{"id":86286,"date":"2020-05-20T19:12:00","date_gmt":"2020-05-20T23:12:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/samir-allal-apprendre-de-la-crise-sanitaire-planetaire-pour-anticiper-les-prochaines\/"},"modified":"2020-05-20T19:12:00","modified_gmt":"2020-05-20T23:12:00","slug":"samir-allal-apprendre-de-la-crise-sanitaire-planetaire-pour-anticiper-les-prochaines","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/samir-allal-apprendre-de-la-crise-sanitaire-planetaire-pour-anticiper-les-prochaines\/","title":{"rendered":"Samir Allal: Apprendre de la crise sanitaire plan\u00e9taire pour anticiper les prochaines"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c2\"><em><strong>Pr Samir Allal. Universit\u00e9 de Versailles \/ Paris &#8211; Saclay<\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<p><em>\u00abL\u00e0 o\u00f9 cro\u00eet le p\u00e9ril, cro\u00eet aussi ce qui sauve\u00bb<\/em> <strong>H\u00f6lderlin<\/strong><\/p>\n<p><span class=\"c4\"><span class=\"c3\"><strong>I- La crise sanitaire plan\u00e9taire est une crise complexe<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La crise du coronavirus trouve ses racines dans des perturbations des \u00e9cosyst\u00e8mes. Elle a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 les fragilit\u00e9s de notre monde, soumis \u00e0 des risques globaux et bouscule le fonctionnement d\u00e9mocratique de nos soci\u00e9t\u00e9s. Cette \u00ab m\u00e9gacrise \u00bb ou \u00ab polycrise \u00bb, r\u00e9v\u00e8le les dangers d\u2019un monde politiquement fragment\u00e9 o\u00f9 dominerait l\u2019impuissance \u00e0 agir de concert et nous oblige \u00e0 repenser notre relation \u00e0 la mondialisation et aux communs.<\/p>\n<p>Cette crise plan\u00e9taire bouleverse le fonctionnement de nos soci\u00e9t\u00e9s. Elle met \u00e0 nu les affres de la mondialisation, les limites du mod\u00e8le n\u00e9olib\u00e9ral et notre incapacit\u00e9 collective \u00e0 anticiper. Quelques semaines ont suffi pour que le Covid-19 provoque l&rsquo;effondrement de l\u2019\u00e9conomie mondiale, m\u00eame si son impact \u00e9conomique diff\u00e8re d\u2019un pays \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n<p>La pand\u00e9mie nous donne l\u2019opportunit\u00e9 de r\u00e9guler une machine \u00e9conomique sp\u00e9culative devenue folle. Elle est sociale et structurelle et en train d\u2019infliger \u00e0 notre monde des d\u00e9g\u00e2ts incommensurables. Mais, c\u2019est aussi une occasion unique qui peut nous pousser \u00e0 nous recentrer sur l\u2019indispensable : le respect du vivant, la solidarit\u00e9 et la justice sociale.<\/p>\n<p>L\u2019encha\u00eenement des cons\u00e9quences \u00e9conomiques et sociales de cette crise plan\u00e9taire et la d\u00e9tresse sanitaire et humaine qui en d\u00e9couleront restent encore \u00e0 d\u00e9couvrir. Nous sommes sur un point de fragilit\u00e9 et de vuln\u00e9rabilit\u00e9 qui n\u00e9cessite de bousculer nos certitudes. Tout est li\u00e9 : crise sanitaire, crise \u00e9conomique, crise sociale et crise \u00e9cologique. Nous ne savons pas quand l\u2019\u00e9pid\u00e9mie r\u00e9gressera et si le virus demeurera end\u00e9mique. Les suites politiques, \u00e9conomiques, nationales et plan\u00e9taires des restrictions apport\u00e9es par les confinements sont encore incertaines.<\/p>\n<p>Le pire n\u2019est pas s\u00fbr mais l\u2019improbable peut advenir. La pand\u00e9mie du Covid-19 creuse en particulier, les in\u00e9galit\u00e9s face \u00e0 la sant\u00e9 et exacerbe les multiples vuln\u00e9rabilit\u00e9s de ceux qui sont en situation de pr\u00e9carit\u00e9. Elle met en relief nos failles, nos exc\u00e8s, nos vuln\u00e9rabilit\u00e9s. Cette profonde crise syst\u00e9mique peut tr\u00e8s bien, par la combinaison d\u2019autres crises, provoquer le chaos.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, la priorit\u00e9 est de soutenir des syst\u00e8mes de sant\u00e9 sous tension et des millions de personnes durement touch\u00e9es par les cons\u00e9quences \u00e9conomiques de cette crise. Les besoins de protection et de r\u00e9silience passent par davantage de coop\u00e9ration. L\u2019interd\u00e9pendance est in\u00e9vitable. Les solutions du repli sur soi sont port\u00e9es par des int\u00e9r\u00eats \u00e0 court terme, \u00e9go\u00efstes et mal compris.<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><span class=\"c3\"><strong>II- Un coup de semonce qui peut \u00eatre une chance si nous savons r\u00e9agir<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La crise sanitaire plan\u00e9taire a mis en \u00e9vidence les fragilit\u00e9s \u00e9conomiques, sociales, et politiques, d\u2019un monde bas\u00e9 sur une production \u00e0 flux tendus et sur une mobilit\u00e9 excessive. La globalisation marchande fragilisent les \u00c9tats et les soci\u00e9t\u00e9s. Le gigantisme du productivisme et du consum\u00e9risme saccage la plan\u00e8te, favorise les pand\u00e9mies, \u00e9puise ou pollue les ressources, creuse les in\u00e9galit\u00e9s et modifie le climat.<\/p>\n<p>Elle secoue tous les dogmes gouvernant l\u2019\u00e9conomie et r\u00e9v\u00e8le les carences d\u2019une politique n\u00e9o-lib\u00e9rale ayant favoris\u00e9 le capital au d\u00e9triment du travail, et sacrifi\u00e9 pr\u00e9vention et pr\u00e9caution pour accro\u00eetre la rentabilit\u00e9 et la comp\u00e9titivit\u00e9. Un simple effort de relance ne serait pas appropri\u00e9 \u00e0 la nature et \u00e0 l\u2019ampleur des probl\u00e8mes que nous traversons actuellement.<\/p>\n<p>On ne r\u00e9glera pas le probl\u00e8me sanitaire sans en traiter la cause, c\u2019est-\u00e0-dire les perturbations que notre monde globalis\u00e9 exerce sur les environnements naturels et la diversit\u00e9 biologique. Certains de ces d\u00e9g\u00e2ts sont irr\u00e9versibles et iront croissant avec l\u2019augmentation de la temp\u00e9rature moyenne. Les ravages inflig\u00e9s \u00e0 la nature nous reviennent comme un boomerang.<\/p>\n<p>Le co\u00fbt de l\u2019arr\u00eat de l\u2019\u00e9conomie par le Covid-19 est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9, 12% du PIB en Europe, (60 milliards d\u2019euros par mois de confinement pour la France). Mais le co\u00fbt du changement climatique et de l\u2019effondrement de la biodiversit\u00e9 sera le co\u00fbt d\u2019une pand\u00e9mie mondiale renouvel\u00e9e chaque ann\u00e9e.<\/p>\n<p>Les Nations unies estiment que la perte de productivit\u00e9 li\u00e9e au changement climatique devrait co\u00fbter au niveau mondial 2 000 milliards de dollars (1 834 milliards d\u2019euros) par an d\u2019ici \u00e0 2030. Les r\u00e9centes catastrophes li\u00e9es au changement climatique ont d\u00e9j\u00e0 co\u00fbt\u00e9 plus de 2 000 milliards de dollars. Une chose est certaine : comprendre ces fragilit\u00e9s est essentiel pour faire de l\u2019apr\u00e8s-crise un vrai moment de bascule vers un monde plus durable, juste et r\u00e9silient.<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><span class=\"c3\"><strong>III- Les fonds utilis\u00e9s pour sortir de la crise ne doivent pas entraver la transition climatique<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>L&rsquo;ampleur des questions pos\u00e9es et des transformations \u00e0 accomplir au sein d&rsquo;un monde marqu\u00e9 par, la complexit\u00e9 et l&rsquo;incertitude, demande une pens\u00e9e globale, qui esquisse avec coh\u00e9rence l\u2019exploration pragmatique des chemins d\u2019une transition \u00e9cologique et sociale pour sortir de cette crise. Il faut \u00e9viter que les fonds utilis\u00e9s pour sortir de la crise \u00e9conomique engendr\u00e9e par la crise sanitaire entravent la transition \u00e9cologique et l\u2019am\u00e9lioration des conditions sociales.<\/p>\n<p>L\u2019enjeu sera moins de parer aux effets rebonds du d\u00e9confinement que de garantir, en sortie de crise, une v\u00e9ritable prise en compte du d\u00e9fi social et climatique dans la relance \u00e9conomique. La qualit\u00e9 du service public, l\u2019anticipation des risques sur le long terme, et l\u2019exigence de solidarit\u00e9 ne sont plus n\u00e9gociables \u00e0 l\u2019issue de cette crise majeure.<\/p>\n<p>Le capitalisme \u00ab financier \u00bb est viral dans tous ses \u00e9tats. Il a plong\u00e9 le monde dans une crise sans pr\u00e9c\u00e9dent par son \u00e9tendue, sa globalit\u00e9 et sa multi-dimensionnalit\u00e9 : sanitaire, \u00e9conomique, sociale et \u00e9cologique, chacune de ces dimensions renfor\u00e7ant les autres. Nous sommes davantage dans la p\u00e9riode du capitaloc\u00e8ne que dans celle de l\u2019anthropoc\u00e8ne qui d\u00e9douane la logique du syst\u00e8me et qui place abusivement tous les humains \u00e0 \u00e9galit\u00e9 de responsabilit\u00e9 dans la propagation des pand\u00e9mies et la d\u00e9gradation climatique.<\/p>\n<p>Cette pand\u00e9mie est terrible, mais d\u2019autres, demain, pourraient \u00eatre bien plus l\u00e9tales. C\u2019est un coup de semonce qui peut \u00eatre une chance si nous savons r\u00e9agir. En revanche, si nous ne changeons pas nos modes de vie et nos organisations, nous subirons de nouveaux \u00e9pisodes, avec des monstres autrement plus violents que ce coronavirus.<\/p>\n<p>La d\u00e9c\u00e9l\u00e9ration spectaculaire \u00e0 laquelle nous assistons est le r\u00e9sultat d\u2019une action politique qui semblait pourtant si impuissante face \u00e0 la crise climatique, aux march\u00e9s financiers ou \u00e0 l\u2019augmentation permanente des in\u00e9galit\u00e9s sociales. Tout \u00e0 coup, nous r\u00e9alisons qu\u2019une action politique efficace est possible!<\/p>\n<p>L\u2019apr\u00e8s-pand\u00e9mie sera une aventure incertaine o\u00f9 se d\u00e9velopperont les forces du pire et celles du meilleur. Le pire (crise de la d\u00e9mocratie, r\u00e9gimes n\u00e9o-autoritaires, pouss\u00e9es nationalistes,\u2026), n\u2019est pas s\u00fbr et l\u2019improbable ( nouvelle voie politique-\u00e9cologique-\u00e9conomique-sociale guid\u00e9e par un humanisme r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9), peut advenir.<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><span class=\"c3\"><strong>IV- Le pire n\u2019est pas s\u00fbr et l\u2019improbable peut advenir<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Nous vivons un moment contradictoire. Le statu quo et le changement se disputent l\u2019avenir. Difficile de savoir si, apr\u00e8s les confinements, les id\u00e9es de rupture vont prendre leur essor politique et \u00e9conomique, ou si l\u2019ordre \u00e9branl\u00e9 se r\u00e9tablira. Le monde va vers de nouvelles incertitudes. Il peine \u00e0 \u00eatre solidaire et \u00e0 apporter une r\u00e9ponse coordonn\u00e9e \u00e0 la hauteur des d\u00e9fis. Les pays butent sur des probl\u00e9matiques de solidarit\u00e9. Nous manquons cruellement d\u2019une gouvernance des communs mondiaux, que ce soit sur les questions du climat, de la biodiversit\u00e9 ou de la sant\u00e9.<\/p>\n<p>Les Organisations internationales peinent aujourd\u2019hui \u00e0 organiser les d\u00e9cisions n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019\u00e9chelle globale (ONU, OMS, FMI, OMC, etc.).\u00a0 La principale le\u00e7on de la crise actuelle r\u00e9side dans l\u2019extraordinaire inefficacit\u00e9 des structures du syst\u00e8me multilat\u00e9ral. Ce syst\u00e8me a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 pour emp\u00eacher les guerres, r\u00e9gler les conflits de tous genres, pas pour g\u00e9rer une crise sanitaire et climatique \u00e0 l\u2019\u00e9chelle plan\u00e9taire. Des voies alternatives pour reconstruire une mondialisation s\u2019imposent aujourd\u2019hui plus que jamais, centr\u00e9es autour des vrais enjeux, sant\u00e9, \u00e9ducation, changement climatique, etc.<\/p>\n<p>Le monde actuel, assign\u00e9 \u00e0 la rentabilit\u00e9 imm\u00e9diate, est en train de s\u2019effondre. Cette crise sanitaire, en passe de devenir, une crise \u00e9conomique grave met \u00e0 nu la promesse de la mondialisation n\u00e9o-lib\u00e9rale de r\u00e9aliser la libert\u00e9 et la justice par le \u00ab libre \u00bb-\u00e9change, la croissance et la consommation. Elle d\u00e9voile l\u2019illusion qui repousse \u00e0 l\u2019infini les limites de la croissance et l\u2019espoir fou de s\u2019affranchir de la mat\u00e9rialit\u00e9 de l\u2019existence. \u00ab Le temps du monde fini commence \u00bb, \u00e9crivait d\u00e9j\u00e0 Paul Val\u00e9ry en 1931.<\/p>\n<p>S\u2019inscrire dans le temps du monde fini, c\u2019est reconnaitre que la Terre et ses \u00e9l\u00e9ments sont un patrimoine commun vital, opposer le \u00ab bien-vivre \u00bb au \u00ab toujours plus \u00bb, conserver les biens communs et r\u00e9inventer la d\u00e9mocratie et l\u2019aspiration \u00e0 l\u2019universel. Sous les d\u00e9combres souffle un autre imaginaire, fait de coop\u00e9ration au lieu de concurrence, d\u2019une libert\u00e9 retrouv\u00e9e face \u00e0 la \u00ab raison \u00bb \u00e9conomique et \u00e0 l\u2019asservissement de sujets renvoy\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames.<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><span class=\"c3\"><strong>V- Vers une gouvernance polycentrique de la post-croissance<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La crise sanitaire actuelle, marqu\u00e9e par un d\u00e9faut d\u2019anticipation majeure, appelle \u00e0 une prise en compte du long terme et \u00e0 une anticipation des risques et d\u00e9fis de notre temps : \u00e9pid\u00e9mies, in\u00e9galit\u00e9s, mais aussi crises violentes li\u00e9es aux impacts du changement climatique et \u00e0 la destruction de la plan\u00e8te. Le coronavirus nous donne l\u2019occasion, et m\u00eame l\u2019obligation, de r\u00e9investir l\u2019id\u00e9e de futur en tenant compte, d\u2019une part de ce que nous voulons, et d\u2019autre part de ce que nous savons d\u00e9j\u00e0, mais aussi de ce que nous sommes en train d\u2019apprendre gr\u00e2ce \u00e0 ce virus.<\/p>\n<p>La mise en coh\u00e9rence des diff\u00e9rents niveaux de gouvernance, guid\u00e9e par une vision globale et \u00e9clair\u00e9e par des cadres th\u00e9oriques appropri\u00e9es, devrait permettre \u00e0 des politiques de transition (s) de monter en puissance pour provoquer \u00e0 terme un indispensable basculement syst\u00e9mique. L\u2019objectif est de rendre la soci\u00e9t\u00e9 et l\u2019\u00e9conomie plus r\u00e9silientes face \u00e0 d\u2019\u00e9ventuels nouveaux chocs, qu\u2019ils soient sanitaires, climatiques, g\u00e9opolitiques, \u00e9conomiques ou sociaux. La transition vers une \u00e9conomie bas-carbone et \u00e9conome en \u00e9nergie et ressources naturelles doit \u00eatre au centre de toutes les reconstructions.<\/p>\n<p>Ce changement de paradigme doit \u00eatre totalement int\u00e9gr\u00e9 dans la conscience collective pour \u00eatre en mesure de construire des plans de r\u00e9silience et de transformation efficaces sur le long terme. Reconstruire un monde plus durable ne pourra se faire qu\u2019en imaginant des transitions progressives, certes les plus rapides possible : cela demandera un \u00e9norme effort collectif, rendu possible par l\u2019in\u00e9vitable r\u00e9flexion sur la globalisation, le lien social, la coop\u00e9ration et l\u2019\u00e9chec du mod\u00e8le n\u00e9o-lib\u00e9ral.<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><strong><span class=\"c3\">VI- Assiste-t-on \u00e0 une v\u00e9ritable prise de conscience de l\u2019\u00e8re plan\u00e9taire ?<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p>La crise sanitaire plan\u00e9taire et l\u2019urgence climatique ouvrent des br\u00e8ches pour faire avancer des propositions autour d\u2019une \u00e9conomie non plus soumise aux lois du march\u00e9, mais \u00e0 celles de la nature, tourn\u00e9e vers plus de solidarit\u00e9 et de coop\u00e9ration entre \u00c9tats. Les questions climatiques et sanitaires sont indissolublement li\u00e9es. La force de l\u2019habitude, nous pousse \u00e0 garder une vision compartiment\u00e9e des enjeux et \u00e0 penser dans des silos s\u00e9par\u00e9s. Malheureusement, la pens\u00e9e dominante est disjonctive et r\u00e9ductrice en politique et en \u00e9conomie.<\/p>\n<p>Cette formidable carence conduit \u00e0 des erreurs de diagnostic, de pr\u00e9vention, ainsi qu\u2019\u00e0 des d\u00e9cisions aberrantes. Ces carences dans notre mode de pens\u00e9e, jointes \u00e0 la domination incontestable d\u2019une soif effr\u00e9n\u00e9e de profit, sont responsables d\u2019innombrables d\u00e9sastres humains, de conflits et de guerre. L\u2019obsession de la rentabilit\u00e9 conduit \u00e0 des \u00e9conomies coupables pour les services publics de sant\u00e9, de transport, de l\u2019\u00e9ducation ou de l\u2019environnement. Le mod\u00e8le de d\u00e9veloppement actuel n\u2019est pas soutenable et chaque crise renforce les in\u00e9galit\u00e9s.<\/p>\n<p>La cause principale de toutes les distorsions et toutes les destructions, se trouvent essentiellement dans la recherche obsessive et oblig\u00e9e de la valorisation mon\u00e9taire, dans le cadre du march\u00e9 comp\u00e9titif. Avec l\u2019id\u00e9e d\u2019anthropoc\u00e8ne et les d\u00e9vastations qu\u2019elle annonce, nous prenons conscience que le temps historique et le temps g\u00e9ologique ne sont pas s\u00e9par\u00e9s. Aux XIXe et XXe si\u00e8cles, le climatique et le biologique faisaient partie de ce que les \u00e9conomistes appellent des \u00ab externalit\u00e9s \u00bb.<\/p>\n<p>Un apr\u00e8s, ou\u0300 l\u2019on se contenterait de maquiller en vert, en \u00ab\u00a0durable\u00a0\u00bb ou en \u00e9thique la m\u00eame \u00e9conomie de marche\u0301, le m\u00eame d\u00e9r\u00e8glement climatique, les m\u00eames in\u00e9galit\u00e9s, la m\u00eame violence nous conduira dans les m\u00eames impasses. Tout l\u2019enjeu \u00e0 venir r\u00e9side dans notre capacit\u00e9 \u00e0 conduire les changements radicaux que la situation appelle : une \u00ab souverainet\u00e9 des communs mondiaux \u00bb ; une \u00ab r\u00e9volution civilisationnelle \u00bb et cesser de consid\u00e9rer la croissance \u00e9conomique comme une fin en soi.<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><span class=\"c3\"><strong>VII- Ne pas revenir \u00e0 la normalit\u00e9, la normalit\u00e9, c\u2019\u00e9tait le probl\u00e8me\u00a0<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Face aux effets d\u00e9vastateurs d\u2019une mondialisation pr\u00e9datrice en termes sociaux, humains et \u00e9cologiques, une nouvelle \u00e9conomie s\u2019impose porteuse de nouveaux rapports sociaux et d\u2019une relation privil\u00e9gi\u00e9e avec la plan\u00e8te. Plusieurs travaux r\u00e9cents post coronavirus parlent d\u2019une n\u00e9cessaire transition d\u2019un mod\u00e8le unique mondial bas\u00e9 sur la croissance \u00e9conomique et fond\u00e9 sur un endettement de plus en plus \u00e9lev\u00e9 et le pillage des ressources naturelles \u00e0 une f\u00e9d\u00e9ration d\u00e9centralis\u00e9e d\u2019\u00e9conomies sociales et \u00e9cologiques. La mondialisation se r\u00e9gionalise.<\/p>\n<p>Les adjectifs se succ\u00e8dent (d\u00e9veloppement humain, endog\u00e8ne, d\u00e9mocratique, solidaire, durable, \u2026,) pour d\u00e9finir non plus un mod\u00e8le de pens\u00e9e unique et mat\u00e9rialiste mais des solutions complexes et en phase avec des soci\u00e9t\u00e9s elles-m\u00eames complexes.<\/p>\n<p>La pand\u00e9mie nous montre que l\u2019heure est au retour massif de la puissance publique face au choc \u00e9conomique provoqu\u00e9 par la pand\u00e9mie et au r\u00f4le renforc\u00e9 du gouvernement dans la vie \u00e9conomique. La r\u00e9habilitation de son r\u00f4le strat\u00e9gique doit pr\u00e9server les fondements d\u2019une action altruiste protectrice des droits et des libert\u00e9s fondamentaux.<\/p>\n<p>Avec la crise actuelle, l\u2019\u00c9tatest de retour: c\u2019est l\u2019\u00c9tat budg\u00e9taire et mon\u00e9taire et c\u2019est l\u2019\u00c9tat \u00ab patron \u00bb des services publics, en m\u00eame temps que garant de leur ajustement \u00e0 la demande sociale. Il est dirigiste, paternaliste, potentiellement autoritaire, \u00e9ventuellement discriminatoire. Mais la notion de service public ne peut se laisser enfermer dans ces logiques verticales, et le pourra de moins en moins. La question est de savoir s\u2019il s\u2019agit simplement de la r\u00e9ponse conjoncturelle \u00e0 un choc \u00e9conomique historique ou bien s\u2019il s\u2019agit de l\u2019amorce d\u2019un changement en profondeur.<\/p>\n<p>Il faut faire face aux urgences (aide exceptionnelle de solidarit\u00e9, soutenir le pouvoir d\u2019achat des m\u00e9nages \u00e0 faible revenu, \u2026). Mais, si l\u2019on veut ne pas reproduire les crises, si l\u2019on veut pouvoir retrouver une forme de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 vis-\u00e0-vis de l\u2019avenir, il y a un mod\u00e8le que l\u2019on ne peut pas soutenir jusqu\u2019\u00e0 l\u2019absurde et qu\u2019il faut remettre \u00e0 plat. Cette crise rend recevables des propositions qui semblaient totalement inatteignables jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. Le temps de l\u2019\u00c9tat r\u00e9gulateur est revenu, mais sur des bases d\u00e9mocratiques, avec des citoyens qui doivent participer \u00e0 l\u2019\u00e9nonc\u00e9 de ces r\u00e8gles communes.<\/p>\n<p>La priorit\u00e9 des priorit\u00e9s, c\u2019est de s\u2019attaquer aux rentes, d\u2019aller chercher l\u2019argent l\u00e0 o\u00f9 il est, de taxer de mani\u00e8re plus importante les revenus qui ne sont pas issus du travail, de mettre fin \u00e0 ce capitalisme sauvage. Si on veut \u00e9viter les tensions sociales qui vont poindre demain, il faut redonner de l\u2019\u00e9quit\u00e9. La d\u00e9centralisation fournit la capacit\u00e9 d\u2019exp\u00e9rimenter localement et de tirer parti de l\u2019initiative locale ainsi que de la cr\u00e9ativit\u00e9 humaine. Le r\u00f4le des collectivit\u00e9s locales, des ONG et des r\u00e9seaux sociaux est central et d\u00e9terminant dans cette nouvelle configuration.<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><span class=\"c3\"><strong>VIII- Confronter les citoyens \u00e0 la complexit\u00e9 des dossiers et faire jaillir une d\u00e9mocratie vraiment inclusive<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Faut-il fermer les fronti\u00e8res physiques et \u00e9conomiques pour y arriver ? Alors que le repli national est le r\u00e9flexe, compr\u00e9hensible, la coop\u00e9ration internationale la plus large est la seule r\u00e9ponse pertinente. Sans tomber dans le pi\u00e8ge des nationalistes et des protectionnistes, il faut trouver une nouvelle voie entre l\u2019autarcie et le n\u00e9o-lib\u00e9ralisme, confronter les citoyens \u00e0 la complexit\u00e9 des dossiers et faire jaillir une d\u00e9mocratie vraiment inclusive.<\/p>\n<p>Le vrai grand sujet est celui des in\u00e9galit\u00e9s que la crise r\u00e9v\u00e8le au grand jour et qu\u2019elle va peut-\u00eatre aggraver et la lutte contre le changement climatique. La dimension in\u00e9galitaire est tr\u00e8s marqu\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale. Dans les pays pauvres et \u00e9mergents, en plus des d\u00e9g\u00e2ts sanitaires graves que certains connaissent, s\u2019ajoutent les d\u00e9g\u00e2ts \u00e9conomiques et climatiques. La peur peut g\u00e9n\u00e9rer soit de la violence, soit de l\u2019audace.<\/p>\n<p>L\u2019enjeu est global et la r\u00e9ponse doit l\u2019\u00eatre tout autant. Aucun pays n\u2019est en mesure d\u2019apporter \u00e0 lui seul les solutions \u00e0 ces menaces transversales. La crise du coronavirus nous rappelle que les projets de coop\u00e9ration pour d\u00e9-carboner l\u2019\u00e9conomie et les perspectives d\u2019int\u00e9gration doivent devenir les priorit\u00e9s de demain. Un changement de paradigme est n\u00e9cessaire pour un partenariat Nord-Sud plus approfondi et op\u00e9rationnel sur ces priorit\u00e9s.<\/p>\n<p>Cette question est d\u2019autant plus strat\u00e9gique que l\u2019interd\u00e9pendance de coop\u00e9ration est aujourd\u2019hui concurrenc\u00e9e par une interd\u00e9pendance de menaces. Il est temps de r\u00e9fl\u00e9chir par exemple sur un axe int\u00e9gr\u00e9 arrimant les deux continents europ\u00e9en et africain. A l\u2019opportunisme politique de courte vue, il est temps d\u2019opposer une vision solidaire claire et lucide bas\u00e9e sur le pragmatisme, l\u2019audace et le courage.<\/p>\n<p>La question des moyens est centrale et la redistribution des richesses devient par cons\u00e9quent fondamentale. Elles doivent \u00eatre inscrites au c\u0153ur de l\u2019agenda international ainsi que dans les agendas internes de l\u2019ensemble des pays. De fait, si nous ne planifions pas ensemble rapidement et de fa\u00e7on responsable une sortie rapide de l\u2019\u00e9conomie carbon\u00e9e, nous nous exposerons non seulement \u00e0 un risque sanitaire accru mais \u00e9galement \u00e0 une d\u00e9t\u00e9rioration des situations climatique et g\u00e9opolitiques.<\/p>\n<p>R\u00e9\u00e9crire les perspectives d\u2019un monde en \u00e9garement rel\u00e8ve d\u2019une responsabilit\u00e9 civilisationnelle o\u00f9 l\u2019\u00e9thique et l\u2019\u00e9quit\u00e9 ont leur place. La solidarit\u00e9 et l\u2019empathie sont les moyens et les finalit\u00e9s d\u2019un ordre mondial mis en question. Rude \u00e9preuve d\u2019une humanit\u00e9 qui se fend en angoisse et se perd en confusion. La gravit\u00e9 de la situation impose toutes les mobilisations.<\/p>\n<p class=\"c6\"><strong>Pr Samir Allal<\/strong><br \/><span class=\"c5\"><em>Universit\u00e9 de Versailles \/ Paris &#8211; Saclay<\/em><\/span><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/29969-samir-allal-apprendre-de-la-crise-sanitaire-planetaire-pour-anticiper-les-prochaines\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pr Samir Allal. Universit\u00e9 de Versailles \/ Paris &#8211; Saclay \u00abL\u00e0 o\u00f9 cro\u00eet le p\u00e9ril, cro\u00eet aussi ce qui sauve\u00bb H\u00f6lderlin I- La crise sanitaire plan\u00e9taire est une crise complexe La crise du coronavirus trouve ses racines dans des perturbations des \u00e9cosyst\u00e8mes. Elle a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 les fragilit\u00e9s de notre monde, soumis \u00e0 des risques globaux [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"","fifu_image_alt":"","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-86286","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/86286","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=86286"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/86286\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=86286"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=86286"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=86286"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}