{"id":85006,"date":"2020-05-10T04:00:00","date_gmt":"2020-05-10T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/mohamed-el-aziz-ben-achour-les-epidemies-dans-lhistoire-tunisienne\/"},"modified":"2020-05-10T04:00:00","modified_gmt":"2020-05-10T08:00:00","slug":"mohamed-el-aziz-ben-achour-les-epidemies-dans-lhistoire-tunisienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/mohamed-el-aziz-ben-achour-les-epidemies-dans-lhistoire-tunisienne\/","title":{"rendered":"Mohamed-El Aziz Ben Achour : Les \u00e9pid\u00e9mies dans l\u2019histoire tunisienne"},"content":{"rendered":"<p class=\"c3\"><span class=\"c2\"><em><strong>Par Mohamed-El Aziz Ben Achour &#8211;<\/strong><\/em><\/span> <strong>Durant mes longues \u00e9tudes et recherches en histoire, de toutes les calamit\u00e9s naturelles ou provoqu\u00e9es par les hommes sur lesquelles me renseignaient les sources et les ouvrages savants, les \u00e9pid\u00e9mies \u00e9taient les seules que je croyais appartenir d\u00e9finitivement au pass\u00e9. Et voil\u00e0 qu\u2019au XXIe si\u00e8cle, mon pays et le monde se trouvent confront\u00e9s \u00e0 une pand\u00e9mie in\u00e9dite, dite du Coronavirus ou Covid-19, \u00e0 telle enseigne que les Etats et les soci\u00e9t\u00e9s, des plus puissants aux plus faibles, s\u2019en sont trouv\u00e9s\u00a0 d\u00e9munis et la communaut\u00e9 scientifique divis\u00e9e. Dans ces circonstances douloureuses o\u00f9 la population confin\u00e9e -pensai-je &#8211; chercherait dans la lecture une \u00e9vasion vers d\u2019agr\u00e9ables horizons, relater l\u2019histoire des fl\u00e9aux ne m\u2019enthousiasmait gu\u00e8re, mais je me suis attel\u00e9 quand m\u00eame \u00e0 la t\u00e2che, \u00e0 l\u2019aimable demande de l\u2019excellent connaisseur des lecteurs et de l\u2019opinion qu\u2019est mon ami Si Taoufik Haba\u00efeb.<\/strong><\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Sans pousser jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Antiquit\u00e9, remontons le temps et arr\u00eatons-nous au Moyen \u00c2ge. La date charni\u00e8re est le milieu du XIVe si\u00e8cle, moment crucial et \u00e9pouvantable qui a marqu\u00e9 tout l\u2019ancien monde<\/strong>:<\/span> celui survenu en 1347 de la terrible Peste noire (connue aussi sous le nom de mort noire, en arabe Al T\u00e2\u2019\u00fbn al j\u00e2rif)). Venue d\u2019Asie, tr\u00e8s probablement de Chine,\u00a0 en suivant les itin\u00e9raires de la route de la soie, elle frappa et ravagea l\u2019empire ottoman, le Levant, le Maghreb et l\u2019Europe. Dans ce dernier continent, on estime que de 30 \u00e0 50% de la population aurait \u00e9t\u00e9 emport\u00e9s par le fl\u00e9au. En Ifriqiya (l\u2019actuelle Tunisie) elle atteignit son paroxysme en 1348-1349, emportant campagnards et citadins, riches et pauvres.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Ep\u00e9dimie3.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p class=\"c5\"><span class=\"c4\"><em><strong>L\u2019Institut Pasteur de Tunis (1894)<\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<p>Les cit\u00e9s m\u00e9di\u00e9vales, \u00e0 cause de la promiscuit\u00e9, de l\u2019entassement des immondices et une carence criante en hygi\u00e8ne publique, \u00e9taient particuli\u00e8rement vuln\u00e9rables aux \u00e9pid\u00e9mies, auxquelles s\u2019ajoutaient in\u00e9vitablement diverses maladies infectieuses. On pleura ainsi la mort des principaux oul\u00e9mas de Tunis, et l\u2019illustre Ibn Khaldoun y perdit son p\u00e8re et sa m\u00e8re. A partir de cette date, la peste, amplifi\u00e9e et aggrav\u00e9e, <span class=\"c2\"><strong>ne cessa de revenir avec son sinistre cort\u00e8ge de souffrances, de morts et d\u2019effroi tout au long du XVe si\u00e8cle.<\/strong><\/span> Celle de 1468-69 fut particuli\u00e8rement effroyable nous dit l\u2019historien Robert Brunschvig, sp\u00e9cialiste de la p\u00e9riode hafside, \u00e0 telle enseigne que selon le c\u00e9l\u00e8bre voyageur L\u00e9on L\u2019Africain, les gens s\u2019habitu\u00e8rent \u00e0 voir revenir les \u00e9pid\u00e9mies de peste tous les dix, quinze ou vingt-cinq ans. La m\u00e9decine \u00e9tait impuissante contre elles et ce fl\u00e9au particuli\u00e8rement d\u00e9vastateur \u00abfinit par s\u2019installer \u00e0 l\u2019\u00e9tat end\u00e9mique en Afrique du nord. Il a fallu l\u2019occupation fran\u00e7aise, ajoute-t-il, pour l\u2019enrayer puis l\u2019extirper presque totalement.\u00bb Outre l\u2019\u00e9pid\u00e9mie, les maladies infectieuses qui trouvaient dans les villes un terrain favorable, venaient aggraver la faiblesse physiologique des habitants et, peut-\u00eatre ont-elles eu, s\u2019interroge R. Brunschvig, une influence sur le dynamisme des populations et sur leur niveau culturel, et si le d\u00e9veloppement de ces maladies, ajout\u00e9es \u00e0 la peste end\u00e9mique, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 un des facteurs de la d\u00e9cadence.\u00a0<\/p>\n<p class=\"c5\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Diffusion_de_la_peste_noire_1347_1351(1).jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><br \/><strong><span class=\"c4\"><em>(Wikipedia, art. la Peste noire)<\/em><\/span><\/strong><\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Au XVIIe si\u00e8cle, nous dit l\u2019historienne Lucette Valensi, cinq \u00e9pid\u00e9mies de peste d\u00e9ciment la population tunisienne.<\/strong><\/span> A la m\u00eame \u00e9poque, l\u2019Europe, rappelons-le, n\u2019\u00e9chappe gu\u00e8re au fl\u00e9au. Le Midi de la France, le nord de l\u2019Italie, Londres, Moscou sont touch\u00e9s dans la p\u00e9riode comprise entre 1628 et 1771 sans parler d\u2019autres r\u00e9gions du monde frapp\u00e9es par la pand\u00e9mie.\u00a0 Dans la r\u00e9gence de Tunis, au si\u00e8cle suivant, Le fl\u00e9au surgit encore en 1701, en 1702 et en 1703. La peste revient en 1704, de mani\u00e8re sporadique et in\u00e9gale selon les r\u00e9gions. En janvier 1705, la maladie se d\u00e9clare dans les troupes tunisiennes qui assi\u00e9geaient Tripoli. Revenus dans la r\u00e9gence, les soldats contamin\u00e9s r\u00e9pandent la peste.\u00a0 Dans la capitale, le nombre de morts a pu attendre 700 par jour et le voyageur fran\u00e7ais Peyssonnel (cit\u00e9 par Alphonse Rousseau,) de passage dans notre pays en 1724, \u00abassure que la ville seule de Tunis compta 44 000 d\u00e9c\u00e8s pendant la dur\u00e9e de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie.\u00bb Apr\u00e8s un long r\u00e9pit de quatre-vingts ans, la peste, par le relais d\u2019Alexandrie, revient en 1784 et 1785 et fait des ravages dans\u00a0 la population \u00e0 Tunis, \u00e0 Sousse, au Sahel, puis au Kef o\u00f9, dit-on, un tiers des habitants aurait \u00e9t\u00e9 emport\u00e9. Apr\u00e8s une alternance d\u2019assauts et de phases de r\u00e9pit, la peste r\u00e9apparait avec une redoutable vigueur en janvier 1785 et durera jusqu\u2019en ao\u00fbt. Le bilan est terrifiant : un sixi\u00e8me \u2013 sinon le tiers \u2013 de la population du pays serait mort du fl\u00e9au. Les cons\u00e9quences \u00e9conomiques sont \u00e0 la mesure du drame: extinction de familles enti\u00e8res de lettr\u00e9s, d\u2019artisans et de commer\u00e7ants, les corps de m\u00e9tiers sont d\u00e9cim\u00e9s, l\u2019agriculture, affect\u00e9e en outre par la s\u00e9cheresse, est priv\u00e9e de bras, de semences, et une partie du cheptel est \u00e0 l\u2019abandon. En 1794, la maladie frappe \u00e0 nouveau. Moins virulente, elle est cependant plus durable puisqu\u2019elle se prolonge jusqu\u2019en 1800.\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\n<p class=\"c5\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Carte-1780---1789(1).jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><br \/><span class=\"c4\"><em><strong>(in Lucette Valensi, Fellahs tunisiens, Paris 1977)<\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<p class=\"c6\"><span class=\"c2\"><strong>Dix-huit ans plus tard, la peste, qui ravageait depuis six mois l\u2019int\u00e9rieur du pays, import\u00e9e par les caravanes de Constantine, apparut \u00e0 Tunis.<\/strong><\/span> Un m\u00e9decin de la ville, un chr\u00e9tien converti du nom de Rejeb, crut bon de pr\u00e9venir le Bey Mahmoud de l\u2019imminence du fl\u00e9au. Mal lui en prit, puisqu\u2019il re\u00e7ut la bastonnade et fut emprisonn\u00e9 pour avoir annonc\u00e9 la mauvaise nouvelle! Il avait bien raison pourtant, puisque la peste fut particuli\u00e8rement f\u00e9roce. Pour la premi\u00e8re fois, cependant, la passivit\u00e9 ne fut pas totale. Face au p\u00e9ril, les avis quant \u00e0 l\u2019attitude \u00e0 adopter diverg\u00e8rent. Certains, nous apprend le chroniqueur Ahmed Ben Dhiaf, dont le futur bash-mufti Mohamed Bayram III, opt\u00e8rent pour l\u2019isolement de la krunt\u00eenya (entendez la quarantaine), cependant que d\u2019autres, dont le prince h\u00e9ritier Husse\u00efn Bey (il\u00a0 se promenait all\u00e9grement dans les quartiers de la m\u00e9dina, dont le quartier juif o\u00f9 le fl\u00e9au faisait des ravages) et certains oul\u00e9mas\u00a0 s\u2019en remettaient au destin (al Qadar) et \u00e0 la Volont\u00e9 divine que nul ne peut contrecarrer.\u00a0 Dans un camp comme dans l\u2019autre, de pieux \u00e9rudits r\u00e9dig\u00e8rent des \u00e9p\u00eetres justifiant leur choix, avec moult hadith-s et r\u00e9f\u00e9rences de la charia \u00e0 l\u2019appui. Les m\u00e9decins eux non plus n\u2019\u00e9taient pas d\u2019accord. Cette divergence rapporte A. Rousseau dans ses Annales tunisiennes, \u00abentretenue par la mauvaise foi des uns et l\u2019ignorance des autres tint, pendant tout ce temps, la population de la ville dans une fausse s\u00e9curit\u00e9 sur l\u2019existence du terrible fl\u00e9au. En peu de jours, la maladie se propagea avec une rigueur extr\u00eame. \u00bb Puis elle d\u00e9clina au bout de huit mois pour r\u00e9appara\u00eetre en janvier 1820 et ne dispara\u00eetre qu\u2019en juillet, apr\u00e8s avoir fait pr\u00e8s de 50 000 victimes.\u00a0 Elle d\u00e9cima la population de la r\u00e9gence dans des proportions telles que la plupart des exploitations rurales \u00e9taient \u00e0 l\u2019abandon, faute de bras. Pour Ben Dhiaf, cette \u00e9pid\u00e9mie f\u00e9roce marqua le d\u00e9but du d\u00e9clin du pays, apr\u00e8s l\u2019\u00e8re de prosp\u00e9rit\u00e9 que fut le r\u00e8gne de Hammouda Pacha.<\/p>\n<p class=\"c6\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Ep\u00e9dimie-1.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p class=\"c5\"><span class=\"c4\"><em><strong>Le Docteur Charles Nicolle vaccinant un petit Tunisien vers 1920.<\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Mais il n\u2019y avait pas que la peste. En d\u00e9cembre 1849, un mal terrible, inconnu jusque-l\u00e0, s\u2019abattit sur la Tunisie:<\/strong><\/span> le chol\u00e9ra, venu d\u2019Asie et plus pr\u00e9cis\u00e9ment d\u2019Inde et provoqu\u00e9 par la consommation d\u2019eau et d\u2019aliments souill\u00e9s par les selles des personnes infect\u00e9es.\u00a0 Le bey de Tunis, Ahmed Pacha (1837-1855) opta pour des mesures in\u00e9dites. D\u2019abord en \u00e9tablissant un cordon sanitaire autour de la capitale et en interdisant toute circulation entre la r\u00e9gion de B\u00e9ja, \u00e9picentre de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie et le reste du pays.\u00a0 Puis en s\u2019isolant compl\u00e9tement et en prenant toutes les pr\u00e9cautions en mati\u00e8re de traitement du courrier. Il prit cependant des mesures d\u2019assistance m\u00e9dicale et de charit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard des malades musulmans et juifs, avec l\u2019aide du premier m\u00e9decin du Bey, le docteur espagnol Mascaro.\u00a0 Le chol\u00e9ra continuait de s\u00e9vir, enlevant certains jours, plus de deux cents personnes. Devant l\u2019effroyable h\u00e9catombe, le cadi han\u00e9fite de Tunis convoqua quarante ch\u00e9rifs, descendants du Proph\u00e8te et portant tous le pr\u00e9nom Mohamed \u00e0 la Grande mosqu\u00e9e afin qu\u2019ils y r\u00e9citent le Coran et prient pour le salut du pays. Peu de temps apr\u00e8s, le chol\u00e9ra disparut au grand soulagement de tous. Il avait cependant emport\u00e9 un nombre effrayant de victimes parmi lesquels le saint oul\u00e9ma Sidi Ibrahim Riahi, mort en ao\u00fbt 1850.\u00a0 Le r\u00e9pit fut de courte dur\u00e9e. Six ans plus tard, en ao\u00fbt 1856, \u00e0 leur retour de Crim\u00e9e, foyer initial de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie, les soldats du corps exp\u00e9ditionnaire tunisien r\u00e9pandirent le chol\u00e9ra, qui avait \u00e9galement touch\u00e9 les troupes ottomanes, anglaises, fran\u00e7aises et italiennes engag\u00e9es sur le th\u00e9\u00e2tre d\u2019op\u00e9rations. Mais, par chance, l\u2019\u00e9pid\u00e9mie fut de courte dur\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"c5\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Carte-1813---1830(1).jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><br \/><em><span class=\"c4\"><strong>(in Lucette Valensi, Fellahs tunisiens, Paris, 1977)<\/strong><\/span><\/em><\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Le pays entrait cependant dans une p\u00e9riode sombre marqu\u00e9e durant les ann\u00e9es 1860-1870, par toutes sortes de malheurs (surendettement de l\u2019Etat, politique fiscale d\u00e9sastreuse, r\u00e9volte de 1864 et r\u00e9pression qui achev\u00e8rent de ruiner le pays, de tarir ses ressources et d\u2019affaiblir les hommes).<\/strong><\/span>\u00a0 L\u2019exode des populations tribales, d\u00e9pouill\u00e9es et affam\u00e9es, et leur entassement dans les rues de la m\u00e9dina puis dans d\u2019inf\u00e2mes d\u00e9p\u00f4ts constituaient un terrain particuli\u00e8rement favorable \u00e0 l\u2019apparition du chol\u00e9ra en juin 1867, pour la troisi\u00e8me fois en moins de vingt ans.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Ep\u00e9dimie2.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p class=\"c5\"><strong><span class=\"c4\"><em>Tableau repr\u00e9sentant une sc\u00e8ne de vaccination probablement Tunis \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle.<\/em><\/span><\/strong><\/p>\n<p>A ce fl\u00e9au, s\u2019ajouta une \u00e9pid\u00e9mie de typhus en 1868 et 1874. A Tunis, seuls les marchands et m\u00e9decins europ\u00e9ens avaient encore l\u2019\u00e9nergie et les moyens financiers et sanitaires pour porter secours aux malades. B\u00e9ja fut particuli\u00e8rement touch\u00e9e, probablement \u00e0 cause de la pr\u00e9sence d\u2019une colonne beylicale positionn\u00e9e dans les environs o\u00f9 le campement des troupes aurait \u00e9t\u00e9 propice \u00e0 l\u2019apparition du chol\u00e9ra. Dans bien des r\u00e9gions, l\u2019activit\u00e9 agricole, handicap\u00e9e par la confiscation des biens et du cheptel et par la s\u00e9cheresse connut une crise inou\u00efe. La mis\u00e8re physiologique d\u2019une grande partie de la population \u00e9tait telle que la disparition du fl\u00e9au laissait la place \u00e0 diff\u00e9rentes fi\u00e8vres qui affect\u00e8rent dangereusement la sant\u00e9 des rescap\u00e9s. Signe de l\u2019\u00e9puisement de l\u2019Etat et de la soci\u00e9t\u00e9, tout autant que signe avant-coureur de l\u2019intervention \u00e9trang\u00e8re directe: en 1874, les consuls, les marchands et les m\u00e9decins europ\u00e9ens de Tunis cr\u00e9ent un Conseil sanitaire charg\u00e9 de prendre les mesures pr\u00e9ventives en mati\u00e8re de lutte contre les \u00e9pid\u00e9mies.\u00a0 A la fin du XIXe si\u00e8cle, la mise en \u0153uvre par les autorit\u00e9s du Protectorat fran\u00e7ais d\u2019un programme sanitaire et d\u2019infrastructures (comme la cr\u00e9ation en 1894 de l\u2019Institut Pasteur de Tunis, la cr\u00e9ation des services d\u2019hygi\u00e8ne et la r\u00e9organisation de l\u2019h\u00f4pital Sadiki) firent reculer sensiblement les risques\u00a0 d\u2019un retour des calamit\u00e9s comme l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de fi\u00e8vre typho\u00efde qui en 1881, puis entre 1888 et 1892, avait fait des ravages dans les rangs de l\u2019arm\u00e9e d\u2019occupation. Toutefois les mesures prises ne r\u00e9ussirent pas \u00e0 \u00e9radiquer des maladies end\u00e9miques qui affectaient les couches les plus pauvres de la population telles que le kala azar (\u00abfi\u00e8vre noire\u00bb en Hindi ou leishmaniose visc\u00e9rale), la tuberculose, le trachome (rmad) la variole (\u00e9pid\u00e9mie de 1888), la rougeole (\u00e9pid\u00e9mie de 1895) ou encore, dans certaines r\u00e9gions, le paludisme.\u00a0 En 1909, une autre \u00e9pid\u00e9mie de typhus, fl\u00e9au dont le docteur Charles Nicolle, directeur de l\u2019Institut Pasteur, d\u00e9montra alors qu\u2019il \u00e9tait transmis par les poux et favoris\u00e9 par l\u2019entassement des hommes, la sous-alimentation et l\u2019absence d\u2019hygi\u00e8ne, fit de nombreuses victimes y compris parmi la population europ\u00e9enne.\u00a0<\/p>\n<p class=\"c5\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Ep\u00e9dimie4.jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><\/p>\n<p class=\"c5\"><strong><span class=\"c4\"><em>Gratuit\u00e9 de la sant\u00e9 publique: un centre de Protection Maternelle et Infantile et consultations \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Gafsa dans la Tunisie vers 1970 (clich\u00e9 du S.E. Information)<\/em><\/span><\/strong><\/p>\n<p>La mis\u00e8re devait constituer un obstacle \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 de la pr\u00e9vention \u00e0 telle enseigne que la peste revint , sans virulence certes, en 1907 (et sera, nous dit\u00a0 Beno\u00eet Gaumer, auteur en 2005, \u00e0 Montr\u00e9al, d\u2019une \u00e9tude sur l\u2019\u00e9tat sanitaire de la Tunisie de 1881 \u00e0 1956 &#8211; \u00e0 l\u2019origine de l\u2019ouverture du lazaret de La Rabta confi\u00e9 au Dr. Ernest Conseil), puis en 1924 et1926 (ann\u00e9e qui, selon le Dr. Edouard Bloch, cit\u00e9 par B.Gaumer, \u00ab marqua la plus violente manifestation de la peste depuis un si\u00e8cle \u00bb), et, d\u2019une ampleur modeste, en 1930. Toutefois, la Tunisie ne faisait pas exception puisque des cas av\u00e9r\u00e9s de cette maladie furent constat\u00e9s dans plusieurs ports sur tous les continents d\u00e8s la fin du XIXe si\u00e8cle et tout au long de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe. En France, des d\u00e9c\u00e8s dus au fl\u00e9au survinrent \u00e0 Marseille en 1902, \u00e0 Paris en 1920 et \u00e0 Ajaccio en 1945. Il convient de signaler ici que la terrible pand\u00e9mie de Grippe \u00abespagnole\u00bb, qui fit entre 50 et 100 millions de morts \u00e0 travers le monde (1918-19\/20) \u00e9pargna la Tunisie.<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>A l\u2019Ind\u00e9pendance, la R\u00e9publique tunisienne mit en \u0153uvre un ambitieuse politique de sant\u00e9 publique et d\u00e9ploya des efforts gigantesques en mati\u00e8re d\u2019infrastructure, de formation m\u00e9dicale, de sensibilisation et d\u2019assistance et de gratuit\u00e9 des soins<\/strong><\/span> qui permirent une am\u00e9lioration spectaculaire de l\u2019\u00e9tat sanitaire de la population. Cette solide et positive culture \u00e9tatique, ajout\u00e9e \u00e0 la qualit\u00e9 d\u2019un personnel m\u00e9dical et param\u00e9dical form\u00e9 dans nos institutions, contribue aujourd\u2019hui, malgr\u00e9 des moyens limit\u00e9s, \u00e0 placer notre pays dans le groupe des nations les mieux engag\u00e9es dans la guerre contre la pand\u00e9mie de Coronavirus. Il faut tenir bon et, avec l\u2019aide de Dieu, nous vaincrons.\u00a0<\/p>\n<p class=\"c7\"><strong>Md. A. B.A<\/strong><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/29617-mohamed-el-aziz-ben-achour-les-epidemies-dans-l-histoire-tunisienne\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Mohamed-El Aziz Ben Achour &#8211; Durant mes longues \u00e9tudes et recherches en histoire, de toutes les calamit\u00e9s naturelles ou provoqu\u00e9es par les hommes sur lesquelles me renseignaient les sources et les ouvrages savants, les \u00e9pid\u00e9mies \u00e9taient les seules que je croyais appartenir d\u00e9finitivement au pass\u00e9. 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