{"id":88821,"date":"2020-06-13T05:19:42","date_gmt":"2020-06-13T09:19:42","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/chronique-lhumanite-en-question\/"},"modified":"2020-06-13T05:19:42","modified_gmt":"2020-06-13T09:19:42","slug":"chronique-lhumanite-en-question","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/chronique-lhumanite-en-question\/","title":{"rendered":"Chronique : L\u2019humanit\u00e9 en question"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" class=\"post_layout_5_img\" src=\"http:\/\/aujourdhui.ma\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/chronique.jpg\" alt=\"Chronique : L&#x2019;humanit&#xE9; en question\"\/><\/p>\n<p><span class=\"c5\"><strong>La peur est devenue notre lot psychosocial et biologique. Et la nourrir est plus s\u00e9curisant que la transcender. Tel est le paradoxe de l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui. Il d\u00e9sire et refuse. Il veut et rejette.<\/strong><\/span><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/aujourdhui.ma\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Dr-Imane-Kendili-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-345687\" src=\"http:\/\/aujourdhui.ma\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Dr-Imane-Kendili-1-294x300.jpg\" alt=\"\" width=\"294\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/aujourdhui.ma\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Dr-Imane-Kendili-1-294x300.jpg 294w, \/\/aujourdhui.ma\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Dr-Imane-Kendili-1-36x36.jpg 36w, \/\/aujourdhui.ma\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Dr-Imane-Kendili-1.jpg 373w\" sizes=\"auto, (max-width: 294px) 100vw, 294px\"\/><\/a><strong><span class=\"c6\">Par Dr Imane Kendili<\/span><\/strong><br \/><strong><span class=\"c6\">Psychiatre-addictologue<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Les relations humaines n\u2019existent plus. Le moindre sentiment est monnayable. La moindre \u00e9motion suscite d\u2019abord un calcul pr\u00e9alable. L\u2019\u00e9lan spontan\u00e9 n\u2019existe plus. Le don de soi au nom de l\u2019autre n\u2019a plus droit de cit\u00e9. Tout devient biais\u00e9 dans un monde qui a d\u00e9j\u00e0 chang\u00e9 de visage. Tout ce qui fait notre essence premi\u00e8re semble nous avoir quitt\u00e9s.<br \/>L\u2019amiti\u00e9 a un prix. L\u2019amour a un co\u00fbt. Les relations sont marchand\u00e9es. C\u2019est du donnant donnant. Rien de pur. Rien de vrai. Une r\u00e9elle mascarade du ressenti et de l\u2019\u00e9motion dans un contr\u00f4le d\u00e9faillant inconscient de l\u2019attachement.<\/p>\n<p>S\u2019il existe. Car l\u2019attachement est tributaire de notre histoire, de notre enfance, de nos premi\u00e8res interactions maternelles, qui elles, dans un contexte socioculturel matriciel ancr\u00e9, bien que refus\u00e9, sont une h\u00e9catombe palpable de l\u2019adulte en proie \u00e0 une culpabilit\u00e9, sans objet r\u00e9el, bien souvent devant l\u2019enfant-Dieu, d\u00e9sir\u00e9, d\u00e9chu, au regard d\u2019une m\u00e8re souvent tyrannique par amour. S\u2019attacher est, \u00e0 y voir plus clair, assez p\u00e9joratif et vient du mot en ancien fran\u00e7ais estachier, qui consiste \u00e0 ma\u00eetriser un animal, le lier pour qu\u2019il ne morde pas.<br \/>Ainsi, bien souvent l\u2019attache est telle que plus proche est l\u2019ennemi, plus li\u00e9, plus soudoy\u00e9 corps ou \u00e2me, plus percutant est le ressenti. Il est plus excitant d\u2019attacher un loup ou un lion qu\u2019un agneau.<br \/>Mais cet attachement est un r\u00e9el suicide de l\u2019\u00e2me car en l\u2019attachant on s\u2019attache et en s\u2019attachant on d\u00e9p\u00e9rit.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e2me se nourrit de contr\u00e9es sauvages et nouvelles et le corps oublie.<br \/>Le renouveau, la conqu\u00eate, la pr\u00e9dation sont les v\u00e9ritables \u00e9tendards du sentiment. Car quel est l\u2019int\u00e9r\u00eat si ce n\u2019est un tableau de chasse conscient ou inconscient d\u00e9montr\u00e9 \u00e0 ses semblables. Mais le plus risible c\u2019est que les hommes, failles narcissiques surdimensionn\u00e9es obligent, se pensent diff\u00e9rents ou mieux encore uniques. Une pens\u00e9e plus biologique me vient \u00e0 l\u2019esprit, les neurones miroirs. Ces neurones sensori-moteurs sont assez bluffants, ainsi l\u2019amour qu\u2019on se porte peut induire les autres \u00e0 nous porter de l\u2019amour ou encore nous aimons souvent chez l\u2019autre l\u2019image qu\u2019il nous renvoie de nous-m\u00eame. Mais alors quand j\u2019aime, quand j\u2019\u00e9prouve de l\u2019amiti\u00e9, une attirance ou m\u00eame un d\u00e9sir sexuel, ne serais-je pas attir\u00e9 par le moi en l\u2019autre ?<br \/>Ce moi que je ne ma\u00eetrise pas, que je ressens et qu\u2019il est plus facile de ma\u00eetriser chez l\u2019autre que chez moi.<\/p>\n<p>Autres possibles \u00e9galement. Dans le champ de la neurobiologie le ressenti est un art hormonal. Ainsi, si l\u2019attirance premi\u00e8re peut \u00eatre impulsive et animale en amour, le lien et l\u2019attachement sont l\u2019apanage de l\u2019ocytocine. Chez l\u2019homme, l\u2019effet de l\u2019ocytocine est probant sur la confiance, l\u2019empathie, la sexualit\u00e9, le lien conjugal et social et la r\u00e9activit\u00e9 aux stress. Il y a une petite distinction \u00e0 faire entre l\u2019ocytocine intrac\u00e9r\u00e9brale et p\u00e9riph\u00e9rique. L\u2019hormone en intrac\u00e9r\u00e9bral agit en neurom\u00e9diateur avec un r\u00f4le direct sur les \u00e9motions et les comportements. Nous avons des r\u00e9cepteurs distribu\u00e9s dans tout le syst\u00e8me c\u00e9r\u00e9bral en particulier dans le syst\u00e8me limbique et l\u2019amygdale. Pourquoi tant de d\u00e9tails ?<br \/>L\u2019amygdale est le centre de la peur. L\u2019ocytocine pourrait avoir une action inhibitrice sur l\u2019amygdale et donc sur la perception de la peur. Ceci est surprenant car nous pourrions alors avoir confiance, nous attacher, aimer et vouloir avoir des relations sexuelles ou vivre avec quelqu\u2019un qui d\u00e9clenche notre ocytocine et inhibe notre perception de la peur. La s\u00e9curit\u00e9 \u00e9motionnelle. Le syst\u00e8me en cause est le syst\u00e8me gabaergique, ce m\u00eame syst\u00e8me qui est sollicit\u00e9 par l\u2019alcool ou les benzodiaz\u00e9pines (anxiolytiques) et qui aurait un effet anxiolytique \u00e0 court et moyen termes, et permettrait de lever l\u2019inhibition chez les personnes avec phobie sociale.<\/p>\n<p>Cette hormone s\u00e9cr\u00e9t\u00e9e au niveau de l\u2019hypothalamus est dite l\u2019hormone de la monogamie. Mais alors, la monogamie de plus en plus difficile et impensable, la libert\u00e9 de son corps, les partenaires multiples, le non attachement pr\u00f4n\u00e9 au nom d\u2019une modernit\u00e9 libre ali\u00e9nante ne seraient-ils pas une fuite existentielle anxiog\u00e8ne. L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 r\u00e8gne et nous ne trouvons d\u2019attache \u00e9motionnelle nulle part. Changer d\u2019environnement, de travail, de partenaire, de groupes d\u2019amis, de maison, d\u2019\u00e9pouse, de voisins est v\u00e9cu comme un nouveau souffle n\u00e9cessaire pour une retomb\u00e9e d\u2019autant plus ins\u00e9curisante car je quitte par peur d\u2019\u00eatre quitt\u00e9. Je me lib\u00e8re et refuse le lien protecteur et m\u2019attache, inconsciemment certes, mais s\u00fbrement \u00e0 l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 car je la connais. L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 \u00e9motionnelle permet de fuir, de trouver des subterfuges, de se garder un id\u00e9al relationnel s\u00e9curisant inexistant pour une angoisse existentielle rassurante car je la connais. Le changement fait peur. Et l\u2019homme, au nom d\u2019un libre arbitre fantasm\u00e9 au gr\u00e9 de ses hormones et neurotransmetteurs ; au gr\u00e9 de son inconscient, au gr\u00e9 de son amygdale h\u00e9rit\u00e9e et acquise, se pense libre en \u00e9tant esclave. L\u2019attachement \u00e0 l\u2019objet fig\u00e9 s\u00e9curisant car poss\u00e9d\u00e9 a balay\u00e9 le ressenti, le risque d\u2019aimer ou se faire aimer et l\u2019angoisse d\u2019\u00eatre rejet\u00e9 permet le rejet avant l\u2019attache. Ainsi, entendrons-nous plus de d\u00e9ceptions ou de trahisons des plus proches et des relations qu\u2019on a investies que des relations sans attachement o\u00f9 la s\u00e9duction perverse perdure et fait de l\u2019autre un objet.<\/p>\n<p>Cher lecteur, tout ce cheminement de pens\u00e9e pour vous dire que nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 un temps o\u00f9 les relations humaines et l\u2019attachement sont tributaires de crit\u00e8res pr\u00e9d\u00e9finis. Ces crit\u00e8res sont multiples, il faut les r\u00e9unir pour que l\u2019objet-homme ou l\u2019objet-femme soit s\u00e9lectionnable. Le rang social, l\u2019attribut physique, l\u2019intellect s\u2019il est monnayable et j\u2019en passe. Nos propres enfants doivent \u00eatre une image \u00e0 pr\u00e9senter en public.<br \/>La peur est devenue notre lot psychosocial et biologique. Et la nourrir est plus s\u00e9curisant que la transcender. Tel est le paradoxe de l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui. Il d\u00e9sire et refuse. Il veut et rejette. Il r\u00eave et s\u2019en plaint. Il veut cr\u00e9er en d\u00e9truisant. Il veut s\u2019approcher en s\u2019\u00e9loignant. Et au final, l\u2019homme s\u2019\u00e9loigne de son humanit\u00e9 \u00e0 grandes enjamb\u00e9es. La question qui demeure insistance : y a-t-il un espoir de retour \u00e0 une humanit\u00e9 plus simple et plus viable ?<\/p>\n<p>Auteur: ALM<br \/>\n<a href=\"https:\/\/aujourdhui.ma\/chroniques\/chronique-lhumanite-en-question\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La peur est devenue notre lot psychosocial et biologique. Et la nourrir est plus s\u00e9curisant que la transcender. Tel est le paradoxe de l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui. Il d\u00e9sire et refuse. Il veut et rejette. Par Dr Imane KendiliPsychiatre-addictologue Les relations humaines n\u2019existent plus. Le moindre sentiment est monnayable. La moindre \u00e9motion suscite d\u2019abord un calcul pr\u00e9alable. 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