{"id":87505,"date":"2020-06-01T01:00:00","date_gmt":"2020-06-01T05:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/balade-historique-et-touristique-rendre-a-cesar12e-partie-et-fin\/"},"modified":"2020-06-01T01:00:00","modified_gmt":"2020-06-01T05:00:00","slug":"balade-historique-et-touristique-rendre-a-cesar12e-partie-et-fin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/balade-historique-et-touristique-rendre-a-cesar12e-partie-et-fin\/","title":{"rendered":"Balade historique et touristique Rendre \u00e0 C\u00e9sar\u2026(12e partie et fin)"},"content":{"rendered":"<p class=\"c3\"><em><strong>Par Mohamed Arezki Himeur<\/strong><\/em><br \/>Il existe un lien solide comme un roc, c\u2019est le cas de le dire, entre Alger et Tamentfoust. Une partie de la pierre utilis\u00e9e dans la construction d\u2019El-Mahroussa a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9lev\u00e9e des ruines de l\u2019ancienne ville romaine de Rusgunia et d\u2019une carri\u00e8re limitrophe.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>Bordj El-Bahri (ex-Cap Matifou, ex-Rusgunia)<\/strong> : Cet ancien petit village de p\u00eacheurs est situ\u00e9 \u00e0 la pointe extr\u00eame Est de la baie d\u2019Alger, qui va de Cap Caxine jusqu\u2019au Cap Matifou. Les points de vue des arch\u00e9ologues et historiens convergeaient sur ce point : que l\u2019ancienne ville d\u2019Alger a \u00e9t\u00e9 construite avec de la pierre pr\u00e9lev\u00e9e des ruines antiques de Rusgunia, l\u2019actuel Bordj El-Bahri, et d\u2019une carri\u00e8re des environs. \u00abIl importe donc de r\u00e9tablir un fait certain, mais assez g\u00e9n\u00e9ralement connu : c\u2019est que la plupart des mat\u00e9riaux antiques recueillis ici (Alger, ndlr) proviennent des ruines de Cap Matifou\u00bb, rapportait, dans son premier num\u00e9ro, la Revue Africaine.(48)<br \/>L\u2019agrandissement de la petite cit\u00e9 romaine d\u2019Icosium s\u2019est fait sur le dos, si on peut dire ainsi, de Rusgunia qui en avait fourni les mat\u00e9riaux de construction. Particuli\u00e8rement pendant l\u2019occupation ottomane (1516-1830).\u00a0<br \/>Les Turcs s\u2019\u00e9taient servi aussi des ruines de Tipaza et de Cherchell pour le d\u00e9veloppement de la cit\u00e9 des Beni Mezghenna et de ses murailles de d\u00e9fense, selon la m\u00eame source. Un fait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9crit par l\u2019explorateur L\u00e9on l\u2019Africain (Hassan El-Wezzan) et le chroniqueur espagnol Luis del M\u00e1rmol Carvajal. Certaines inscriptions sur des pierres trouv\u00e9es \u00e0 Alger et d\u00e9pos\u00e9es au Mus\u00e9e des antiquit\u00e9s provenaient de l\u2019ancien Cap Matifou. Le fort turc de cette cit\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 construit en 1661 avec des mat\u00e9riaux antiques trouv\u00e9s sur les lieux. Parce que Bordj El-Bahri fut auparavant un comptoir commercial ph\u00e9nicien puis une colonie romaine vers lan 30 avant J\u00e9sus-Christ, avant de passer sous la domination ottomane en 1516 et la colonisation fran\u00e7aise \u00e0 partir de 1830. C\u2019est de cet endroit que l\u2019empereur Charles Quint, mine d\u00e9faite, rembarquait ce qui restait de ses troupes en 1541, apr\u00e8s son cuisant \u00e9chec d\u2019occuper Alger.<br \/>Le journaliste et \u00e9crivain Mohamed Balhi a lanc\u00e9 un cri d\u2019alarme sur le mauvais \u00e9tat dans lequel se trouvait l\u2019ancien fort turc, transform\u00e9 en mus\u00e9e. Il avait demand\u00e9 une intervention rapide de la ministre de la Culture afin de redonner \u00abvie \u00e0 un bordj qui est li\u00e9 \u00e9troitement \u00e0 la ville d\u2019Alger, el Mahroussa. Aujourd\u2019hui il abrite un mus\u00e9e, mais tr\u00e8s mal con\u00e7u, avec ses dix salles au rez-de-chauss\u00e9e. On y trouve des pi\u00e8ces arch\u00e9ologiques et pr\u00e9historiques (p\u00e9riode romaine, r\u00e9gion de T\u00e9bessa) dispos\u00e9es n&rsquo;importe comment. En principe, ce mus\u00e9e doit abriter uniquement des objets de la p\u00e9riode ottomane (canons, armes, manuscrits) li\u00e9s directement \u00e0 l\u2019histoire de ce fort, dont les murailles font 9 m\u00e8tres de hauteur. Ce n\u2019est pas beau \u00e0 voir !&#8230;\u00bb, d\u00e9plorait-il. \u00abCe magnifique bordj, avec une vue impressionnante sur la baie d\u2019Alger, peut devenir un lieu pour des expositions photos, conf\u00e9rences, projection de films, caf\u00e9s litt\u00e9raires. Un lieu qui cr\u00e9erait un peu d&rsquo;animation notamment pour les populations de Tamentfoust, Bordj el-Bahri, Bateau Cass\u00e9, Dergana, A\u00efn Taya, la Marsa, Heuraoua, R\u00e9gha\u00efa&#8230; Il suffit d&rsquo;un peu de volont\u00e9, et que les fonctionnaires de la culture quittent un peu leurs bureaux pour voir le monde qui les entoure. Ce bordj est unique en Afrique du Nord, il ne m\u00e9rite pas un tel sort\u00bb, regrettait-il.(49)\u00a0<br \/>M. Balhi rappelait que ce bordj avait abrit\u00e9, le 23 juillet 1830, c\u2019est-\u00e0-dire 19 jours apr\u00e8s la prise d\u2019Alger par les troupes fran\u00e7aises, une r\u00e9union des chefs des tribus de l\u2019Alg\u00e9rois \u00abpour concevoir une riposte \u00e0 l\u2019invasion coloniale.\u00bb C\u2019est de ce fort que les Turcs annon\u00e7aient, par des coups de canon, chaque changement de pacha \u00e0 la t\u00eate la R\u00e9gence d\u2019Alger. Et les changements des deys \u00e9taient plut\u00f4t nombreux, r\u00e9p\u00e9titifs et se faisaient dans le sang et l\u2019assassinat. \u00abIl faut coloniser le Cap Matifou et r\u00e9parer l\u2019oubli injuste et dangereux dans lequel on a laiss\u00e9 cette localit\u00e9 int\u00e9ressante par sa position, la bont\u00e9 de son sol et les avantages de toute esp\u00e8ce qui s\u2019y rencontrent \u00bb, \u00e9crivait en ao\u00fbt 1845 l\u2019arch\u00e9ologue Adrien Berbrugger, fondateur de la premi\u00e8re biblioth\u00e8que-mus\u00e9e d\u2019Alger.(50)\u00a0<br \/>Adrien Berbrugger y avait pass\u00e9 trois mois, en 1837, \u00e0 fouiller dans les ruines antiques de Rusgunia, Tamentfoust. Cinq ans apr\u00e8s l\u2019appel de Berbrugger, le village colonial de Cap Matifou voyait le jour (septembre 1853). Il fut \u00e9lev\u00e9 au rang de commune de plein exercice en septembre 1870. Les colons cultivateurs mahonnais install\u00e9s dans cette contr\u00e9e furent \u00ables grands fournisseurs des halles de Paris pour les primeurs de toutes sortes\u00bb.(51)<br \/>Hier comme aujourd\u2019hui, Bordj El-Bahri est r\u00e9put\u00e9 pour ses belles plages, tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00e9es pendant la saison estivale : Alger-Plage, Ondines Sud, Fr\u00e9gate, Ondines Nord et Coco-Plage. Les sorties estivales se terminaient parfois chez Habibou, un des meilleurs restaurants sp\u00e9cialis\u00e9s dans le poisson, \u00e9difi\u00e9 pr\u00e8s des rochers du port de plaisance, ou chez Akchiche, connu pour ses succulents plats de poisson et sa paella. Un plat traditionnel de Valence, en Espagne, o\u00f9 fut invent\u00e9e la Naranjina, l\u2019anc\u00eatre de l\u2019Orangina alg\u00e9rienne lanc\u00e9e \u00e0 Boufarik par un colon fran\u00e7ais en 1936, avec l\u2019aide de l\u2019inventeur espagnol.<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>Rassauta<\/strong> : Serait-ce le nom mal transcrit d\u2019un lieu-dit, Ras-El-Ouda, ou d\u2019une tribu, Rassouta, qui aurait v\u00e9cu dans la plaine nord-est de la Mitidjia ?\u00a0 Les renseignements datant du 19e si\u00e8cle, rapport\u00e9s par des officiers et des auteurs fran\u00e7ais, indiquent que le haouch portant ce nom appartenait au beylik turc d\u2019Alger qui en avait fait un haras. Il a \u00e9t\u00e9 \u00abr\u00e9cup\u00e9r\u00e9\u00bb par les autorit\u00e9s coloniales fran\u00e7aises qui l\u2019ont c\u00e9d\u00e9 par d\u00e9cret en juin 1835 au prince de Mir, d\u2019origine polonaise, venu s\u2019\u00e9tablir en Alg\u00e9rie pour fuir la r\u00e9volution qui secouait son pays. Les Fran\u00e7ais ont install\u00e9, par ordonnance du 22 d\u00e9cembre 1846, une tribu, les Aribs, sur une portion du domaine. Ce qui avait donn\u00e9 lieu \u00e0 la cr\u00e9ation du village de Rassauta en 1851, devenu commune cinq ans plus tard (1856), avec deux annexes, \u00e0 savoir A\u00efn Be\u00efda (ex-Suffren) et A\u00efn-Taya cr\u00e9\u00e9es trois ans auparavant (30 septembre 1853).<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>Bordj El-Kifan (ex-Fort-de-l\u2019Eau)<\/strong> : Une station baln\u00e9aire r\u00e9put\u00e9e, jadis, pour ses restaurants sp\u00e9cialis\u00e9s dans le poisson et ses salons de glaces en \u00e9t\u00e9. Les d\u00eeners arros\u00e9s se prolongeaient jusqu\u2019\u00e0 une heure avanc\u00e9e de la nuit. Tout a bascul\u00e9. Les restaurants en grande partie ont disparu et la large avenue principale de la cit\u00e9 est d\u00e9figur\u00e9e par la ligne du tramway qui la traverse d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre.\u00a0<br \/>\u00c0 l\u2019origine, Bordj El-Kifan \u00e9tait un poste avanc\u00e9 \u00e0 l\u2019est d\u2019Alger des troupes ottomanes charg\u00e9es de surveiller la mer et une partie de la plaine de Mitidja. Il a \u00e9t\u00e9 construit en 1581 sous le r\u00e8gne de Djafar pacha. Un village colonial de 50 feux, d\u00e9nomm\u00e9 Fort-de-l\u2019Eau, a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 \u00e0 proximit\u00e9 par d\u00e9cret du 11 janvier 1850, dans le m\u00eame domaine agricole de Rassauta constitu\u00e9 d\u00e9j\u00e0 en commune. Les mara\u00eechers mahonnais repr\u00e9sentaient une importante communaut\u00e9, selon des \u00e9crits et rapports de l\u2019\u00e9poque. Trente-deux ans plus tard (1882), Fort-de-l\u2019Eau a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9e au rang de commune de plein exercice. Depuis cette date, l\u2019id\u00e9e d\u2019en faire une station baln\u00e9aire \u00e9tait dans l\u2019air. Id\u00e9e prise au vol et mat\u00e9rialis\u00e9e, peu apr\u00e8s, par un entrepreneur bas\u00e9 \u00e0 Alger, G. Guerouard. Il avait lanc\u00e9 un programme de constructions de \u00ab villas bon march\u00e9 \u00bb, dont les prix variaient entre 2 200 et 7 800 francs, avec facilit\u00e9 de paiement.\u00a0<br \/>Le premier coup de pioche avait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 en 1895. Moins de trois ans plus tard, il en livra 45, un casino et un h\u00f4tel. Il avait accompagn\u00e9 son projet d\u2019un livret promotionnel dans lequel il fournissait des d\u00e9tails techniques sur les villas, avec plan \u00e0 l\u2019appui. L\u2019entrepreneur \u00e9tait convaincu du choix de l\u2019endroit et de la r\u00e9ussite de son projet. \u00abParmi tous les points du littoral alg\u00e9rien qui peuvent, \u00e0 juste raison, attirer les baigneurs, Fort-de-l\u2019Eau se pr\u00e9sente d\u2019une fa\u00e7on sp\u00e9ciale par sa situation topographique, avec toutes les conditions requises\u00bb, \u00e9crivait-il.(52) \u00abSa plage, encadr\u00e9e de rochers o\u00f9 foisonnent oursins et crevettes, est form\u00e9e de sable fin et moelleux comme un tapis que la mer pousse incessamment vers la rive, tout impr\u00e9gn\u00e9 d\u2019odeur marine et charge de sel. En pente doucement inclin\u00e9e, elle permet au baigneur de prendre fort loin, et en toute s\u00e9curit\u00e9, ses \u00e9bats dans une eau propre et limpide.\u00a0<br \/>La brise de mer, qui souffle r\u00e9guli\u00e8rement de 8h du matin \u00e0 six heures du soir, purifie l\u2019atmosph\u00e8re. Fort-de-l\u2019Eau (\u2026) r\u00e9unit toutes les conditions naturelles propres \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019une station baln\u00e9aire\u00bb, ajoutait l\u2019entrepreneur. \u00abNous croyons avoir r\u00e9pondu aux besoins de tous en faisant des villas \u00e0 bon march\u00e9, et en permettant aux ouvriers et aux petits employ\u00e9s d\u2019avoir un chez-soi et de pouvoir jouir en famille des bienfaits d\u2019un climat r\u00e9parateur\u00bb, avait-il conclu.(53)<br \/>Sur le chemin du retour au bercail \u00e0 Alger, depuis l\u2019une des petites villes de l\u2019est de la capitale, des estivants faisaient une halte \u00e0 Bordj El-Kifan pour savourer un plat de poisson frais ou d\u00e9guster sur une terrasse une glace parfum\u00e9e. \u00c9videmment, les amateurs de bouzellouf, encore lui, diriez-vous, se retrouvaient chez Talem, paix \u00e0 son \u00e2me.\u00a0<br \/><em><strong>M. A.\u00a0 H.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Sources :<br \/>(48) Revue Africaine, n\u00b01, premi\u00e8re ann\u00e9e, Bastide Libraire-\u00c9diteur, Alger, 1856.<br \/>(49) Mohamed Balhi, journaliste et \u00e9crivain, 6 mars 2020, sur sa page Facebook.<br \/>(50) De la n\u00e9cessit\u00e9 de coloniser le Cap Matifou, rapport adress\u00e9 au Gouvernement g\u00e9n\u00e9ral, A. Berbrugger, 25 ao\u00fbt 1845.<br \/>(51) \u00c0 la France, sites et monuments historiques de l\u2019Alg\u00e9rie, Alger, Constantine et Oran, Touring Club de France, Paris, 1902.<br \/>(52) et (53) Station baln\u00e9aire de Fort-de-l\u2019Eau, station baln\u00e9aire maritime d\u2019\u00e9t\u00e9, villas \u00e0 bon march\u00e9, imprimerie de la Revue Alg\u00e9rienne, Alger, 1895.<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.lesoirdalgerie.com\/reportage\/balade-historique-et-touristique-rendre-a-cesar-12e-partie-et-fin-42832\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Mohamed Arezki HimeurIl existe un lien solide comme un roc, c\u2019est le cas de le dire, entre Alger et Tamentfoust. 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