{"id":89769,"date":"2020-06-21T19:00:00","date_gmt":"2020-06-21T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/prison-serkadji-dalger-un-temoin-des-crimes-de-la-france-coloniale\/"},"modified":"2020-06-21T19:00:00","modified_gmt":"2020-06-21T23:00:00","slug":"prison-serkadji-dalger-un-temoin-des-crimes-de-la-france-coloniale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/prison-serkadji-dalger-un-temoin-des-crimes-de-la-france-coloniale\/","title":{"rendered":"Prison Serkadji d\u2019Alger  :  Un t\u00e9moin des crimes de la France coloniale"},"content":{"rendered":"<p>Situ\u00e9e sur les hauteurs de la vieille ville d\u2019Alger (Casbah), la prison de Serkadji (ex-Barberousse) demeure un t\u00e9moin des crimes de la France coloniale qui a tent\u00e9 de contrecarrer le combat du peuple alg\u00e9rien et enterrer la guerre de Lib\u00e9ration nationale. C\u2019est au sein m\u00eame de cette prison, que les pouvoirs publics ont d\u00e9cid\u00e9 de transformer en mus\u00e9e national de la M\u00e9moire, que fut guillotin\u00e9, pour la premi\u00e8re fois par les forces coloniales, le martyr Ahmed Zabana, et c\u2019est \u00e9galement l\u00e0, dans la cellule 69 plus pr\u00e9cis\u00e9ment, o\u00f9 sont n\u00e9s sous les doigts du po\u00e8te de la R\u00e9volution, Moufdi Zakaria, les meilleurs chants de la r\u00e9sistance dont l\u2019hymne national \u00abKassamen\u00bb.<br \/>A l\u2019occasion de l\u2019anniversaire de l\u2019ex\u00e9cution du martyr Zabana, le 19 juin 1956, l\u2019APS a pris le soin de revisiter ce lieu qui relate l\u2019histoire d\u2019un des combattants dont le droit \u00e0 la vie a \u00e9t\u00e9 bafou\u00e9 par le colonisateur fran\u00e7ais qui a fait fi des us internationaux interdisant la peine de mort, en ayant recours \u00e0 la guillotine qui se d\u00e9traquait plusieurs fois avant l\u2019ex\u00e9cution.<br \/>Le visiteur de cette prison note imm\u00e9diatement que, malgr\u00e9 les ann\u00e9es qui passent, ce lieu demeure toujours aussi effrayant. Il suffit de mettre les pieds dans les couloirs ou \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une cellule pour imaginer les conditions, \u00f4 combien atroces, de cette \u00e9poque coloniale. Une affirmation que partage \u00e9galement M. Benyoucef Tlem\u00e7ani, pr\u00e9sident du comit\u00e9 scientifique du Centre national d\u2019\u00e9tudes et de recherches sur le mouvement national et la R\u00e9volution du 1er Novembre 1954 (CNERMN54), pour lequel la prison de Serkadji est \u00able titre de la torture psychologique exerc\u00e9e par l\u2019arm\u00e9e coloniale sur les Alg\u00e9riens\u00bb. Et la d\u00e9claration est tout de suite imag\u00e9e \u00e0 travers des cellules dont la superficie ne d\u00e9passe pas les 3&#215;2 m, humides, obscures laissant \u00e0 peine filtrer un mince rayon de soleil \u00e0 travers un orifice perc\u00e9 en haut de la paroi. Pour M. Tlem\u00e7ani, \u00abon ne peut dissocier\u00bb la prison de Serkadji du reste des centres de d\u00e9tention mont\u00e9s par les renseignements du Groupement des commandos parachutistes (GCP) et les \u00e9l\u00e9ments du Service de documentation ext\u00e9rieure et de contre-espionnage (SDECE), \u00e0 l\u2019instar de la villa Poirson \u00e0 El Biar, la villa S\u00e9sini \u00e0 Hydra ou encore la villa Claude \u00e0 Bologhine. Ces \u00ablaboratoires\u00bb \u00e9taient \u00e0 vrai dire des centres de torture physique et d\u2019interrogatoire par lesquels devait transiter le combattant avant de parvenir \u00e0 la prison de Serkadji o\u00f9 d\u2019autres pratiques \u00e9taient au rendez-vous. La torture psychologique \u00e9tant, poursuit l\u2019expert, \u00abplus meurtri\u00e8re et plus cruelle\u00bb, l\u2019administration coloniale proc\u00e9dait d\u00e8s lors \u00e0 l\u2019isolation du prisonnier dans un espace humide, obscure et froid o\u00f9 il ne peut ressentir que la d\u00e9pression, la m\u00e9lancolie mais aussi l\u2019humiliation. Contraire aux lois internationales interdisant de faire sortir les prisonniers dans la cour par temps de pluie, la technique de torture par l\u2019eau \u00e9tait d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment inflig\u00e9e aux prisonniers dans des cours \u00e0 ciel ouvert des heures durant, provoquant chez ces malheureux \u00abmigraine, rhume, douleurs articulaires\u00bb, a-t-il d\u00e9plor\u00e9.<br \/>A un moment donn\u00e9, cette prison a connu un nombre \u00e9lev\u00e9 de d\u00e9tenus et une d\u00e9t\u00e9rioration de la sant\u00e9 de certains. Elle \u00e9tait devenue \u00abun foyer pour la propagation de maladies de la peau, l\u2019asthme, les maladies infectieuses \u00e0 transmission hydrique, auxquelles s\u2019ajoutaient \u00e9videmment l\u2019absence d\u2019hygi\u00e8ne et la prolif\u00e9ration de mouches et de moustiques.<br \/>La prison de Barberousse \u00e9tait \u00e9galement r\u00e9serv\u00e9e \u00ab\u00e0 la torture des personnes \u00e2g\u00e9es en recourant notamment \u00e0 l\u2019\u00e9lectrocution, tr\u00e8s utilis\u00e9e, car disponible et facile \u00e0 manier\u00bb pour faire parler les d\u00e9tenus, sachant que cette m\u00e9thode de torture \u00ab\u00e9tait tr\u00e8s connue chez les Fran\u00e7ais, d\u2019ailleurs invent\u00e9e et m\u00eame exp\u00e9riment\u00e9e durant la guerre d\u2019Indochine \u2014 sous le nom de la g\u00e9g\u00e8ne \u2014\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Litt\u00e9rature carc\u00e9rale&#8230;\u00a0 correspondances, m\u00e9moires\u00a0 et po\u00e9sies r\u00e9volutionnaires<\/strong><\/p>\n<p>Halte incontournable de la visite, l\u2019aile r\u00e9serv\u00e9e aux femmes, relate des r\u00e9cits v\u00e9ridiques de femmes braves qui ont adh\u00e9r\u00e9 d\u00e8s les premi\u00e8res heures de la guerre de Lib\u00e9ration nationale, au militantisme politique et \u00e0 la lutte arm\u00e9e, \u00e0 l\u2019image de Djamila Bouhired, Djamila Boupacha, Djamila Bouazza, Zohra Drif et de Djouher Akrour.<br \/>Malgr\u00e9 les changements op\u00e9r\u00e9s sur le lieu, comme constat\u00e9, le monument demeure une page qui rappelle d\u2019autres \u00e9pisodes des pratiques coloniales inadmissibles. Dans cet aile, le visiteur peut se rem\u00e9morer les m\u00e9moires et les lettres de la moudjahida Baya Hocine adress\u00e9es \u00e0 son fr\u00e8re et ses amies d\u2019armes, dans lesquelles elle relate son exp\u00e9rience avec l\u2019action r\u00e9volutionnaire et \u00e9voque des aspects de sa vie familiale. Des \u00e9crits dont la France a pris connaissance en 1958, apr\u00e8s une perquisition minutieuse des repaires des militants du Front de Lib\u00e9ration Nationale (FLN). Pour notre guide, ce monument est d\u2019autant plus important pour la m\u00e9moire collective des Alg\u00e9riens \u00abau regard des textes qui y ont vu le jour\u00bb. En t\u00e9moignent, l\u2019hymne national \u00abKassamen\u00bb du po\u00e8te de la R\u00e9volution, Moufdi Zakaria, la lettre adress\u00e9e par le chahid Ahmed Zabana \u00e0 sa m\u00e8re juste avant qu\u2019il ne soit guillotin\u00e9, \u00abl\u2019interrogatoire\u00bb d\u2019Henri Alleg, et bien d\u2019autres \u00e9crits et phrases consign\u00e9s par des prisonniers dans des calepins et les murs des cellules en vue d\u2019immortaliser ces instants. A son tour, Jacqueline Guerroudj a qualifi\u00e9, dans ses \u00e9crits, les conditions dures de la prison et le harc\u00e8lement pratiqu\u00e9 sur les pensionnaires qui \u00e9taient entass\u00e9s, en grand nombre, dans une seule cellule exigu\u00eb, notamment apr\u00e8s la s\u00e9rie d\u2019arrestations qu\u2019avait connue, en 1957, la Zone autonome d\u2019Alger, \u00e9rigeant ainsi la prison en un lieu de d\u00e9tention regroupant des condamn\u00e9s \u00e0 mort et des d\u00e9tenus condamn\u00e9s \u00e0 une peine de moins d\u2019une ann\u00e9e, hommes et femmes, sans distinction aucune. Des ouvrages d\u2019Histoire ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 la situation catastrophique de la prison de Barberousse \u00e0 l\u2019\u00e9poque, marqu\u00e9e par l\u2019augmentation du nombre des prisonni\u00e8res \u00e0 193, en janvier 1957, tandis que le nombre des prisonniers avait d\u00e9pass\u00e9, globalement,\u00a0 le seuil de mille d\u00e9tenus, puis 1.830 pensionnaires en juillet 1957, ensuite 2.400, en d\u00e9cembre de la m\u00eame ann\u00e9e.<br \/>A ce propos, le professeur Tlem\u00e7ani affirme que les cellules collectives qui regroupaient des moudjahidine et des d\u00e9tenus de droit commun \u00abd\u00e9passaient, \u00e0 une certaine p\u00e9riode, 140 prisonniers, cr\u00e9ant des conditions p\u00e9nibles qui ont rendu impossible, le simple fait de dormir, de bouger ou de faire ses besoins naturels.<\/p>\n<p><strong>\u00abLes oubliettes\u00bb : plong\u00e9e dans le d\u00e9dale de l\u2019isolement<\/strong><\/p>\n<p>Accompagn\u00e9s du moudjahid Mohamed Bourahla, nous descendons dans \u00ables oubliettes\u00bb, au sous-sol de la prison de Serkadji, o\u00f9 le colonisateur \u00abenfermait les prisonniers rebelles pour les faire taire \u00e0 jamais\u00bb, raconte ce rescap\u00e9 du couloir de la mort. Voyant notre malaise entre ses murs \u00e9pais rong\u00e9s par l\u2019humidit\u00e9 o\u00f9 nous devions nous courber pour passer, manquant d\u2019\u00e9touffer, le moudjahid nous dira que ce sentiment qui nous oppresse \u00e9tait pendant longtemps le lot quotidien des Alg\u00e9riens jet\u00e9s dans ces cachots \u00e9troits et soumis de surcro\u00eet \u00e0 des traitements cruels et inhumains aux mains des ge\u00f4liers qui, a-t-il dit, \u00abinondaient les cellules exigu\u00ebs d\u2019eau froide, affamaient les prisonniers pendant de longues heures, les mettaient aux fers et les encha\u00eenaient au mur de telle sorte que m\u00eame lorsqu\u2019ils \u00e9taient autoris\u00e9s \u00e0 sortir dans le couloir, il leur \u00e9tait impossible de faire plus de deux pas\u00bb. \u00abLes oubliettes\u00bb se trouvent dans la partie ancienne de la prison construite \u00e0 l\u2019\u00e9poque ottomane en 1535, selon M. Tlem\u00e7ani. Il s\u2019agit d\u2019un long couloir avec de petites ouvertures rectangulaires donnant sur des cachots \u00e9troits o\u00f9 la France coloniale enfermait les militants \u00e0 l\u2019isolement total.<br \/>La visite de l\u2019APS \u00e0 la prison de Serkadji a co\u00efncid\u00e9 avec la finalisation d\u2019un rapport d\u00e9taill\u00e9 sur ce monument historique \u00e9labor\u00e9 par le comit\u00e9 scientifique du Centre national d\u2019\u00e9tudes et de recherches sur le mouvement national et la R\u00e9volution du 1er Novembre 1954 (CNERMN54) en pr\u00e9vision de sa reconversion en mus\u00e9e national de la M\u00e9moire. En effet, un bureau d\u2019\u00e9tudes public a \u00e9t\u00e9 charg\u00e9 d\u2019inspecter le b\u00e2timent et de pr\u00e9parer une \u00e9tude technique le concernant. Ce comit\u00e9 scientifique continuera de veiller au respect, par la partie en charge du projet de reconversion de la prison en mus\u00e9e, des directives contenues dans le rapport et des sp\u00e9cificit\u00e9s architecturales et historiques de l\u2019\u00e9difice afin qu\u2019il reste un t\u00e9moin incontournable des traitements inhumains auxquels ont \u00e9t\u00e9 soumis les prisonniers alg\u00e9riens durant la colonisation fran\u00e7aise, a pr\u00e9cis\u00e9 M. Tlem\u00e7ani en sa qualit\u00e9 de pr\u00e9sident du comit\u00e9 scientifique. Le rapport soumis par le CNERMN54 au minist\u00e8re de la Justice recouvre tous les d\u00e9tails historiques et techniques li\u00e9s aux cellules, \u00e0 leurs num\u00e9ros, \u00e0 l\u2019aile des femmes, \u00e0 la cour d\u2019ex\u00e9cution, \u00e0 la cuisine, \u00e0 la clinique, ainsi qu\u2019aux autres lieux pr\u00e9sents dans le b\u00e2timent initial \u00e9rig\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque ottomane et ceux ajout\u00e9s ult\u00e9rieurement, a fait savoir le chercheur.<br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur: elmoudjahid<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.elmoudjahid.com\/fr\/actualites\/155321\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Situ\u00e9e sur les hauteurs de la vieille ville d\u2019Alger (Casbah), la prison de Serkadji (ex-Barberousse) demeure un t\u00e9moin des crimes de la France coloniale qui a tent\u00e9 de contrecarrer le combat du peuple alg\u00e9rien et enterrer la guerre de Lib\u00e9ration nationale. 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