{"id":85387,"date":"2020-05-13T01:00:00","date_gmt":"2020-05-13T05:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/reconcilier-nos-peuples-en-assumant-notre-histoire-commune\/"},"modified":"2020-05-13T01:00:00","modified_gmt":"2020-05-13T05:00:00","slug":"reconcilier-nos-peuples-en-assumant-notre-histoire-commune","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/reconcilier-nos-peuples-en-assumant-notre-histoire-commune\/","title":{"rendered":"\u00abR\u00e9concilier nos peuples en assumant notre histoire commune\u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"c3\"><em><strong>Par Dr Boudjema\u00e2 Haichour(*)<\/strong><\/em><br \/>En ce 75e anniversaire du 8 Mai 1945, notre monde d\u2019aujourd\u2019hui,\u00a0 frapp\u00e9 par le Covid-19, se souvient des grandes \u00e9pid\u00e9mies ramen\u00e9es dans les bagages des colons mais surtout des corps exp\u00e9ditionnaires qui ont infect\u00e9 nos peuples par la peste, le typhus, la variole et toutes sortes de pand\u00e9mies. Chacun doit m\u00e9diter sur les souffrances qu\u2019ont connues les peuples en lutte pour leur ind\u00e9pendance. S\u2019il est vrai de retenir la maxime du g\u00e9n\u00e9ral Giap, victorieux de\u00a0 Dien Bien Phu o\u00f9 le peuple vietnamien, ce vaillant peuple r\u00e9sistant, a montr\u00e9 la force des peuples opprim\u00e9s, il semble encore que le colonialisme n\u2019a pas appris les le\u00e7ons de l\u2019histoire. On se rappelle que le Pr\u00e9sident Macron, encore candidat, avait affirm\u00e9 lors de sa campagne pr\u00e9sidentielle qu\u2019il \u00e9tait temps de revisiter notre histoire commune et de d\u00e9fricher les sentiers des lendemains o\u00f9 les peuples alg\u00e9rien et fran\u00e7ais retrouveront cette communion de vivre ensemble en reconnaissant les affres de la guerre coloniale sur les peuples opprim\u00e9s. Nous sommes \u00e0 la veille du 75e anniversaire des massacres du 8 Mai 1945, peut-on dire que les propos du Pr\u00e9sident Macron, \u00e9lu il y a plus de deux ann\u00e9es, tiennent bien la route \u00e0 un moment o\u00f9 l\u2019extr\u00eame droite et m\u00eame la droite du temps de Douste Blazy, qui avait introduit sa proposition de loi glorifiant le colonialisme, reviennent en force.<\/p>\n<p class=\"c3\">C\u2019est la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration des hommes politiques fran\u00e7ais qui peut d\u00e9complexer cette blessure de l\u2019Histoire dans toute la grandeur de la Nation de la R\u00e9volution de 1789. Les peuples attendent qu\u2019il soit reconnu le pass\u00e9 meurtrier de la colonisation sur les peuples colonis\u00e9s et ouvrir les portes de l\u2019esp\u00e9rance dans une coop\u00e9ration multiforme, au seul int\u00e9r\u00eat des peuples des deux rives de la M\u00e9diterran\u00e9e. Le Pr\u00e9sident Tebboune qui venait d\u2019\u00eatre \u00e9lu n\u2019a pas manqu\u00e9 de le rappeler \u00e0 chaque occasion \u00e0 ces h\u00f4tes fran\u00e7ais pour une communaut\u00e9 de destin et de prosp\u00e9rit\u00e9 partag\u00e9e pour construire dans une r\u00e9gion apais\u00e9e dans la reconnaissance de notre histoire commune.<br \/>En ce mois de Ramadhan et de confinement, le 8 Mai 1945 reste dans la m\u00e9moire collective une date marquante, en France comme en Alg\u00e9rie. Aujourd\u2019hui, pour les deux peuples, c\u2019est un moment de recueillement pour que personne n\u2019oublie. La France est interpell\u00e9e pour sauver l&rsquo;honneur de sa culture des droits de l&rsquo;Homme. La France doit reconna\u00eetre les crimes de guerre pour laver sa conscience devant l&rsquo;histoire.\u00a0<br \/>Ce sont l\u00e0 les principes universels de la D\u00e9claration des droits de l&rsquo;Homme et de la dignit\u00e9 des peuples \u00e0 vivre libres et sans oppression de quelque nature, que ce soit d\u2019Alg\u00e9rie, de Tunisie au Maroc, de Madagascar au Vietnam, aux pays d\u2019Afrique noire, l&rsquo;arm\u00e9e coloniale a massacr\u00e9, tortur\u00e9, des milliers de femmes, d&rsquo;hommes et d&rsquo;enfants, dont le seul tort \u00e9tait la revendication des libert\u00e9s fondamentales et du droit \u00e0 l&rsquo;autod\u00e9termination tel qu&rsquo;inscrit dans la Charte des Nations unies.\u00a0<br \/>On n&rsquo;efface pas l&rsquo;histoire, on ne peut pas la falsifier. Les milliers de personnes mortes pour les id\u00e9aux de paix et de libert\u00e9 continueront \u00e0 hanter la m\u00e9moire de la condition humaine, comme ce fut le cas pour le fascisme qui a terroris\u00e9 et tortur\u00e9 l&rsquo;\u00e2me du peuple fran\u00e7ais et sa r\u00e9sistance contre le nazisme.<br \/>Demander la reconnaissance symbolique \u00e0 la France officielle des faits et des massacres de S\u00e9tif, Guelma et Kherrata n&rsquo;est qu&rsquo;un droit naturel de civilit\u00e9 \u00e0 une nation qui a toujours inscrit dans ses Constitutions r\u00e9publicaines les droits de l&rsquo;Homme en tant que constante de sa culture d\u00e9mocratique. 75 ans apr\u00e8s, est-il venu le temps dans l&rsquo;esprit de la r\u00e9conciliation et du droit de dire la v\u00e9rit\u00e9 mais aussi dans celui de la repentance des crimes coloniaux de se pencher sereinement sur cette date, \u00f4 combien cruelle pour le peuples alg\u00e9rien et fran\u00e7ais et pour l&rsquo;humanit\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral ? Pour une juste reconnaissance devant l&rsquo;Histoire et les hommes des responsabilit\u00e9s de ce massacre perp\u00e9tr\u00e9 au moment m\u00eame d&rsquo;une victoire contre le nazisme et le fascisme cens\u00e9e \u00eatre celle de la libert\u00e9 contre toute forme de r\u00e9pression et d&rsquo;atteinte aux droits de l&rsquo;homme.<br \/>L&rsquo;avenir est, \u00e0 cet \u00e9gard, prometteur et porteur d&rsquo;esp\u00e9rance lorsque sur les deux rives de la M\u00e9diterran\u00e9e, la volont\u00e9 politique est port\u00e9e par les dirigeants des deux pays p\u00e9n\u00e9tr\u00e9s du sens profond des id\u00e9aux humanistes et de la\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 grandeur de l\u2019histoire des deux peuples. Les jeunes g\u00e9n\u00e9rations ont le droit d\u2019esp\u00e9rer \u00e0 vivre en communion pour faire avancer l\u2019Humanit\u00e9 \u00e0 plus de progr\u00e8s et de bien-\u00eatre et ouvrir davantage\u00a0 les horizons des esp\u00e9rances et de la paix.\u00a0<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>Un si\u00e8cle de sang, de larmes\u00a0et de mis\u00e8re<\/strong><br \/>Le temps est propice, en ce nouveau mill\u00e9naire, pour enterrer les affres de l&rsquo;oppression des peuples. La France, qui a connu durant la Seconde Guerre mondiale les atteintes \u00e0 la condition humaine, ne doit pas s&rsquo;enfermer dans le mutisme qui a caract\u00e9ris\u00e9 le si\u00e8cle pass\u00e9, \u00e0 nier le massacre colonial sur les peuples. La conscience universelle l&rsquo;interpelle pour se laver de toute entreprise qui a terni la m\u00e9moire du peuple fran\u00e7ais durant la p\u00e9riode coloniale, par la juste reconnaissance aux peuples brim\u00e9s de ce droit symbolique.<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>Typhus, chol\u00e9ra et peste ont\u00a0ravag\u00e9 les humains\u00a0<\/strong><br \/>La mis\u00e8re du peuple \u00e9tait poignante. Les droits les plus \u00e9l\u00e9mentaires de l&rsquo;Homme \u00e9taient bafou\u00e9s. De cinq quintaux de c\u00e9r\u00e9ales en moyenne par an par habitant en 1871, la famille alg\u00e9rienne n&rsquo;en recevait que deux quintaux.\u00a0<br \/>Le fellah qui, \u00e0 Tizi-Ouzou par exemple, disposait pour les m\u00eames p\u00e9riodes de 36 ares n&rsquo;en poss\u00e9dait que 24 \u00e0 la veille de mai 1945. Quinze Alg\u00e9riens sur cent sont des citadins et habitent les bidonvilles.<br \/>Les horreurs de la conqu\u00eate sont encore vivaces dans la m\u00e9moire collective lorsque nos grands-m\u00e8res nous racontent les \u00e9pid\u00e9mies import\u00e9es par les soldats fran\u00e7ais dans nos villes et campagnes.<br \/>\u00abCe fut le si\u00e8cle du sang et des larmes et c&rsquo;est nous, indig\u00e8nes, qui avons pleur\u00e9, qui avons saign\u00e9\u00bb, \u00e9crit Ferhat Abbas. Les habitants ruraux, plus de 85% de la population, sont \u00e9cras\u00e9s, d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s, b\u00e9tail et grains confisqu\u00e9s. Le paysan pay\u00e9 \u00e0 1,50 franc pour 15 heures de travail par jour, alors que le prix du kilo de pain au march\u00e9 noir, rapportait Albert Camus, variait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque entre 90 et 240 francs. Plus de 55 000 cas de typhus dans la population musulmane entre 1939 et 1945, sans compter d&rsquo;autres \u00e9pid\u00e9mies.<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>Les enfumades et les t\u00eates des b\u00e9douins pour boucher les conduites et le code de l\u2019indig\u00e9nat, l\u2019autre apartheid<\/strong><br \/>Le code de l&rsquo;indig\u00e9nat de 1881 continue de peser par ses lois d&rsquo;exception. Oppression et m\u00e9pris se conjuguent au pr\u00e9sent. Nous sommes dans les m\u00eames conditions dans lesquelles le duc de Rovigo, alors g\u00e9n\u00e9ral, fait massacrer, en repr\u00e9sailles d&rsquo;un vol de la totalit\u00e9 de la tribu des Ouffas,\u00a0 en ordonnant : \u00abDes t\u00eates&#8230; apportez des t\u00eates, bouchez les conduites d&rsquo;eau crev\u00e9es avec la t\u00eate du premier b\u00e9douin que vous rencontrez.\u00bb\u00a0<br \/>Bugeaud, en appliquant sa razzia, br\u00fbla vies et villages, en r\u00e9duisant la population \u00e0 la famine. Il donna des instructions \u00e0 ses hommes comme Cavaignac, Saint-Arnaud, Canrobert, P\u00e9lissier :\u00a0<br \/>\u00abEnfumez-les comme des renards !\u00bb Et quand P\u00e9lissier revient de son \u00abenfumade\u00bb de la grotte du Dahra, o\u00f9 il y a eu plus d&rsquo;un millier de morts, hommes et enfants, il r\u00e9pondait \u00e0 qui voulait l&rsquo;entendre : \u00abLa peau d&rsquo;un seul de mes tambours avait plus de prix que la vie de tous ces mis\u00e9rables.\u00bb<br \/>Les massacres \u00e9taient le fondement de la colonisation fran\u00e7aise. Nous allons voir comment de Gaulle, depuis la conf\u00e9rence de Brazzaville, va assumer les lourdes responsabilit\u00e9s dans les r\u00e9pressions coloniales survenues entre janvier 1944 et octobre 1945.<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>Charte de San Francisco\u00a0et d\u00e9colonisation<\/strong><br \/>Le 12 d\u00e9cembre 1943, dans un discours prononc\u00e9 place de la Br\u00e8che, \u00e0 Constantine, de Gaulle s&rsquo;\u00e9loigne des id\u00e9es d\u00e9velopp\u00e9es par Franklin D. Roosevelt, qui n&rsquo;a pas cach\u00e9 ses intentions de lib\u00e9rer, apr\u00e8s la guerre, les peuples encore soumis au joug colonial. De Gaulle tient le langage de la force et refuse toute discussion sur la d\u00e9colonisation. Il annonce quelques r\u00e9formes qui n&rsquo;am\u00e9liorent en rien les conditions de vie des Alg\u00e9riens.\u00a0<br \/>Cela ressemble, \u00e0 quelques exceptions pr\u00e8s, au projet Blum et Violette du Front populaire. Les revendications formul\u00e9es par le Manifeste et son additif par Ferhat Abbas sont l&rsquo;autonomie politique qui doit \u00eatre substitu\u00e9e au vieux syst\u00e8me colonial, brutal et inhumain.<br \/>Des contacts secrets entre hommes politiques alg\u00e9riens et am\u00e9ricains, notamment entre R. Murphy qui avait pr\u00e9par\u00e9 l&rsquo;op\u00e9ration Torche (d\u00e9barquement alli\u00e9) eurent lieu avec Ferhat Abbas et d&rsquo;autres \u00e9lus musulmans et ont laiss\u00e9 croire \u00e0 la formation d&rsquo;un gouvernement provisoire alg\u00e9rien.<br \/>Le Manifeste remis le 31 mars 1943 par une d\u00e9l\u00e9gation d&rsquo;\u00e9lus au gouverneur g\u00e9n\u00e9ral fran\u00e7ais, Marcel Peyrouton, mais aussi aux repr\u00e9sentants des \u00c9tats-Unis, de la Grande-Bretagne et de l&rsquo;ex-URSS, mais \u00e9galement au g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle \u00e0 Londres et au gouvernement \u00e9gyptien a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 par les uns comme \u00e9tant responsable des \u00e9meutes, alors qu&rsquo;il a eu l&rsquo;assentiment d&rsquo;Augustin Berque, directeur des affaires musulmanes, et de Peyrouton.<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>L\u2019additif du Manifeste adopt\u00e9 le 26 mai 1943<\/strong><br \/>L&rsquo;additif au Manifeste fut r\u00e9dig\u00e9 et adopt\u00e9 le 26 mai 1943 par 21 d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s financiers arabes et comportait deux titres, \u00e0 savoir : \u00abL&rsquo;Alg\u00e9rie sera \u00e9rig\u00e9e en \u00c9tat alg\u00e9rien dot\u00e9 d&rsquo;une\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Constitution propre qui sera \u00e9labor\u00e9e par une Assembl\u00e9e nationale \u00e9lue au suffrage universel par tous les habitants de l&rsquo;Alg\u00e9rie\u00bb et le second titre \u00abcomporte les r\u00e9formes politiques et \u00e9conomiques et sociales dans le domaine de la paysannerie, de la main-d&rsquo;\u0153uvre, de l&rsquo;instruction et des infrastructures des campagnes, l&rsquo;acc\u00e8s des musulmans \u00e0 toutes les fonctions, y compris les fonctions d&rsquo;autorit\u00e9 dans les m\u00eames conditions de recrutement, d&rsquo;avancement, de traitement et de retraite que les fonctionnaires fran\u00e7ais\u00bb.<br \/>Enfin, toutes les libert\u00e9s fondamentales telles que libert\u00e9 de presse, de confession, etc. Toutes ces revendications n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 prises en compte par les autorit\u00e9s fran\u00e7aises.<br \/>Les obstacles \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation et \u00e0 la politique scolaire o\u00f9 on ne compte que 100 bacheliers musulmans par an. Avec le d\u00e9barquement des alli\u00e9s le 8 novembre 1942 et la d\u00e9faite de la France en 1940, les Alg\u00e9riens se rappelant la d\u00e9claration du pr\u00e9sident Wilson sur le droit des peuples \u00e0 disposer d&rsquo;eux-m\u00eames vont passer \u00e0 une \u00e9tape de la lutte anticoloniale, d&rsquo;autant que la colonisation n&rsquo;\u00e9tait que synonyme de massacres et de violence. Durant le printemps de 1945, 60 000 \u00e9l\u00e8ves fr\u00e9quentaient 233 medersas de l&rsquo;Association des Oul\u00e9mas. Lorsque les autorit\u00e9s ont refus\u00e9 dans le fond et la forme les revendications des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s financiers, ces derniers ont boycott\u00e9 les r\u00e9unions et refus\u00e8rent d&rsquo;y si\u00e9ger. Ainsi commenc\u00e8rent les pr\u00e9mices d&rsquo;un soul\u00e8vement populaire. A Skikda, le 25 juillet 1943, les tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais avaient ex\u00e9cut\u00e9, sur ordre du g\u00e9n\u00e9ral Catroux, plus de trente personnes parmi la population musulmane.<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>Les amis du Manifeste et l\u2019unit\u00e9 du combat nationaliste<\/strong><br \/>La d\u00e9l\u00e9gation \u00abindig\u00e8ne\u00bb fut dissoute le 23 septembre 1943 et le g\u00e9n\u00e9ral Catroux arr\u00eata Ferhat Abbas et Sayah Abdelkader qui furent envoy\u00e9s en r\u00e9sidence surveill\u00e9e dans le sud oranais, le premier \u00e0 Tabelbata et le second \u00e0 B\u00e9ni Abb\u00e8s.\u00a0<br \/>Ils seront lib\u00e9r\u00e9s le 2 d\u00e9cembre 1943, suite \u00e0 des agitations populaires \u00e0 S\u00e9tif, Constantine et Alger. Le 4 avril 1944, Ferhat Abbas d\u00e9pose \u00e0 la pr\u00e9fecture de Constantine les statuts du mouvement des AML.<br \/>Tous les nationalistes adh\u00e9r\u00e8rent \u00e0 ce projet, y compris Messali El Hadj qui se trouvait en r\u00e9sidence surveill\u00e9e \u00e0 Boghar et \u00e0 Ksar Chellala o\u00f9 Ferhat Abbas lui rendit visite. Oul\u00e9mas, PPA et \u00e9lus \u00e9taient d&rsquo;accord pour le programme et en l&rsquo;espace de quelques mois, plus de 500 000 adh\u00e9rents rejoignent les rangs du nouveau mouvement. Quant aux communistes, ils pr\u00e9f\u00e9r\u00e8rent cr\u00e9er un autre mouvement : Les Amis de la D\u00e9mocratie.<br \/>Plac\u00e9 sous la pr\u00e9sidence d&rsquo;honneur de Messali, le congr\u00e8s des AML se tenait du 2 au 4 mars 1945 \u00e0 Alger. Dans le rapport Tubert, charg\u00e9 d&rsquo;enqu\u00eater sur les massacres du 8 mai 1945, les AML est un mouvement redoutable.<br \/>A la date du 25 avril 1945, les AML comptaient 171 sections r\u00e9parties \u00e0 travers l&rsquo;ensemble du territoire, selon les archives d&rsquo;Aix-en-Provence et cit\u00e9 par Boucif Mekhaled dans son ouvrage Chronique d&rsquo;un massacre, 62 sections dans l&rsquo;Alg\u00e9rois, 84 sections dans le Constantinois, 15 dans l&rsquo;Oranie et 10 dans le Sud.<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>L\u2019histoire retiendra les massacres de S\u00e9tif-Guelma-Kherrata<\/strong><br \/>La r\u00e9gion de Guelma comptait \u00e0 elle seule 13 sections : El Hssania (Clauzel), Belkhir (Mellisimo), H\u00e9liopolis, Bouatti Mohamed (Gallieni), Bensmih (Lapaine), Ouled Harrid, Ouled Dahane, Kef Rih, El Fedjdjedj (Kellermann). Guela\u00e2t Bousaba, Taya El S\u00e9lib (voir archives de la wilaya de Constantine sur les AML). La majorit\u00e9 des militants AML appartenait au PPA.<br \/>Dans ce contexte, naissait, par un pacte sign\u00e9 le 22 mars 1945, la Ligue des Etats arabes lors du congr\u00e8s d&rsquo;H\u00e9liopolis, en \u00c9gypte.<br \/>La conf\u00e9rence de San Francisco, tenue du 25 avril au 25 juin 1945, eut un grand retentissement en Alg\u00e9rie. \u00abLes Hommes naissent et demeurent libres et \u00e9gaux en droits, chaque peuple est libre de disposer de lui-m\u00eame.\u00bb<br \/>Depuis le d\u00e9barquement des Alli\u00e9s, le trafic des armes \u00e9tait intense. Le 25 avril 1945, Messali fut transf\u00e9r\u00e9 de ksar Chellala vers Gol\u00e9a \u00e0 la suite des manifestations pour sa lib\u00e9ration.<\/p>\n<p class=\"c3\">\u00a0<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>Le drapeau au croissant\u00a0et \u00e0 l\u2019\u00e9toile de la libert\u00e9<\/strong><br \/>A Guelma, le 19 avril, les jeunes manifestent contre le service militaire et scandent des slogans avec des chants patriotiques \u00abFidaou El Djaza\u00efr rouhi wa mali !\u00bb, etc.<br \/>C&rsquo;\u00e9tait aux cris de \u00abVive l&rsquo;Alg\u00e9rie !\u00bb, \u00abVive l&rsquo;Alg\u00e9rie ind\u00e9pendante !\u00bb, \u00abLib\u00e9rez les d\u00e9tenus politiques !\u00bb, \u00abA bas le colonialisme !\u00bb et \u00abLib\u00e9rez Messali Hadj !\u00bb le 23 avril 1945, que la manifestation avait commenc\u00e9. Les militants ont re\u00e7u l&rsquo;ordre de ne pas r\u00e9pondre aux provocations. \u00c0 Alger, la r\u00e9pression fut sanglante. La police a tir\u00e9 sur les manifestants. C&rsquo;est au cours de cette manifestation que le drapeau alg\u00e9rien, tel qu&rsquo;il existe aujourd&rsquo;hui, fut brandi par Mohamed Belhafel. Ce fut la m\u00eame chose \u00e0 Oran dans le quartier d&rsquo;El-Hamri ou encore \u00e0 B\u00e9ja\u00efa.<br \/>\u00c0 S\u00e9tif, le 1er mai tombait un mardi qui est jour de march\u00e9 hebdomadaire et \u00e0 Guelma, il n&rsquo;y a pas eu d&rsquo;incidents majeurs. Partout, \u00e0 T\u00e9bessa, Annaba, Batna, Constantine, Biskra, Khenchela, Mostaganem, Tlemcen, Sidi Bel-Abb\u00e8s, Relizane, Blida, Sour El- Ghozlane, Sa\u00efda, Boussa\u00e2da, T\u00e9n\u00e8s, Chlef, Bouira, Tizi Ouzou, partout la volont\u00e9 d&rsquo;ind\u00e9pendance \u00e9tait clairement exprim\u00e9e ce 1er mai 1945. Le 6 mai 1945, Ferhat Abbas se r\u00e9unissait avec Bachir Ibrahimi, Mohamed Kheireddine et Tawfik El-Madani dans le local de Abbas Torki \u00e0 Alger. Une lettre de protestation fut r\u00e9dig\u00e9e et port\u00e9e au gouvernement g\u00e9n\u00e9ral par Ferhat Abbas et le Dr Sa\u00e2dane.<br \/>Au commencement, c&rsquo;\u00e9tait une fa\u00e7on \u00e0 nous musulmans de f\u00eater la victoire sur le fascisme. Le peuple alg\u00e9rien devait d\u00e9filer \u00e0 travers le territoire alg\u00e9rien en portant les drapeaux des Alli\u00e9s et le n\u00f4tre. \u00c0 S\u00e9tif, tout \u00e9tait pr\u00eat selon les consignes re\u00e7ues.\u00a0<br \/>Un drapeau fut confectionn\u00e9 par un certain A\u00efssa Doumi, tailleur de son \u00e9tat. Ce drapeau se trouve au mus\u00e9e El Djihad de S\u00e9tif. Quinze mille manifestants \u00e9taient venus de la r\u00e9gion de S\u00e9tif avec pancartes et slogans. Le drapeau fut port\u00e9 et brandi par le jeune scout Sa\u00e2l Bouzid. \u00c0 la hauteur du Caf\u00e9 de France, les commissaires Olivieri et Val\u00e9rie interviennent ; la police tira sur le porteur du drapeau, qui fut touch\u00e9 mortellement par la rafale.<br \/>La foule \u00e9tait affol\u00e9e par la provocation polici\u00e8re. L&rsquo;arm\u00e9e, sous les ordres du commandant Bobillon, ainsi que les\u00a0 dix-huit gendarmes transport\u00e9s dans un bus ouvrirent le feu sur les manifestants. Le pr\u00e9fet de Constantine, Lestrade Carbonnel, et le g\u00e9n\u00e9ral Duval, commandant de la division territoriale, avaient donn\u00e9 l&rsquo;ordre de r\u00e9primer par la force toute tentative d&rsquo;insurrection. Le gouverneur g\u00e9n\u00e9ral, Yves Chataigneau, rejoint le 10 mai S\u00e9tif et intervint dans le m\u00eame sens.<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>Chronologie des massacres\u00a0du 8 Mai 1945<\/strong><br \/>La r\u00e9pression fut barbare, sauvage et inhumaine. C&rsquo;\u00e9tait la chasse ouverte \u00e0 l&rsquo;homme. \u00c0 Guelma, qui comptait 20 000 habitants dont 4 500 Europ\u00e9ens, ce 8 mai 1945, il y avait 4 292 militants des AML, selon les listes trouv\u00e9es lors des perquisitions dans les locaux du mouvement (voir archives de la wilaya de Constantine). Le 7 mai, les militants du PPA et des AML avaient pr\u00e9par\u00e9 les pancartes et les drapeaux pour la manifestation. Abda Sma\u00efn et Ouarisi Abdelmadjid, dit Si Mabrouk, furent convoqu\u00e9s par l&rsquo;administration sous-pr\u00e9fectorale.\u00a0<br \/>L&rsquo;information sur l&rsquo;armistice n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e que le 8 mai dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi. C&rsquo;est dans les Kermate (figuiers), \u00e0 la hauteur de la ville, que le cort\u00e8ge devait prendre le d\u00e9part. Pr\u00e8s de 10 000 manifestants \u00e9taient rassembl\u00e9s avec le drapeau\u00a0 alg\u00e9rien et ceux des alli\u00e9s. Au milieu, Abda Ali, qui brandissait le drapeau, dirigeait la foule et scandait les m\u00eames slogans qu&rsquo;\u00e0 S\u00e9tif.\u00a0<br \/>Le cort\u00e8ge fut arr\u00eat\u00e9 dans la rue Victor-Vernes, actuellement rue du 8-Mai- 1945, par les autorit\u00e9s et les services de s\u00e9curit\u00e9. Les gendarmes, policiers et \u00e0 leur t\u00eate le sous-pr\u00e9fet Achiary tir\u00e8rent sur les manifestants, Boumaza fut le premier tu\u00e9 sur le coup, atteint d&rsquo;une balle. Ce fut ensuite la tuerie g\u00e9n\u00e9rale.<br \/>Le ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur de l&rsquo;\u00e9poque, Adrien Tixier, minimisa le massacre, une milice comprenant des colons fut cr\u00e9\u00e9e sous la direction du criminel Garrivet et ses acolytes qui d\u00e9cidaient de la vie ou de la mort des milliers de citoyens musulmans. C&rsquo;\u00e9tait celle-ci qui \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;origine du drame de Guelma, tout Arabe rencontr\u00e9 dans la rue fut tu\u00e9. La liste des disparus \u00e9tait longue. Le 18 avril 1946, une liste de 142 disparus fut publi\u00e9e dans le journal Libert\u00e9 et mettant en cause le sous-pr\u00e9fet et le maire socialiste de Guelma, Garrivet, ainsi que le pr\u00e9fet.<\/p>\n<p><strong>A\u00efn Kebira, Bouga\u00e2, Guelma, S\u00e9tif, Sa\u00efda se souviennent<\/strong><br \/>A l&rsquo;ouest de Souk El-T\u00e9nine, du c\u00f4t\u00e9 de la mer, les croiseurs Duguay-Trouin et Triomphant ex\u00e9cutaient des tirs sur les endroits o\u00f9 les populations \u00e9taient en insurrection \u00e0 Kherrata, A\u00efn El-Kebira, Bouga\u00e2. Le mardi 8 mai, la population avait assist\u00e9 au discours de l&rsquo;administrateur Rousseau de la commune mixte de Takitount, venu de A\u00efn Kebira (P\u00e9rigotville) o\u00f9 il \u00e9tait en poste. Au retour, pr\u00e8s de A\u00efn Magramane, Rousseau fut bless\u00e9 mortellement par un jeune de la commune d&rsquo;Amoucha, apr\u00e8s que les gens eurent appris la r\u00e9pression f\u00e9roce sur la population musulmane de S\u00e9tif.<br \/>Le crieur public, Rambli Mennadi, avait inform\u00e9 les habitants de Kherrata et de ses environs du soul\u00e8vement contre les \u00abroumis\u00bb qui ont sauvagement tu\u00e9 les musulmans \u00e0 S\u00e9tif. Le djihad est d\u00e9clar\u00e9. Plus de 10 000 manifestants \u00e9taient pr\u00e9sents d\u00e8s l&rsquo;aube.\u00a0<br \/>Au ch\u00e2teau Dussaix, les 500 Europ\u00e9ens arm\u00e9s jusqu&rsquo;aux dents tiraient \u00e0 bout portant sur la foule. A la sortie des gorges de Chabet El-Akhra, les chefs de groupe, Akkal Abdellah, et Ha\u00ef Amor barraient la route \u00e0 l&rsquo;endroit dit \u00abAnsar Azazga\u00bb, alors que d&rsquo;autres groupes avaient pris d&rsquo;assaut la gendarmerie et le ch\u00e2teau d&rsquo;o\u00f9 partaient les tirs des colons.<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>Les balles assassines du colonialisme<\/strong><br \/>L&rsquo;administrateur local, Rambaud, avait fait du ch\u00e2teau son poste de commandement. Vers 11 heures, les autos blind\u00e9es venant de S\u00e9tif ouvrirent le feu sur les milliers d&rsquo;insurg\u00e9s musulmans. Des centaines de victimes tombaient sous les balles assassines. En plus des automitrailleuses, des croiseurs de guerre, les avions, 512 chasseurs bombardiers et 12 bombardiers moyens entr\u00e8rent en action et bombardaient tous les environs de Kherrata.\u00a0<br \/>L&rsquo;artillerie lan\u00e7a des obus 105 sur le douar voisin des B\u00e9ni Merai d\u00e9truisant toutes les maisons. Le d\u00e9tachement militaire que commandait le lieutenant Bergeret continua de tuer tout Arabe dans la ville de Kherrata.\u00a0<br \/>\u00c0 El-Eulma (Saint-Arnaud), A\u00efn Arnat, A\u00efn Taghrout, Bordj Bou-Arr\u00e9ridj, Ouled El- Marsa, Mezloug, El-Ouaracia, Fedj Mzala, toute la population \u00e9tait en \u00e9bullition \u00e0 A\u00efn El-Kebira (P\u00e9rigotville), chef-lieu de la commune mixte de Takitount, au nord de S\u00e9tif, qui comptait 1 424 musulmans et 115 Europ\u00e9ens, aux Amoucha, \u00e0 B\u00e9ni Aziz (Arbaoun-Chevreuil), A\u00efn Abessa, Souk El-T\u00e9nine, Mansouriah, les gens d\u00e9claraient le djihad. En fait, c&rsquo;\u00e9tait une insurrection g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e contre le colonialisme apr\u00e8s ce crime contre l&rsquo;humanit\u00e9 dans les Babors, Guelma et Kherrata.<br \/>Le 23 mai 1946, Ferhat Abbas d\u00e9clarait \u00e0 Sa\u00efda 20 000 morts, le journal El Djamhouria Moussawat du 27 ao\u00fbt 1948\u00a0 parle de 30 000 victimes. Le journal El Manar (Le Phare) du 9 mai 1952 cite le chiffre de 40 000 alors que son directeur, Mahmoud Bouzouzou, avance le chiffre de 45 000 victimes \u00e0 la une du journal du 4 mai 1951. Ce chiffre sera retenu par le Conseil am\u00e9ricain d&rsquo;Alger, chiffre appuy\u00e9 par un travail d&rsquo;investigation s\u00e9rieux. Les Oul\u00e9mas parlent de 80 000 victimes. Mais ces statistiques semblent minimis\u00e9es si l&rsquo;on tient compte du nombre d&rsquo;habitants des mechtas, tribus et douars qui furent bombard\u00e9s sans qu&rsquo;aucune statistique ne puisse \u00eatre v\u00e9rifi\u00e9e.<br \/>Ce crime de guerre a prouv\u00e9 la d\u00e9cision des autorit\u00e9s coloniales d&rsquo;exterminer toute une population dont le seul tort \u00e9tait d&rsquo;avoir manifest\u00e9 pacifiquement pour sa libert\u00e9, son ind\u00e9pendance et la d\u00e9colonisation de sa terre spoli\u00e9e tel que stipul\u00e9 par la charte de San Francisco. M\u00eame si le rapport du g\u00e9n\u00e9ral Tubert insiste sur la r\u00e9pression f\u00e9roce, \u00e0 ce jour aucun bilan n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 d&rsquo;une mani\u00e8re appropri\u00e9e, car pouvant d\u00e9passer m\u00eame les 100 000 victimes.<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>Rencontre m\u00e9morielle\u00a0d\u2019une commune histoire<\/strong><br \/>Le 8 Mai reste dans la m\u00e9moire collective une date marquante, en France comme en Alg\u00e9rie, mais avec des significations oppos\u00e9es. \u00abEn France, il \u00e9voque la lib\u00e9ration achev\u00e9e, en Alg\u00e9rie, la revendication d&rsquo;une lib\u00e9ration \u00e0 faire, revendication \u00e9touff\u00e9e dans le sang\u00bb, dira Yves Benot dans son livre Massacres coloniaux. Toute l&rsquo;Alg\u00e9rie manifesta pour son ind\u00e9pendance et l&rsquo;effroyable r\u00e9pression s&rsquo;abattit sur la population civile ex\u00e9cut\u00e9e par la machine de guerre coloniale.<br \/>L&rsquo;opinion fran\u00e7aise et internationale a \u00e9t\u00e9 choqu\u00e9e par la sauvagerie et la brutalit\u00e9 des actes r\u00e9pressifs. Un crime reste un crime, et ce, quel que soit le chiffre des meurtres, des massacres ou des injustices. Mais en Alg\u00e9rie coloniale, tortures, massacres et racisme \u00e9taient monnaie courante. Le droit \u00e0 l&rsquo;insurrection contre l&rsquo;oppression devient, comme dira La Fayette en 1789, \u00able droit le plus sacr\u00e9 des devoirs\u00bb. La revendication nationale est une revendication de dignit\u00e9.\u00a0<br \/>Ce combat traduit une exigence morale fondamentale face \u00e0 l&rsquo;humiliation permanente, les vexations quotidiennes et l&rsquo;\u00e9puration ethnique de type colonial, d&rsquo;autant que la r\u00e9pression a \u00e9t\u00e9 disproportionn\u00e9e et atroce.<br \/>En couvrant les massacres et les tueries du Constantinois et d&rsquo;ailleurs dans les colonies d&rsquo;Afrique et d&rsquo;Indochine, De Gaulle a donn\u00e9 des habitudes, trac\u00e9 une voie que les gouvernements suivants emprunteront \u00e0 leur tour. \u00abEntre le De Gaulle de 1944\/45 et celui de 1960-1962, il n&rsquo;y a pourtant ni contradiction ni, en d\u00e9pit de l&rsquo;apparence, \u00e9volution\u00bb, affirme encore Yves Benot dans Massacres coloniaux. 85 000 victimes en Alg\u00e9rie, 100 000 \u00e0 Madagascar pour la m\u00eame p\u00e9riode : quelle horreur, quelle barbarie pour une nation des lumi\u00e8res, celle de la r\u00e9volution de 1789, au d\u00e9triment des peuples sous domination coloniale fran\u00e7aise !<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>Dire la v\u00e9rit\u00e9 aux jeunes g\u00e9n\u00e9rations<\/strong><br \/>La France est interpell\u00e9e pour sauver l&rsquo;honneur de sa culture des droits de l&rsquo;Homme. La France doit reconna\u00eetre les crimes de guerre pour laver sa conscience devant l&rsquo;Histoire. Ce sont l\u00e0 les principes universels de la D\u00e9claration des droits de l&rsquo;Homme et de la dignit\u00e9 des peuples \u00e0 vivre libres et sans oppression de quelque nature que ce soit.\u00a0<br \/>De S\u00e9tif \u00e0 Madagascar, d&rsquo;Haiphong \u00e0 la C\u00f4te d&rsquo;Ivoire, \u00e0 Casablanca, l&rsquo;arm\u00e9e coloniale a massacr\u00e9, tortur\u00e9, \u00e9pur\u00e9 des milliers de femmes, d&rsquo;hommes et d&rsquo;enfants, dont le seul tort \u00e9tait la revendication des libert\u00e9s fondamentales et du droit \u00e0 l&rsquo;autod\u00e9termination tel qu&rsquo;inscrit dans la Charte des Nations unies.\u00a0<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>Ouvrir les horizons de coop\u00e9ration mutuellement b\u00e9n\u00e9fique<\/strong><br \/>On n&rsquo;efface pas l&rsquo;Histoire, on ne peut pas la falsifier. Les milliers de personnes mortes pour les id\u00e9aux de paix et de libert\u00e9 continueront \u00e0 hanter la m\u00e9moire de la condition humaine, comme ce fut le cas pour le fascisme qui a terroris\u00e9 et tortur\u00e9 l&rsquo;\u00e2me du peuple fran\u00e7ais et sa r\u00e9sistance contre le nazisme.<br \/>La fondation du 8 Mai 1945. Demander la reconnaissance symbolique \u00e0 la France officielle des faits et des massacres de S\u00e9tif, Guelma et Kherrata n&rsquo;est qu&rsquo;une dol\u00e9ance de civilit\u00e9 \u00e0 une nation qui a toujours inscrit dans ses Constitutions r\u00e9publicaines les droits de l&rsquo;Homme en tant que constante de sa culture d\u00e9mocratique.\u00a0<br \/>Comme pour le g\u00e9nocide arm\u00e9nien et kurde, l&rsquo;holocauste juif, la r\u00e9pression italienne contre le peuple libyen, il est temps que l&rsquo;histoire coloniale soit revisit\u00e9e pour t\u00e9moigner en tant que nations civilis\u00e9es des crimes contre l&rsquo;humanit\u00e9. Tel sera l&rsquo;humanisme des lumi\u00e8res. C&rsquo;est l\u00e0 un devoir de m\u00e9moire.<br \/>75 ans apr\u00e8s, sans doute est-il temps dans l&rsquo;esprit de la r\u00e9conciliation mais aussi dans celui de la repentance des crimes coloniaux, de se pencher sereinement sur cette date, \u00f4 combien cruelle pour le peuple alg\u00e9rien et pour l&rsquo;humanit\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral, pour une juste reconnaissance devant l&rsquo;Histoire et les hommes des responsabilit\u00e9s de ce massacre perp\u00e9tr\u00e9 au moment m\u00eame d&rsquo;une victoire cens\u00e9e \u00eatre celle de la libert\u00e9 contre toute forme de r\u00e9pression et d&rsquo;atteinte aux droits de l&rsquo;homme !\u00a0<br \/>L&rsquo;avenir est, \u00e0 cet \u00e9gard, prometteur et porteur d&rsquo;esp\u00e9rance lorsque sur les deux rives de la M\u00e9diterran\u00e9e, la volont\u00e9 politique est port\u00e9e par les dirigeants des deux pays p\u00e9n\u00e9tr\u00e9s du sens profond des id\u00e9aux humanistes et de la grandeur de l\u2019Histoire des deux peuples. Le temps nous le dira et il faut croire \u00e0 la volont\u00e9 des dirigeants des deux peuples pour concr\u00e9tiser ce v\u0153u d\u2019amiti\u00e9 et de respect mutuel dans ce monde en perp\u00e9tuel mouvement.<br \/>C\u2019est cette refondation dans le rapprochement des deux peuples qui vivent difficilement ce confinement impos\u00e9 par le Covid-19 en ce mois de mai 2020, pour m\u00e9diter \u00e0 des lendemains meilleurs qui sera l\u2019\u0153uvre attendue par les deux pr\u00e9sidents, Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron.\u00a0<br \/><em><strong>B. H.<\/strong><br \/>(*) Chercheur-universitaire. Ancien ministre.<\/em><\/p>\n<p class=\"c3\">\u00a0<\/p>\n<p class=\"c3\"><em>Notes bibliographiques :<br \/>1- Mahfoud Keddache : Il y a trente ans, le 8 mai 1945, \u00c9ditions du Centenaire Paris 1975.<br \/>2- Radouane Ainad Tabet : Le 8 Mai 1945, OPU Alger 1985.<br \/>3- Boucif Mekhaled : Chronique d\u2019un massacre le 8 mai 1945, \u00c9ditions Syros Paris 1995.<br \/>4- Pierre Miquel : La guerre d\u2019Alg\u00e9rie. \u00c9ditions Fayard Paris 1993.<br \/>5- Bendjamin Stora-Zakia Daoud : Ferhat Abbas : une utopie alg\u00e9rienne. \u00c9ditions Deno\u00ebl Paris 1995.<br \/>6- Direction des archives, wilaya de Constantine sur le 8 Mai 1945.<br \/>7- La guerre d\u2019Alg\u00e9rie par les documents : Tome 1, l\u2019avertissement 1943\/46, services historiques Vincennes 1990.<br \/>8- MTLD\/Le g\u00e9nocide du 8 mai 1945\/ Brochures n\u00b03 Alger 1951.<br \/>9- Eug\u00e8ne Vallet : Un drame alg\u00e9rien &#8211; La v\u00e9rit\u00e9 sur les \u00e9meutes du 8 Mai 1945, Grandes \u00e9ditions fran\u00e7aises Paris 1948.<br \/>10- Bouzouzou Mahmoud : \u00abLe 8 Mai 1945\u00bb, El Manar n\u00b03 du 9 mai 1952.<br \/>11- Rey Goldzeiguer : \u00abLe 8 Mai 1945 au Maghreb\u00bb in colloque international Reims-collection l\u2019histoire partag\u00e9e, Lyon 1985.<br \/>12- Yves Benot : Massacres coloniaux 1944\/1950 \u00bb in \u00c9ditions la D\u00e9couverte Paris 1094. La IVe R\u00e9publique et la mise au pas des colonies.<br \/>13- Communication donn\u00e9e par le Dr Boudjema\u00e2 Haichour, colloque national sur les \u00e9v\u00e9nements du 8 Mai 1945, organis\u00e9 par la Fondation du 8 Mai \u00e0 la salle de conf\u00e9rences du Hamma, Biblioth\u00e8que nationale.<\/em><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.lesoirdalgerie.com\/contribution\/reconcilier-nos-peuples-en-assumant-notre-histoire-commune-42320\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Dr Boudjema\u00e2 Haichour(*)En ce 75e anniversaire du 8 Mai 1945, notre monde d\u2019aujourd\u2019hui,\u00a0 frapp\u00e9 par le Covid-19, se souvient des grandes \u00e9pid\u00e9mies ramen\u00e9es dans les bagages des colons mais surtout des corps exp\u00e9ditionnaires qui ont infect\u00e9 nos peuples par la peste, le typhus, la variole et toutes sortes de pand\u00e9mies. 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