{"id":92104,"date":"2020-07-12T04:00:00","date_gmt":"2020-07-12T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/ammar-mahjoubi-loligarchie-des-notables\/"},"modified":"2020-07-12T04:00:00","modified_gmt":"2020-07-12T08:00:00","slug":"ammar-mahjoubi-loligarchie-des-notables","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/ammar-mahjoubi-loligarchie-des-notables\/","title":{"rendered":"Ammar Mahjoubi: L\u2019oligarchie des notables"},"content":{"rendered":"<p class=\"c3\"><span class=\"c2\"><em><strong>Par Ammar Mahjoubi &#8211;<\/strong><\/em><\/span> <strong>En choisissant <em>ce titre pour un long paragraphe de son livre sur Le pain et le cirque, P. Veyne commence par citer Aristote et Max Weber. Le premier consid\u00e8re qu\u2019 \u00abil y a changement de la d\u00e9mocratie en oligarchie, si une classe riche est plus puissante que la multitude, et que cette derni\u00e8re se d\u00e9sint\u00e9resse des affaires de l\u2019Etat.\u00bb<\/em> (Politique, V, 12) et Weber ajoute : <em>\u00abToute d\u00e9mocratie directe tend \u00e0 se convertir en gouvernement des notables.\u00bb<\/em> (Economie et soci\u00e9t\u00e9, Vol 1 p 298). Conversion r\u00e9alis\u00e9e en Gr\u00e8ce, \u00e0 l\u2019\u00e9poque hell\u00e9nistique. Dans les cit\u00e9s o\u00f9 la vieille cat\u00e9gorie sociale des guerriers, l\u2019aristocratie des cavaliers, exer\u00e7ait une d\u00e9mocratie directe, une mutation totale avait transform\u00e9 le corps social. Cette vieille caste avait disparu, et laiss\u00e9 la place \u00e0 une classe sociale plus \u00e9troite et moins <em>\u00abtyp\u00e9e\u00bb<\/em>. Aussi les historiens de l\u2019\u00e9poque hell\u00e9nistique l\u2019ont-ils appel\u00e9e, souvent, une bourgeoisie. Une classe dirigeante de gens <em>\u00abbien-pensants, mod\u00e9r\u00e9s\u00bb<\/em>, que l\u2019in\u00e9galit\u00e9 \u00e9conomique avait plac\u00e9e \u00e0 la t\u00eate de la soci\u00e9t\u00e9. Riche, poss\u00e9dante, elle h\u00e9ritait naturellement du pouvoir qui<\/strong> <em><strong>\u00abva aux capacit\u00e9s mat\u00e9rielles et morales qui se trouvent \u00eatre ordinairement un privil\u00e8ge de la richesse. C\u2019est l\u00e0, pr\u00e9cis\u00e9ment, ce qu\u2019on appelle un gouvernement de notables.\u00bb<\/strong><\/em><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Sans-titre-2(53).jpg\" width=\"40%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"left\" alt=\"\"\/>A th\u00e8nes (o\u00f9 la citoyennet\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 \u00e9largie, d\u00e9passant le cercle \u00e9troit des poss\u00e9dants) certes est par rapport \u00e0 la majorit\u00e9 des cit\u00e9s grecques un cas particulier, car il se pourrait que ces cit\u00e9s aient \u00e9t\u00e9 toujours oligarchiques. Mais les raisons qui expliquent que les notables ath\u00e9niens aient pris le pouvoir, \u00e0 l\u2019\u00e9poque hell\u00e9nistique, dans cette d\u00e9mocratie directe o\u00f9 le pouvoir \u00e9tait exerc\u00e9 depuis longtemps par le peuple, expliquent aussi pourquoi ils le d\u00e9tenaient, dans la majorit\u00e9 des cit\u00e9s: \u00abToute d\u00e9mocratie directe est pesante, et les in\u00e9galit\u00e9s \u00e9tant cumulatives, la classe riche tendait naturellement \u00e0 \u00eatre classe dirigeante.\u00bb<\/p>\n<p>D\u2019une cit\u00e9 hell\u00e9nistique \u00e0 l\u2019autre, les institutions \u00e9taient bien entendu diff\u00e9rentes: elles \u00e9taient plus ou moins censitaires. Mais la fa\u00e7ade restait d\u00e9mocratique, m\u00eame si le fonctionnement des institutions l\u2019\u00e9tait moins, et si le conseil, la \u00ab\u00a0 synarchiai\u00bb, prenait le pas sur l\u2019Assembl\u00e9e. Comme au temps de D\u00e9mosth\u00e8ne et d\u2019Alexandre de Mac\u00e9doine, la politique, toujours faite par des orateurs, restait ouverte au m\u00e9rite. Veyne cite, parmi les hommes politiques importants \u00e0 cette \u00e9poque, deux exemples: celui d\u2019Euthyd\u00e8me, de Mylasa en Carie, qui, h\u00e9ritier d\u2019une belle fortune, devint, gr\u00e2ce \u00e0 son talent, un personnage important dans sa patrie et un homme r\u00e9put\u00e9 \u00abdans toute l\u2019Asie\u00bb ; et celui d\u2019Hybr\u00e9as, qui \u00e9tait pauvre et avait exerc\u00e9 des offices mineurs, mais dont la r\u00e9putation ne cessa de grandir \u00e0 Mylasa au Ier si\u00e8cle avant le Christ, et qui, apr\u00e8s la mort d\u2019Euthyd\u00e8me, \u00abdevint le vrai ma\u00eetre de la cit\u00e9\u00bb. Auparavant, il s\u2019\u00e9tait frott\u00e9 aux avocats et avait gagn\u00e9 de l\u2019argent. Certes, son talent l\u2019avait beaucoup servi, mais \u00absans argent, on n\u2019a pas le loisir ni le rang social qui conviennent pour faire de la politique.\u00bb<\/p>\n<p>Si, \u00e0 cette \u00e9poque hell\u00e9nistique, la carri\u00e8re politique demeure ouverte au m\u00e9rite, encore faut-il avoir aussi du loisir et de la culture, et faut-il surtout assumer des \u00e9verg\u00e9sies. L\u2019\u00e9verg\u00e9tisme,\u00a0 qui fait qu\u2019on ne peut devenir magistrat sans payer, \u00e9levant ainsi un mur d\u2019argent. Veyne cite Louis Robert : \u00abLe r\u00e9gime de la cit\u00e9 grecque subsiste, avec les modifications dans la pratique politique qu\u2019entra\u00eene de plus en plus le syst\u00e8me de l\u2019\u00e9verg\u00e9sie des bienfaiteurs, qui assument charges et magistratures et accumulent les honneurs.\u00bb (Annuaire du coll\u00e8ge de France, 1971, p. 541).\u00a0 Le m\u00e9rite n\u2019est\u00a0 donc efficace\u00a0 que si on a h\u00e9rit\u00e9 quelque aisance, ou si on l\u2019a acquise. Ainsi la d\u00e9mocratie \u00e9tait tomb\u00e9e aux mains des notables.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s Aristote, la diversit\u00e9 des r\u00e9gimes est due \u00e0 la diversit\u00e9 de la mati\u00e8re sociale qui les constitue (Politique, IV, 3). Or l\u2019in\u00e9galit\u00e9 sociale, dans une d\u00e9mocratie directe, a des effets beaucoup plus profonds que dans une d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative, o\u00f9 la participation du corps civique \u00e0 la politique est all\u00e9g\u00e9e, au point de ne prendre que quelques minutes aux citoyens, le jour des \u00e9lections. Si bien que la pl\u00e8be des cit\u00e9s grecques avait non seulement laiss\u00e9 les seuls notables gouverner, mais sa lassitude politique aidant, elle n\u2019avait cess\u00e9 d\u2019affaiblir sa participation. \u00abLes pauvres, m\u00eame sans participer aux honneurs, ne demandent pas mieux que de se tenir tranquilles, \u00e0 conditions qu\u2019on ne leur fasse pas violence et qu\u2019on ne les prive d\u2019aucun de leurs biens. Chacun trouve plus agr\u00e9able de cultiver sa terre que de s\u2019occuper de politique et d\u2019\u00eatre magistrat\u00bb (Aristote, Politique, IV,13 ; VI,4). Alors que le devoir du citoyen, dans une d\u00e9mocratie de la Gr\u00e8ce antique, \u00e9tait de s\u2019adonner \u00e0 la politique, de lui consacrer le plus clair de son temps, de s\u2019en occuper et s\u2019en pr\u00e9occuper autant que, de nos jours, le ferait un militant actif dans un parti politique, la d\u00e9fection avait atteint des proportions intol\u00e9rables. Il \u00e9tait devenu m\u00eame difficile de r\u00e9unir, \u00e0 Ath\u00e8nes, le nombre suffisant de citoyens : les neuf dixi\u00e8mes \u00e9taient absents et il aurait aussi fallu refouler vers la Pnyx, o\u00f9 se r\u00e9unissait l\u2019Eccl\u00e9sia (l\u2019assembl\u00e9e du peuple), les oisifs attard\u00e9s au march\u00e9.<\/p>\n<p>Deux raisons sont avanc\u00e9es par Veyne \u00e0 cette d\u00e9saffection : le manque d\u2019int\u00e9r\u00eat des citoyens et leur manque de loisir. On ne pouvait donc continuer \u00e0 exiger, par esprit civique, une participation gratuite, et refuser l\u2019indemnisation \u00e9tait devenu synonyme d\u2019une r\u00e9servation aux riches de toute l\u2019activit\u00e9 politique. P\u00e9ricl\u00e8s d\u00e9cida alors d\u2019instituer l\u2019indemnit\u00e9, d\u2019abord pour les jur\u00e9s, ce qui, pour Platon, \u00abrendit les Ath\u00e9niens paresseux, l\u00e2ches, bavards et cupides\u00bb (Gorgias, 515D). Une autre indemnit\u00e9 ne tarda pas \u00e0 \u00eatre accord\u00e9e, au d\u00e9but du IVe si\u00e8cle avant le Christ, \u00e0 tous ceux qui assistaient aux s\u00e9ances de l\u2019Assembl\u00e9e du peuple : \u00e9tait-ce pour encourager la participation ou, plut\u00f4t, pour porter secours aux pauvres ? Comme le laisse penser Aristophane dans les Gu\u00eapes, o\u00f9 il affirme que l\u2019indemnit\u00e9 des jur\u00e9s \u00e9tait la ressource principale des milliers de pauvres. Quoique devenue n\u00e9cessaire, cette mesure ne manqua pas de soulever \u00e0 son tour de vives pol\u00e9miques.<\/p>\n<p>Veyne cite encore Platon (Gorgias, 520D,520E,521), qui admet les salaires servis aux artistes, aux architectes et aux m\u00e9decins, mais s\u2019\u00e9l\u00e8ve contre l\u2019indemnit\u00e9 consentie aux citoyens, tout comme contre l\u2019enseignement salari\u00e9 des sophistes. Mais \u00e0 ces refus, pour des motifs \u00e9lev\u00e9s, se m\u00ealaient d\u2019autres, qui l\u2019\u00e9taient beaucoup moins ; ceux des riches, car ils devaient, d\u2019une part, supporter sous forme d\u2019imp\u00f4ts le poids de cette indemnit\u00e9, et celle-ci permettait, d\u2019autre part, \u00e0 l\u2019ensemble des citoyens de se m\u00ealer des affaires publiques, et d\u2019en partager la gestion avec ceux qui avaient les moyens, et donc le droit, de gouverner la cit\u00e9. On peut donc conclure que toute d\u00e9mocratie directe \u00e9tait menac\u00e9e par la conjonction de deux facteurs : le d\u00e9sir des oligarques, qui voulaient se r\u00e9server le pouvoir, et la d\u00e9motivation des citoyens, car la constitution d\u2019Ath\u00e8nes, adopt\u00e9e lors de la r\u00e9volution de Clisth\u00e8ne, exigeait de la masse des citoyens un degr\u00e9 de participation qui n\u2019\u00e9tait pas durable. Sans compter le d\u00e9couragement des d\u00e9mocrates motiv\u00e9s, sans cesse confront\u00e9s, dans cette assembl\u00e9e nombreuse et h\u00e9t\u00e9roclite, \u00e0 des d\u00e9cisions contraires \u00e0 leurs convictions. Un retour \u00e0 l\u2019oligarchie censitaire ne devait \u00e9veiller en eux que peu de regrets. Vers la fin du IVe si\u00e8cle avant le Christ, Ath\u00e8nes adopta\u00a0 un r\u00e9gime d\u00e9mocratique mod\u00e9r\u00e9ment censitaire.<\/p>\n<p>Remplacer, par contre, le suffrage universel par un suffrage censitaire est tout \u00e0 fait impossible dans toutes les d\u00e9mocraties actuelles. On peut certes le supprimer, le truquer ou lui enlever toute signification, mais on ne peut plus le r\u00e9server ouvertement aux riches, d\u2019autant qu\u2019il est accompli par les citoyens sans aucune peine, ne leur co\u00fbtant que quelques minutes, le jour des \u00e9lections. Mais c\u2019est la diff\u00e9rence entre la citoyennet\u00e9 grecque et la citoyennet\u00e9 actuelle, dans les d\u00e9mocraties occidentales, qui est la plus importante. L\u2019universalisme de celle-ci, absent dans les cit\u00e9s grecques, est d\u00fb \u00e0 des raisons historiques et tire son origine des r\u00e9gimes monarchiques, et non pas, assure Veyne, de l\u2019universalisme chr\u00e9tien, comme on le suppose parfois, \u00e0 tort.<\/p>\n<p>Sachant que l\u2019id\u00e9ologie de la umma islamique, son universalisme politique auquel se cramponnent encore certains illumin\u00e9s, n\u2019a rien d\u2019\u00e9quivalent, politiquement, dans le monde chr\u00e9tien. Les citoyens des d\u00e9mocraties occidentales actuelles ont tout simplement pris la suite des sujets du roi, car tout homme qui naissait dans le royaume \u00e9tait le sujet de son souverain. Le citoyen grec, par contre, faisait partie d\u2019un groupe constitu\u00e9 et organis\u00e9, qui \u00e9tait libre du choix de ses membres. Platon dans les lois, comme dans plusieurs autres textes, indique que la cit\u00e9 grecque d\u00e9bute par un tri initial, par un parti-pris s\u00e9lectif. On choisit, parmi les habitants d\u2019une agglom\u00e9ration ceux qui seront des citoyens, qui composeront la cit\u00e9 au sens politique et juridique du terme. On laisse \u00e9videmment de c\u00f4t\u00e9 les esclaves, on ne retient pas, non plus, les m\u00e9t\u00e8ques, qui sont des \u00e9trangers domicili\u00e9s et on exclut \u00e9galement les pauvres, d\u00e9pourvus d\u2019un patrimoine \u00e0 une seule exception, celle d\u2019Ath\u00e8nes, qui avait \u00e9largi la citoyennet\u00e9 aux d\u00e9munis. Ferm\u00e9, h\u00e9r\u00e9ditaire, le corps civique grec \u00e9tait donc une institution et non une donn\u00e9e ; et il \u00e9tait impensable que des m\u00e9t\u00e8ques, m\u00eame s\u2019ils \u00e9taient \u00e9tablis dans la cit\u00e9 depuis plusieurs g\u00e9n\u00e9rations, fussent dot\u00e9s de la citoyennet\u00e9.<\/p>\n<p>Veyne se demande ainsi, en rapport avec cette conception antique de la citoyennet\u00e9, si le racisme yankee, comme celui des adeptes de l\u2019apartheid, en Afrique du Sud, \u00ab ne viennent pas de l\u2019origine coloniale de ces nations : le groupe civique, aux Etats Unis comme en Afrique du Sud, est un groupe d\u2019\u00e9migr\u00e9s qui se sont choisis \u00e0 l\u2019origine. On pourrait ajouter le racisme isra\u00e9lien qui, bien qu\u2019avec des motivations religieuses suppl\u00e9mentaires, et celles d\u2019une ethnicit\u00e9 invent\u00e9e, est aussi le racisme des groupes successifs d\u2019\u00e9migr\u00e9s, et r\u00e9sulte de l\u2019origine coloniale de l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl.<\/p>\n<p>De cette diff\u00e9rence entre deux conceptions de la citoyennet\u00e9 d\u00e9coule, au plan moral, une cons\u00e9quence importante : puisque dans la Gr\u00e8ce antique, la citoyennet\u00e9 existait par convention, et non pas de fa\u00e7on naturelle, elle \u00e9tait susceptible de variations, de s\u2019\u00e9largir ou de se restreindre. Le retour \u00e0 l\u2019oligarchie donc \u00e9tait toujours possible. Faute d\u2019universalisme, d\u2019extension de la citoyennet\u00e9 \u00e0 tous les habitants d\u2019une agglom\u00e9ration, et faute aussi de participation des citoyens, dans une d\u00e9mocratie directe, l\u2019in\u00e9galit\u00e9 sociale avait pu transformer les cit\u00e9s hell\u00e9nistiques en r\u00e9publiques des notables. Mais l\u2019autoritarisme, la contrainte ne pouvaient perdurer ind\u00e9finiment et tout r\u00e9gime, pour subsister, devait chercher les moyens de se l\u00e9gitimer. Tocqueville, cit\u00e9 par Veyne, affirme que \u00abLe principe de la souverainet\u00e9 du peuple r\u00e9side au fond de tous les gouvernements et se cache sous les institutions les moins libres\u00bb (Souvenirs, \u00e9d. 1942, p. 220)<\/p>\n<p>M\u00eame si les gouvern\u00e9s, dans le r\u00e9gime des notables, n\u2019\u00e9taient que des citoyens passifs, il fallait que les gouvernants puissent gagner leur confiance, qu\u2019ils sachent se mod\u00e9rer, malgr\u00e9 la tendance des oligarchies \u00e0 abuser et \u00e0 r\u00e9primer, les pratiques politiques les plus simples \u00e9tant de piller les fonds publics. A cet \u00e9gard, et pour conclure, citons, apr\u00e8s Veyne, Aristote : \u00abLes lois et les autres institutions doivent \u00eatre ordonn\u00e9es de telle fa\u00e7on que le service de l\u2019Etat ne puisse jamais \u00eatre une source de profit. La masse du peuple n\u2019est pas m\u00e9contente d\u2019\u00eatre exclue de l\u2019exercice du pouvoir, ce qui l\u2019irrite, c\u2019est de penser que les magistrats mettent le tr\u00e9sor public au pillage, et alors deux choses excitent \u00e0 la fois sa mauvaise humeur : son exclusion des honneurs et son exclusion des profits. La seule mani\u00e8re de faire coexister l\u2019aristocratie et la d\u00e9mocratie ne peut consister que dans l\u2019interdiction de s\u2019enrichir par l\u2019exercice d\u2019une fonction publique. Gr\u00e2ce \u00e0 cette interdiction, il sera possible de satisfaire \u00e0 la fois les notables et les gens du peuple : d\u2019une part accessibilit\u00e9 de tous aux emplois publics, ce qui sera d\u00e9mocratique, de l\u2019autre, pr\u00e9sence des notables au sein du gouvernement, ce qui sera aristocratique. On y parviendra s\u2019il est impossible de retirer un profit des fonctions publiques. Les pauvres ne voudront plus les exercer parce qu\u2019ils n\u2019auront aucun profit \u00e0 en attendre et pr\u00e9f\u00e9reront s\u2019occuper de leurs affaires priv\u00e9es, et les gens riches seront aptes \u00e0 les remplir, parce qu\u2019ils n\u2019ont nullement besoin des biens publics en sus des leurs. \u00bb (Politique, V, 8(1308B30)<\/p>\n<p class=\"c4\"><strong>Ammar Mahjoub<\/strong><\/p>\n<p class=\"c5\"><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/le_mensuel_abonnez_vous\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Bondou(9).jpg\" alt=\"\" width=\"500\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"128\" align=\"middle\"\/><\/a><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/30251-ammar-mahjoubi-l-oligarchie-des-notables\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Ammar Mahjoubi &#8211; En choisissant ce titre pour un long paragraphe de son livre sur Le pain et le cirque, P. 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