{"id":87187,"date":"2020-05-29T13:00:55","date_gmt":"2020-05-29T17:00:55","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/epidemies-ces-romanciers-qui-ont-tout-vu\/"},"modified":"2020-05-29T13:00:55","modified_gmt":"2020-05-29T17:00:55","slug":"epidemies-ces-romanciers-qui-ont-tout-vu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/epidemies-ces-romanciers-qui-ont-tout-vu\/","title":{"rendered":"\u00c9pid\u00e9mies\u2026 Ces romanciers qui ont tout vu!"},"content":{"rendered":"<p class=\"c2\">Par: <strong>Bouchra Fadel<\/strong> (MAP)<\/p>\n<p class=\"has-text-color c3\"><strong>\u201cLes ann\u00e9es quarante furent calamiteuses \u00e0 tous les niveaux. \u00c0 la grande p\u00e9nurie, s\u2019ajoutait une crise sanitaire aggrav\u00e9e par le manque de m\u00e9dicaments et de produits d\u2019hygi\u00e8ne. Des \u00e9pid\u00e9mies mortelles se propag\u00e8rent tr\u00e8s vite, faisant des centaines de milliers de victimes, notamment dans les campagnes, o\u00f9 les zones les plus touch\u00e9es avaient \u00e9t\u00e9 mises en quarantaine. Dans les villes, la situation n\u2019\u00e9tait pas moins alarmante et les mesures prises par les autorit\u00e9s ne pouvaient emp\u00eacher longtemps la contamination\u201d.<\/strong><\/p>\n<p>Cet extrait du roman \u201cLa Grande famine\u201d de Soufiane Marsni est un t\u00e9moignage poignant des heures s\u00e9v\u00e8res qu\u2019a connues le Maroc dans les ann\u00e9es quarante du si\u00e8cle dernier, quand il fut frapp\u00e9 de s\u00e9cheresse, avec son lot de disette et d\u2019\u00e9pid\u00e9mies.<\/p>\n<p>Depuis le d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e, le \u201cCovid-19\u201d s\u2019est rabattu sur la plan\u00e8te et s\u2019y propage comme une tra\u00een\u00e9e de poudre \u00e0 travers les fronti\u00e8res comme les continents. Les r\u00e9actions humaines face \u00e0 cet ennemi invisible rappellent que les \u00e9pid\u00e9mies, comme les guerres ou tout autre calamit\u00e9, r\u00e9veillent chez l\u2019homme ses instincts les plus primitifs.<\/p>\n<p>La psychose induite par cette pand\u00e9mie gagne la population mondiale. Le spectacle de cette derni\u00e8re qui se rue, telle une meute de loups affam\u00e9s, sur les denr\u00e9es alimentaires, nous rappelle \u00e9trangement et tout aussi malheureusement des sc\u00e8nes racont\u00e9es par Soufiane Marsni dans son roman \u201cLa Grande famine\u201d.<\/p>\n<p>Le coronavirus et toutes les frayeurs qu\u2019il a g\u00e9n\u00e9r\u00e9es nous ont replong\u00e9 dans cette situation particuli\u00e8rement difficile que l\u2019on croyait, bien \u00e0 tort, r\u00e9volue \u00e0 jamais. Ainsi, comme le dit si bien l\u2019auteur dans son roman, la crainte bien naturelle de p\u00e9rir de faim pousse les gens \u00e0 des r\u00e9actions similaires, par instinct gr\u00e9gaire de conservation, ind\u00e9pendamment de l\u2019\u00e9poque et du lieu.<\/p>\n<p>En effet, d\u00e8s qu\u2019une crise se profile \u00e0 l\u2019horizon, ceux-ci n\u2019ont plus qu\u2019une seule crainte, celle de mourir de faim, et n\u2019ont qu\u2019une seule hantise: se doter d\u2019un stock de nourriture qui leur permettrait d\u2019affronter, le plus longtemps possible, la p\u00e9nurie.<\/p>\n<p>Les longues files d\u2019attente devant les magasins et les grandes surfaces ne nous rappellent-elles pas celles des ann\u00e9es quarante, lorsque les Marocains \u00e9taient contraints d\u2019attendre, parfois des journ\u00e9es enti\u00e8res, que vienne leur tour pour pouvoir b\u00e9n\u00e9ficier des maigres quantit\u00e9s de vivres qui leur \u00e9taient attribu\u00e9es par les autorit\u00e9s du Protectorat ?<\/p>\n<p>Outre la crise sanitaire et la propagation des maladies infectieuses, la crainte de la p\u00e9nurie a toujours profit\u00e9 \u00e0 certains commer\u00e7ants sans scrupule qui n\u2019h\u00e9sitent pas, un instant, \u00e0 augmenter leurs prix et \u00e0 se faire une fortune sur le dos et le malheur de leurs concitoyens. Comme quoi le malheur des uns ferait le bonheur des autres !<\/p>\n<p>\u201cLa grande p\u00e9nurie des ann\u00e9es quarante fut une chance inestimable pour tous ceux qui voulaient b\u00e2tir une fortune. Mais, comme les grandes valeurs morales ne vont jamais de pair avec le monde des affaires, il fallut bannir toute faiblesse, mettre l\u2019honn\u00eatet\u00e9 de c\u00f4t\u00e9 et faire preuve d\u2019une grande agressivit\u00e9\u2026 m\u00eame d\u00e9mesur\u00e9e. Les gros commer\u00e7ants accaparaient le march\u00e9, achetaient en contrebande des marchandises rationn\u00e9es pour les vendre \u00e0 un prix beaucoup plus \u00e9lev\u00e9\u2019\u2019, lit-on dans l\u2019\u0153uvre du jeune romancier.<\/p>\n<p>\u201cLa Grande famine\u201d, ponctu\u00e9e d\u2019images litt\u00e9raires insoutenables sur \u201cla pr\u00e9carit\u00e9 de la condition humaine\u201d\u2019, plonge son lecteur dans un vaste champ dans lequel grouillait la peur telle une mauvaise herbe tenace\u2026 La peur de mourir de faim, d\u2019\u00eatre seul ou tout simplement de dispara\u00eetre sans lien social, sans attache \u00e9motive ou solidaire.<\/p>\n<p>L\u2019auteur de \u201cLa Grande famine\u201d rejoint beaucoup d\u2019autres qui se sont inspir\u00e9s du th\u00e8me des \u00e9pid\u00e9mies pour mettre en avant ce que peut devenir une soci\u00e9t\u00e9 lorsqu\u2019un drame, de telles nature et ampleur, vient lui enlever ses libert\u00e9s et ses valeurs fondamentales et constituer une menace certaine pour la vie de tous et de chacun.<\/p>\n<p>Chaque drame a son roman symbolique. \u201cLa Peste\u201d d\u2019Albert Camus retrace, sous la forme d\u2019une chronique, l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de peste dont a \u00e9t\u00e9 victime la ville d\u2019Oran \u201c\u00e0 une date non pr\u00e9cis\u00e9e\u201d, lit-on \u00e0 la premi\u00e8re page.<\/p>\n<p>\u201cEn quelques jours \u00e0 peine, les cas mortels se multipli\u00e8rent et il devint \u00e9vident pour ceux qui se pr\u00e9occupaient de ce mal curieux qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une v\u00e9ritable \u00e9pid\u00e9mie\u201d.<\/p>\n<p>Les habitants de la ville alg\u00e9rienne se retrouvent ainsi \u201cprisonniers\u201d de la peste. \u201cTous avaient souffert ensemble, autant dans leur chair que dans leur \u00e2me, d\u2019une vacance difficile, d\u2019un exil sans rem\u00e8de, d\u2019une soif jamais content\u00e9e\u201d.<\/p>\n<p>Au demeurant, \u00e0 l\u2019instar de toutes les maladies de ce monde, ce mal qui d\u00e9cime la population a quelque part sa bienfaisance, tente de nous dire Camus. \u201cIl nous ouvrirait les yeux et nous pousserait \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir\u201d pour qu\u2019\u00e0 la fin de cette \u00e9preuve, \u201cl\u2019on portera un regard neuf sur les \u00eatres et sur les choses\u201d.<\/p>\n<p>Changer de regard sur le monde, une le\u00e7on universelle et intemporelle que les fl\u00e9aux et les \u00e9pid\u00e9mies, qu\u2019elles s\u2019appellent \u201cpeste\u201d ou \u201ccoronavirus\u201d, administrent \u00e0 l\u2019Humanit\u00e9 !<\/p>\n<p>Le roman \u201cLa Quarantaine\u201d\u2019 de J.M.G le Cl\u00e9zio, m\u00e9rite lui aussi le d\u00e9tour pour ses descriptions psychologiques des passagers d\u2019un bateau, d\u00e9barqu\u00e9s sur une \u00eele et mis en quarantaine pour cause de variole, de m\u00eame que le chef-d\u2019\u0153uvre du Prix Nobel de litt\u00e9rature, le Colombien Gabriel Garcia Marquez \u201cL\u2019Amour aux temps du chol\u00e9ra\u201d, o\u00f9 la maladie sert de toile de fond pour d\u00e9crire le sentiment amoureux dans toute son imperfection, mais aussi dans sa beaut\u00e9 et sa force qui triomphe de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie.<\/p>\n<p>Appartenant \u00e0 des \u00e9poques, des lieux et des cultures diff\u00e9rentes, ces r\u00e9cits sur les pand\u00e9mies soul\u00e8vent des questionnements existentiels relatifs \u00e0 la nature humaine partag\u00e9e entre craintes et peurs, \u00e9checs et solitude, contrari\u00e9t\u00e9s et esp\u00e9rances.<\/p>\n<p>L\u2019analyse psychologique profonde de l\u2019attitude de l\u2019Homme face \u00e0 la maladie et \u00e0 la mort touche le lecteur au plus profond de lui-m\u00eame, bouscule ses certitudes et le met dans le questionnement m\u00e9taphysique constant.<\/p>\n<p>Le lecteur est rappel\u00e9 \u00e0 sa r\u00e9alit\u00e9, confront\u00e9 \u00e0 son \u00e2me faite de doutes et de paradoxes, de force et de faiblesse, de bont\u00e9 et de cruaut\u00e9, de pers\u00e9v\u00e9rances et de l\u00e2chet\u00e9s\u2026<\/p>\n<p>A travers le th\u00e8me de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie, les auteurs contemporains ont d\u00e9cortiqu\u00e9 la condition humaine, la lutte \u00e9ternelle de l\u2019Homme amen\u00e9 \u00e0 faire des choix existentiels tout en demeurant \u00e0 la merci de fatalit\u00e9s qui le d\u00e9passent ou de d\u00e9cisions de rupture qui le r\u00e9g\u00e9n\u00e8rent.<\/p>\n<p>Il reste qu\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements macabres qu\u2019ils d\u00e9crivent, ces ouvrages, entr\u00e9s dans la post\u00e9rit\u00e9 pour leur avant-gardisme, sont g\u00e9n\u00e9reux en sc\u00e8nes et descriptions de toute beaut\u00e9 dans un langage charg\u00e9 de po\u00e9sie qui traverse les \u00e9poques et les fronti\u00e8res.<\/p>\n<p>Auteur: M&rsquo;hammed rahal<br \/>\n<a href=\"http:\/\/albayane.press.ma\/epidemies-ces-romanciers-qui-ont-tout-vu.html\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par: Bouchra Fadel (MAP) \u201cLes ann\u00e9es quarante furent calamiteuses \u00e0 tous les niveaux. \u00c0 la grande p\u00e9nurie, s\u2019ajoutait une crise sanitaire aggrav\u00e9e par le manque de m\u00e9dicaments et de produits d\u2019hygi\u00e8ne. 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