{"id":91730,"date":"2020-07-09T11:30:39","date_gmt":"2020-07-09T15:30:39","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/lecriture-pour-quoi-faire%ef%bb%bf\/"},"modified":"2020-07-09T11:30:39","modified_gmt":"2020-07-09T15:30:39","slug":"lecriture-pour-quoi-faire%ef%bb%bf","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/lecriture-pour-quoi-faire%ef%bb%bf\/","title":{"rendered":"L\u2019\u00e9criture pour quoi faire!\ufeff"},"content":{"rendered":"<p class=\"c2\"><strong>Par\u00a0Outhman Boutisane<\/strong><\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-cyan-blue-color\"><strong>Rousseau sur les chemins de ses vagabondages, donne libre cours \u00e0 sa r\u00eaverie, Baudelaire \u00a0cherche inlassablement l\u2019instant fugitif, Rimbaud se voit un autre dans son \u00e9criture, Flaubert \u00a0d\u00e9clare que \u00abMadame Bovary est moi\u00bb, Edgar Alain Poe ensanglante ses mots, Kafka a laiss\u00e9 derri\u00e8re lui le silence infernal, il refusait \u00e0 son existence le droit d\u2019avoir un sillage.<\/strong><\/p>\n<div class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/albayane.press.ma\/wp-content\/uploads\/Ecriture-12.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-92527\" width=\"552\" height=\"326\"\/><\/div>\n<p>Tous ces grands hommes de lettres ont marqu\u00e9 leurs \u00e9poques par la singularit\u00e9 de leurs textes, la pertinence et la profondeur de leurs r\u00e9flexions. \u00a0L\u2019\u00e9criture est donc un territoire intime o\u00f9 l\u2019\u00e9crivain d\u00e9voile ses d\u00e9sirs et ses obsessions inachev\u00e9s, et un miroir o\u00f9 tout le monde peut retrouver la trace du temps proustien.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l\u2019\u00e9criture, \u00ab\u00a0<em>le verbe est toujours absent<\/em>\u00ab\u00a0. Cette formule magique de Rahimi Atiq montre que l\u2019\u00e9criture est un exil. Face au d\u00e9sastre, \u00e0 la terreur, \u00e0 la destruction syst\u00e9matique du moi, le verbe devient le seul bastion de r\u00e9sistance et de survie.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 toute la symbolique de l\u2019\u00e9criture. Gr\u00e2ce \u00e0 la litt\u00e9rature, le regard profond et attentif de l\u2019auteur parvient \u00e0 \u00e9veiller l\u2019\u00e2me du lecteur qui cherche aussi un moyen pour survivre. De ce fait, l\u2019\u00e9criture d\u00e9truit et sauve au m\u00eame temps des vies. Ceux qui ont lu <em>les souffrances d\u2019un jeune Werther<\/em>\u00a0 se sont suicid\u00e9s parce qu\u2019ils n\u2019ont pas pu r\u00e9sister au pouvoir destructeur de la souffrance litt\u00e9raire, alors que ceux\u00a0 qui ont accompagn\u00e9 <em>Robinson Cruso\u00e9<\/em> dans ses aventures, connaissaient d\u00e9j\u00e0 que la vie est une grande aventure et ont surv\u00e9cu parce qu\u2019ils ont cru au pouvoir de l\u2019espoir litt\u00e9raire.<\/p>\n<p>Lire par exemple Hermann Hesse changera sans aucun doute notre conception du monde et de l\u2019homme. Loin de son r\u00f4le de divertissement, la litt\u00e9rature construit l\u2019homme par son aspect \u00e9ducatif et \u00e9motionnel. Elle nous apprend \u00e0 vivre, \u00e0 nous adapter \u00e0 la machine infernale de ce monde en vitesse, \u00e0 penser au fond du chaos, \u00e0 vivre malgr\u00e9 le d\u00e9sarroi et le d\u00e9sordre. La litt\u00e9rature peut nous transformer, comme le dit Antoine Compagnon\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0<em>Un essai de Montagne, une trag\u00e9die de Racine, un po\u00e8me de Baudelaire, le roman de Proust nous en apprennent plus sur la vie que de longs trait\u00e9s savants<\/em>\u00a0\u00bb (<em>La litt\u00e9rature pour quoi faire<\/em>\u00a0? p. 35).\u00a0 \u00a0Elle a le pouvoir de lib\u00e9rer l\u2019individu de sa soumission aux forces ext\u00e9rieures. La litt\u00e9rature est le refuge des solitaires, des bless\u00e9s, des pessimistes, des r\u00e9volutionnaires, des r\u00eaveurs\u2026etc.<\/p>\n<p>La litt\u00e9rature marocaine par exemple est un tissu de souffrances, de r\u00eaves, de peurs, de joies incompl\u00e8tes et de d\u00e9sirs inachev\u00e9s. Elle traduit la condition sociale marginalis\u00e9e de la plupart des marocains, d\u00e9masque les liens sociaux et familiaux dominants, r\u00e9interroge les valeurs sociales, d\u00e9nonce l\u2019injustice et remet en question la notion de l\u2019individu. Elle est l\u2019image et le produit de notre soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Chez les maghr\u00e9bins, l\u2019\u00e9criture est l\u2019espace o\u00f9 l\u2019\u00e9crivain se constitue comme mati\u00e8re de r\u00e9flexion. Il y a dans leurs textes le d\u00e9sir de repenser la notion de l\u2019individu \u00e0 travers la dualit\u00e9 de l\u2019identit\u00e9 et de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. Driss Chra\u00efbi repense les valeurs collectives, Abdelk\u00e9bir Khatibi se r\u00e9jouit de son rapport \u00e0 la fois amoureux et lib\u00e9rateur avec la litt\u00e9rature, Abdelwahad Meddeb puise son inspiration dans l\u2019h\u00e9ritage des anciens cherchant tout ce qui est \u00ab\u00a0autre\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0diff\u00e9rent\u00a0\u00bb, tout ce qui conduit \u00e0 une \u00e9criture cr\u00e9ative, en disant que\u00a0: <em>\u00ab\u00a0<\/em><em>nous sommes \u00e0 chaque seconde autres. Nous ne cessons de rena\u00eetre<\/em> (Phantasia p. 17).\u00a0\u00bb \u00a0Face \u00e0 l\u2019oubli et \u00e0 la mort, l\u2019\u00e9criture devient le refuge des m\u00e9moires tatou\u00e9es et le lieu des identit\u00e9s r\u00e9invent\u00e9es. Mohammed Khair-Eddine attache beaucoup d\u2019importance \u00e0 cette question identitaire qui se manifeste dans ses \u00e9crits \u00e0 travers les symboles de\u00a0: la famille, la religion, la g\u00e9n\u00e9alogie, l\u2019Etat, la tribu\u2026etc.<\/p>\n<p>D\u2019autres \u00e9crivains comme Kateb Yacine et Malek Haddad participent \u00e0 ce d\u00e9bat en remettant en cause leur langue d\u2019\u00e9criture. Ecrire dans une langue c\u2019est garantir une certaine identit\u00e9, v\u00e9hiculer un h\u00e9ritage culturel et donner \u00e0 l\u2019\u00e9criture une nouvelle dimension \u00e0 la fois esth\u00e9tique et id\u00e9ologique. De l\u2019amour bilingue \u00e0 l\u2019\u00e9tranget\u00e9 du \u00abje\u00bb, l\u2019\u00e9criture ravive les souvenirs du pass\u00e9 simple et donne \u00e0 la m\u00e9moire le pouvoir de la jouissance et de la s\u00e9duction. Tous ces exemples emprunt\u00e9s \u00e0 la litt\u00e9rature maghr\u00e9bine nous montrent \u00e0 quel point l\u2019\u00e9criture est au centre des pr\u00e9occupations de l\u2019homme.<\/p>\n<p>Fascin\u00e9 par l\u2019Histoire, Rachid Boudjedra d\u00e9clare que l\u2019\u00e9criture est sa seule passion, Mahi Binebine qui vient de remporter le Prix M\u00e9diterran\u00e9e de litt\u00e9rature 2020, la consid\u00e8re comme une affaire int\u00e9rieure, une sorte d\u2019\u00e9vasion. A travers une \u00e9criture humaniste, Kebir Mustapha Ammi s\u2019interroge sur le mensonge, l\u2019imposture et la cruaut\u00e9. Il renverse les r\u00f4les pour faire parler des personnages rejet\u00e9s par leurs communaut\u00e9s. Mokhtar Chaoui nous apprend \u00e0 \u00ab <em>d\u00e9cortiquer les sens de toutes les cr\u00e9atures et de saisir le langage commun<\/em> \u00bb. (Le Silence Blanc p. 167) Tous ces \u00e9crivains ont fait le pari d\u2019interroger leurs identit\u00e9s \u00e0 travers une \u00e9criture qui met \u00ab\u00a0l\u2019Autre\u00a0\u00bb au centre de ses finalit\u00e9s. L\u2019exp\u00e9rience po\u00e9tique a montr\u00e9 aussi que rien ne peut remplacer le r\u00f4le de l\u2019\u00e9criture. La\u00e2bi par exemple fait de ses po\u00e8mes un v\u0153u de lib\u00e9ration de soi en vue d\u2019une qu\u00eate de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. Selon Khalid Hadji, La\u00e2bi parvient \u00e0 d\u00e9velopper une \u00e9criture o\u00f9 l\u2019\u00e9vanescence du pays r\u00e9el ou nostalgique finit par l\u2019adaptation (et l\u2019adoption) de l\u2019\u00eatre \u00e0 la condition po\u00e9tique qui est inexpugnable.<\/p>\n<p>De ce fait, l\u2019\u00e9crivain marocain croit au pouvoir de l\u2019\u00e9criture m\u00eame dans une soci\u00e9t\u00e9 qui souffre d\u2019une crise de culture et d\u2019un taux de lecture tr\u00e8s faible.\u00a0 Faut-il soulever ici le probl\u00e8me de la situation des \u00e9crivains marocains\u00a0? Sans nul doute, tout \u00e9crivain marocain a lu d\u2019autres \u00e9crivains nationaux ou \u00e9trangers et a cherch\u00e9 une ascendance spirituelle pour continuer \u00e0 \u00e9crire malgr\u00e9 \u00a0sa condition d\u00e9senchant\u00e9e. \u00a0La plupart des lecteurs marocains avertis et non avertis s\u2019int\u00e9ressent aux litt\u00e9ratures \u00e9trang\u00e8res au lieu de promouvoir la litt\u00e9rature nationale pour diverses raisons\u00a0: qualit\u00e9 du produit litt\u00e9raire, l\u2019arrogance intellectuelle de certains critiques, dominance des \u0153uvres \u00e9trang\u00e8res programm\u00e9es aux \u00e9coles et \u00e0 l\u2019universit\u00e9, une quasi-absence de la critique universitaire, le go\u00fbt du lecteur, l\u2019imitation litt\u00e9raire, le probl\u00e8me de la r\u00e9p\u00e9tition\u2026etc. Tout cela n\u2019emp\u00eache pas les \u00e9crivains marocains de continuer \u00e0 \u00e9crire et \u00e0 produire des nouvelles \u0153uvres chaque ann\u00e9e, parce que l\u2019\u00e9criture pour eux est devenue un mode de vie.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9criture pour quoi faire\u00a0? Pour changer, pour d\u00e9ranger, pour cr\u00e9er un monde possible o\u00f9 le bonheur et la jouissance n\u2019ont aucune limite. On \u00e9crit par besoin et par n\u00e9cessit\u00e9 pour nous d\u00e9barrasser du bruit de nos cris et faire parler l\u2019enfant qui nous habite. L\u2019\u00e9criture nous d\u00e9voile la face cach\u00e9e de l\u2019homme, son aspect intime et solitaire, ses hallucinations et obsessions, sa peur ininterrompue de l\u2019avenir.<\/p>\n<p>Auteur: M&rsquo;hammed rahal<br \/>\n<a href=\"http:\/\/albayane.press.ma\/lecriture-pour-quoi-faire%EF%BB%BF.html\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par\u00a0Outhman Boutisane Rousseau sur les chemins de ses vagabondages, donne libre cours \u00e0 sa r\u00eaverie, Baudelaire \u00a0cherche inlassablement l\u2019instant fugitif, Rimbaud se voit un autre dans son \u00e9criture, Flaubert \u00a0d\u00e9clare que \u00abMadame Bovary est moi\u00bb, Edgar Alain Poe ensanglante ses mots, Kafka a laiss\u00e9 derri\u00e8re lui le silence infernal, il refusait \u00e0 son existence le [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1760,"featured_media":91731,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"","fifu_image_alt":"","footnotes":""},"categories":[73,54],"tags":[],"class_list":["post-91730","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualite","category-maroc"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/91730","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1760"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=91730"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/91730\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=91730"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=91730"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=91730"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}