{"id":91334,"date":"2020-07-05T15:47:51","date_gmt":"2020-07-05T19:47:51","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/infrastructures-routieres-la-boulimie-du-chinois-cccc\/"},"modified":"2020-07-05T15:47:51","modified_gmt":"2020-07-05T19:47:51","slug":"infrastructures-routieres-la-boulimie-du-chinois-cccc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/infrastructures-routieres-la-boulimie-du-chinois-cccc\/","title":{"rendered":"Infrastructures routi\u00e8res : la boulimie du Chinois CCCC"},"content":{"rendered":"<p>Le groupe public China Communications Construction Company (CCCC) a rafl\u00e9, jusqu\u2019ici, tous les contrats de r\u00e9alisation d\u2019autoroutes au Cameroun. Mais cela n\u2019est pas visible \u00e0 premi\u00e8re vue. Car si le nom de CCCC est associ\u00e9 au projet Yaound\u00e9-Nsimalen (section rase campagne), les axes Yaound\u00e9-Douala (phase\u00a01) et Kribi-Lolab\u00e9 sont r\u00e9alis\u00e9s par deux de ses filiales.\u00a0Il s\u2019agit respectivement China First Higway Engineering (CFHE) et China Harbour Engineering Compagny (CHEC).\u00a0Form\u00e9 en 2005 par la r\u00e9union de deux g\u00e9ants du BTP (CHEC et China\u00a0Road and Bridge Corporation-CRBC), CCCC est en effet un conglom\u00e9rat complexe d\u2019une soixantaine de subdivisions.<\/p>\n<p><strong>Lire aussi<\/strong> : <a href=\"https:\/\/ecomatin.net\/autoroute-kribi-lolabe-les-dessous-de-lattribution-du-marche-a-la-chine\/\">Autoroute Kribi-Lolab\u00e9\u00a0: les dessous de l\u2019attribution du march\u00e9 \u00e0 la Chine<\/a><\/p>\n<p>Ces trois projets r\u00e9unis repr\u00e9sentent un lin\u00e9aire de 109,3\u00a0km pour un co\u00fbt de pr\u00e8s de 730 milliards de FCFA, soit un prix moyen du kilom\u00e8tre d\u2019autoroute de 6,7 milliards de FCFA. Dans un rapport publi\u00e9 en 2018, la Banque mondiale, jugeait d\u00e9j\u00e0 un kilom\u00e8tre d\u2019autoroute \u00e0 6,5 milliards de FCFA \u00ab\u2009trop \u00e9lev\u00e9\u2009\u00bb en comparaison \u00e0 d\u2019autres projets africains de m\u00eame acabit. L\u2019institution de Bretton Woods fait remarquer que le kilom\u00e8tre d\u2019autoroute se chiffre \u00e0 3,5 millions\u00a0USD (environ 2 milliards de FCFA) en C\u00f4te d\u2019Ivoire et 3 millions\u00a0USD (pr\u00e8s de 1,7 milliard de FCFA) au Maroc.<\/p>\n<p><strong>Note encore plus sal\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p>Cette facture d\u00e9j\u00e0 sal\u00e9e n\u2019est en plus pas d\u00e9finitive. Les co\u00fbts actuels n\u2019\u00e9tant que pr\u00e9visionnels, il n\u2019est pas exclu que les prix finaux de ces infrastructures soient encore plus \u00e9lev\u00e9s. Ce d\u2019autant que ces projets connaissent de multiples retards qui engendrent des surco\u00fbts. Le 18 juin dernier, le ministre des Travaux publics (Mintp), Emmanuel Nganou Djoumessi, a, par exemple, r\u00e9v\u00e9l\u00e9, \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, qu\u2019un financement suppl\u00e9mentaire de 84,9 milliards de FCFA est n\u00e9cessaire pour l\u2019ach\u00e8vement de la premi\u00e8re phase de l\u2019autoroute Yaound\u00e9-Douala. Ce qui fait passer le co\u00fbt provisoire des travaux de 338,7 \u00e0 423, 6 milliards de FCFA.<\/p>\n<p>En plus, selon la Banque mondiale, ces montants ne prennent pas en compte les co\u00fbts de l\u2019\u00e9quipement de l\u2019autoroute (signalisation, postes de p\u00e9age et de pesage, r\u00e9seaux \u00e9lectriques et t\u00e9l\u00e9phoniques, fibre optique\u2026) et m\u00eame, dans les cas o\u00f9 c\u2019est n\u00e9cessaire, la connexion avec le r\u00e9seau routier existant. Ils n\u2019int\u00e8grent non plus le co\u00fbt du cr\u00e9dit. En effet, pour financer ces projets, le Cameroun contracte, aupr\u00e8s de la banque publique chinoise Eximbank, des pr\u00eats non concessionnels repr\u00e9sentant g\u00e9n\u00e9ralement 85% de la valeur des projets. Et souvent, comme on l\u2019a observ\u00e9 avec l\u2019autoroute Kribi-Lolab\u00e9, le prestataire finance, \u00e9galement par un pr\u00eat \u00e0 des conditions non d\u00e9voil\u00e9es, la contrepartie de l\u2019\u00c9tat.\u00a0<\/p>\n<p><strong>Lire aussi<\/strong> : <a href=\"https:\/\/ecomatin.net\/chine-cameroun-24-nouveaux-medecins-chinois-attendus-au-cameroun\/\">Chine-Cameroun\u00a0: 24 nouveaux m\u00e9decins chinois attendus au Cameroun<\/a><\/p>\n<p><strong>Absence d\u2019appel d\u2019offres<\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir pass\u00e9 en revue cinq grands projets d\u2019infrastructures, la Banque mondiale estime que \u00ab\u2009<em>la faiblesse des \u00e9tudes de faisabilit\u00e9 technique, y compris le calcul des co\u00fbts, ainsi que l\u2019absence d\u2019appel d\u2019offres concurrentiel ont contribu\u00e9 \u00e0 accro\u00eetre les co\u00fbts des projets<\/em>\u2009\u00bb. \u00c0 la suite de l\u2019\u00e9tude de l\u2019institution financi\u00e8re internationale, la question a \u00e9t\u00e9 inscrite \u00e0 l\u2019ordre du jour du conseil de cabinet du mois de mai 2019. \u00c0 l\u2019occasion, le ministre des Travaux publics a attribu\u00e9 le surench\u00e9rissement des co\u00fbts \u00e0 des facteurs similaires.<\/p>\n<p>Emmanuel Nganou Djoumessi a \u00e9voqu\u00e9\u00a0<em>\u00ab\u2009les insuffisances dans la r\u00e9alisation des \u00e9tudes techniques et g\u00e9otechniques, les contraintes inh\u00e9rentes \u00e0 la fiscalit\u00e9, aux indemnisations et d\u00e9placements des r\u00e9seaux, les incertitudes dans les d\u00e9lais de paiement des entreprises, le recours ou non \u00e0 la concurrence dans l\u2019attribution des march\u00e9s ainsi que l\u2019\u00e9volution des prix des principaux intrants tels que le ciment, le fer, le bitume et les granulats\u2009<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>Les trois contrats de construction des autoroutes en cours au Cameroun ont en effet \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9s de gr\u00e9 \u00e0 gr\u00e9 et \u00e0 partir des \u00e9tudes techniques et g\u00e9otechniques de faible qualit\u00e9. En plus, l\u2019adjudicataire CCCC ne cache pas que, sur certains de ces projets, il est, en plus, conseil de l\u2019\u00c9tat\u2009; en quelque sorte juge et partie. Dans ces conditions, le groupe public chinois a des marges de man\u0153uvre importantes pour imposer sa volont\u00e9. Et ce d\u2019autant plus que tous ces projets sont des cr\u00e9dits acheteurs (c\u2019est-\u00e0-dire que c\u2019est le prestataire qui vient avec la banque qui finance le projet).<\/p>\n<p>Lire aussi : Commerce ext\u00e9rieur\u00a0: <a href=\"https:\/\/ecomatin.net\/commerce-exterieur-la-chine-maintient-son-rang-de-1er-partenaire-commercial-du-cameroun\/\">la Chine maintient son rang de 1<sup>er<\/sup>\u00a0partenaire commercial du Cameroun<\/a><\/p>\n<p><strong>Jackpot<\/strong><\/p>\n<p>Bien que conscient des limites de cette approche, le gouvernement est en train d\u2019attribuer \u00e0 CCCC, sur les m\u00eames bases, la r\u00e9alisation de la section urbaine de l\u2019autoroute Yaound\u00e9-Nsimalen. Un contrat commercial a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9 le 10 d\u00e9cembre 2019 entre le ministre de l\u2019Habitat et du D\u00e9veloppement urbain (Minhdu), C\u00e9lestine Ketcha, et le directeur r\u00e9gional du groupe public chinois au Cameroun, Li Jianbih. Selon le Minhdu, cet accord est un pr\u00e9alable \u00e0 la mobilisation des financements par l\u2019adjudicataire aupr\u00e8s des banques chinoises et au d\u00e9marrage des travaux qui devraient durer cinq ans.<\/p>\n<p>Selon ce contrat, le prix provisoire de cette infrastructure est pass\u00e9 du simple au double. Le co\u00fbt de cette section d\u2019autoroute, longue d\u2019une douzaine de kilom\u00e8tres, initialement \u00e9valu\u00e9, notamment par les services du Premier ministre, \u00e0 115 milliards de FCFA, affiche aujourd\u2019hui 276 milliards de FCFA, soit plus de 22 milliards le kilom\u00e8tre. Face \u00e0 l\u2019incompr\u00e9hension de l\u2019opinion, les autorit\u00e9s se r\u00e9fugient derri\u00e8re la consistance des travaux. \u00ab\u2009<em>L\u2019autoroute sera compos\u00e9e d\u2019une chauss\u00e9e de 29\u00a0m d\u2019emprise \u00e0 4 voies, 11 \u00e9changeurs et 10 passerelles pour pi\u00e9tons, un terre-plein central, 2 bandes d\u2019arr\u00eat d\u2019urgence, des voies de service et des \u00e9quipements connexes (\u00e9clairage public, signalisation, am\u00e9nagement paysager)<\/em>\u2009\u00bb, objectent-elles.\u00a0<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir construit ces infrastructures routi\u00e8res, CCCC s\u2019arrange \u00e9galement \u00e0 assurer leur gestion. Gr\u00e2ce \u00e0 la pression de P\u00e9kin et d\u2019Eximbank, il est parvenu \u00e0 obtenir des autorit\u00e9s camerounaises, sans appel \u00e0 concurrence et donc en violation de la l\u00e9gislation sur les contrats de partenariat, l\u2019exploitation de l\u2019autoroute Kribi-Lolab\u00e9. Les Camerounais l\u2019ont appris, le 20 f\u00e9vrier 2020, \u00e0 travers un laconique communiqu\u00e9 de presse. Le document sign\u00e9 du ministre des Travaux publics est muet sur les clauses de ce contrat de partenariat.<\/p>\n<p>Devant les d\u00e9put\u00e9s le 18 juin dernier, Emmanuel Nganou Djoumessi a par ailleurs indiqu\u00e9 que CCCC est en passe se voir attribuer, dans les m\u00eames conditions, la gestion de la premi\u00e8re phase de l\u2019autoroute Yaound\u00e9-Kribi. \u00ab\u2009<em>Au regard de l\u2019urgence qui entoure la conclusion d\u2019un contrat de partenariat au vu du niveau d\u2019avancement des travaux, le Premier ministre, chef du gouvernement, a prononc\u00e9 une dispense d\u2019appel \u00e0 concurrence en vue de la poursuite des n\u00e9gociations avec le consortium China Communications Construction Company (CCCC)\u2009<\/em>\u00bb<em>,<\/em>\u00a0a notamment justifi\u00e9 le ministre. \u00a0<\/p>\n<p><strong>Ren\u00e9<\/strong><strong>\u00a0Ombala<\/strong><\/p>\n<p><strong>Encadr\u00e9 1<\/strong><\/p>\n<p><strong>Co\u00fbts des autoroutes en cours de r\u00e9alisation au Cameroun<\/strong><\/p>\n<table>\n<tbody readability=\"4\">\n<tr readability=\"4\">\n<td><strong>PROJETS<\/strong><\/td>\n<td><strong>LIN\u00c9AIRES<\/strong><strong>(Km)<\/strong><\/td>\n<td><strong>CO\u00dbTS<\/strong><strong>(milliards de FCFA)<\/strong><\/td>\n<td><strong>CO\u00dbTS\/KM<\/strong><strong>(milliards de FCFA)<\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<tr readability=\"2\">\n<td>Yaound\u00e9-Douala (phase I)<\/td>\n<td>60<\/td>\n<td>423,5<\/td>\n<td>7<\/td>\n<\/tr>\n<tr readability=\"2\">\n<td>Yaound\u00e9-Nsimalen (phase I)<\/td>\n<td>10,8<\/td>\n<td>40 *<\/td>\n<td>3,7<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Kribi-Lolab\u00e9<\/td>\n<td>38,5<\/td>\n<td>266,3*<\/td>\n<td>6,9<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>TOTAL<\/strong><\/td>\n<td><strong>109,3<\/strong><\/td>\n<td><strong>729,8<\/strong><\/td>\n<td><strong>6,7<\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>*Co\u00fbt pr\u00e9visionnel non actualis\u00e9<\/p>\n<p>Sources\u00a0: Mintp, Minepat et Minhdu<\/p>\n<p><strong>Encadr\u00e9 2<\/strong><\/p>\n<p><strong>La mainmise de CCCC sur le port de Kribi<\/strong><\/p>\n<p>Le groupe public chinois est l\u2019un des grands b\u00e9n\u00e9ficiaires du programme des grands travaux en cours au Cameroun depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es. En plus des autoroutes, CCCC a \u00e9galement la charge de la construction du port en eau profonde de Kribi. Apr\u00e8s avoir achev\u00e9 les travaux de la premi\u00e8re phase de cette infrastructure portuaire, d\u2019un co\u00fbt final de 470 milliards de FCFA, selon la Banque mondiale, sa filiale CHEC s\u2019est associ\u00e9e aux Fran\u00e7ais Bollor\u00e9 et CMA-CGM pour la gestion de son terminal \u00e0 conteneurs. Aujourd\u2019hui, l\u2019entreprise conduit la construction de la seconde phase de ce port. Co\u00fbt provisoire des travaux\u00a0: 400 milliards de FCFA.\u00a0<\/p>\n<p>Auteur: Olivier Kameni<br \/>\n<a href=\"https:\/\/ecomatin.net\/infrastructures-routieres-la-boulimie-du-chinois-cccc\/\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le groupe public China Communications Construction Company (CCCC) a rafl\u00e9, jusqu\u2019ici, tous les contrats de r\u00e9alisation d\u2019autoroutes au Cameroun. 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