{"id":92221,"date":"2020-07-13T11:18:00","date_gmt":"2020-07-13T15:18:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/15-juillet-1960-il-y-a-60-ans-les-premiers-casques-bleus-tunisiens-au-service-de-la-paix-au-congo-1partie-4\/"},"modified":"2020-07-13T11:18:00","modified_gmt":"2020-07-13T15:18:00","slug":"15-juillet-1960-il-y-a-60-ans-les-premiers-casques-bleus-tunisiens-au-service-de-la-paix-au-congo-1partie-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/15-juillet-1960-il-y-a-60-ans-les-premiers-casques-bleus-tunisiens-au-service-de-la-paix-au-congo-1partie-4\/","title":{"rendered":"15 juillet 1960 :  Il y a 60 ans, les Premiers Casques Bleus Tunisiens au service de la Paix au Congo (1\u00b0partie \/ 4)"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c2\"><em><strong><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Ben-Kaim.jpg\" alt=\"\" width=\"20%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"left\"\/>Par le Colonel (r) Boubaker Benkraiem &#8211;<\/strong><\/em><\/span> Le Congo-ex Belge est situ\u00e9 au centre de l\u2019Afrique. C\u2019est l\u2019un des pays africains les plus vastes. Travers\u00e9 d\u2019est en ouest par l\u2019immense fleuve qui lui a donn\u00e9 son nom, grand comme dix- huit fois notre pays, le Congo est extraordinairement riche par son sol, ses terres, ses for\u00eats, et surtout par ses ressources mini\u00e8res: en effet, cuivre, cobalt, uranium et diamant entre autres ont fait que ce pays int\u00e9ressait et int\u00e9resse toutes les grandes puissances tant occidentales que de l\u2019ex-bloc de l\u2019Est. Celles-ci et celles-l\u00e0 se sont tellement impliqu\u00e9es dans les affaires de ce pays que les luttes intestines pour le pouvoir ont dur\u00e9 pr\u00e8s d\u2019un demi-si\u00e8cle, c\u2019est-\u00e0-dire depuis le premier mois de son ind\u00e9pendance (juin1960).<\/p>\n<p>Propri\u00e9t\u00e9 du roi des belges L\u00e9opold II depuis 1876, c\u2019est suite aux pressions ext\u00e9rieures, en particulier celles de la Grande Bretagne, que la Belgique assuma la responsabilit\u00e9 formelle de cette colonie depuis 1908. Mais rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 fait pour l\u2019\u00e9mancipation des habitants de ce pays dont la population, du fait du manque derecensement viable et s\u00e9rieux, \u00e9tait estim\u00e9e \u00e0 pr\u00e8s de15 Millions en 1960 et de 96 millions aujourd\u2019hui. D\u2019ailleurs le sentiment de la nationalit\u00e9 \u00e9tait absent, ce qui n\u2019avait rien de surprenant, car la population appartient \u00e0 plus de deux cents tribus diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p>Le colonisateur n\u2019a rien fait pour d\u00e9velopper le pays et naturellement le niveau de la population a \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019image de son \u00e9lite qui \u00e9tait, en fait, inexistante.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s peu de congolais ont donn\u00e9 \u00e0 leurs enfants une instruction, g\u00e9n\u00e9ralement en dehors de leurs fronti\u00e8res et la majorit\u00e9 de la population \u00e9tait illettr\u00e9e. Non seulement l\u2019\u00e9ducation ou la formation culturelle n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 le souci du colonisateur, mais encore celui-ci a encourag\u00e9 le tribalisme, ce fl\u00e9au et ce clivage destructeurs. Ceux-ci ont fait perdre \u00e0 ce merveilleux peuple congolais, une bonne partie de sa jeunesse sacrifi\u00e9e, b\u00eatement et inutilement, dans les guerres tribales entre les diff\u00e9rentes ethnies qui composent ce pays et qui duraient parfois des ann\u00e9es, avant de reprendre, du fait de l\u2019esprit de vengeance, une d\u00e9cennie plus tard.<\/p>\n<p>Cependant vers les ann\u00e9es 1920, et dans les grandes villes du pays quelques groupes parmi les alphab\u00e9tis\u00e9s commen\u00e7aient \u00e0 s\u2019unir. Cette \u00e9lite naissante ne d\u00e9fiait pas ouvertement le syst\u00e8me colonial et leurs dol\u00e9ances \u00e9taient essentiellement centr\u00e9es sur le traitement in\u00e9gal dont les Congolais \u00e9duqu\u00e9s \u00e9taient victimes.<\/p>\n<p>Le pays connut des crises s\u00e9rieuses suite \u00e0 une mutinerie de la force publique (les forces de s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure) \u00e0 Luluabourg en1944, \u00e0 des \u00e9meutes \u00e0 Matadi en1945 et rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 fait par le colonisateur belge pour pr\u00e9parer et roder une classe dirigeante congolaise \u00e0 l\u2019exercice d\u2019un pouvoir effectif, ne serait-ce que local.<\/p>\n<p>La population urbaine doubla en quelques ann\u00e9es, et en1956, 22% des habitants vivaient dans les centres urbains. Cette situation bouleversera toutes les donn\u00e9es. La scolarisation connut \u00e9galement une expansion tr\u00e8s rapide \u00e0 partir de 1949 et le taux de scolarit\u00e9 qui \u00e9tait de 12% en 1940 atteignit 37% en 1954. L\u2019enseignement sup\u00e9rieur \u00e9tait inexistant et le secondaire, pour les Congolais, commen\u00e7ait \u00e0 s\u2019organiser en 1956 mais le d\u00e9chet scolaire \u00e9tait \u00e9norme : un \u00e9l\u00e8ve sur douze terminait le cycle primaire et parmi eux, un sur six seulement acc\u00e9dait au secondaire.<\/p>\n<p>Alors qu\u2019en Belgique, un d\u00e9bat public sur l\u2019\u00e9volution politique proposait un plan d\u2019\u00e9mancipation du Congo en trente ans, ce plan fit au Congo et surtout dans le milieu urbain de L\u00e9opoldville, office de d\u00e9tonateur ou de catalyseur.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, un manifeste fut aussit\u00f4t publi\u00e9 \u00e0 L\u00e9opoldville. Il pr\u00f4nait l\u2019ind\u00e9pendance du Congo tout en rejetant comme abusif le terme de trente ans. Cette id\u00e9e s\u2019acc\u00e9l\u00e9rera, en 1959, apr\u00e8s les \u00e9meutes sanglantes de L\u00e9opoldville o\u00f9 il y a eu 49 morts et 290 bless\u00e9s.<\/p>\n<p>Le 13 janvier 1959, un message du Roi des belges reconnut le droit des congolais \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance. Il demanda que cela soit fait sans pr\u00e9cipitation inconsid\u00e9r\u00e9e. Le gouvernement belge appela, en novembre 1959, les leaders politiques congolais \u00e0 une table ronde belgo-congolaise. Celle-ci eut lieu \u00e0 Bruxelles en janvier 1960.<\/p>\n<p>C\u2019est d\u2019ailleurs \u00e0 cette conf\u00e9rence que fut d\u00e9cid\u00e9e la date de l\u2019ind\u00e9pendance, soit le 30 juin 1960. Bien que la Belgique ait souhait\u00e9 une p\u00e9riode transitoire dans laquelle elle maintiendrait, pour un certain temps, les postes-cl\u00e9s de la D\u00e9fense nationale, des Affaires \u00e9trang\u00e8res et de la monnaie, le Front congolais en d\u00e9cida autrement: l\u2019ind\u00e9pendance ne devait souffrir d\u2019aucune limitation et devait \u00eatre compl\u00e8te et totale. Mais ce Front se disloqua dans la suite du d\u00e9bat sur les institutions \u00e0 cr\u00e9er et le compromis trouv\u00e9 \u00e9tait tr\u00e8s mince.<\/p>\n<p>Au parlement, nombreuses furent les demandes et tentatives de d\u00e9membrement du syst\u00e8me provincial : Les Balubas d\u2019un c\u00f4t\u00e9, les Luluas de l\u2019autre, exigeaient leur province propre et une tentative de s\u00e9cession du Katanga, pr\u00e9par\u00e9e par des colons et des membres du parti Conakat, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9jou\u00e9e de justesse par les services belges avant m\u00eame le jour J du 30 juin 1960.<\/p>\n<p>Le Congo, malheureusement, ne devait jamais conna\u00eetre de transition graduelle et pacifique au cours de laquelle un programme de formation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e e\u00fbt pu pr\u00e9parer une \u00e9lite d\u2019administrateurs civils, capables de prendre en main les destin\u00e9es de leur pays.<\/p>\n<p>Un tel d\u00e9lai e\u00fbt \u00e9t\u00e9 inappr\u00e9ciable parce que ce pays, divis\u00e9 en six provinces, d\u00e9pendait enti\u00e8rement pour son administration, sa s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure et sa prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique de la comp\u00e9tence technique et de l\u2019exp\u00e9rience des Belges. Ceux-ci avaient tenu \u00e0 conserver tout le pouvoir entre leurs mains, mais la roue \u00e9tait sur le point d\u2019accomplir un tour complet. Ils poss\u00e9daient ou contr\u00f4laient toutes les richesses min\u00e9rales.<\/p>\n<p>Les \u00e9lections donn\u00e8rent une position forte aux partis dits \u00abextr\u00e9mistes\u00bb et sp\u00e9cialement au M.N.C. de Patrice Lumumba et \u00e0 ses alli\u00e9s directs.<\/p>\n<p>Les partisans des candidats \u00e0 la pr\u00e9sidentielle de toutes les tendances et de la plupart des partis politiques qui ont prolif\u00e9r\u00e9 tr\u00e8s rapidement ont perturb\u00e9 l\u2019ordre public; des formes de violence et des s\u00e9vices contre les Europ\u00e9ens ont justifi\u00e9 l\u2019intervention militaire belge au Katanga et au Kassa\u00ef et tout cela d\u00e9clencha une catastrophique escalade des \u00e9v\u00e9nements:<\/p>\n<p class=\"c3\"><span class=\"c2\"><strong>1-<\/strong><\/span> proclamation de la s\u00e9cession du Katanga par Mo\u00efse Tshomb\u00e9,<\/p>\n<p class=\"c3\"><span class=\"c2\"><strong>2-<\/strong><\/span> rupture des relations entre la Belgique et les autorit\u00e9s centrales congolaises,<\/p>\n<p class=\"c3\"><span class=\"c2\"><strong>3-<\/strong><\/span> et menaces s\u00e9rieuses d\u2019intervention \u00e9trang\u00e8re et risques pour la paix internationale.<\/p>\n<p>La nouvelle R\u00e9publique avec Joseph Kasavubu comme pr\u00e9sident et Patrice Lumumba comme premier ministre, connut tr\u00e8s vite des troubles. En moins de quarante-huit heures, des \u00e9meutes tribales se produisirent dans la capitale et en divers endroits du pays. La \u00abForce Publique\u00bb, comptant vingt-cinq mille hommes, se mutina en de nombreux points, chassa ses officiers blancs, se mit \u00e0 piller et \u00e0 d\u00e9truire les propri\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes. Elle maltraita ou tua beaucoup des cent mille belges qui \u00e9taient rest\u00e9s pour assurer l\u2019administration ou s\u2019occuper de leurs affaires. Devant cette situation catastrophique, la Belgique envoya malgr\u00e9 l\u2019opposition du gouvernement congolais, des parachutistes et d\u2019autres unit\u00e9s d\u2019\u00e9lite qui r\u00e9tablirent la situation en certains des points les plus chauds et prot\u00e9g\u00e8rent l\u2019exode d\u2019une masse de civils terrifi\u00e9s. En peu de temps, il y eut dix mille soldats belges dans le pays, la Force Publique cessa virtuellement d\u2019exister et Mo\u00efse Tshomb\u00e9, pr\u00e9sident de la riche province du Katanga, proclama l\u2019ind\u00e9pendance de celle-ci.<\/p>\n<p>Le Katanga fournissant la moiti\u00e9 des revenus du Congo, cette s\u00e9cession constituait une v\u00e9ritable catastrophe. Le gouvernement central ne pouvait faire grand-chose pour forcer Tshomb\u00e9 \u00e0 revenir dans le giron national. D\u2019ailleurs, le 11 juillet 1960, Lumumba demanda \u00e0 Mr Ralph Bunche, repr\u00e9sentant de Mr Dag Hammarjshoeld, Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9ral des Nations Unies, l\u2019aide des Nations Unies pour r\u00e9tablir l\u2019ordre dans l\u2019Arm\u00e9e Nationale Congolaise (A.N.C.), nouveau nom donn\u00e9 \u00e0 la Force Publique, soulignant l\u2019incapacit\u00e9 de l\u2019ANC, command\u00e9e par l\u2019ex adjudant Lundula, promu G\u00e9n\u00e9ral, \u00e0 ramener l\u2019ordre \u00e0 L\u00e9opoldville et encore moins dans le reste du pays.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi le Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral des Nations Unies, Mr Dag Hammarskjoeld, en accord avec le Conseil de S\u00e9curit\u00e9, r\u00e9pondit favorablement et d\u00e9cida une action de grande envergure des casques bleus. Une demande urgente a \u00e9t\u00e9 faite \u00e0 plusieurs pays, neutres et non-align\u00e9s, pour l\u2019envoi de troupes au Congo, dont la Tunisie.<\/p>\n<p>Le repr\u00e9sentant de la Tunisie aux Nations Unies feu Mongi Slim, compagnon de lutte de Bourguiba et tr\u00e8s fin politique, candidat \u00e0 la pr\u00e9sidence de la 16\u00b0 session de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations Unies et qui la pr\u00e9sidera deux mois plus tard, se fit un point d\u2019honneur pour que le contingent tunisien soit le premier \u00e0 fouler le sol congolais.<\/p>\n<p>Le gouvernement tunisien donna son feu vert \u00e0 la participation de l\u2019arm\u00e9e tunisienne dans cette mission de maintien de la Paix au Congo. C\u2019est alors qu\u2019une course contre la montre s\u2019engagea pour l\u2019Etat-major tunisien. Celui-ci doit, en quelques jours, former, en agissant par pr\u00e9l\u00e8vement sur les Unit\u00e9s existantes et par voie de volontariat, deux bataillons d\u2019infanterie qui prirent l\u2019appellation de 9\u00b0 et 10\u00b0 bataillon. L\u2019Etat-major fonctionna sans discontinuer, jour et nuit: il fallait, en tr\u00e8s peu de temps, cr\u00e9er, organiser, \u00e9quiper, armer, et pr\u00e9parer deux mille cinq cents hommes \u00e0 partir sur * un th\u00e9\u00e2tre d\u2019op\u00e9rations * se trouvant \u00e0 plusieurs milliers de kilom\u00e8tres de notre pays.<\/p>\n<p>Les volontaires afflu\u00e8rent de partout. Les Unit\u00e9s implant\u00e9es sur la fronti\u00e8re ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s peu mises \u00e0 contribution et pour cause. Quant \u00e0 nous, jeunes officiers, de vingt-deux \u00e0 vingt-huit ans d\u2019\u00e2ge, forts de notre petite exp\u00e9rience des fronti\u00e8res, l\u00e9g\u00e8rement aguerris, port\u00e9s par le go\u00fbt du risque et de l\u2019aventure, anim\u00e9s par l\u2019esprit de curiosit\u00e9 et de d\u00e9couverte, nous \u00e9tions tous volontaires pour encadrer les unit\u00e9s partantes. Nonobstant les dangers d\u2019une mission nouvelle que nous allons accomplir pour la premi\u00e8re fois de notre carri\u00e8re, nous voulions surtout d\u00e9couvrir cette belle et myst\u00e9rieuse partie de notre continent africain.<\/p>\n<p>En effet, le 15 Juillet 1960, les premiers soldats du fameux contingent tunisien command\u00e9 par le Colonel Lasmar Bouzaiane partaient pour L\u00e9opoldville pour vivre une belle \u00e9pop\u00e9e qui durera pr\u00e8s de trois ans, avec un interm\u00e8de de six mois caus\u00e9 par la guerre de Bizerte. La Brigade \u00e9tait compos\u00e9e de deux bataillons d\u2019infanterie et de quelques services de soutien dont une compagnie de clique et de musique qui aura beaucoup de succ\u00e8s. La particularit\u00e9 de\u00a0 cette Grande Unit\u00e9 \u00e9tait que plus de quatre-vingt-dix pour cent de son encadrement en officiers subalternes \u00e9taient des Lieutenants de la 1\u00b0 Promotion, c\u2019est-\u00e0-dire de la Promotion Bourguiba. C\u2019\u00e9tait la raison pour laquelle notre Brigade \u00e9tait surnomm\u00e9e \u00abla Brigade des Lieutenants\u00bb puisque cinquante et un camarades de promotion s\u2019\u00e9taient trouv\u00e9s r\u00e9unis ensemble pour remplir cette grande et belle mission humanitaire et s\u00e9curitaire.<\/p>\n<p>Notre pari, celui d\u2019\u00eatre les premiers casques bleus \u00e0 fouler la Terre congolaise a \u00e9t\u00e9 tenu et un gigantesque pont a\u00e9rien, compos\u00e9 essentiellement de *Globemaster * am\u00e9ricains a permis le transport de tout le contingent en quelques jours. Commenc\u00e8rent aussit\u00f4t la perception des tenues de combat, des b\u00e9rets bleus, des v\u00e9hicules et l\u2019implantation des Unit\u00e9s.<\/p>\n<p>Le 15 juillet 1960, la radio annon\u00e7a que le Lt G\u00e9n\u00e9ral su\u00e9dois Carl Von Horn, le Chef d\u2019Etat-major de l\u2019Organisation charg\u00e9e de la surveillance de la tr\u00eave en Palestine (U.N.T.S.O) depuis 1958, \u00e9tait d\u00e9sign\u00e9 pour commander les Forces des Nations Unies au Congo. Ces forces \u00e9taient destin\u00e9es \u00e0 \u00eatre les plus polyglottes de l\u2019Histoire, avec la participation de vingt-neuf pays, beaucoup plus que celles qui avaient servi en Cor\u00e9e.<\/p>\n<p>Les forces\u00a0 des\u00a0 Nations-Unies\u00a0 qui\u00a0 se\u00a0 rassemblaient\u00a0 \u00e0 L\u00e9opoldville avaient quatre missions principales:<\/p>\n<p class=\"c3\"><span class=\"c2\"><strong>1-<\/strong><\/span> remplacer rapidement les unit\u00e9s belges qui maintenaient l\u2019ordre,<\/p>\n<p class=\"c3\"><span class=\"c2\"><strong>2-<\/strong><\/span> prendre la place des troupes incertaines de l\u2019A.N.C., r\u00e9primer leurs activit\u00e9s ind\u00e9sirables et, par la suite, essayer d\u2019en faire une force s\u00fbre,<\/p>\n<p class=\"c3\"><span class=\"c2\"><strong>3-<\/strong><\/span> \u00e9tablir la libert\u00e9 de mouvement des forces de l\u2019ONU dans tout le pays,<\/p>\n<p class=\"c3\"><span class=\"c2\"><strong>4-<\/strong><\/span> se tenir pr\u00eats \u00e0 emp\u00eacher toute intervention unilat\u00e9rale de\u00a0 l\u2019ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Le commandement de l\u2019ONUC, soucieux de constituer de grandes unit\u00e9s capables d\u2019assumer d\u2019importantes missions dans les tr\u00e8s vastes provinces du Congo, forma avec les contingents ghan\u00e9ens et tunisiens, arriv\u00e9s presque en m\u00eame temps, une brigade command\u00e9e par le Chef du contingent ghan\u00e9en, le G\u00e9n\u00e9ral Alexander, anglais de surcro\u00eet. Cette situation d\u00e9plaisait au Commandant du contingent tunisien, le Colonel Lasmar Bouzaiane. Le Commandant en chef, le G\u00e9n\u00e9ral su\u00e9dois Carl Von Horn, gr\u00e2ce \u00e0 son exp\u00e9rience et \u00e0 ses capacit\u00e9s d\u2019appr\u00e9ciation, se rendit rapidement compte de cette situation. Il lui trouva rapidement la solution ad\u00e9quate. D\u2019ailleurs, dans son livre *Soldat de la Paix*, il en parle en ces termes :<br \/>\u00ab A L\u00e9opoldville, j\u2019avais l\u2019excellente brigade ghan\u00e9enne, command\u00e9e par le G\u00e9n\u00e9ral Joe Michel en l\u2019absence d\u2019Alexander. Pendant un certain temps, les deux bataillons tunisiens lui furent subordonn\u00e9s, mais il y eut des frictions parce que leur chef, le Colonel Lasmar, tr\u00e8s d\u00e9cor\u00e9, sup\u00e9rieur en tout sauf par le grade, en fut m\u00e9content. Ult\u00e9rieurement, nous les envoy\u00e2mes au Kassai, alors en \u00e9bullition dont le premier ministre, Albert Kalondji, \u00e9tait sur le point de proclamer l\u2019ind\u00e9pendance. Le Colonel Lasmar, qui ne portait jamais une de ses nombreuses d\u00e9corations, pas m\u00eame un ruban, mais dont on apercevait les cicatrices sur le col ouvert de sa chemise, conduisit ses troupes \u00e0 Luluabourg, d\u00e9sarma l\u2019ANC et, par ses m\u00e9thodes fermes mais justes, m\u00e9rita le titre de *Prince du Kassai*. J\u2019\u00e9tais tr\u00e8s fier de lui et il devint l\u2019un des officiers en qui j\u2019avais le plus confiance. \u00bb<\/p>\n<p>Le mouvement de la Brigade tunisienne qui avait commenc\u00e9 vers la fin du mois de juillet s\u2019\u00e9tait termin\u00e9 une semaine plus tard.<\/p>\n<p>En effet, la situation dans cette province n\u2019\u00e9tait pas brillante: d\u2019un c\u00f4t\u00e9, des massacres entre les tribus Balubas et Luluas, les deux plus importantes des quatre tribus qui composent cette province, \u00e9taient signal\u00e9s et les pertes humaines, de part et d\u2019autre, se comptaient par centaines; de l\u2019autre, l\u2019ANC, tr\u00e8s mal ou pas du tout command\u00e9e et dont l\u2019instruction laissait beaucoup \u00e0 d\u00e9sirer, et gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019armement qui lui a \u00e9t\u00e9 restitu\u00e9, \u00e0 contrec\u0153ur, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 entrepos\u00e9 chez les contingents onusiens qui l\u2019ont soigneusement gard\u00e9, semait la terreur en effectuant des actes de banditisme et de r\u00e8glement de compte. M\u00eame les troupes organis\u00e9es, ne poss\u00e9dant pas d\u2019intendance, vivaient du pillage; elles incendiaient les villages dont les habitants fuyaient dans la brousse.<\/p>\n<p>Les deux autres tribus, moins importantes en nombre de population, \u00e9taient les *Batshok et les Botend\u00e9*.<\/p>\n<p>La mission re\u00e7ue par la Brigade tunisienne qui \u00e9tait \u00abd\u2019assurer le maintien de la s\u00e9curit\u00e9 et de l\u2019ordre public dans la province\u00bb devait, suivant l\u2019Instruction n\u00b06 du 28 octobre 1960, du Commandant Supr\u00eame des Forces des Nations Unies au Congo, tenir compte des instructions et des consignes re\u00e7ues.<\/p>\n<p>La Brigade Tunisienne, arriv\u00e9e \u00e0 Luluabourg, capitale du Kassai, a aussit\u00f4t commenc\u00e9 son d\u00e9ploiement dans la province.<br \/>Chacun des bataillons qui la composaient a re\u00e7u son secteur de responsabilit\u00e9. Leurs unit\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 implant\u00e9es dans les principales villes de la r\u00e9gion, essentiellement dans les zones o\u00f9 les animosit\u00e9s entre les deux plus importantes tribus (Luluas et Balubas) \u00e9taient \u00e0 fleur de peau et risquaient de mettre en danger la vie de la population.<\/p>\n<p>Le Poste de Commandement de la Brigade et les unit\u00e9s de commandement, de soutien et d\u2019appui ont \u00e9t\u00e9 install\u00e9s \u00e0 Luluabourg avec une compagnie \u00e0 l\u2019a\u00e9roport. Cet a\u00e9rodrome \u00e9tait pour nous le point le plus sensible puisqu\u2019il repr\u00e9sentait pour la Force de l\u2019ONU le seul moyen de liaison avec L\u00e9opoldville d\u2019o\u00f9 nous arrive notre soutien logistique ainsi que pour les liaisons et communications a\u00e9riennes avec le Congo ou avec l\u2019ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Les villes tenues par nos unit\u00e9s \u00e9taient comme suit : Luluabourg, Port Franqui, Mweka, Lac Makamba, Tsikapa, Bakwanga (si\u00e8ge de la fameuse soci\u00e9t\u00e9 de diamants *la Formini\u00e8re*), Gandajika, Luputa et Mwene Ditu.<\/p>\n<p>Les luttes intestines quasi permanentes entre ces tribus \u00e9taient cr\u00e9\u00e9es, entretenues et encourag\u00e9es depuis toujours par les colons Belges qui appliquaient bien l\u2019adage de * diviser pour r\u00e9gner *.Cette situation qui durait depuis des d\u00e9cennies, m\u00eame si, \u00e0 chaque fois, l\u2019intervention des sages des deux partis y mettait fin, reprenait de plus belle, sous n\u2019importe quel pr\u00e9texte, aussi futile soit-il. Leurs attaques utilisaient des armes primitives tels que des coupecoupes, des manchettes, des fl\u00e8ches empoisonn\u00e9es, des armes archa\u00efques et artisanales qui non seulement occasionnaient des pertes s\u00e9rieuses mais encore renfor\u00e7aient cet esprit de vengeance entre les fr\u00e8res ennemis. Notre mission \u00e9tait encore plus difficile car elle consistait \u00e0 pacifier la province en faisant prendre conscience \u00e0 une population illettr\u00e9e et qui avait h\u00e9rit\u00e9, de ses anc\u00eatres, cette haine et cet esprit de vengeance intarissables\u2026\u2026\u2026<\/p>\n<p><em>A suivre<\/em><\/p>\n<p class=\"c4\"><strong>Colonel (r) Boubaker Benkraiem<\/strong><\/p>\n<p class=\"c4\"><em><span class=\"c5\">Ancien Sous-Chef d\u2019Etat- Major de l\u2019Arm\u00e9e de Terre,<br \/>Ancien Gouverneur,<br \/>Ancien Casque Bleu au Congo et au Katanga.<\/span><\/em><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/30258-15-juillet-1960-il-y-a-soixante-ans-les-premiers-casques-bleus-tunisiens-de-l-histoire-au-service-de-la-paix-1-partie-4\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par le Colonel (r) Boubaker Benkraiem &#8211; Le Congo-ex Belge est situ\u00e9 au centre de l\u2019Afrique. 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Travers\u00e9 d\u2019est en ouest par l\u2019immense fleuve qui lui a donn\u00e9 son nom, grand comme dix- huit fois notre pays, le Congo est extraordinairement riche par son sol, ses terres, ses [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":92222,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"","fifu_image_alt":"","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-92221","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/92221","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=92221"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/92221\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=92221"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=92221"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=92221"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}