{"id":88911,"date":"2020-06-14T11:10:37","date_gmt":"2020-06-14T15:10:37","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/le-dire-poetique-entre-le-deuil-et-lespoir\/"},"modified":"2020-06-14T11:10:37","modified_gmt":"2020-06-14T15:10:37","slug":"le-dire-poetique-entre-le-deuil-et-lespoir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/le-dire-poetique-entre-le-deuil-et-lespoir\/","title":{"rendered":"Le dire po\u00e9tique entre le deuil et l\u2019espoir"},"content":{"rendered":"<p class=\"c2\"><strong>Par: Lahoucine El Merabet<\/strong><\/p>\n<p class=\"has-text-color c3\"><strong>\u00abLe c\u0153ur ne se nourrit point dans le tumulte du monde\u00bb. Voici ce que, dans<\/strong> <em><strong>La nouvelle H\u00e9lo\u00efse (1761)<\/strong><\/em><strong>, Jean-Jacques Rousseau fait \u00e9crire \u00e0 Saint-Preux dans une de ses lettres \u00e0 Julie.<\/strong><\/p>\n<p>Rien de mieux pour introduire une r\u00e9flexion sur le recueil de l\u2019\u00e9crivain et po\u00e8te Bougdal Lahsen , \u00abDans le tumulte du monde\u00bb paru chez L\u2019Harmattan (2019). Si pour le personnage de Rousseau, le c\u0153ur a besoin de quitter le monde et son fracas pour s\u2019\u00e9panouir et voir fleurir ses penchants sensibles et romantiques, il n\u2019en reste pas moins que pour Bougdal l\u2019intention livr\u00e9e d\u2019embl\u00e9e par le titre est de tracer une ligne de d\u00e9marcation entre un sujet lyrique esseul\u00e9 et un monde o\u00f9 les tracasseries, les bruits et les cacophonies repoussent et incitent \u00e0 s\u2019isoler.<\/p>\n<p>De cette rupture na\u00eet une \u00e9criture du deuil, de la souffrance, du schisme et d\u2019un veuvage, justifi\u00e9s par l\u2019\u00e9tat d\u2019un monde en d\u00e9r\u00e9liction, qui perd peu \u00e0 peu des \u00ab\u00e9toiles\u00bb dignes de briller dans un firmament qui commence aussi \u00e0 s\u2019obscurcir. Dans cet article de recension, toute la question est de savoir comment dans ce dernier ouvrage, le po\u00e8te Bougdal chemine d\u2019un \u00e9tage intime, familial, vers un niveau social et communautaire, pour fonder finalement une \u00e9criture centr\u00e9e principalement autour des pr\u00e9ceptes plus humains, plus cosmopolites et de taille \u00e0 cr\u00e9er sur les ruines d\u2019un monde en d\u00e9combres un univers plus solide, ciment\u00e9 par l\u2019espoir, l\u2019amour et la libert\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9pigraphe nous met d\u2019embl\u00e9e dans un climat domin\u00e9 par la mis\u00e8re, la dysphorie et le malheur\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Mon humanit\u00e9, c\u2019est de se sentir que nous sommes la voix d\u2019une m\u00eame mis\u00e8re\u00a0\u00bb. Cette citation emprunt\u00e9e \u00e0 Borges annonce la couleur du recueil qui s\u2019articule autour d\u2019une sensibilit\u00e9 po\u00e9tique appel\u00e9e \u00e0 s\u2019exprimer (les voix) pour d\u00e9passer une certaine mis\u00e8re.<\/p>\n<p>D\u00e8s la premi\u00e8re section \u00abLa ligne de l\u2019absent\u00bb, le sujet lyrique s\u2019\u00e9panche dans un \u00e9lan romantique qui donne \u00e0 lire et \u00e0 entendre \u00able triste chant des tourterelles\u00bb (p.11). Le chant \u00e9pouse les contours d\u2019un r\u00e9el triste, morose et d\u2019une grisaille impos\u00e9e par \u00abune \u00e9toile qui [qui] s\u2019\u00e9teint\u00bb (p.13). C\u2019est\u00a0\u00able chant de la mort [qui] d\u00e9ploie ses ailes\u00bb (p.52).<\/p>\n<p>\u00a0Le po\u00e8te, se sentant orphelin, \u00abveuf et inconsol\u00e9\u00bb selon les mots de Nerval, se pr\u00e9pare \u00e0 enterrer un p\u00e8re, un mod\u00e8le, une tutelle, un symbole et \u00abune \u00e9toile\u00bb. L\u2019\u00e9criture se tisse autour d\u2019un absent, dont les obs\u00e8ques co\u00efncident avec une chute, une descente vers les abysses profonds d\u2019un pr\u00e9cipice que seule la po\u00e9sie peut sonder et percer.<\/p>\n<p>Dans ce sens, l\u2019isotopie stellaire s\u2019impose et justifie sa pr\u00e9valence dans un mouvement du haut vers le bas, du c\u00e9leste vers un abyssal opaque et myst\u00e9rieux\u00a0:\u00a0\u00abUne \u00e9toile s\u2019\u00e9teint\u00bb (p.13), \u00abLe soleil a tir\u00e9 sa r\u00e9v\u00e9rence\u00bb (p.13). Cette descente se double d\u2019une obscurit\u00e9 que seul le dire po\u00e9tique est \u00e0 m\u00eame d\u2019explorer et de percer\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019homme est happ\u00e9 par la nuit\/\/Et ma m\u00e9moire est enti\u00e8rement est habit\u00e9e par ses d\u00e9parts\u00a0\u00bb (p.14). Ce sont autant de signes r\u00e9v\u00e9lateurs du d\u00e9part, de la s\u00e9paration, du sevrage, d\u2019une scission digne d\u2019imposer un deuil nocturne\u00a0: \u00abLa chute d\u2019un p\u00e8re est un douloureux naufrage\u00bb (p.16). La chute du p\u00e8re s\u2019est effectu\u00e9e conform\u00e9ment \u00e0 un protocole d\u2019adieux g\u00e9n\u00e9rateurs de morbidit\u00e9, de tristesse, mais aussi de parole. Cette derni\u00e8re rompt un silence, assoit un vacarme et un tumulte, qui se transmueront en po\u00e9sie lyrique, autour d\u2019\u00eatres chtoniens\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 toi que le ciel \u00e0 pr\u00e9sent abrite\/\/Tu es la source o\u00f9 mon r\u00e9cit s\u2019abreuve\u00a0\u00bb (p.22). \u00ab\u00a0Le fracas du corps dans le trou b\u00e9ant\/\/Est assourdissant\u2026\/\/ Tu ne laisses pas d\u2019histoires \u00e0 raconter\u00a0\u00bb (p.17).<\/p>\n<p>Le tumulte en pr\u00e9sence dans le titre renvoie initialement \u00e0 ce rapport particulier que le po\u00e8te entretient avec l\u2019entourage, comme il renvoie au vacarme\u00a0\u00bb caract\u00e9ristique de cette s\u00e9paration cons\u00e9cutive \u00e0 l\u2019enterrement d\u2019un \u00eatre cher\u00a0: \u00abEt puis un soir tu rompis le silence\u00bb (p.19). Ce bruit na\u00eet \u00e0 l\u2019\u00e9vidence d\u2019une scission \u00e9tablie par le po\u00e8te entre \u00abl\u2019\u00e9toile\u00bb \u00e0 enterrer et une r\u00e9alit\u00e9 moins conviviale et moins heureuse. Autant dire que le tumulte initial inscrit d\u2019entr\u00e9e de jeu le texte dans une logique conflictuelle entre le po\u00e8te et les autres, comme on comprend de cette citation de l\u2019\u00e9crivain allemand Goethe\u00a0: \u00ab<a href=\"https:\/\/dicocitations.lemonde.fr\/citation_auteur_ajout\/72127.php\">Le talent se d\u00e9veloppe dans la retraite, le caract\u00e8re se forme dans le tumulte du monde\u00bb.<\/a> \u00a0Entre le talent et les dispositions subjectives et insulaires du po\u00e8te, et le caract\u00e8re que seule une sociabilit\u00e9 \u00e9prouvante peut forger, s\u2019insinue un hiatus auquel l\u2019acte po\u00e9tique donne forme et corps. L\u2019\u00e9criture est ainsi plac\u00e9e sous le signe du d\u00e9saccord, du schisme, qui sont aussi \u00e0 lire entre le p\u00e8re enterr\u00e9 et un monde qui reste \u00e0 vivre avec ses contrari\u00e9t\u00e9s, ses paradoxes et son tumulte\u00a0:\u00a0\u00abtelle une particule en d\u00e9saccord avec ce monde\/\/Tu as vals\u00e9 par monts et vall\u00e9es\/\/pour b\u00e2tir le r\u00e9cit des blessures\u00a0\u00bb (p.20). La r\u00e9sonance khatibienne de cette blessure, en \u00e9cho aux centres d\u2019int\u00e9r\u00eat du po\u00e8te, trouve sa pertinence dans cette continuit\u00e9 entre le r\u00e9el et l\u2019\u00e9criture, comme ancrage choisi et pr\u00e9texte pour un texte matriciel.<\/p>\n<p>Si dans le texte l\u2019\u00e9criture se d\u00e9ploie sur fond de la s\u00e9paration et de la douleur qui s\u2019ensuit, tout s\u2019encha\u00eene pour restituer un monde en d\u00e9liquescence, suite aux fun\u00e9railles. Dans \u00abLa finitude des mots\u00bb, le ton est clair et la furie s\u2019accentue au contact d\u2019un monde qui d\u00e9borde d\u2019insanit\u00e9s. Le po\u00e8te\u00a0\u00abd\u00e9pit\u00e9 par la barbarie de l\u2019Homme\u00bb (p.30), fulmine contre \u00ab\u00a0les intellectuels de pacotille\u00bb (p.27). \u00a0Mieux encore, le sujet lyrique, qui vient d\u2019enterrer son p\u00e8re dans un rituel tumultueux, arbore une col\u00e8re inextinguible contre \u00abla terre infest\u00e9e par d\u2019incurables maladies\u00bb (p.32). Ainsi s\u2019enclenche un autre tumulte o\u00f9 s\u2019inscrit l\u2019auteur de mani\u00e8re \u00e0 se d\u00e9marquer dans un monde \u00e0 part, \u00abune terre sans fard\u00bb (p.53), dans \u00abla for\u00eat de la souffrance\u00bb (p.36), comme on le lit dans la section \u00abL\u2019odeur de la terre\u00bb (p.33). La col\u00e8re atteint son summum\u00a0 et am\u00e8ne\u00a0 le po\u00e8te\u00a0 \u00e0 s\u2019\u00e9riger\u00a0 en une violence indomptable, attis\u00e9e contre un entourage aux s\u00e9quelles ind\u00e9l\u00e9biles\u00a0: \u00abJe suis le feu qui br\u00fble\u00bb (p.38), \u00abDe mon sang, j\u2019arroserai ce lopin aride\u00a0\u00bb (p.29). Entre l\u2019aridit\u00e9 du monde et la fluidit\u00e9 du sang qui anile la furie de l\u2019auteur s\u2019institue un rapport digne de tracer une ligne de d\u00e9marcation, laquelle peut justifier et l\u00e9gitimer \u00ab\u00a0le tumulte\u00a0\u00bb comme lex\u00e8me et s\u00e8me qui pars\u00e8ment et traversent le texte\u00a0: \u00ab\u00a0Mes mots ensach\u00e9s \u00e0 l\u2019abri des maladies \/\/ Ne supportent plus le tumulte du monde\u00a0\u00bb (p.22).<\/p>\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 partir de ce tumulte que la cit\u00e9 au sein de laquelle s\u2019inscrit l\u2019auteur, acquiert les traits d\u2019une \u00abtribu\u00bb malheureuse, rong\u00e9e par les maux et habit\u00e9e par des \u00abintellectuels de pacotille\u00bb, qui s\u2019arrogent insolemment le droit de \u00abcoloniser la conscience de notre cit\u00e9 malheureuse\u00bb (p.24). On retient donc que le bruit et le tumulte trouvent leur justification dans une dissonance qui marque le rapport de l\u2019auteur au monde, \u00e0 tout un pass\u00e9 glorieux et \u00e0 un pr\u00e9sent malheureux: \u00abAussi brillante soit une \u00e9toile, elle finit irr\u00e9m\u00e9diablement en ruines \u00bb (p.28), \u00abO mes amis, \u00e9gar\u00e9s dans le tumulte du monde\u00bb \u00abp.47). Ce sont l\u00e0 autant de d\u00e9clarations qui d\u00e9ploient des significations multiples de la lexie du titre \u00abLe tumulte du monde \u00bb et convient \u00e0 comprendre, appr\u00e9hender le po\u00e8te qui \u00abdans son piaffer livre bataille au silence\/\/pi\u00e9tinant dans sa furie les abjectes insanit\u00e9s \u00bb (p.54).<\/p>\n<p>Tant que le d\u00e9sespoir, la haine, la ranc\u0153ur et le ressentiment priment dans le quotidien, la force verbale et po\u00e9tique s\u2019aiguise, s\u2019attise et se revivifie de mani\u00e8re \u00e0 faire vibrer des fibres chez le po\u00e8te et \u00e0 faire entendre des voix dont la stridence sera \u00e0 m\u00eame de prendre le contrepied des discours fallacieux des \u00ab intellectuels de pacotille\u00bb, au m\u00eame titre que des \u00abcanons [qui] crachent le d\u00e9sespoir dans la rue \u00bb (p.51). C\u2019est dire que d\u00e8s lors que l\u2019\u00eatre le plus cher est enterr\u00e9, il se montre plus dispos\u00e9 \u00e0 comprendre un monde qui contraste ostensiblement avec l\u2019\u00e9toile qui vient de s\u2019\u00e9teindre, et qui chemine dans un sens qui ne peut qu\u2019approfondir et endolorir davantage les blessures. C\u2019est d\u2019ailleurs dans ce sens qu\u2019on peut saisir les pri\u00e8res de la m\u00e8re dans la section \u00abL\u2019odeur de la terre\u00bb: la figure maternelle continue \u00e0 repr\u00e9senter le p\u00e8re, tenant lieu de force symbolique gr\u00e2ce \u00e0 laquelle on peut braver le monde, ses insanit\u00e9s et ses inepties.<\/p>\n<p>De cette tension entre le po\u00e8te et une instance collective, loin de calmer l\u2019angoisse du deuil, na\u00eet le texte une qu\u00eate qui se justifie \u00e0 partir de la perte d\u2019une premi\u00e8re \u00e9toile : le p\u00e8re, et par la suite, d\u2019autres \u00e9toiles : \u00abNous \u00e9teignons, une \u00e0 une, nos \u00e9toiles\u00bb (p.39). \u00abAussi brillante que soit une \u00e9toile, elle finit irr\u00e9m\u00e9diablement en ruines \u00bb (p.28).Il importe de signaler \u00e0 cet \u00e9gard que le projet po\u00e9tique dans notre texte se fonde \u00e0 partir des ruines sur lesquelles se b\u00e2tira un \u00e9difice, non moins solaire. Une autre \u00e9l\u00e9vation et une ascension, aux relents po\u00e9tiques, s\u2019impose et assurera une sublimation qui ne sera possible que par le truchement de la po\u00e9sie. Dans la derni\u00e8re section : \u00ab\u00c0 l\u2019ombre de ton arc-en-ciel\u00bb, la parole po\u00e9tique est entonn\u00e9e \u00e0 l\u2019intention d\u2019une \u00abvoix solaire\u00bb (p.67). Cette \u00e9nonciation proc\u00e8de d\u2019un dire perlocutoire qui implique un interlocuteur aupr\u00e8s de qui des valeurs sublimes alternatives seront partag\u00e9es et, partant, c\u00e9l\u00e9br\u00e9es.<\/p>\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but de \u00abLa finitude des mots\u00bb, le ton est donn\u00e9 et, afin de se remettre de l\u2019angoisse de l\u2019enterrement et d\u2019un \u00e9tat de rupture avec autrui, le po\u00e8te se pr\u00e9sente, renforc\u00e9 et muni de ces deux ailes gr\u00e2ce auxquelles on ne peut que s\u2019\u00e9lancer, loin des\u00a0 \u00abmiasmes morbides\u00bb, selon les mots de Baudelaire : \u00abLes deux rameaux: l\u2019amour et la libert\u00e9\u00bb (p.22). \u00c0 cela se superpose une assertion on ne peut plus p\u00e9remptoire, dans la derni\u00e8re section : \u00abJe suis n\u00e9 incontestablement pour t\u2019aimer \u00bb (p.69), \u00abJe ne sais pas \u00e9touffer ton amour\u00bb (p.67). La force po\u00e9tique et lyrique trouve son soutien et sa rigueur dans cette intensit\u00e9 qui dispose \u00e0 vivre, \u00e0 r\u00e9tablir l\u2019espoir et \u00e0 restaurer l\u2019existence, par le biais d\u2019un chant, d\u2019une incantation et d\u2019un dire qui peuvent r\u00e9habiliter et revivifier un r\u00e9el en d\u00e9r\u00e9liction.<\/p>\n<p>D\u00e8s le discours \u00e9l\u00e9giaque initial, l\u2019intention \u00e9tait d\u2019asseoir une parole po\u00e9tique faite de blessures, lesquelles revigorent l\u2019esprit po\u00e9tique, attise l\u2019incandescence susceptible d\u2019entretenir une incantation salutaire\u00a0:\u00a0\u00abTu as vals\u00e9 par monts et vall\u00e9es\/\/pour b\u00e2tir un r\u00e9cit de blessures\u00bb (p.20). Pour autant, cette mani\u00e8re de relancer les bases d\u2019un r\u00e9el moins heureux est empreint d\u2019une dualit\u00e9 qu\u2019impose le rapport du dire po\u00e9tique \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Cr\u00e9er po\u00e9tiquement, reviendrait \u00e0 exalter cette \u00absymphonie de l\u2019alliance\u00bb (p.76), \u00e0 trouver un antidote \u00e0 ce \u00abvenin insidieux\u00bb (p.76) et \u00e0 opposer une d\u00e9clamation idoine \u00e0 \u00ab\u00a0la m\u00e9diocrit\u00e9 des d\u00e9clamations d\u2019apparat\u00bb (p.22), d\u00e9nonc\u00e9es chez \u00ables intellectuels de pacotille\u00bb inscrits par l\u2019auteur dans ce qu\u2019il appelle ailleurs l\u2019\u00e9table des incultes.<\/p>\n<p>Ainsi, il sied de\u00a0 dire pour conclure que le texte de Lahsen Bougdal orchestre une pluralit\u00e9 de voix d\u2019une dissonance particuli\u00e8re. Le cheminement trac\u00e9 dans le recueil part d\u2019un enterrement initial, pr\u00e9texte \u00e0 un \u00e9panchement sensible et romantique, lequel rendra visible un itin\u00e9raire\u00a0 ponctu\u00e9 d\u2019arr\u00eats sur la soci\u00e9t\u00e9 et ses disparit\u00e9s, sur les intellectuels et leurs discours de pacotille, ainsi que sur un \u00e9tat de guerre\u00a0 incandescent et responsable de l\u2019extinction des \u00e9toiles, au m\u00eame titre que des ruines en place. Le primat du po\u00e9tique est esth\u00e9tiquement tel qu\u2019il est fond\u00e9 \u00e0 instaurer un \u00e9difice de nature \u00e0 inspirer l\u2019espoir face \u00e0 un r\u00e9el lugubre et atroce, mais aussi face \u00e0 une culture ambiante domin\u00e9e par des scories, d\u2019un verbiage creux et oiseux et de ce que Kundera appelle judicieusement\u00a0 dans <em>L\u2019Art du roman<\/em> le kitsch, entendu\u00a0 comme tendance s\u2019opposant \u00e0 toute tentative de d\u00e9marcation de l\u2019individu par rapport au mode de pens\u00e9e des amasses.<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-red-color c4\"><strong>Lahoucine El Merabet<\/strong><\/p>\n<p class=\"has-background has-pale-cyan-blue-background-color\"><em>Docteur en litt\u00e9rature fran\u00e7aise, Agr\u00e9g\u00e9 de lettres modernes, ancien \u00e9l\u00e8ve de la facult\u00e9 des lettres d\u2019Ibn Zohr \u00e0 Agadir, de la facult\u00e9 des sciences de l\u2019\u00e9ducation et de l\u2019Ecole Normale <strong>Sup\u00e9rieure<\/strong> \u00e0 Rabat,\u00a0 auteur de L\u2019\u00e9criture du temps dans Sylvie de G\u00e9rard de Nerval , de La Sensibilit\u00e9 pensante \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans Le Livre du sang de Khatibi et d\u2019une trentaine d\u2019articles\u00a0 litt\u00e9raires et philosophiques\u00a0 parus aux Editions Ellipses. Il enseigne Fran\u00e7ais-Philosophie au lyc\u00e9e d\u2019excellence (CPGE) de Bengu\u00e9rir au Maroc.<\/em><\/p>\n<p>Auteur: M&rsquo;hammed rahal<br \/>\n<a href=\"http:\/\/albayane.press.ma\/le-dire-poetique-entre-le-deuil-et-lespoir.html\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par: Lahoucine El Merabet \u00abLe c\u0153ur ne se nourrit point dans le tumulte du monde\u00bb. Voici ce que, dans La nouvelle H\u00e9lo\u00efse (1761), Jean-Jacques Rousseau fait \u00e9crire \u00e0 Saint-Preux dans une de ses lettres \u00e0 Julie. 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