{"id":88982,"date":"2020-06-14T06:00:00","date_gmt":"2020-06-14T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/ou-les-aubes-sanglantes-de-serkadji\/"},"modified":"2020-06-14T06:00:00","modified_gmt":"2020-06-14T10:00:00","slug":"ou-les-aubes-sanglantes-de-serkadji","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/ou-les-aubes-sanglantes-de-serkadji\/","title":{"rendered":"Ou les aubes sanglantes de Serkadji"},"content":{"rendered":"<p class=\"c3\"><em><strong>Par Amar Belkhodja(*)<\/strong><\/em><br \/>Bonne et mauvaise foi se c\u00f4toient intimement, avancent ensemble et pour identifier chacune d\u2019elles, il faut les d\u00e9m\u00ealer et muter la vertu \u00e0 celui qui la m\u00e9rite et infliger le vice \u00e0 celui qui a fait du mensonge une raison de vivre, de survivre, de b\u00e2tir un Etat avec l\u2019ensemble des institutions, sur la tricherie, le mensonge, la perfidie. Au fil des ans et des \u00e9v\u00e9nements, nous Alg\u00e9riens, allions, nous retrouver devant un Etat colonial menteur et, par voie de cons\u00e9quence, de mauvaise foi.<br \/>Ainsi, nous devons consid\u00e9rer qu\u2019\u00e0 chaque action de l\u2019administration coloniale \u00e0 notre \u00e9gard, notre r\u00e9action, quelle que soit la forme qu\u2019elle prendra, ne peut \u00eatre que l\u00e9gitime, donc de bonne foi. Autrement dit, la violence \u00e0 laquelle va recourir le FLN en 1954\u00a0 s\u2019inscrit dans la logique des choses, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019aboutissement d\u2019un long processus altern\u00e9 de soul\u00e8vements arm\u00e9s et de luttes politiques. La bonne foi des Alg\u00e9riens r\u00e9side dans l\u2019appel du FLN du 1er Novembre 1954 qui, \u00e0 travers un alin\u00e9a, pr\u00e9cise d\u2019une mani\u00e8re on ne peut plus claire, que pour \u00e9viter l&rsquo;effusion de sang de part et d\u2019autre, il faut entamer d\u00e8s alors la n\u00e9gociation avec \u2014 \u00e9videmment \u2014 un pr\u00e9alable indiscutable : l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie. Le r\u00e9gime colonial fera fi de cette proposition esp\u00e9rant \u00ab\u00e9craser rapidement la r\u00e9bellion\u00bb et oubliant carr\u00e9ment l\u2019esprit de sacrifice des Alg\u00e9riens et\u00a0 doutant que le \u00abpour \u00e9viter l\u2019effusion du sang\u00bb n\u2019\u00e9tait qu\u2019un marchandage avec la patrie, c\u2019est-\u00e0-dire un d\u00e9sir d\u2019\u00e9conomie\u00a0 du sang que les Alg\u00e9riens vont accepter de verser comme prix de la libert\u00e9. La future synth\u00e8se va d\u2019ailleurs le d\u00e9montrer amplement.<br \/>Traitant des massacres coloniaux, Yve Benot(1) se r\u00e9sout \u00e0 une sentence qui donne raison aux Alg\u00e9riens, c\u2019est-\u00e0-dire tout leur accorde \u2014 exactions, r\u00e9pressions, humiliations \u2014 le \u00abdroit \u00e0 l\u2019insurrection\u00bb. Un droit \u00e0 l\u2019insurrection qui va l\u00e9gitimer toutes les violences que l\u2019adversaire s\u2019ent\u00eatera \u00e0 accuser et \u00e0 condamner ; occultant syst\u00e9matiquement le premier coupable, auteur des premi\u00e8res violences, ill\u00e9gitimes puisqu\u2019elles remontent \u00e0 l\u2019invasion de 1830. Elles ne vont plus cesser, car c\u2019\u00e9tait la seule condition pour faire maintenir la domination. J\u2019ai eu \u00e0 traiter de ce sujet dans un ouvrage paru en 2009 aux \u00e9ditions Anag(2). Je m\u2019attarde \u00e0 faire une synth\u00e8se des id\u00e9es d\u00e9velopp\u00e9es, dans le but de combattre la falsification et la d\u00e9formations des faits.<br \/>Le chapitre a pour th\u00e9\u00e2tre la r\u00e9sistance urbaine\u00a0 des enfants de la Casbah confront\u00e9s \u00e0 l\u2019une des plus f\u00e9roces r\u00e9pressions men\u00e9es sans piti\u00e9 par Jacques Massu, sa horde de parachutistes et ses complices, sinistres partisans de la torture massive.<br \/>Autorit\u00e9s coloniales et pieds-noirs s\u2019offusquent et crient au scandale parce que le FLN s\u2019est lanc\u00e9 dans l\u2019utilisation des bombes tuant ainsi des \u00abcivils innocents\u00bb. Les parachutistes de Massu croyaient accabler Mohame-Larbi Ben M\u2019hidi, en l\u2019accusant d\u2019utiliser des explosifs contre la population civile. La r\u00e9plique du compagnon de Abane Ramdane est rest\u00e9e c\u00e9l\u00e8bre : \u00abDonnez-nous vos avions, nous vous donnerons nos couffins.\u00bb<br \/>\u00a0Effectivement, l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise et le pouvoir qui la dirigeait ont cr\u00e9\u00e9 un v\u00e9ritable abc\u00e8s de fixation, en tentant de faire croire que le FLN posait ses bombes urbaines meurtri\u00e8res contre lesquelles il fallait employer tous les moyens pour prot\u00e9ger la population fran\u00e7aise alg\u00e9roise.\u00a0<br \/>Faisant taire ainsi que, d\u00e8s les premiers jours de Novembre 1954, l\u2019aviation fran\u00e7aise commen\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 d\u00e9verser du napalm sur les populations civiles des Aur\u00e8s, ceci avec la b\u00e9n\u00e9diction de Fran\u00e7ois Mitterrand alors ministre de l\u2019Int\u00e9rieur avant d\u2019\u00eatre nomm\u00e9 ministre de la Justice et sous le r\u00e8gne duquel la guillotine fonctionna \u00e0 volont\u00e9 pour d\u00e9capiter les insurg\u00e9s alg\u00e9riens.<br \/>\u00c0 Tiaret, nous avons droit au m\u00eame sc\u00e9nario lorsque le tribunal militaire accusa Hamdani Adda (voir \u00abl\u2019affaire Hamdani Adda br\u00fbl\u00e9 vif par l\u2019OAS Ed. Enag 2009) d\u2019avoir utilis\u00e9 des bombes en zone urbaine. Comme le fit Ben M\u2019hidi, Hamdani Adda rappela \u00e0 ses accusateurs que ces m\u00eames bombes avaient d\u2019abord \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9es par l\u2019aviation fran\u00e7aise contre les populations alg\u00e9riennes vivant en zones rurales(3).<br \/>Toutefois, nous nous trouvons confront\u00e9s \u00e0 la manipulation des faits et des \u00e9v\u00e9nements qui favorise le d\u00e9sordre dans la chronologie. L\u2019utilisation des bombes, \u00e0 notre connaissance, n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9e comme moyen de lutte ou d\u2019auto-d\u00e9fense par le FLN.\u00a0<br \/>La plate-forme du Congr\u00e8s de la Soummam met surtout l\u2019accent sur le renforcement de lutte arm\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire renforcer les moyens de l\u2019ALN pour en faire la principale force dans le combat contre le colonialisme fran\u00e7ais. Ce sont plus pr\u00e9cis\u00e9ment les ultras, racistes notoires, qui vont cibler La Casbah d\u2019Alger, en faisant exploser une bombe \u00e0 la rue de Th\u00e8bes, le 10 ao\u00fbt 1956 selon Dani\u00e8le Djamila Amrane Minne (Femmes au combat \u2013 R.1 page 98 \u2013 Ed. Rahma 1993). Elle fait 26 morts et 30 bless\u00e9s parmi les Alg\u00e9riens. Le bilan et la date de l\u2019attentat changent d\u2019un historien \u00e0 un autre. Patrick Kessel et Giovani Pirelli rapportent que la bombe explosa en juillet 1956 et fit une cinquantaine de morts (Le peuple alg\u00e9rien et la guerre \u2013 pp.47,48- Ed.Masp\u00e9ro \u2013 1962). C\u2019est une soixantaines de morts selon Alistair Horne (Histoire de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie \u2013 Ed. Dahleb-2007).\u00a0<br \/>Cependant, nous voulons pr\u00e9ciser que c\u2019est la premi\u00e8re bombe qui explose \u00e0 Alger et ses auteurs ne sont pas alg\u00e9riens. Cette sinistre besogne ex\u00e9cut\u00e9e par de sinistres personnages qui r\u00e9pondent du nom de Ren\u00e9 Kovacs, Philippe Castille, Michel Fechoz(4), une triplette qui agit sur les ordres d\u2019un grand criminel, celui qui d\u00e9cima toute la jeunesse guelmoise en mai 1945 : Andr\u00e9 Achiary. Dix ans apr\u00e8s les horribles massacres de 1945 le sous-pr\u00e9fet assassin ne s\u2019est pas totalement rassasi\u00e9 du sang des Alg\u00e9riens. Il signe un autre forfait \u00e0 la rue de Th\u00e8bes contre une population civile compos\u00e9e de femmes, d\u2019enfants et de vieillards, surpris dans leur sommeil et qui p\u00e9rissent sous les d\u00e9combres. La premi\u00e8re bombe \u00e0 Alger \u00e9tant l\u2019\u0153uvre mal\u00e9fique d\u2019Andr\u00e9 Achiary et ses acolytes, le FLN n\u2019avait pas d\u2019autre choix que d\u2019utiliser les m\u00eames m\u00e9thodes gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019engagement de poseuses de bombes, des jeunes filles qui, pour la majorit\u00e9, vivaient encore leurs vingt ans, c\u2019est-\u00e0-dire adolescentes ou \u00e0 peine sorties de l\u2019adolescence. Ainsi, le 30 septembre 1956, \u00abentre en sc\u00e8ne\u00bb, pour la premi\u00e8re fois donc depuis le 1er Novembre 1954, le FLN avec des d\u00e9flagrations qui vont secouer tout Alger, surprendre l\u2019autorit\u00e9 coloniale et l\u2019opinion internationale. Certains sympathisants du FLN seront, au d\u00e9part, r\u00e9ticents au recours de ces m\u00e9thodes qui, dit-on, n\u2019\u00e9pargnent pas les civils. Comme Ben M\u2019hidi qui proposera aux Fran\u00e7ais ses couffins contre des avions, Abane Ramdane proclamera : \u00abJe ne vois pas grande diff\u00e9rence entre la jeune fille qui place une bombe au Milk-Bar et l\u2019aviateur fran\u00e7ais qui bombarde une mechta ou qui lance du napalm sur une zone interdite\u00bb (cit\u00e9 par Alistair Horne dans Histoire de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie \u2013 Ed. Dahleb- 2007).<br \/>Djamila Bouhired va inaugurer l\u2019introduction des bombes dans la r\u00e9sistance en milieu urbain, suivie ensuite par Zohra Drif, Malika Korriche, Fella Hadj Mahfoud, Z\u2019hor Zerari, Hassiba Ben Bouali, Djamila Bouazza, Djamila Boupacha.\u2026 Deux nouvelles adolescentes vont int\u00e9grer le r\u00e9seau urbain, Djohar Akrour, 18 ans, et Baya Hocine, 17 ans, vont transporter des bombes, la premi\u00e8re au stade municipal avec son compagnon Rahal Boualem et la seconde au stade d\u2019El-Biar avec Bellamine Mohamed. C\u2019\u00e9tait le 10 f\u00e9vrier 1957. Ce sont des moments marqu\u00e9s par une situation explosive. C\u2019est le cas de le dire. La gr\u00e8ve des six jours venait tout juste d\u2019\u00eatre termin\u00e9e. Massu et ses parachutistes vont alors d\u00e9clencher et poursuivre la plus f\u00e9roce et sanglante r\u00e9pression contre les Alg\u00e9riens pour d\u00e9truire, co\u00fbte que co\u00fbte et par tous les moyens, les r\u00e9seaux urbains FLN.\u00a0<br \/>\u00a0La torture devient un\u00a0 spectre. L\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise s\u2019enlise dans les m\u00e9thodes les plus ignobles et les plus abjectes en instaurant la terreur et en utilisant tout un attirail d\u2019instruments de torture.\u00a0<br \/>Le bilan est effroyable. Des centaines de disparus, beaucoup sous la torture dans une multitude de centres dont la villa Susini fut certainement le lieu le plus sinistre et le plus tristement c\u00e9l\u00e8bre. Tous les enfants de La Casbah sont devenus des suspects potentiels qu\u2019ils fallait soumettre \u00e0 la torture pour \u00ab d\u00e9couvrir une bombe et l\u2019emp\u00eacher d\u2019exploser \u00bb. Une v\u00e9ritable obsession \u00e0 partir de laquelle on \u00e9laborait des th\u00e9ories les plus extravagantes, autorisant ainsi tous les abus. Ces \u00ab chefs-d\u2019\u0153uvre \u00bb en la mati\u00e8re nous sont propos\u00e9s par Rapha\u00eblle Branche dans son puissant ouvrage La torture et l\u2019arm\u00e9e pendant la guerre d\u2019Alg\u00e9rie \u2013 Ed. Fayard, Paris 2001.<br \/>Cette gigantesque entreprise d\u2019avilissement et d\u2019humiliation de l\u2019\u00eatre humain est d\u00e9sign\u00e9e par Jaques Massu et ses complices comme \u00e9tant \u00abLa Bataille d\u2019Alger\u00bb. Mais de quelle \u00abbataille\u00bb s\u2019agit-il r\u00e9ellement lorsque les forces sont in\u00e9gales et o\u00f9 le plus fort jure d\u2019\u00e9craser le plus faible au prix de la terreur, de l\u2019institutionnalisation de la torture, d\u00e9nonc\u00e9e d\u00e9j\u00e0 en 1955 par un \u00e9crivain de renom, Fran\u00e7ois Mauriac.<br \/>Les historiens les plus honn\u00eates et les plus vigilants refusent d\u2019emprunter la terminologie aux officiers de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise. Ainsi par exemple Gilbert Meynier dans son Histoire int\u00e9rieure du FLN 1954 \u2013 1962 \u2013 Casbah Editions 2003 n\u2019\u00e9voque jamais le mot \u00abbataille\u00bb mais, au contraire, il use d\u2019une formule plus juste en r\u00e9p\u00e9tant toutes les fois quand il aborde les dures \u00e9preuves de la population de La Casbah : \u00abLa grande r\u00e9pression d\u2019Alger\u00bb (dite \u2018\u2019Bataille d\u2019Alger\u2019\u2019) (p.14) ou encore La r\u00e9pression coloniale de l\u2019hiver 1957 \u2013 d\u00e9nomm\u00e9e ordinairement \u2018\u2019bataille d\u2019Alger\u2019 (p.30) \u00bb. La rigueur \u00e9tant une r\u00e8gle fondamentale dans l\u2019\u00e9criture de l\u2019histoire, Gilbert Meynier aura choisi la d\u00e9finition la plus juste puisque la r\u00e9alit\u00e9 sur le terrain d\u00e9montrait, comme nous l\u2019avions soulign\u00e9 plus haut, la flagrante in\u00e9galit\u00e9 dans les forces. Ainsi Gilbert Meynier citera en page 61 de son remarquable ouvrage : La grande r\u00e9pression d\u2019Alger connue en France sous le nom de bataille d\u2019Alger. Il poursuivra de la sorte en page 71 : Dans l\u2019hiver 1957 lors de la grande r\u00e9pression d\u2019Alger ; signalant aussi que \u00abLarbi Tebessi finit probablement assassin\u00e9 en avril 1957 pendant la grande r\u00e9pression d\u2019Alger (p.190). Enfin, en page 333, l\u2019auteur affirmera avec force et pr\u00e9cision que : \u00abLa r\u00e9pression d\u2019Alger resta cependant d\u2019\u00e9pisode le plus connu et le plus m\u00e9diatis\u00e9 de la guerre de Lib\u00e9ration sous le nom abusif de \u2018\u2019Bataille d\u2019Alger\u2019\u2019\u00bb. Voil\u00e0 un historien comp\u00e9tent qui sait faire la part des choses, propose les formules les plus ad\u00e9quates en interpr\u00e9tant savamment les choses et les \u00e9v\u00e9nements. Dans l\u2019\u00e9criture, nous prenons acte que l\u2019auteur se met en opposition aux formules v\u00e9hicul\u00e9es par le syst\u00e8me colonial et ses repr\u00e9sentants qui, enclin, de par sa nature, \u00e0 la d\u00e9formation et \u00e0 la d\u00e9sinformation, produit tout un lexique qu\u2019il affecte \u00e0 la guerre d\u2019Alg\u00e9rie.<br \/>Il en est de m\u00eame pour Rapha\u00eblle Branche qui prend toujours la pr\u00e9caution de mettre \u00abBataille d\u2019Alger\u00bb entre les guillemets. Les guillemets \u00e9tant le signe qui avertit le lecteur que \u00abbataille\u00bb est un vocabulaire destin\u00e9 \u00e0 semer le doute, \u00e0 d\u00e9former les faits et \u00e0 banaliser les \u00e9v\u00e9nements et, plus pernicieux encore, \u00e0 gratifier les sinistres praticiens de la torture d\u2019aur\u00e9oles pour tenter de faire croire qu\u2019ils se trouvent dans un champ de bataille et qu\u2019il se battent dans la loyaut\u00e9.\u00a0<br \/>Pour Alistair Horne (Histoire de la guerre d\u2019Alger) \u00ab\u00e0 la guerre, c\u2019est comme \u00e0 la guerre\u00bb. Il se passe carr\u00e9ment des guillemets, la bataille des couffins contre les avions \u00e9tant admise, comme si la guerre ne se d\u00e9roulait qu\u2019\u00e0 Alger.\u00a0<br \/>Les guillemets sont \u00e9galement proscrits chez beaucoup de journalistes qui font dans le suivisme et surtout chez un acteur principal des \u00e9v\u00e9nements : Yacef Sa\u00e2di.<\/p>\n<p class=\"c3\">Ses M\u00e9moires qui sont r\u00e9dig\u00e9es gr\u00e2ce \u00e0 Hocine Mezali portent tout naturellement le titre de \u00abLa Bataille d\u2019Alger\u00bb. Un raccourci qui risque de sauver les plus grands criminels de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie : Jaques Massu, Marcel Bigeard, Jean-Marie Le Pen, ainsi que les Godard, les L\u00e9ger, les Trinquier\u2026 des officiers de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise qui rappellent ceux qui les ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s dans les premiers moments de la conqu\u00eate, les Bugeaud, les Montagnec, les\u00a0 Cavaignac, les Lamorici\u00e8re, les Saint Arnaud, les Beaupr\u00eatre, des officiers sanguinaires qui gagnaient leurs galons par le meurtre collectif et les razzias.\u00a0<br \/>Digressions utiles.<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>Racisme\u00a0<\/strong><br \/>Les cellules urbaines FLN sont d\u00e9mantel\u00e9es au prix que l\u2019on sait. Les proc\u00e8s se succ\u00e8dent, alimentant une guillotine qui soumet les condamn\u00e9s \u00e0 mort \u00e0 aller \u00ab\u00e0 leur propre enterrement\u00bb, formule si ch\u00e8re \u00e0 Zohra Drif. \u00abJusqu\u2019\u00e0 la fin, les cris du quartier des femmes, le plus proche du lieu de sacrifice, accompagnent nos fr\u00e8res qui vont \u00e0 la mort et \u00e0 leur propre enterrement\u00bb (cit\u00e9 par Dani\u00e8le Djamila Amrane Minne dans Femmes au combat \u2013Ed. Rahma 1993).\u00a0<br \/>Baya Hocine, Djouher Akrour et leurs compagnons sont arr\u00eat\u00e9s le 19 f\u00e9vrier 1957. La justice est exp\u00e9ditive, les pouvoirs sp\u00e9ciaux \u00e9tant en vigueur, depuis qu\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 vot\u00e9s en avril 1956. Le racisme persiste depuis 1830. Sentiment entretenu par le syst\u00e8me dans la conscience m\u00eame de la communaut\u00e9 europ\u00e9enne implant\u00e9e par la force en Alg\u00e9rie mais pr\u00e9sent dans\u00a0 l\u2019ensemble des institutions. J\u2019ai trait\u00e9 du sujet dans Colonialisme, les crimes impunis ( Ed. Alpha 2005). Je me plaisais de recourir \u00e0 une d\u00e9dicace \u00abRacisme et colonialisme : deux fr\u00e8res siamois, monstrueux et abjects\u00bb. Expliquant par l\u00e0 \u2013 m\u00eame que le colonialisme, malheur de l\u2019humanit\u00e9, ne pouvait gu\u00e8re exister et prolonger son existence sans recourir \u00e0 un autre sentiment aussi malsain : le racisme.<br \/>Dans une correspondance adress\u00e9e \u00e0 son avocate Nicole Dreyfus, Baya Hocine d\u00e9nonce son juge de l\u2019avoir trait\u00e9e de \u00absale race\u00bb (voir annexe). Au proc\u00e8s des compagnons de Ali la Pointe, qui s\u2019ouvre le 19 mars 1957, Baya Hocine et Djoheur, mineures, sont cit\u00e9es \u00e0 titre de t\u00e9moins. Dans la salle, on crie \u00abassassins\u00bb. Baya Hocine est gratifi\u00e9e de tous les surnoms par la presse coloniale : \u00abterrible\u00bb, \u00abmonstrueuse\u00bb, parce qu\u2019elle r\u00e9pondit qu\u2019elle \u00e9tait consciente de son acte \u00e9tant convaincue que ce qu\u2019elle faisait \u00e9tait utile (voir articles de presse en annexe).<br \/>Le 2\u00a0 mars 1957, les deux auteurs de l\u2019attentat \u00e0 la bombe et deux de leurs camarades sont condamn\u00e9s \u00e0 la peine capitale. Ils sont ex\u00e9cut\u00e9s le 20 juin \u00e0 la m\u00eame heure \u00e0 Serkadji :\u00a0<br \/>&#8211; Radi H\u2019mida n\u00e9 le 23 avril 1935 \u00e0 Alger\u00a0<br \/>&#8211; Belamine Mohamed Mohand n\u00e9 le 24 f\u00e9vrier 1932 \u00e0 Yakour\u00e8ne\u00a0<br \/>&#8211; Rahal Boualem n\u00e9 le 30 d\u00e9cembre 1937 \u00e0 Alger\u00a0<br \/>&#8211; Touati Sa\u00efd Ben Bey n\u00e9 le 14 d\u00e9cembre 1928 \u00e0 Alger.<br \/>Tous les quatre sont mont\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud avec courage et dignit\u00e9, comme Zabana H\u2019mida (le premier guillotin\u00e9 de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie : 19 juin 1956) et la majorit\u00e9 des condamn\u00e9s \u00e0 mort.\u00a0<br \/>Les captives de Barbarousse (Serkadji) gardent des souvenirs les plus exaltants et les plus traumatisants \u00e0 la fois. Certes les aubes sanglantes sont douloureuses o\u00f9 l\u2019\u00e9motion se m\u00eale \u00e0 la col\u00e8re, \u00e0 l\u2019impuissance. L\u2019impuissance de savoir que dans un proche instant, une sinistre machine lugubre comme un charognard, va d\u00e9capiter un \u00eatre humain, un Alg\u00e9rien qui a os\u00e9 dire non \u00e0 l\u2019injustice et qui a accept\u00e9 de mourir pour la patrie.\u00a0<br \/>Une ambiance toute particuli\u00e8re est v\u00e9cue par l\u2019ensemble des d\u00e9tenus de Serkadji qui se r\u00e9veillent presque toutes les aubes pour soutenir leurs compagnons aux cris de \u00abAllah Akbar\u00bb et \u00abTahia el Djaza\u00efr\u00bb depuis qu\u2019ils sont tir\u00e9s de leurs cellules jusqu\u2019au l\u00e2cher du couperet de la guillotine. Les femmes de l\u2019int\u00e9rieur de cet \u00eelot carc\u00e9ral, plant\u00e9 en plein c\u0153ur de la zone urbaine, propulsent vers le ciel de leurs voix qui s&rsquo;assemblent dans un concert original, non pas par des chants fun\u00e8bres, mais par de vibrants et enthousiastes chants patriotiques : \u00abMin Djibalina\u00bb ou \u00abIkhwani la tensaw chouhadakoum\u00bb. Ambiance qui \u00e9branle et d\u00e9stabilise ge\u00f4liers et bourreaux par ce double sentiment : un sentiment patriotique \u00e9lev\u00e9 et un\u00a0 \u00a0sentiment in\u00e9galable d\u2019accepter le sacrifice(5). Puis l\u2019autre sentiment de col\u00e8re qui se manifeste par toutes sortes de d\u00e9fis \u00e0 l\u2019adresse du personnel p\u00e9nitentiaire qui appelle les CRS \u00e0 la rescousse. C\u2019est Zohra Drif qui nous d\u00e9crit cette atmosph\u00e8re qui sollicite de nos cin\u00e9astes un peu plus d\u2019\u00e9gard : \u00abDans les dortoirs obscurs, tandis que les CRS envahissent le hall, accroch\u00e9es aux barreaux, grimp\u00e9es aux fen\u00eatres, nous voulons que ce soient ces chants patriotiques pour lesquels ils meurent (ceux qui marchaient vers le supplice) ; qu\u2019ils entendent. Nous voulons leur donner, jusqu\u2019\u00e0 la fin le nom de la lucidit\u00e9, le monde de la fraternit\u00e9\u00bb (Zohra Drif \u2013 La mort de mes fr\u00e8res \u2013 cit\u00e9 par Dani\u00e8le Djamila Amrane Minne dans Femmes au combat \u2013 Ed. Rahma 1993).<br \/>La plupart des condamn\u00e9s \u00e0 mort exigent d\u2019accomplir la derni\u00e8re pri\u00e8re, comme le fit Zabana avant de mourir, et refusent d\u2019\u00eatre assist\u00e9s par un imam, proclamant qu\u2019ils savent r\u00e9citer eux-m\u00eames la \u00abChahada\u00bb. Assez souvent, les ex\u00e9cutions \u00e9taient collectives, c\u2019est-\u00e0-dire deux, trois, quatre et parfois cinq condamn\u00e9s \u00e0 mort \u00e9taient d\u00e9capit\u00e9s \u00e0 la m\u00eame heure. Chacun assistait \u00e0 la d\u00e9capitation de son camarade qui le pr\u00e9c\u00e9dait, le dernier \u00e0 mourir, regarde les t\u00eates ensanglant\u00e9es de ses compagnons tomber une \u00e0 une dans la corbeille qui accompagne l\u2019installation de la machine de la mort.\u00a0<br \/>Dans la prison militaire de Constantine, durant les ann\u00e9es 1957 et 1958, cinq ex\u00e9cutions avaient regroup\u00e9 chacune quatre condamn\u00e9s \u00e0 mort d\u00e9capit\u00e9s \u00e0 la m\u00eame heure. Des situations aussi dramatiques eurent lieu \u00e0 Serkadji o\u00f9 le 22 juin 1957, cinq condamn\u00e9s \u00e0 mort furent ex\u00e9cut\u00e9s \u00e0 la m\u00eame heure, c\u2019est-\u00e0-dire le surlendemain de l\u2019ex\u00e9cutions des quatre compagnons de Djoheur Akrour et Baya Hocine. Mostefa Boudina nous raconte(6) qu\u2019au Fort-Mont-Luc (Lyon) \u00able fr\u00e8re Miloud Bougandoura a beau se d\u00e9battre pour s\u2019agenouiller et embrasser la t\u00eate de son compagnon Abdelkader Makhlouf qui venait d\u2019\u00eatre guillotin\u00e9, il en est emp\u00each\u00e9 par ses bourreaux\u00bb. Il avance \u00e0 son tour vers l\u2019\u00e9chafaud, aussi digne que son compagnon, avec un courage et un sang froid exemplaires. A Serkadji, d\u2019autres sc\u00e8nes aussi p\u00e9nibles et aussi \u00e9mouvantes se d\u00e9roulent en dehors de cette enceinte carc\u00e9rale o\u00f9 la guillotine est convoqu\u00e9e presque toutes les aubes. Dehors, chaque matin les familles alg\u00e9riennes viennent lire une liste coll\u00e9e au portail. Elle comporte les noms des condamn\u00e9s \u00e0 mort qui viennent d\u2019\u00eatre ex\u00e9cut\u00e9s. D\u00e8s lors, plus de visite au parloir. D\u00e8s lors plus de panier \u00e0 faire parvenir aux prisonniers. D\u00e8s lors, l\u2019\u00e9pouse, le fr\u00e8re, le fils ou la m\u00e8re n\u2019ont plus aucun espoir de revoir le prisonnier, disparu pour toujours. Des paquets de linge sont pr\u00e9par\u00e9s par l\u2019administration. Ils sont remis aux familles comme derni\u00e8re preuve que ceux qui les portaient ne sont plus de ce monde.\u00a0<br \/>Les m\u00e8res viennent donc chaque matin devant les portes de Serkadji et demandent \u00e0 celles qui savent lire\u00a0 de r\u00e9v\u00e9ler les noms affich\u00e9s. Lorsqu\u2019elles apprennent que leurs enfants viennent de mourir elles acceptent le sort avec courage et r\u00e9signation qui forcent l\u2019admiration. \u00abLorsqu\u2019il y avait une ex\u00e9cution, le gardien sortait avec un papier et appelait la famille de l\u2019ex\u00e9cut\u00e9 pour lui rendre ses affaires personnelles. Elles avaient du courage, ces m\u00e8res et ces \u00e9pouse ! Devant la porte de la prison elles ne montraient rien : ni pleurs, ni cris. Je revois encore une vieille femme lorsqu\u2019on lui a rendu le baluchon de son fils. Elle s\u2019est assise parterre, devant la porte de la prison et sortit le linge de son fils, elle embrassa sa chemise, son peigne, sa glace, tout ce qui \u00e9tait \u00e0 lui. Mais\u00a0 jamais il n\u2019y a eu de pleurs, de cris ou de lamentation \u00bb (T\u00e9moignage de Djamila Briki, recueillie par Dani\u00e8le Djamila Amrane Minne dans Femmes au combat \u2013 p.215 Ed.Rahma 1993).\u00a0<br \/>Les ex\u00e9cutions multiples sont devenues courantes, notamment entre 1956 et 1958. Cette pratique est sadique et d\u00e9shonorante \u00e0 la fois. Pr\u00e9senter deux jusqu\u2019\u00e0 cinq condamn\u00e9s \u00e0 mort, ensemble et les guillotiner au m\u00eame moment, \u00e0 une ou deux minutes d\u2019intervalle entre l\u2019un et l\u2019autre des supplici\u00e9s, c\u2019est faire montre d\u2019un sentiment haineux, impitoyable envers des combattants qui se r\u00e9clament d\u2019une arm\u00e9e de lib\u00e9ration et qui, en d\u00e9pit des r\u00e9probations ici et l\u00e0, et des recours en gr\u00e2ce jamais accord\u00e9s, n\u2019ont jamais b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 du statut de prisonniers de guerre. Le bourreau confirme ces ex\u00e9cutions en s\u00e9rie, dans une dur\u00e9e tr\u00e8s courte, ph\u00e9nom\u00e8ne exceptionnel, jamais connu auparavant dans l\u2019histoire des ex\u00e9cutions : \u00abA cette \u00e9poque, il y a eu de nombreuses ex\u00e9cutions multiples. Dans l\u2019histoire, c\u2019est assez rare. En cinquante-trois ans d\u2019exercice, Deibler a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 une quadruple ex\u00e9cution, deux triples et vingt-sept double\u00bb (Fernaud Meysonnier \u2013 Paroles de Bourreau p.191 \u2013 Ed. Imago \u2013 2002). Or, entre 1956 et 1958, la guillotine a totalis\u00e9 vingt ex\u00e9cutions doubles, treize triples, sept quadruples et deux\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0quintuples, l\u2019une \u00e0 Alger et l\u2019autre \u00e0 Oran (source : Mostefa Boudina \u2013 Rescap\u00e9 de la guillotine \u2013 Anep \u2013 2008).<br \/>C\u2019est lors de cette derni\u00e8re ex\u00e9cution que Sidi Ikhlef s\u2019est comport\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re qui avait impressionn\u00e9 et le bourreau et l\u2019ensemble du personnel appel\u00e9, de coutume, \u00e0 assister aux ex\u00e9cutions.\u00a0<br \/>Devant la guillotine, une sinistre machine qui suscite l\u2019effroi, Ikhlef n\u2019eut pas le moindre frisson et marcha vers le supplice avec un tr\u00e8s fort sentiment d\u2019acceptation de la mort, d\u2019accepter la mort avec un grand amour pour la patrie, d\u2019accepter le sacrifice supr\u00eame pour l\u2019Alg\u00e9rie. Au pied de la guillotine, au moment o\u00f9 le bourreau s\u2019appr\u00eatait \u00e0 lui introduire la t\u00eate dans la lunette, comme s\u2019il \u00e9tait inspir\u00e9 par le digne comportement de H\u2019mida Zabana, le condamn\u00e9 \u00e0 mort proclama de vive voix une sentence, celle qui est venue \u00e9liminer syst\u00e9matiquement la sentence macabre d\u00e9cid\u00e9e par un syst\u00e8me qui cultiva \u00e0 outrance la haine et le racisme envers les Alg\u00e9riens : \u00abVous allez voir comment meurt Ikhlef pour l\u2019Alg\u00e9rie\u00bb en enfon\u00e7ant sa t\u00eate dans la lunette sans contrainte ext\u00e9rieure, la proposant avec une ferveur in\u00e9gal\u00e9e, au couperet qui va s\u2019abattre dans les secondes qui suivent pour d\u00e9capiter le corps. C\u2019\u00e9tait le 7 f\u00e9vrier 1957.<br \/>Plus tard, le bourreau, racontant sa sinistre besogne, avouera : \u00abLes gars qui sont morts courageusement, c\u2019\u00e9taient souvent des politiques (par opposition au droit commun, NDL) sinc\u00e8res. Ils \u00e9taient fiers de mourir pour l\u2019Alg\u00e9rie (\u2026). Ils voulaient faire voir devant les fran\u00e7ais qu\u2019ils \u00e9taient des durs et \u2013 des purs (Fernaud Meysonnier \u2014 Paroles de Bourreau \u2013 p.188 \u2013 Ed. Imago \u2013 2003). Des pieds-noirs qui croisaient le bourreau \u00e0 l\u2019\u00e9poque, lui interdisaient de dire que les condamn\u00e9s \u00e0 mort alg\u00e9riens mouraient courageusement. \u00abIl ne faut pas en faire des h\u00e9ros\u00bb, craignaient-ils. Le drame m\u00eal\u00e9 \u00e0 la bravoure et l\u2019h\u00e9ro\u00efsme. Le drame m\u00eal\u00e9 \u00e0 la vertu du sacrifice. Les Alg\u00e9riens, dans le chapitre douloureux de la condamnation \u00e0 mort, ont donn\u00e9 les meilleurs enseignements de courage et du sentiment patriotique \u00e9lev\u00e9. Des t\u00e9moignages tr\u00e8s poignants et tr\u00e8s \u00e9mouvants sont consign\u00e9s aujourd\u2019hui dans les ouvrages de Boualem Nedjadi (Viva Zabana) et de Mostefa Boudina (Rescap\u00e9 de la guillotine).\u00a0<br \/>Des t\u00e9moignages sur l\u2019attitude des condamn\u00e9s \u00e0 mort bannissant tout fl\u00e9chissement au pied de la guillotine. Des Alg\u00e9riens, de tous \u00e2ges, jeunes et vieux, c\u00e9libataires ou mari\u00e9s qui m\u00e9prisent la sinistre machine et qui, jusqu\u2019aux derni\u00e8res secondes de leur vie, vilipendent le colonialisme et ses agents, associant leur foi religieuse et patriotique dans un cri ultime en guise de derni\u00e8re pri\u00e8re et de dernier t\u00e9moignage : \u00abAllahou Akbar\u00bb \u00abtahia El Djaza\u00efr\u00bb. Le contenu des ouvrages pr\u00e9cit\u00e9s est-il enseign\u00e9 dans nos \u00e9coles ? Le po\u00e8me sublime du po\u00e8te Moufdi Zakaria qui glorifie le sacrifice de H\u2019mida Zabana est-il pr\u00e9sent dans la m\u00e9moire de notre jeunesse ? Pour les condamn\u00e9s \u00e0 mort, le drame ne finit pas \u00e0 la d\u00e9capitation. Leur s\u00e9pulture est totalement ignor\u00e9e.\u00a0<br \/>Des tombes ou fosses communes anonymes les attendent. Des corps, pour certains d\u2019entre eux, sont transport\u00e9s dans des h\u00f4pitaux \u00abaux bons soins\u00bb des \u00e9tudiants en m\u00e9decine. Apr\u00e8s leur ex\u00e9cution, les corps de condamn\u00e9s \u00e0 mort, plusieurs fois, furent soumis \u00e0 des pr\u00e9l\u00e8vements d\u2019organes, notamment les yeux qu\u2019on destinait aux greffes de corn\u00e9es. C\u2019est ce que raconte, en toute qui\u00e9tude, le bourreau de Serkadji. \u00abA Alger, \u00e0 deux ou trois reprises, le docteur Foissain a r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 des yeux, une fois, j\u2019\u00e9tais sur le point de mettre la t\u00eate dans la corbeille, et mon p\u00e8re me dit : \u2018\u2018Attends, il y a le docteur qui veut r\u00e9cup\u00e9rer les yeux.\u2019\u2019 Alors avec le docteur, on est all\u00e9 sur un tabouret. Je me rappelle, j\u2019ai pos\u00e9 la t\u00eate sur le tabouret.\u00a0<br \/>Quand j\u2019y pense, je posais la t\u00eate du condamn\u00e9 sur le tabouret o\u00f9 il \u00e9tait assis une minute avant ! Je tenais donc cette t\u00eate et le docteur, en quelques secondes, a coup\u00e9 le nerf optique et il a mis les yeux dans un petit bocal.<br \/>Vite fait, bien fait. Et il est parti faire une op\u00e9ration de la corn\u00e9e\u00bb. (Fernand Meysonnier \u2013 Paroles de Bourreaux \u2013 p.125 \u2013 Ed. Imago 2002).\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0<br \/>Voil\u00e0 ce \u00e0 quoi furent r\u00e9duits les corps de nos condamn\u00e9s \u00e0 mort. Priv\u00e9s de s\u00e9pulture traditionnelle, on y pr\u00e9levait des organes pour satisfaire \u00e0 des greffes. Un drame qui ne finit pas. Il se poursuit pendant les ex\u00e9cutions triples, quadruples ou quintuples. D\u00e8s lors qu\u2019on savait plus quelle t\u00eate affecter \u00e0 tel corps. Dans plusieurs cas, le personnel affect\u00e9 \u00e0 la guillotine ne prenait aucune peine pour savoir quelle t\u00eate appartenait \u00e0 tel corps et enterraient les cadavres avec des t\u00eates qui ne\u00a0 leur appartenaient pas(7).<br \/>Quand il y a des ex\u00e9cutions multiples, \u00able probl\u00e8me c\u2019est de remettre leur t\u00eate avec les corps. Le pire c\u2019est la fois o\u00f9 il y a eu cinq condamn\u00e9s ex\u00e9cut\u00e9s le m\u00eame jour (\u2026) C\u2019est dur de dire quel corps va avec quelle t\u00eate (\u2026) On a peut-\u00eatre mis une t\u00eate avec un autre corps.<br \/>M\u00eame parfois les gardiens eux-m\u00eames ne savaient plus.\u00a0<br \/>Oui, quand il y a avait trois ou quatre d\u00e9capit\u00e9s dans la corbeille, les gardiens h\u00e9sitaient. L\u2019un disait, cette t\u00eate va avec ce corps, l\u2019autre disait non\u00bb. (Fernand Meysonnier \u2013 Paroles de Bourreau \u2013 pp.193-194 \u2013 Ed. Image \u20132007).\u00a0<br \/>\u00a0Ces h\u00e9sitations et ces contradictions proviennent d\u2019un personnel (bourreau et ge\u00f4liers) totalement profane en mati\u00e8re d\u2019anatomie. Dans les ex\u00e9cutions multiples, la \u00abbesogne\u00bb \u00e9tait rapide. Entre une d\u00e9capitation et une autre, il s\u2019\u00e9coulait une ou deux minutes au maximum. Cela \u00e9tant, les gardiens et le bourreau n\u2019allaient pas \u00e0 nouveau s\u2019attarder et se pr\u00e9occuper quelle t\u00eate allait avec son corps au moment de la mise en cercueil de chacun des d\u00e9capit\u00e9s. C\u2019\u00e9tait le dernier souci d\u2019une cha\u00eene d\u2019individus \u00e9parpill\u00e9s \u00e0 travers des corps et des institutions d\u2019un syst\u00e8me avaleur d\u2019insurg\u00e9s.<br \/>Les peines capitales prononc\u00e9es par les tribunaux fran\u00e7ais pendant la guerre d\u2019Alg\u00e9rie figurent d\u00e9sormais dans un bilan macabre qui r\u00e9v\u00e8le que la \u00abcondamnation \u00e0 mort\u00bb se trouvait partie intime d\u2019un vaste programme de r\u00e9pression. Une r\u00e9pression aux m\u00e9thodes barbares, qui porte une tr\u00e8s grave atteinte aux droits l\u00e9gitimes du peuple alg\u00e9rien, en lutte pour son ind\u00e9pendance mais aussi une grave atteinte aux droits humanitaires dont la France s\u2019\u00e9tait tout le temps r\u00e9clam\u00e9e comme d\u00e9fenderesse.<br \/>Les chiffres sont amplement r\u00e9v\u00e9lateurs et interpr\u00e8tent l\u2019acharnement avec lequel agissait un syst\u00e8me, pr\u00e9dispos\u00e9 depuis l\u2019invasion de 1830, aux tueries collectives et \u00e0 l\u2019extermination.<br \/>Ainsi 2010 Alg\u00e9riens furent condamn\u00e9s \u00e0 mort : 654 \u00e0 Alger, 627 \u00e0 Oran, 625 \u00e0 Constantine et 144 en France. 210 condamn\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9s par l\u2019utilisation de la guillotine qui se dressait avec une fr\u00e9quence inou\u00efe, l\u2019une \u00e0 Alger, l\u2019autre \u00e0 Constantine et la troisi\u00e8me en France (source : Mostefa Boudina \u2013 Rescap\u00e9 de la guillotine \u2013 Ed. Anep \u2013 2008).<br \/>Est-ce une digression que de s\u2019\u00eatre attard\u00e9 sur le chapitre des condamn\u00e9s \u00e0 mort ? Certainement pas. Car Baya Hocine, nous raconte Fella Hadj Mahfoud(8), fut tr\u00e8s affect\u00e9e apr\u00e8s l\u2019ex\u00e9cution de ses quatre compagnons le 20 juin 1957. Elle partagera cet \u00e9tat d\u00e9primant avec d\u2019autres prisonni\u00e8res \u00e0 Serkadji, toutes les fois qu\u2019on vient sortir \u00e0 l\u2019aube un d\u00e9tenu pour le livrer \u00e0 la guillotine.\u00a0<br \/>Un traumatisme subi par l\u2019ensemble des captives dont l\u2019\u00e2me et la m\u00e9moire conservent \u00e0 mes jours des blessures ingu\u00e9rissables : \u00abCe qui m\u2019a le plus frapp\u00e9e pendant les neuf\u00a0 mois de d\u00e9tention \u00e0 Barbarousse, ce sont les ex\u00e9cutions, pour moi, c\u2019est le souvenir majeur, le plus mauvais, le plus terrible de toute la guerre t\u00e9moigne Safia(9).<br \/>D\u2019ailleurs Baya Hocine \u00e9voque ce p\u00e9nible v\u00e9cu dans la lettre ouverte qu\u2019elle adressera en juillet 1980 au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.<br \/>Pr\u00e9sente au proc\u00e8s de sa fille, la m\u00e8re de Baya est victime d\u2019une attaque c\u00e9r\u00e9brale, \u00e0 la lecture du verdict qui prononce la peine capitale \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019adolescente. La m\u00e8re mourra quelque temps apr\u00e8s.<br \/>Baya est alors en prison. Un t\u00e9l\u00e9gramme parvient. Il est remis aux compagnes de cellule qui prennent en charge de l\u2019informer de la mauvaise nouvelle. C\u2019\u00e9tait pendant le moment de \u00abla gamelle\u00bb. Toutes refus\u00e8rent de manger. Ce qui intrigua Baya qui insista sur ce comportement subit. \u00abC\u2019\u00e9tait difficile pour nous de lui annoncer le d\u00e9c\u00e8s de sa m\u00e8re\u00bb, nous confie Fella Hadj Mahfoud. \u00ab Allez Flilou, me dit-elle, je t\u2019en prie, dis-moi ce qui se passe. Dis-moi ce qu\u2019il y a, c\u2019est une attitude qui n\u2019est pas de vos habitudes.\u00bb<br \/>Evidemment, nous avions fini par le lui dire. \u00abEcoute Baya, ma s\u0153ur, nous mourons toutes un jour. Alors, sois courageuse. Nous avons une mauvaise nouvelle pour toi. Ta m\u00e8re est morte.\u00bb \u00abElle accepta la nouvelle avec un courage exemplaire. Nous croyions qu\u2019elle allait flancher. Ce fut le contraire. C\u2019\u00e9tait surprenant. C\u2019\u00e9tait elle qui nous remontait le moral\u00bb, nous rapporte Fella.\u00a0 \u00a0\u00a0<br \/>Elle avait presque termin\u00e9 de manger. Apr\u00e8s un moment de silence, elle r\u00e9pliqua : \u00abEh bien que puis-je dire, que puis-je faire ? Ma m\u00e8re, Allah Yarhamha. Elle \u00e9tait malade et cela devait arriver un jour.\u00a0<br \/>La mort est pr\u00e9sente tous les jours avec nous. Vous oubliez que nos fr\u00e8res meurent presque tous les matins guillotin\u00e9s.\u00bb<br \/>\u00abLa peine que Baya t\u00e9moigne \u00e0 ses fr\u00e8res condamn\u00e9s \u00e0 mort submerge celle qu\u2019elle ressent du d\u00e9c\u00e8s de sa m\u00e8re. Puis, comme pour surmonter sa souffrance int\u00e9rieure, elle entonne avec ferveur et enthousiasme : \u00abIkhuani la tensaw chouhadakoum\u00bb.\u00a0<br \/>Les filles qui l\u2019entouraient l\u2019accompagnent, non sans contenir leurs larmes. Nous venions de vivre des moments \u00e9mouvants aux c\u00f4t\u00e9s de Baya qui nourrissait un grand amour pour l\u2019Alg\u00e9rie\u00bb (entretien avec Fella Mahfoud- Alger le 2 juin 2010).<br \/>Le proc\u00e8s de Baya Hocine est Djoheur Akrour s\u2019ouvre le 22 d\u00e9cembre 1957. Elles sont condamn\u00e9es \u00e0 mort. \u00abLes familles des deux jeunes filles dans la salle ont failli \u00eatre lynch\u00e9es par une assistance hyst\u00e9rique. La m\u00eame menace a plan\u00e9 pour la deuxi\u00e8me fois sur ma\u00eetre Dreyfus, avocate du collectif des avocats du FLN (Horizons, num\u00e9ro sp\u00e9cial, \u00abLes rescap\u00e9es de la guillotine\u00bb, mars 2009).<br \/>C\u2019est \u00e9galement dans un climat d\u2019hostilit\u00e9 que Nicole Dreyfus plaidera le 19 mars1957, lors du proc\u00e8s de Sa\u00efd Touati et ses trois compagnons. Baya Hocine et Djoheur Akrour sont alors cit\u00e9es comme t\u00e9moins.\u00a0<br \/>\u00abLe plus dur a \u00e9t\u00e9 la d\u00e9fense des gar\u00e7ons devant le tribunal militaire qui les a condamn\u00e9s \u00e0 mort et qui ont \u00e9t\u00e9 guillotin\u00e9s, ce que je peux vous dire, c\u2019est quand nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 l\u2019audience, la foule a cri\u00e9 \u00abA mort\u00bb, quand je me suis lev\u00e9e. Et cet \u00abA mort !\u00bb \u00e9tait aussi bien destin\u00e9 aux pr\u00e9venus qu\u2019\u00e0 leurs d\u00e9fenseurs. J\u2019ai r\u00e9pondu que les droits de la d\u00e9fense \u00e9taient imprescriptibles et que cette attitude \u00e9tait scandaleuse\u00bb. (http:\/\/www.hmani.fr)(10).<br \/>C\u2019est le m\u00eame accueil qui fut r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 Me Jacques Verges quand il \u00e9tait venu assister Djamila Bourihed. Il est assailli de propos malsains qui ne sont que des insultes tenues par des individus ali\u00e9n\u00e9s par des th\u00e9ories racistes, aujourd\u2019hui compl\u00e8tement d\u00e9su\u00e8tes, qui pla\u00e7aient \u00abl\u2019homme blanc\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019Europ\u00e9en, au sommet de la hi\u00e9rarchie sociale et des races composant l\u2019humanit\u00e9. Ainsi par exemple, le c\u00e9l\u00e8bre avocat \u00e9tait trait\u00e9 de\u00a0 \u00abtra\u00eetre\u00bb puis de \u00abChinois\u00bb.<br \/>N\u00e9anmoins, l\u2019avocat de Djamila Bouhired r\u00e9pliqua avec intelligence et par un savoir qui renvoya des incultes \u00e0 r\u00e9viser sinon \u00e0 interroger la v\u00e9ritable histoire de l&rsquo;humanit\u00e9 qui r\u00e9v\u00e8le le chronologie des\u00a0 civilisations : \u00abLe proc\u00e8s s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 dans cette atmosph\u00e8re de lynchage, au point o\u00f9 j\u2019ai dit un jour alors que la salle m\u2019interrompait : Est-ce qu\u2019on est dans un proc\u00e8s ou dans un meeting d\u2019assassinat ? Devrais-je dire \u00e0 ces gens qui pendant que leurs anc\u00eatres bouffaient\u00a0 des glands dans la for\u00eat les miens construisaient des palais\u00bb, propos de Me Jacques Verges recueillis par Farida Belkhiri (Horizons, num\u00e9ro sp\u00e9cial, \u00abLes rescap\u00e9es de la guillotine\u00bb, mars 2009).\u00a0<br \/>Des mots c\u00e9l\u00e8bres ont fus\u00e9 des bouches des insurg\u00e9s alg\u00e9riens lors des proc\u00e8s dont les verdicts s\u2019ins\u00e9raient dans la logique colonialiste, une logique qui pla\u00e7ait les Alg\u00e9riens dans un \u00e9tat \u00abr\u00e9bellion\u00bb portant par voie de cons\u00e9quence atteinte \u00e0 la souverainet\u00e9 fran\u00e7aise. Un postulat qui ne reconnaissait pas aux combattants alg\u00e9riens leur statut de prisonniers de guerre quand ils sont captur\u00e9s. Assez souvent donc les \u00abaccus\u00e9s\u00bb ne reconnaissaient pas la comp\u00e9tence des tribunaux, se r\u00e9clamant d\u2019une arm\u00e9e en \u00e9tat de guerre contre un agresseur de 1830.\u00a0<br \/>\u00a0Les d\u00e9clarations dans les \u00abbox des accus\u00e9s\u00bb auront des retentissements au niveau de l\u2019opinion mondiale en m\u00eame temps qu\u2019elles troublaient la composante des tribunaux militaires.\u00a0 Ces sentences \u2014 contre-sentences \u2014 sont de v\u00e9ritables \u00abmorceaux choisis\u00bb dans la litt\u00e9rature de combat qui m\u00e9ritent de figurer dans les programmes de l\u2019\u00e9ducation nationale. Nous proposons quelques \u00ab\u00e9chantillons\u00bb qui vont marquer l\u2019histoire des proc\u00e8s pendant la guerre d\u2019Alg\u00e9rie. Lorsque le pr\u00e9sident du tribunal lui demande s\u2019il elle avait agi de son plein gr\u00e9 dans l\u2019attentat \u00e0 la bombe du stade d\u2019El-Biar le 10 f\u00e9vrier 1975, Baya Hocine r\u00e9pliqua\u00a0 : \u00abParce que j\u2019avais l\u2019impression que mon acte allait servir \u00e0 quelque chose. Nous n\u2019avons tu\u00e9 qu\u2019une dizaine, vous en tuez vous autres des milliers et des milliers\u00bb (cit\u00e9 par Horizons, num\u00e9ro sp\u00e9cial, \u00abLes rescap\u00e9es de la guillotine\u00bb, mars 2009).\u00a0<br \/>Auparavant, lors du premier proc\u00e8s des attentats \u00e0 la bombe, Djamila Bouhired d\u00e9clare : \u00abLa v\u00e9rit\u00e9 est que j\u2019aime mon pays et que je veux le voir libre et que pour cela, j\u2019approuve la lutte du Front de lib\u00e9ration nationale. Et c\u2019est seulement pour cela que vous allez me condamner \u00e0 mort apr\u00e8s m\u2019avoir tortur\u00e9e, comme vous avez tu\u00e9 mes fr\u00e8res Ben M\u2019hidi, Boumendjel, Zeddour. Mais en nous tuant, n\u2019oubliez pas que ce sont les traditions de libert\u00e9 de votre pays que vous assassinez, son honneur que vous compromettez, son avenir que vous mettez en danger et que vous n\u2019emp\u00eachez pas l\u2019Alg\u00e9rie d\u2019\u00eatre ind\u00e9pendante\u00bb (Femmes au combat \u2013 p.181. Dani\u00e8le Djamila Amrans Minne \u2013 Ed. Rahma 1993)<br \/><em><strong>A. B.<br \/>(*) Docteur honoris causa, journaliste historien.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>(1) Yve Benot\u00a0 Les massacres coloniaux Ed. La D\u00e9couverte. Paris 1994.<br \/>(2) Amar Belkhodja \u2013 L\u2019affaire Hamdani Adda, br\u00fbl\u00e9 vif par l\u2019OAS Enag-2009.<br \/>(3) Pour ce cas pr\u00e9cis, les artificiers de Hamdani Adda (R\u00e9gion I, zone VII Wilaya V) r\u00e9cup\u00e9raient les engins largu\u00e9s mais qui n\u2019explosaient pas et les r\u00e9utilisaient dans les attentats (note de l\u2019auteur).<br \/>(4) Plus tard, Philippe Castille se trouvera \u00e0 la t\u00eate d\u2019une bande de tueurs de l\u2019OAS. La Fondation du 8 Mai 1945 avait sugg\u00e9r\u00e9 alors de dresser une liste des tueurs de l\u2019OAS et\u00a0 leur interdire de fouler le sol alg\u00e9rien\u00a0 (note de l\u2019auteur).<br \/>(5) Les films de Hadj Rahim et Hac\u00e8ne Bouabdellah qui ont trait\u00e9 du sujet n\u2019ont pas r\u00e9pondu enti\u00e8rement \u00e0 nos espoirs. Notre jeunesse ne sait pas tout et a besoin de conna\u00eetre les immenses sacrifices consentis par les a\u00een\u00e9s. Ceux qui, parmi nous, ont pris les armes contre leur propre peuple, dans les ann\u00e9es funestes 1990, ne savaient pas\u2026 ne savaient pas (note de l\u2019auteur).<br \/>(6) Mostefa Boudina Rescap\u00e9 de la guillotine, ed. Anep &#8211; 2008. Un autre ouvrage Viva Zabana de Boualem Nedjadi aux m\u00eames \u00e9ditions est consacr\u00e9 \u00e0 la guillotine. Ces deux ouvrages \u00e9difiants \u00e0 plus d\u2019un titre m\u00e9ritent amplement d\u2019attirer l\u2019attention de nos cin\u00e9astes qui, en v\u00e9rit\u00e9, ne se sont pas trop attard\u00e9s sur le sujet (note de l\u2019auteur).<br \/>(7) Les tueurs des GIA, pendant les ann\u00e9es 1990, s\u2019adonnaient d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment \u00e0 cette ignoble pratique en m\u00e9langeant les t\u00eates de leurs victimes qu\u2019ils \u00e9gorgeaient froidement. Ils savaient qu\u2019ils allaient mettre dans \u00abl\u2019embarras\u00bb les agents de l\u2019\u00c9tat (m\u00e9decine ou Protection civile) qui, arriv\u00e9s sur les lieux du drame, ne savaient plus quelle t\u00eate allait avec son propre tronc.\u00a0<br \/>On sait que sur ce plan anatomique la structure est propre \u00e0 chaque individu. Membres et t\u00eate correspondent avec une parfaite harmonie au tronc. D\u00e8s lors qu\u2019on imagine une t\u00eate (ou un autre membre) raccord\u00e9e \u00e0 un tronc qui ne lui appartient pas, c\u2019est une v\u00e9ritable difformit\u00e9 qui appara\u00eet. Un verset coranique nous \u00e9difie sur la question (citer le verset\u00a0<br \/>(8) Entretien avec Fella Hadj Mahfoud le 2 juin 2010. R\u00e9sistante urbaine et ancienne maquisarde. D\u00e9tenue avec Baya Hocine dans plusieurs prisons tant en Alg\u00e9rie qu\u2019en France. Les deux h\u00e9ro\u00efnes sont rest\u00e9es tr\u00e8s attach\u00e9es bien apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie.<br \/>(9) Dani\u00e8le Djamila Amrane Minne, Femmes au Combat, p.161. Ed.Rahma, 1993.<br \/>(10) Des situations analogues mais plus graves encore eurent lieu \u00e0 Madagascar au lendemain des massacres de 89 000 Malgaches en 1947 \u2013 1948. Des avocats, constitu\u00e9s pour la d\u00e9fense des accus\u00e9s (des d\u00e9put\u00e9s) sont pris \u00e0 partie. Me Pierre Stibbe est victime d\u2019une tentative d\u2019assassinat dont les auteurs \u00abne seront jamais retrouv\u00e9s\u00bb.\u00a0<br \/>Me Henri Douzon est, quant \u00e0 lui, enlev\u00e9 par une bande d\u2019Europ\u00e9ens masqu\u00e9s. Il est lynch\u00e9 et laiss\u00e9 pour mort \u00e0 25 km de Tananarive. La Main rouge avait foment\u00e9 les agressions contre les deux avocats. Voir Amar Belkhodja Barbarie Coloniale en Afrique, Anep-2002 (note de l\u2019auteur).<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.lesoirdalgerie.com\/contribution\/ou-les-aubes-sanglantes-de-serkadji-43429\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Amar Belkhodja(*)Bonne et mauvaise foi se c\u00f4toient intimement, avancent ensemble et pour identifier chacune d\u2019elles, il faut les d\u00e9m\u00ealer et muter la vertu \u00e0 celui qui la m\u00e9rite et infliger le vice \u00e0 celui qui a fait du mensonge une raison de vivre, de survivre, de b\u00e2tir un Etat avec l\u2019ensemble des institutions, sur [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1741,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"","fifu_image_alt":"","footnotes":""},"categories":[73,53],"tags":[],"class_list":["post-88982","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualite","category-algerie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/88982","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1741"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=88982"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/88982\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=88982"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=88982"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=88982"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}