{"id":85175,"date":"2020-05-12T11:23:37","date_gmt":"2020-05-12T15:23:37","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/%ef%bb%bfla-bourgeoisie-marocaine-entre-la-dependance-structurelle-et-des-velleites-dautonomie\/"},"modified":"2020-05-12T11:23:37","modified_gmt":"2020-05-12T15:23:37","slug":"%ef%bb%bfla-bourgeoisie-marocaine-entre-la-dependance-structurelle-et-des-velleites-dautonomie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/%ef%bb%bfla-bourgeoisie-marocaine-entre-la-dependance-structurelle-et-des-velleites-dautonomie\/","title":{"rendered":"\ufeffLa bourgeoisie marocaine entre la d\u00e9pendance structurelle et des vell\u00e9it\u00e9s d\u2019autonomie"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-text-color has-vivid-cyan-blue-color c2\"><strong>Al Bayane publie le livre de feu Abdel Aziz Belal, \u00e9d. SMER, 1980<\/strong><\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-red-color c2\"><strong>\u00abD\u00e9veloppement et facteurs non-\u00e9conomiques\u00bb<\/strong><\/p>\n<p class=\"has-text-color c3\"><strong>Depuis l\u2019ind\u00e9pendance du Maroc (1956), le capitalisme priv\u00e9 marocain a \u00e9volu\u00e9 entre la d\u00e9pendance structurelle et des vell\u00e9it\u00e9s d\u2019autonomie.<\/strong><\/p>\n<ol>\n<li>Avant l\u2019\u00e9tablissement officiel du Protectorat (1912), il existait dans les villes, surtout \u00e0 F\u00e8s, quelques couches de marchands. au sein d\u2019une \u00e9conomie fondamentalement pr\u00e9capitaliste. Jusqu\u2019au 19\u00e8 si\u00e8cle, leur impact global sur l\u2019ensemble de l\u2019\u00e9conomie semble avoir \u00e9t\u00e9 faible, tout au moins en dehors des villes. Toutefois dans la seconde moiti\u00e9 du 19\u00e8 si\u00e8cle<a href=\"#_ftn1\">9<\/a>, avec l\u2019ouverture du Maroc \u00e0 la p\u00e9n\u00e9tration commerciale europ\u00e9enne une partie de ces marchands vont jouer un r\u00f4le d\u2019interm\u00e9diaires de la p\u00e9n\u00e9tration<a href=\"#_ftn2\">10<\/a>, notamment dans les zones c\u00f4ti\u00e8res atlantiques, ce qui les fit profiter d\u2019une extension relative de l\u2019\u00e9conomie marchande (accroissement des flux de biens import\u00e9s et export\u00e9s) accompagn\u00e9e toutefois d\u2019un d\u00e9but s\u00e9rieux de liquidation de l\u2019artisanat dans les villes de la c\u00f4te.<\/li>\n<li>De 1912 \u00e0 la veille de la seconde guerre mondiale, on assista \u00e0 une mainmise du capital fran\u00e7ais sur la quasi-totalit\u00e9 des secteurs, branches et entreprises offrant des perspectives de rentabilit\u00e9. Toutefois, la rupture brutale des formes pr\u00e9capitalistes de l\u2019\u00e9conomie. la commercialisation partielle de l\u2019agriculture, l\u2019extension de l\u2019urbanisation. la hausse de la rente fonci\u00e8re (agraire et urbaine), allaient favoriser le d\u00e9veloppement d\u2019une \u00e9pargne mon\u00e9taire autochtone et sa conversion en capital commercial (utilis\u00e9 surtout au niveau du commerce de gros et de demi-gros et pour une part dans l\u2019importation de certains produits de grande consommation comme le th\u00e9, le sucre, l\u2019huile, les tissus etc.).<\/li>\n<\/ol>\n<p>La p\u00e9riode de la seconde guerre mondiale (1939-1945) offrira une v\u00e9ritable aubaine pour de nombreuses familles bourgeoises marocaines\u00a0: de nouvelles possibilit\u00e9s d\u2019enrichissement rapide furent cr\u00e9\u00e9es par l\u2019\u00e9conomie de p\u00e9nurie, gr\u00e2ce au stockage sp\u00e9culatif et au march\u00e9 noir. Certaines grandes fortunes marocaines commencent \u00e0 \u00e9merger \u00e0 cette \u00e9poque. Dans l\u2019agriculture \u00e9galement, certaines r\u00e9gions comme le Gharb, l\u2019Oriental etc. connaissent un d\u00e9but d\u2019imitation des colons par quelques grands et moyens propri\u00e9taires fonciers marocains.<\/p>\n<div class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/albayane.press.ma\/wp-content\/uploads\/Photo2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-88406\" width=\"225\" height=\"330\"\/><\/div>\n<p>Entre la fin de la seconde guerre mondiale et les ann\u00e9es 1953-1956, on assiste \u00e0 une nouvelle p\u00e9n\u00e9tration massive de capitaux fran\u00e7ais publics et priv\u00e9s.<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0mise en valeur\u00a0\u00bb du Maroc fut acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e en liaison avec les besoins de la M\u00e9tropole, ce qui signifiait l\u2019intensification de l\u2019exploitation des ressources mini\u00e8res et agricoles et la cr\u00e9ation de quelques industries; cette acc\u00e9l\u00e9ration \u00e9tant facilit\u00e9e par la mise sur pied d\u2019une infrastructure de voies de communications, barrages, services techniques et administratifs etc. Mais en m\u00eame temps, il y avait une plus grande int\u00e9gration des activit\u00e9s de type capitaliste de l\u2019\u00e9conomie marocaine dans l\u2019ensemble domin\u00e9 par la France au sein de la zone franc.<\/p>\n<p>Dans l\u2019industrie, le capitalisme marocain demeurait marginal : il \u00e9tait pr\u00e9sent dans quelques petites et moyennes entreprises du textile, de la chaussure, de l\u2019alimentation, des transports et du b\u00e2timent. Il \u00e9tait totalement absent du secteur bancaire et de l\u2019extraction mini\u00e8re. La participation de Marocains repr\u00e9sentait moins de 5 % dans le capital des soci\u00e9t\u00e9s anonymes, lorsque ce capital \u00e9tait sup\u00e9rieur \u00e0 100 millions d\u2019anciens francs.<\/p>\n<p>Une telle situation ne pouvait que pousser une large fraction de la bourgeoisie marocaine \u00e0 \u00e9pouser la revendication nationale d\u2019ind\u00e9pendance du pays, avec l\u2019espoir de pouvoir infl\u00e9chir le contenu de cette ind\u00e9pendance en faveur de ses buts de classe.<\/p>\n<ul>\n<li>A partir de l\u2019ind\u00e9pendance, le capitalisme priv\u00e9 marocain va se d\u00e9velopper, mais dans des conditions particuli\u00e8res marqu\u00e9es par un faible dynamisme en mati\u00e8re d\u2019investissements productifs, une d\u00e9pendance structurelle vis-\u00e0-vis du capital international et du march\u00e9 mondial capitaliste, et un \u00e9largissement relatif du capitalisme d\u2019Etat jouant le r\u00f4le \u00e0 la fois de point d\u2019appui du capital priv\u00e9 et de palliatif de sa d\u00e9faillance dans diff\u00e9rents secteurs<a href=\"#_ftn3\">11<\/a>.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans l\u2019industrie proprement dite, ce d\u00e9veloppement s\u2019est effectu\u00e9 surtout dans les branches produisant des biens de consommation auparavant import\u00e9 (textiles, biens agro-alimentaires etc.) <a href=\"#_ftn4\">12<\/a>, travaillant pour une demande pr\u00e9existante. D\u2019autres secteurs furent pris en main par la nouvelle bourgeoisie marocaine, telle la construction et les transports routiers, la plus grande partie du commerce de gros interne et une bonne partie de l\u2019import-export.<\/p>\n<p>Une grande partie des terres de colonisation agricole (environ 400.000 ha) fut massivement rachet\u00e9e par des particuliers marocains appartenant en grande partie \u00e0 la haute administration.<\/p>\n<p>Le secteur bancaire, qui \u00e9tait rest\u00e9 ferm\u00e9 \u00e0 la p\u00e9n\u00e9tration des hommes d\u2019affaires marocains jusque vers les ann\u00e9es 1963-1964<a href=\"#_ftn5\">13<\/a>, est investi \u00e0 son tour au point qu\u2019en juin 1975, la part du capital bancaire d\u00e9tenue par des groupes priv\u00e9s marocains<a href=\"#_ftn6\">1<\/a>4 se montait \u00e0 27,5 % du total (\u00e0 c\u00f4t\u00e9 de 35 % appartenant \u00e0 des organismes publics et semi-publics marocains et 37,5 % \u00e0 des groupes \u00e9trangers).<\/p>\n<p>Tout cela ne fut possible que gr\u00e2ce \u00e0 une protection \u00e9tatique et \u00e0 des aides et encouragements importants de l\u2019Etat : non seulement une protection douani\u00e8re institu\u00e9e au lendemain de l\u2019Ind\u00e9pendance, mais aussi des primes d\u2019\u00e9quipement et des d\u00e9gr\u00e8vements fiscaux octroy\u00e9s par des codes d\u2019investissement de plus en plus avantageux, des cr\u00e9dits accord\u00e9s \u00e0 des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat r\u00e9duits, et des formules mixtes d\u2019association de capitaux publics et priv\u00e9s dans diverses soci\u00e9t\u00e9s. A tout cela, il faut ajouter les pressions directes et indirectes exerc\u00e9es par la haute Administration sur les soci\u00e9t\u00e9s \u00e9trang\u00e8res pour les obliger \u00e0 accepter l\u2019association de capitalistes marocains, bien avant la promulgation des textes l\u00e9gislatifs concernant la marocanisation de divers secteurs \u00e9conomiques en 1973.<\/p>\n<ul>\n<li>Bien que la marocanisation du capital qui s\u2019applique essentiellement au secteur tertiaire (pour 80 \u00e0\u00a0 90 %) et aux activit\u00e9s industrielles (20 \u00e0\u00a0 30 % du total) ait \u00e9galement profit\u00e9 \u00e0\u00a0 certaines couches de la moyenne et petite bourgeoisie, elle a surtout renforc\u00e9 les bases financi\u00e8res et les moyens d\u2019action de la nouvelle oligarchie. Le caract\u00e8re oligarchique et \u00ab\u00a0bureaucratique\u00a0\u00bb de la grande bourgeoisie marocaine ne s\u2019est pas transform\u00e9 et le processus de concentration du capital en sa faveur a tendance \u00e0 s\u2019accentuer dans certains secteurs : elle repr\u00e9senterait, selon certaines estimations, quelque 300 familles, ayant pour la plupart des liaisons \u00e9troites \u00e0 la fois avec le capital international et la haute Administration.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette oligarchie provient pour l\u2019essentie! des s\u00e9quelles d\u2019une grande \u00ab\u00a0f\u00e9odalit\u00e9\u00a0\u00bb terrienne<a href=\"#_ftn7\">15<\/a> qui s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e surtout \u00e0 partir du 19\u00e9me si\u00e8cle et \u00e0 laquelle le r\u00e9gime colonial avait tent\u00e9 de donner une large assise afin d\u2019asservir le peuple, d\u2019une \u00ab\u00a0bourgeoisie bureaucratique\u00a0\u00bb (hauts fonctionnaires etc.) dont certains \u00e9l\u00e9ments proviennent de la bourgeoisie traditionnelle et certains autres de la petite bourgeoisie (dipl\u00f4m\u00e9s d\u2019Universit\u00e9 ayant acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 de hautes fonctions), et enfin d\u2019une fraction de la bourgeoisie traditionnelle marchande<a href=\"#_ftn8\">16<\/a> qui, gr\u00e2ce \u00e0 ses relations avec l\u2019appareil d\u2019Etat, avait pu \u00e9merger et acc\u00e9der \u00e0 l\u2019int\u00e9gration au sein de l\u2019oligarchie.<\/p>\n<p>Bien que les statistiques relatives \u00e0 la r\u00e9partition du capital soient inexistantes ou extr\u00eamement difficiles \u00e0 \u00e9tablir, il ressort de diff\u00e9rents sondages<a href=\"#_ftn9\">17<\/a> que la centralisation du capital se poursuit au profit de quelques groupes.<\/p>\n<p>Mais cet \u00e9largissement relatif de la base \u00e9conomique et financi\u00e8re de la grande bourgeoisie marocaine n\u2019a pas pour autant insuffl\u00e9 un dynamisme nouveau \u00e0 son comportement qui demeure conditionn\u00e9 \u2018par les rapports de d\u00e9pendance vis-\u00e0-vis des centres imp\u00e9rialistes et par diff\u00e9rents facteurs internes jouant dans le m\u00eame sens. Ayant h\u00e9rit\u00e9 d\u2019une partie du capital colonial, essentiellement gr\u00e2ce \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab\u00a0transfert\u00a0\u00bb qui lui a \u00e9t\u00e9 consenti, le maintien en vie de la \u00ab\u00a0poule aux \u0153ufs d\u2019or\u00a0\u00bb du point de vue de ses int\u00e9r\u00eats de classe r\u00e9side dans l\u2019acceptation, voire le renforcement des rapports de d\u00e9pendance, et son insertion dans un processus d\u2019accumulation d\u00e9pendante. En d\u2019autres termes, l\u2019abandon de toute pr\u00e9tention \u00e0 une reproduction \u00e9largie autonome du capital avec sa traduction, sur le plan politique, par une opposition profonde \u00e0 toute transformation des structures socio-\u00e9conomiques actuelles.<\/p>\n<p>Au-dessous de l\u2019oligarchie, des couches moyennes de la bourgeoisie terrienne, commerciale et industrielle tentent d\u2019\u00e9merger, sans pouvoir b\u00e9n\u00e9ficier des positions et des privil\u00e8ges de la premi\u00e8re. L\u2019ind\u00e9pendance politique leur a procur\u00e9 certains avantages (protection douani\u00e8re, facilit\u00e9s d\u2019acc\u00e8s au cr\u00e9dit, marocanisation etc.), ce qui n\u2019a pas manqu\u00e9 d\u2019entra\u00eener un relatif \u00e9largissement de ces couches, notamment dans certaines branches de l\u2019industrie, du b\u00e2timent, des transports etc.) <a href=\"#_ftn10\">18<\/a>. Toutefois le Poids de l\u2019oligarchie qui tente avec succ\u00e8s de monopoliser les affaires les plus lucratives, le mouvement de concentration et de centralisation du capital qui \u00e9limine constamment, surtout en p\u00e9riode de marasme, les petites et moyennes entreprises, la d\u00e9pendance \u00e9troite de ces couches \u00e0 l\u2019\u00e9gard des banques (pour le cr\u00e9dit)<a href=\"#_ftn11\">19<\/a> et de l\u2019Administration (march\u00e9s, licences etc. \u2026) cr\u00e9ent en leur sein une situation de malaise permanent s\u2019exprimant -jusqu\u2019\u00e0\u00a0un certain point \u2013part des revendications de type nationaliste et une hostilit\u00e9 relative vis-\u00e0-vis de l\u2019oligarchie.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 toutes les aides et les encouragements de l\u2019Etat, les investissements priv\u00e9s dans l\u2019Industrie demeurent relativement faibles.<\/p>\n<p>Ainsi dans le cadre du Plan (1973-1977) les projets les plus significatifs et d\u2019une certaines envergure ont \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9s par l\u2019Etat (complexe de chlore soude PVC de Mohammedia, complexe chimique Maroc Phosphore I, complexe textile de Oued Zem, sucreries de Mechra\u00e2 Bel Ksiri et du Loukkos, extensions de la raffinerie de p\u00e9trole de la SAMIR, de Maroc-Chimie et de la Cellulose etc.).<\/p>\n<p>Pour l\u2019ann\u00e9e 1976, sur un montant de 2,5 milliards DH repr\u00e9sentant la totalit\u00e9 des projets agr\u00e9\u00e9s par la Commission des Investissements, pr\u00e8s de 60 % \u00e9taient le fait de l\u2019Etat. Le secteur priv\u00e9 investit essentiellement dans de petites et moyennes entreprises : la taille de ses investissements \u00e9tant comprise en moyenne entre 1 et 2 millions de DH, ce qui exprime une tendance \u00e0 une composition organique du capital plus faible que dans les entreprises du secteur public <a href=\"#_ftn12\">20<\/a><\/p>\n<p>Un ensemble de causes peuvent expliquer cette situation et pas seulement la fameuse absence de \u00ab\u00a0l\u2019esprit d\u2019entreprise\u00a0\u00bb tant ressass\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Etroitesse du march\u00e9 int\u00e9rieur ;<\/li>\n<li>Persistance du \u00ab\u00a0statut familial\u00a0\u00bb des fortunes marocaines ;<\/li>\n<li>Importance des relations avec le pouvoir -pour r\u00e9ussir dans les affaires ;<\/li>\n<li>Structure des taux de profit avantageant les placements de type commercial et sp\u00e9culatif ;<\/li>\n<li>Faiblesse de la formation g\u00e9n\u00e9rale \u00c9conomique et technique de la plupart des hommes d\u2019affaires nationaux et leur crainte des mouvements de masse \u00e0\u00a0 caract\u00e8re radical ;<\/li>\n<li>Affaiblissement des possibilit\u00e9s d\u2019accumulation par les gaspillages (consommations de luxe) et l\u2019exportation frauduleuse de capitaux.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le faible dynamisme de la bourgeoisie marocaine dans l\u2019industrie fait nettement contraste avec l\u2019\u00e9mergence, depuis l\u2019ind\u00e9pendance, d\u2019une bourgeoisie agraire qui consolide de plus en plus ses positions avec le soutien de l\u2019appareil d\u2019Etat.<\/p>\n<p>Alors que le secteur capitaliste marocain ne d\u00e9passait pas 300.000 ha \u00e0 la veille de l\u2019Ind\u00e9pendance, il exc\u00e8de actuellement le million d\u2019ha concentr\u00e9s entre les mains de moins de 5000 propri\u00e9taires.<\/p>\n<p>Ce r\u00e9sultat a \u00e9t\u00e9 obtenu gr\u00e2ce \u00e0 la sp\u00e9culation, \u00e0 des transactions sur les propri\u00e9t\u00e9s de la colonisation, l\u2019achat de terres sur des p\u00e9rim\u00e8tres pr\u00e9vus pour \u00eatre pourvus d\u2019\u00e9quipement hydraulique (ce qui a multipli\u00e9 leur valeur par quatre ou cinq du jour au lendemain). Etroitement int\u00e9gr\u00e9e au march\u00e9 mondial capitaliste, elle dispose d\u2019exploitations m\u00e9canis\u00e9es, techniquement avanc\u00e9es, et b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une aide massive et multiforme de l\u2019Etat (cr\u00e9dits, subventions, irrigation, encadrement, organisation de la commercialisation externe etc.). De ce fait elle parvient \u00e0 r\u00e9aliser d\u2019\u00e9normes profits, d\u2019autant plus qu\u2019elle exploite une main-d\u2019\u0153uvre salari\u00e9e, permanente et saisonni\u00e8re, jusqu\u2019ici tr\u00e8s peu organis\u00e9e. L\u2019essentiel de ces profits va de plus en plus vers l\u2019accumulation dans le secteur immobilier urbain, le commerce, les services, et accessoirement vers quelques branches de l\u2019industrie.<\/p>\n<p>Depuis plus de vingt ans, le d\u00e9veloppement du capitalisme priv\u00e9 marocain s\u2019est op\u00e9r\u00e9 sans remise en cause des facteurs de d\u00e9pendance structurelle mais plut\u00f4t en symbiose avec eux. La marocanisation de certains secteurs \u00e9conomiques a entra\u00een\u00e9 certes une diminution, relative du poids quantitatif du capital \u00e9tranger <a href=\"#_ftn13\">21<\/a> mais elle n\u2019a nullement supprim\u00e9 son influence globale sur l\u2019orientation des forces productives et les choix fondamentaux de la strat\u00e9gie \u00e9conomique du pays. La faible industrialisation, la d\u00e9pendance du commerce ext\u00e9rieur marocain par rapport \u00e0 la CEE, la d\u00e9pendance financi\u00e8re vis-\u00e0-vis du capital international et des organismes qui lui sont li\u00e9s, la d\u00e9pendance technologique dans ses diverses formes, constituent autant d\u2019atouts entre les mains du capital monopoliste international dans ses relations avec la bourgeoisie et l\u2019Etat marocain.<\/p>\n<p>Ainsi on peut dire, dans l\u2019ensemble, que le d\u00e9veloppement du capitalisme priv\u00e9 autochtone depuis !\u2019Ind\u00e9pendance politique n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 possible sans le soutien massif de l\u2019Etat et de ses multiples moyens d\u2019influence et de puissance \u00e9conomique et financi\u00e8re. Constatation capitale qui vaut pour le Maroc comme pour tous les pays dudit Tiers-Monde ayant les m\u00eames options politico-\u00e9conomiques. Sp\u00e9cialement ceux qui \u00e9taient auparavant colonis\u00e9s. Au fil des ans, l\u2019interp\u00e9n\u00e9tration entre la grande bourgeoisie marocaine et la Haute Administration s\u2019est consolid\u00e9e, en m\u00eame temps que se d\u00e9veloppait l\u2019association\u00b7 du capital marocain avec des int\u00e9r\u00eats \u00e9trangers. Cela ne va nullement dans le sens d\u2019un d\u00e9veloppement national, autonome et acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, bien au contraire.<\/p>\n<p>En m\u00eame temps, les vell\u00e9it\u00e9s d\u2019autonomie qui se manifestent au sein de certaines couches de petits et moyens capitalistes, n\u2019ont pas rencontr\u00e9 jusqu\u2019ici un appui ad\u00e9quat dans l\u2019environnement socio\u00ad\u00e9conomique et socio-politique. Ces couches restent, en partie, sensibles \u00e0 certaines revendications de caract\u00e8re nationaliste, qui dans leur esprit, devraient ouvrir une voie plus large \u00e0 un \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement capitaliste national\u00a0\u00bb soutenu par l\u2019Etat.<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-red-color\"><strong>Demain\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-cyan-blue-color c2\"><strong>Jusqu\u2019o\u00f9 peut aller la petite bourgeoisie dans le monde arabe?<\/strong><\/p>\n<p>Auteur: M&rsquo;hammed rahal<br \/>\n<a href=\"http:\/\/albayane.press.ma\/%EF%BB%BFla-bourgeoisie-marocaine-entre-la-dependance-structurelle-et-des-velleites-dautonomie.html\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Al Bayane publie le livre de feu Abdel Aziz Belal, \u00e9d. SMER, 1980 \u00abD\u00e9veloppement et facteurs non-\u00e9conomiques\u00bb Depuis l\u2019ind\u00e9pendance du Maroc (1956), le capitalisme priv\u00e9 marocain a \u00e9volu\u00e9 entre la d\u00e9pendance structurelle et des vell\u00e9it\u00e9s d\u2019autonomie. Avant l\u2019\u00e9tablissement officiel du Protectorat (1912), il existait dans les villes, surtout \u00e0 F\u00e8s, quelques couches de marchands. au [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1760,"featured_media":85176,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"","fifu_image_alt":"","footnotes":""},"categories":[73,54],"tags":[],"class_list":["post-85175","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualite","category-maroc"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/85175","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1760"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=85175"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/85175\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=85175"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=85175"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=85175"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}