa relation aux autres, \u00e0 l\u2019Autre qui, selon A. Saint Exup\u00e9ry, \u00abloin de [nous] l\u00e9ser, il [nous] augmente\u00bb. Par-del\u00e0 les diff\u00e9rences socio\u00e9conomiques, culturelles, ethniques ou religieuses, l\u2019Autre nous renvoie notre image dont la quintessence est l\u2019humaine condition ; il nous rappelle que le monde que nous habitons peut \u00eatre ou le th\u00e9\u00e2tre de notre ruine ou le r\u00e9ceptacle de notre salut. Si l\u2019autre est parfois enfer, il est souvent une aubaine, un don que tout un chacun doit appr\u00e9cier \u00e0 sa juste valeur, sa valeur d\u2019Homme. Altruisme, tol\u00e9rance, compassion, amour, civisme, c\u2019est l\u00e0 la juste r\u00e9solution de l\u2019\u00e9pineuse \u00e9quation du moi et de l\u2019autre, car cette combinaison des \u00e9nergies et les efforts d\u00e9multipli\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale sont la preuve tangible d\u2019un destin commun, voire d\u2019une destin\u00e9e dont nous d\u00e9tenons les ficelles.<br \/>Puisse le d\u00e9confinement \u00eatre une v\u00e9ritable ouverture \u00e0 soi et \u00e0 l\u2019Autre ; puisse ce monde nouveau que nous attendons avec impatience \u2013et qui nous attend avec m\u00e9fiance- \u00eatre plus juste et plus humain.<\/p>\n<p><span class=\"c8\"><strong>(*) Professeur agr\u00e9g\u00e9 de fran\u00e7ais<\/strong><\/span><br \/><span class=\"c8\"><strong>Cpge : Alkhansaa \u2013 Casablanca<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span class=\"c9\">(1) Jeu de mots : pour Jank\u00e9l\u00e9vitch, le CV (curriculum vitae) donne une fausse image de l\u2019individu puisqu\u2019il passe sous silence ce qu\u2019il a de particulier (ses aventures amoureuses, ses convictions les plus intimes\u2026); le c.v (coronavirus) permet, en for\u00e7ant le confinement, la reconnexion de l\u2019homme avec son moi profond, intime, originel.<\/span><\/p>\n<p>Auteur: ALM<br \/>\n<a href=\"https:\/\/aujourdhui.ma\/societe\/tribune-libre-a-lombre-de-coronavirus\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Demeurer en repos chez soi est une occasion propice pour red\u00e9couvrir ses \u00e9motions et ses envies, ses craintes et ses phobies, \u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e9coute de son tempo personnel, suivre progressivement, harmonieusement et savoureusement cette reconnexion \u00e0 soi-m\u00eame. 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