{"id":86797,"date":"2020-05-26T16:48:44","date_gmt":"2020-05-26T20:48:44","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/lire-zabor%ef%bb%bf\/"},"modified":"2020-05-26T16:48:44","modified_gmt":"2020-05-26T20:48:44","slug":"lire-zabor%ef%bb%bf","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/lire-zabor%ef%bb%bf\/","title":{"rendered":"Lire Zabor\ufeff"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-text-color has-very-dark-gray-color c2\"><strong>Abdelmajid Baroudi<\/strong><\/p>\n<p class=\"has-text-color c3\"><strong>Lire Zabor(1), le dernier roman de Kamel Daoud (1), est en quelque sorte\u00a0 reporter la notion de l\u2019\u00e9criture telle que l\u2019auteur l\u2019a annonc\u00e9 au d\u00e9but de son roman jusqu\u2019\u00e0 ce que \u00a0la fiction se d\u00e9ploie et \u00a0l\u2019imagination s\u2019\u00e9clate devant \u00a0ce flux\u00a0 m\u00e9taphorique o\u00f9 la calligraphie essaye de prendre le dessus\u00a0 afin que le corps, \u00e0 son tour, esquive l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re. Zabor est donc\u00a0 un d\u00e9lire\u00a0 conscient dont la port\u00e9e questionne la m\u00e9taphysique et inverse le sens de la l\u00e9gende.\u00a0 Au d\u00e9but, c\u2019\u00e9tait la question dont \u00a0la doxa, happ\u00e9e par la ruse de l\u2019histoire, n\u2019a jamais saisi le contexte. \u00a0A qui tu racontes ton Zabor, Daoud?<\/strong><\/p>\n<p>A la fin, le conte se transcrit pour qu\u2019Ismail \u00a0devienne \u00a0r\u00e9v\u00e9lation en qu\u00eate d\u2019une illusion\u00a0 que le corps tient \u00a0\u00e0 r\u00e9futer, celle de\u00a0 vaincre la mort par l\u2019\u00e9criture. Face \u00e0 l\u2019\u00e9branlement du syst\u00e8me avec lequel la logique et la raison\u00a0 combattaient \u00a0la r\u00e9alit\u00e9, il ne reste plus qu\u2019un rem\u00e8de qui peut au moins calmer la souffrance d\u2019Aboukir, reporter sa souffrance de ce petit patelin, et\u00a0lui \u00e9crire. Il se trouve que Kamal Daoud a d\u00e9j\u00e0 enqu\u00eat\u00e9 sur la mort dans ce premier roman(2). Ce qui fait que \u00a0cette probl\u00e9matique le taraude depuis longtemps. Sauf que dans\u00a0Zabor, la mort\u00a0 s\u2019arrache \u00e0 la loi\u00a0 de la nature. La notion de mort comporte une signification dont le religieux s\u2019articule avec l\u2019existentiel.<\/p>\n<p>Du coup, l\u2019\u00e9criture\u00a0 endigue la mort\u00a0 et rend \u00e0 l\u2019\u00e9ternit\u00e9 son sens terrestre. Ismail, n\u2019a-t-il pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la mort\u00a0? Autant partager avec l\u2019autre cette chance de vivre qu\u2019Ibrahim voulait \u00f4ter \u00e0 son fils. En ce sens, se venger de la mort par l\u2019\u00e9criture,\u00a0c\u2019est assigner \u00e0 la symbolique de tuer une connotation\u00a0 non seulement de\u00a0 vie, mais aussi de ressemblance\u00a0 que le livre\u00a0 sacr\u00e9 \u00e9voque par rapport \u00e0 \u00a0Aissa, J\u00e9sus. Ils ne l\u2019ont ni tu\u00e9, ni crucifi\u00e9.\u00a0<\/p>\n<p>Et pourtant l\u2019agonie d\u2019El Hadj Brahim n\u2019a pas port\u00e9 la signature du talisman, malgr\u00e9 le rythme acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 de l\u2019\u00e9criture \u00e0 l\u2019image du vent qui souffle accompagn\u00e9 du sable\u00a0 en signe de pr\u00e9misses annon\u00e7ant \u00a0l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019heure\u00a0: la fin du monde. S\u2019agit-il d\u2019une double vengeance\u00a0? Celle de la nature et d\u2019un destin cicatris\u00e9, incapable d\u2019affronter l\u2019ici, en attente d\u2019une justice m\u00e9taphysique\u00a0 indiquant\u00a0le point de d\u00e9part et celui \u00a0du retour.\u00a0Et puis, l\u2019existence n\u2019est qu\u2019accidentelle.<\/p>\n<p>Aboukir s\u2019identifie \u00e0 l\u2019ile o\u00f9 Robinson Cruso\u00e9 \u00a0acculture la nature. Le perroquet est son interlocuteur averti. Toutefois, l\u2019autre n\u2019est plus comme une composante du monde ext\u00e9rieur. Il est autrui car il porte les m\u00eames caract\u00e9ristiques d\u2019un \u00eatre parlant. L\u2019oiseau parle et communique\u00a0sa \u00a0sociabilit\u00e9 comme l\u2019eucalyptus de ce petit village qui\u00a0 att\u00e9nue la chaleur d\u2019\u00e9t\u00e9\u00a0et prot\u00e8ge sous ses racines\u00a0les \u00e9crits \u00e9nigmatiques d\u2019Ismail. Il fallait donc aller chercher cette confiance\u00a0que le lien familial a perdue, aupr\u00e8s d\u2019un autre autrui\u00a0susceptible de garder le secret de l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n<p>Zabor n\u2019a \u00a0qu\u2019un seul but, combattre la souffrance et endurer l\u2019espoir. Seuls, les caroubiers et les figues de barbarie peuvent\u00a0 sauvegarder l\u2019\u00e9ternit\u00e9\u00a0 de la calligraphie. Leur silence naturel \u00a0est un ajout \u00e0 la sacralit\u00e9 \u00a0du verbe. De plus, leurs racines b\u00e9nissent\u00a0l\u2019encre du talisman\u00a0 et assignent aux\u00a0 psaumes \u00a0de l\u2019horizontalit\u00e9. Il va sans dire que Zabor tout comme Robinson Cruso\u00e9, transgresse \u00a0la formule en identifiant l\u2019autre \u00e0 autrui. \u00a0\u00a0La fiction \u00a0atteint son summum. Dor\u00e9navant, l\u2019animal fait partie\u00a0 des \u00eatres parlants, voire pensants. Le chien est l\u2019illustration de cette transgression mythique car il est\u00a0 le concepteur du projet\u00a0que porte Zabor. Ils\u00a0 sont\u00a0 trois, le quatri\u00e8me, c\u2019est leur chien. Ce chien n\u2019est pas aveugle tel qu\u2019il le con\u00e7oit le sens commun.<\/p>\n<p>Au contraire, il est visionnaire et animateur de la r\u00e9v\u00e9lation puisqu\u2019il souffle \u00e0 Ismail les chemins de l\u2019errance et lui \u00a0dicte \u00a0la finalit\u00e9 du verbe dans l\u2019espoir d\u2019entretenir \u00a0des vies sans tenir compte de la violence de la nature. Le chien \u00a0est le symbole de la transcendance du sens \u00a0qui s\u2019est convertie en immanence depuis qu\u2019Ismail a pris conscience de\u00a0 l\u2019acte horrible \u00a0qu\u2019Ibrahim voulait lui infliger.\u00a0 Cette immanence se repr\u00e9sente\u00a0 comme le devenir de Hadj Brahim, comme si Dieu lui avait ordonn\u00e9 de retourner sur terre\u00a0afin que le rite se prolonge\u00a0 dans la couleur. Cependant, Zabor, muni de\u00a0 la force m\u00e9taphysique\u00a0 que lui procure l\u2019\u00e9criture se fixe un objectif, c\u2019est de combattre\u00a0 le sang pas l\u2019encre. Mais quelle encre\u00a0?\u00a0 Celle qui lui ouvre la voie vers le sexe ou bien celle qui sent la laine\u00a0? Le violet renvoie \u00e0 la plume, laquelle fait d\u00e9couvrir \u00e0 Zabor le beau visage qu\u2019il va plus tard rencontrer dans\u00a0 un corps qui \u00a0lui est \u00e9tranger dont la rigueur exige la maitrise de la langue, tandis que le noir \u00e9voque\u00a0 le calame, lequel incite non seulement \u00e0 la lecture mais aussi \u00e0 l\u2019\u00e9criture. Et le calame et ce qu\u2019ils \u00e9crivent. Le calame ressemble \u00e0 la proph\u00e9tie et en m\u00eame temps s\u2019en diff\u00e9rencie. La ressemblance \u00a0se manifeste au niveau du corps\u00a0 par la douleur de la r\u00e9v\u00e9lation et son effet fi\u00e9vreux. S\u2019ajoute \u00e0 cela \u00a0la solitude \u00a0qui consolide\u00a0 l\u2019intimit\u00e9 entre le terrestre et le c\u00e9leste. Par contre, la diff\u00e9rence se situe entre l\u2019ignorance et l\u2019envie d\u2019apprendre par le biais de la lecture et l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n<p>Au fait, Zabor est un proph\u00e8te qui transgresse\u00a0 la proph\u00e9tie de par le pronom qui l\u2019accompagne, celui \u00a0de Hadjer ainsi que le rite\u00a0 d\u2019une pri\u00e8re\u00a0 qui retrouve sa b\u00e9atitude dans l\u2019\u00e9crit.\u00a0 Et cerise\u00a0sur le g\u00e2teau, Noun, N\u00a0ne signifie pas la n\u00e9gation que l\u2019imaginaire social lui attribue. Sa musicalit\u00e9\u00a0 stimule la cr\u00e9ativit\u00e9 de Zabor car ce Noun\u00a0raisonne comme \u00a0le p\u00e9riple des Milles et Une Nuits\u00a0 en compagnie de celle qui \u00a0a su lib\u00e9rer la parole sans c\u00e9der au verbe c\u00e9der. C\u2019est dans cette ambiance presque chaotique \u00a0que la fiction alimente l\u2019esprit d\u2019Ismail, \u00a0guid\u00e9 par les maximes\u00a0 \u00e9clairantes du chien. Si Sch\u00e9h\u00e9razade savait conter pour \u00e9chapper \u00e0 la\u00a0 mort, \u00a0Zabor tenait \u00e0 ce que le pouvoir du texte r\u00e8gne sur toute la terre.<\/p>\n<p>C\u2019est en lisant ce magnifique roman que j\u2019apprends, \u00e0 la diff\u00e9rence de l\u2019interpr\u00e9tation herm\u00e9neutique, que\u00a0la mort n\u2019est pas un acte\u00a0 commis par le lecteur. Mais c\u2019est l\u2019auteur\u00a0qui tue son lecteur\u00a0en renversant les normes que d\u2019autres lectures ont accumul\u00e9es. Et ce gr\u00e2ce \u00e0 cette\u00a0tr\u00e8s consistante\u00a0fiction qui questionne le sens commun et traque\u00a0le fait accompli.<\/p>\n<p>\u00c0 dire vrai, Zabor m\u2019a tu\u00e9 symboliquement. Il faut \u00a0reconna\u00eetre, en fin de compte que la cr\u00e9ativit\u00e9 des \u00e9crivains et \u00e9crivaines s\u2019assimile \u00e0 la sorcellerie\u00a0parce qu\u2019ils disposent\u00a0de la magie qui leur permet habilement de faire danser la langue. Le romancier Kamal Daoud en fait partie.<\/p>\n<p>Auteur: M&rsquo;hammed rahal<br \/>\n<a href=\"http:\/\/albayane.press.ma\/lire-zabor%EF%BB%BF.html\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Abdelmajid Baroudi Lire Zabor(1), le dernier roman de Kamel Daoud (1), est en quelque sorte\u00a0 reporter la notion de l\u2019\u00e9criture telle que l\u2019auteur l\u2019a annonc\u00e9 au d\u00e9but de son roman jusqu\u2019\u00e0 ce que \u00a0la fiction se d\u00e9ploie et \u00a0l\u2019imagination s\u2019\u00e9clate devant \u00a0ce flux\u00a0 m\u00e9taphorique o\u00f9 la calligraphie essaye de prendre le dessus\u00a0 afin que le [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1760,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"","fifu_image_alt":"","footnotes":""},"categories":[73,54],"tags":[],"class_list":["post-86797","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualite","category-maroc"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/86797","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1760"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=86797"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/86797\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=86797"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=86797"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=86797"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}