{"id":92458,"date":"2020-07-15T10:30:00","date_gmt":"2020-07-15T14:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/15-aout-1960-la-brigade-tunisienne-avec-les-casques-bleus-au-maintien-de-la-paix-au-kassai-et-a-leopoldville-congo\/"},"modified":"2020-07-15T10:30:00","modified_gmt":"2020-07-15T14:30:00","slug":"15-aout-1960-la-brigade-tunisienne-avec-les-casques-bleus-au-maintien-de-la-paix-au-kassai-et-a-leopoldville-congo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/15-aout-1960-la-brigade-tunisienne-avec-les-casques-bleus-au-maintien-de-la-paix-au-kassai-et-a-leopoldville-congo\/","title":{"rendered":"15 Ao\u00fbt 1960: La Brigade Tunisienne, avec les Casques Bleus, au maintien de la Paix au Kassai et \u00e0 L\u00e9opoldville (Congo)"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c2\"><em><strong><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Ben-Kra\u00efm-min.jpg\" alt=\"\" width=\"20%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"left\"\/>Par le Colonel (r) Boubaker Benkraiem &#8211;<\/strong><\/em><\/span> Nous passions des heures et des heures \u00e0 * palabrer* avec les chefs de tribus, \u00e0 leur expliquer qu\u2019il n\u2019y avait aucune diff\u00e9rence entre un Lulua, un Baluba, un Batshok ou un Botend\u00e9. Nous leur rappelions que les quatre tribus sont des congolais \u00e0 part enti\u00e8re, avec les m\u00eames droits et les m\u00eames devoirs et que leurs tribus forment ensemble cette belle province du Kassai avec un m\u00eame peuple condamn\u00e9 \u00e0 vivre ensemble en toute s\u00e9curit\u00e9 et en bonne intelligence.<\/p>\n<p>Il n\u2019\u00e9tait pas facile de convaincre des chefs de tribus qui, ayant eu des dizaines\u00a0 d\u2019hommes tu\u00e9s dans ces combats fratricides et inutiles, ne pensaient qu\u2019\u00e0 prendre leur revanche et rendre coup pour coup.<\/p>\n<p>Nous avions trouv\u00e9, au d\u00e9but de notre mission, beaucoup de difficult\u00e9s \u00e0 obtenir des r\u00e9sultats positifs. Il nous est m\u00eame arriv\u00e9 d\u2019intervenir, en faisant d\u00e9monstration de notre force, pour s\u00e9parer les bellig\u00e9rants et nous profitions, \u00e0 chaque fois de pareilles op\u00e9rations pour confisquer et r\u00e9cup\u00e9rer l\u2019armement utilis\u00e9 dont certaines armes modernes qui \u00e9taient vol\u00e9es ainsi que des explosifs subtilis\u00e9s des mines avec lesquels ils essayaient de fabriquer des bombes artisanales. Pareils incidents entre les tribus laissaient parfois des centaines de morts qu\u2019il fallait tout de suite enterrer dans des fosses communes pour \u00e9viter les \u00e9pid\u00e9mies.<\/p>\n<p>Nos officiers et nos sous-officiers ont brill\u00e9 par leur intelligence et leur savoir-faire : ils ont pu, en tr\u00e8s peu de temps, nou\u00e9 d\u2019excellentes relations avec la population.<\/p>\n<p>Notre appartenance \u00e0 l\u2019Afrique \u00e9tait pour nous un facteur positif et un argument d\u00e9terminant qui nous a beaucoup rapproch\u00e9s de la population locale. Celle-ci, sensible \u00e0 notre discours sinc\u00e8re et \u00e0 notre franche volont\u00e9 de l\u2019aider, nous a \u00e9cout\u00e9s et nous a appr\u00e9ci\u00e9s. Ceci a beaucoup facilit\u00e9 notre t\u00e2che.<\/p>\n<p>Certains officiers se sont fort bien investis dans cette mission de pacification, et l\u2019exemple du feu le Colonel (Lt \u00e0 cette \u00e9poque) Hamida Ferchichi en est la meilleure illustration: il a r\u00e9ussi tr\u00e8s vite \u00e0 apprendre la langue la plus parl\u00e9e de la province, le tshiluba, lui permettant ainsi de se passer des services d\u2019un interpr\u00e8te dans le but d\u2019\u00eatre en communion directe avec la population. Il a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s efficace et a obtenu, en tr\u00e8s peu de temps, des r\u00e9sultats dignes d\u2019\u00e9loge. Trois mois ont suffi \u00e0 la brigade pour ramener la paix et la s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 la province et le * Prince du Kassai.*, le Colonel Lasmar d\u00e9clara Luluabourg, ville ouverte, c\u2019est-\u00e0-dire, ville pacifi\u00e9e. Les Congolais (autorit\u00e9 et population) ont compris que nous n\u2019\u00e9tions l\u00e0 que pour les aider \u00e0 s\u2019administrer, \u00e0 g\u00e9rer leurs propres affaires et \u00e0 se gouverner eux-m\u00eames.<\/p>\n<p>La population a recommenc\u00e9 aussit\u00f4t \u00e0 s\u2019adonner \u00e0 ses occupations normales; la police et la gendarmerie \u00e0 reprendre du service et les bourgmestres (maires) \u00e0 s\u2019occuper de la gestion de leur ville.<\/p>\n<p>Nous avons d\u00e9plor\u00e9 la perte de quelques hommes dont le sergent-chef Belkhairia qui a \u00e9t\u00e9 port\u00e9 disparu.<\/p>\n<p>Le commandement des Forces de l\u2019ONU a \u00e9t\u00e9 surpris par la rapidit\u00e9 avec laquelle nous avions accompli la mission qui nous a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e avec des r\u00e9sultats aussi flatteurs et surtout en pacifiant, tr\u00e8s rapidement, cette province, province beaucoup plus vaste que notre pays. C\u2019est d\u2019ailleurs l\u2019une des raisons pour lesquelles, devant les probl\u00e8mes de s\u00e9curit\u00e9 qui commen\u00e7aient \u00e0 devenir s\u00e9rieux dans la capitale du Congo, L\u00e9opoldville, il d\u00e9cida en octobre 1960 de permuter la Brigade Tunisienne avec la Brigade Ghan\u00e9enne pour lui confier la mission du maintien de l\u2019ordre et de la s\u00e9curit\u00e9 dans cette capitale de plusieurs millions d\u2019habitants. Il voulait en m\u00eame temps \u00e9loigner la Brigade ghan\u00e9enne de L\u00e9opoldville pour l\u2019emp\u00eacher de s\u2019impliquer davantage dans les affaires congolo-congolaises, le Ghana ayant, d\u00e8s le d\u00e9part, pris fait et cause pour le premier Ministre Patrice Lumumba.<\/p>\n<p>Quelle anecdote gardions-nous de notre s\u00e9jour au Kassai ?<\/p>\n<p>Cette fameuse boutade de feu le Commandant Charchad, commandant le 9\u00b0 Btn qui, apr\u00e8s de longs moments de discussions et de palabres avec des soldats congolais qui tenaient un barrage et qui emp\u00eachaient le passage de la colonne, arr\u00eata net la discussion et leur lan\u00e7a: \u00abmaintenant. Je vais me taire et les mitrailleuses vont parler !!! \u00bb et joignant l\u2019acte \u00e0 la parole, il traversa \u00e0 pieds le barrage et toute la colonne de v\u00e9hicules le suivit, les congolais \u00e9loignant aussit\u00f4t les obstacles du barrage pour laisser le passage.<\/p>\n<p>Cette m\u00e9saventure de notre camarade le Lt Kamel Ben Bader qui, parti en mission de Luluabourg \u00e0 Port Franqui pour y amener deux officiers, a re\u00e7u l\u2019ordre de rentrer rapidement. N\u2019ayant pas pris d\u2019escorte avec lui, il quitta Port Franqui en fin d\u2019apr\u00e8s-midi et il devait faire, dans la brousse, pr\u00e8s de quatre-vingt kilom\u00e8tres de pistes, les routes asphalt\u00e9es n\u2019existant pas \u00e0 ce moment- l\u00e0.<\/p>\n<p>Comme il ne pouvait faire de la vitesse, \u00e9tant donn\u00e9 l\u2019\u00e9tat de la piste et la nuit tomb\u00e9e, il trouva, \u00e0 un certain moment, la route barr\u00e9e par un tronc d\u2019arbre. Descendu pour le d\u00e9gager, il a \u00e9t\u00e9 aussit\u00f4t encercl\u00e9 par des villageois qui l\u2019ont ceintur\u00e9, l\u2019ont d\u00e9lest\u00e9 de son pistolet et l\u2019amen\u00e8rent au chef du village qui enferma *le salaud de blanc*. Personne ne parlant fran\u00e7ais, il lui \u00e9tait difficile de s\u2019expliquer avec ce chef local. C\u2019est seulement apr\u00e8s plus de deux heures de d\u00e9tention qu\u2019une jeune congolaise, connaissant quelques mots de fran\u00e7ais, a bien essay\u00e9 de faire l\u2019interpr\u00e8te aupr\u00e8s du chef du village qui le lib\u00e9ra aussit\u00f4t et lui rendit son arme. Notre camarade Ben Bader l\u2019a \u00e9chapp\u00e9 belle !!!<\/p>\n<p>La Brigade Tunisienne qui a \u00e9t\u00e9 relev\u00e9e par la Brigade Ghan\u00e9enne commen\u00e7a son mouvement vers le 12 octobre sur des bateaux et des p\u00e9niches en utilisant les cours d\u2019eau et essentiellement le grand fleuve Congo. Le voyage durera une semaine et l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 L\u00e9o eut lieu le 19 octobre. Son d\u00e9ploiement dans la capitale congolaise qui a d\u00e9but\u00e9 le 20 octobre se poursuivra pendant quelques jours encore.<\/p>\n<p>Le commandement militaire de l\u2019ONUC de la place de L\u00e9opoldville est pass\u00e9 sous l\u2019autorit\u00e9 effective de la Brigade Tunisienne \u00e0 compter du 11 Novembre 1960 \u00e0 12 heures.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la nouvelle mission de notre Brigade, elle s\u2019annon\u00e7ait complexe car la situation dans la capitale congolaise \u00e9tait assez particuli\u00e8re. En effet, une atmosph\u00e8re changeante et \u00e9quivoque r\u00e9gnait dans la ville de L\u00e9o. Presque chaque jour, \u00e9taient signal\u00e9s des troubles ou manifestations dans la cit\u00e9 autochtone, \u00e0 l\u2019a\u00e9rodrome et souvent m\u00eame dans la ville europ\u00e9enne. Des attentats ont \u00e9t\u00e9 commis et les arrestations continuaient. Les troupes de l\u2019Arm\u00e9e Nationale Congolaise, fortement arm\u00e9es, faisaient des patrouilles en ville en jeeps, ou sur des auto-blind\u00e9es. La gendarmerie et la police installaient des barrages sur les routes et arr\u00eataient les v\u00e9hicules en vue de la v\u00e9rification des pi\u00e8ces d\u2019identit\u00e9. La situation \u00e9tait donc tendue. Il \u00e9tait certain que notre mission ne serait pas de tout repos.<\/p>\n<p>Le commandant de la Brigade Tunisienne fit para\u00eetre, le 22 novembre 1960, son ordre d\u2019op\u00e9ration n\u00b0 II par lequel il informa ses subordonn\u00e9s de la situation g\u00e9n\u00e9rale qui pr\u00e9vaut dans la capitale, du renforcement de la Brigade par le r\u00e9giment soudanais implant\u00e9 sur place, de la mission et du secteur de responsabilit\u00e9 de chacun des bataillons.\u00a0<\/p>\n<p>Etant donn\u00e9 l\u2019immensit\u00e9 du pays et du fait du manque de r\u00e9seau routier couvrant tout le territoire, il \u00e9tait essentiel et capital que l\u2019ONUC dispos\u00e2t de l\u2019infrastructure de transport n\u00e9cessaire au ravitaillement logistique de ses troupes. Celui-ci ne pouvait \u00eatre qu\u2019a\u00e9rien. C\u2019est la raison pour laquelle tous les a\u00e9rodromes ont \u00e9t\u00e9 aussit\u00f4t occup\u00e9s par les Forces des Nations Unies.<\/p>\n<p>La Brigade assurait son installation, \u00e0 L\u00e9opoldville, en m\u00eame temps qu\u2019elle remplissait sa mission, d\u00e9licate, de maintien de l\u2019ordre et de la s\u00e9curit\u00e9 dans cette grande m\u00e9tropole ceintur\u00e9e par des cit\u00e9s autochtones o\u00f9 vivent des centaines de milliers de Congolais dont une grande majorit\u00e9 avait fui la brousse pour s\u2019installer aupr\u00e8s de la \u00ab civilisation!!! de la richesse!!! et de l\u2019ind\u00e9pendance !!! \u00bb<\/p>\n<p>Bien que la ville europ\u00e9enne soit relativement calme, les cit\u00e9s indig\u00e8nes, surchauff\u00e9es par les leaders politiques qui pullulaient, \u00e9taient en \u00e9bullition permanente: cette situation \u00e9tait souvent provoqu\u00e9e par les rumeurs de toutes sortes qui circulaient bien et par l\u2019exc\u00e8s d\u2019alcool, rendant l\u2019ambiance explosive \u00e0 tout moment.<\/p>\n<p>Les hommes politiques au Congo o\u00f9 se manifestaient ouvertement des dizaines de partis plus ou moins repr\u00e9sentatifs ne facilitaient pas notre mission. Leur alliance d\u2019aujourd\u2019hui sera d\u00e9faite le lendemain pour se reconstituer le surlendemain. L\u2019ANC, voulant aussi imposer ses points de vue et s\u2019impliquer dans la vie politique du pays en vue de se positionner comme arbitre, ajoutait de l\u2019huile sur le feu.<\/p>\n<p>Cette situation atteignit son paroxysme lorsqu\u2019en fin novembre 1960, un groupe de militaires de l\u2019ANC encercla, avec des troupes appuy\u00e9es par deux autos-mitrailleuses, la r\u00e9sidence de l\u2019Ambassadeur du Ghana, celui-ci venant d\u2019\u00eatre d\u00e9clar\u00e9 persona non grata.<\/p>\n<p>Les militaires congolais s\u2019\u00e9taient pr\u00e9sent\u00e9s chez lui pour\u00a0 l\u2019arr\u00eater et, d\u2019apr\u00e8s eux, dans le but de l\u2019expulser. B\u00e9n\u00e9ficiant de l\u2019immunit\u00e9 diplomatique, sa r\u00e9sidence \u00e9tait mise sous la protection des Forces de l\u2019ONUC comme certaines autres Ambassades. Un d\u00e9tachement tunisien assurait sa garde.<\/p>\n<p>Devant l\u2019insistance des \u00e9l\u00e9ments de l\u2019ANC qui voulaient arr\u00eater l\u2019Ambassadeur co\u00fbte que co\u00fbte, et apr\u00e8s de longues heures de palabres, et suite au refus du d\u00e9tachement tunisien de leur laisser la voie libre, les congolais ont ouvert le feu sur nos \u00e9l\u00e9ments.<\/p>\n<p>Ce fut une longue fusillade sur nos troupes qui, usant du droit de l\u00e9gitime d\u00e9fense, ont ripost\u00e9 \u00e9nergiquement. C\u2019est l\u2019incident le plus grave et le plus s\u00e9rieux auquel les Forces de l\u2019ONUC en g\u00e9n\u00e9ral et les troupes tunisiennes en particulier ont eu \u00e0 faire face au cours des six mois de pr\u00e9sence dans ce pays. Cet incident malheureux sera tendancieusement exploit\u00e9 par les partis politiques anti-Onu. Il a fallu, \u00e0 la Brigade Tunisienne, apr\u00e8s les pertes subis par les Congolais ( plusieurs morts et bless\u00e9s dont le Colonel Nkokolo, le responsable militaire de L\u00e9opoldville qui a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9), et un mort et sept bless\u00e9s dans nos rangs (dont le Lieutenant Mahmoud Gannouni qui re\u00e7ut plusieurs balles \u00e0 l\u2019estomac, ce qui a n\u00e9cessit\u00e9 son \u00e9vacuation sur la Tunisie d\u00e8s que son \u00e9tat de sant\u00e9 l\u2019eut permis) beaucoup de diplomatie, du sang froid et assez de retenue pour calmer le jeu et gagner de nouveau la confiance de la population congolaise qui vivait dans une ambiance surchauff\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans ses souvenirs rapport\u00e9s par son fameux livre *Soldat de la Paix*, le Commandant en Chef des Forces de l\u2019ONUC, le G\u00e9n\u00e9ral Carl Von Horn, relate ce f\u00e2cheux incident comme suit:<\/p>\n<p>* Un coup de t\u00e9l\u00e9phone du colonel Lasmar me rappela brusquement \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Le \u00abprince du Kassai\u00bb d\u00e9sirait savoir s\u2019il ne perdait pas son temps \u00e0 monter la garde autour de la r\u00e9sidence de l\u2019ambassadeur ghan\u00e9en, Mr Andrew Djin (ce qui, disait-il, constituait une menace positive pour ce qui restait de nos relations avec le r\u00e9gime de Mobutu). Nous savions tous le r\u00f4le de Djin en tant qu\u2019\u00e9minence grise de Lumumba et en le d\u00e9clarant r\u00e9cemment persona non grata, en m\u00eame temps que Mr Nathaniel Welbek, repr\u00e9sentant personnel de Nkrumah, Mobutu ne nous avait caus\u00e9 aucune surprise. Mais je n\u2019avais re\u00e7u d\u2019instructions pour faire relever la garde autour de l\u2019ambassade ghan\u00e9enne. Peut-\u00eatre parce que j\u2019avais l\u2019esprit un peu brumeux &#8211; les m\u00e9decins m\u2019avaient donn\u00e9 une forte dose de s\u00e9datifs avant de partir \u2013je pensai que le Royal (si\u00e8ge du Repr\u00e9sentant de l\u2019ONUC) pouvait avoir chang\u00e9 ses ordres \u00e0 la derni\u00e8re minute et r\u00e9pondis \u00e0 Lasmar que j\u2019allais t\u00e9l\u00e9phoner pour m\u2019en informer. Mais rien n\u2019avait chang\u00e9. Nos relations diplomatiques avec l\u2019ambassade ghan\u00e9enne restaient enti\u00e8res, me r\u00e9pondit-on, et nous avions l\u2019obligation de la garder. Je communiquai cette information \u00e0 Lasmar et lui dis que, quelles que fussent ses opinions personnelles au sujet des activit\u00e9s de l\u2019ambassadeur et de son personnel, nous devions veiller \u00e0 ce qu\u2019aucune faute de notre part n\u2019amen\u00e2t une rupture des relations officielles entre Accra et L\u00e9opoldville.<\/p>\n<p>Je per\u00e7us le grognement de m\u00e9contentement de Lasmar mais je savais pouvoir compter sur ses Tunisiens pour ex\u00e9cuter mes ordres \u00e0 la lettre. Je ne me doutais pas qu\u2019ils allaient le faire jusqu\u2019\u00e0 la mort. Je n\u2019appris pas, non plus, qu\u2019on avait signal\u00e9, le matin m\u00eame, un fait d\u2019apparence sinistre : des crocodiles avaient \u00e9t\u00e9 vus- en un point o\u00f9 ils ne paraissaient pas\u2013 dans le Congo, \u00e0 peu de distance de l\u2019ambassade ghan\u00e9enne.<\/p>\n<p>Au matin, je me trouvai devant une journ\u00e9e difficile, voire embarrassante. Le colonel Nkokolo, chef de l\u2019ANC \u00e0 L\u00e9opoldville, \u00e9tait mort. J\u2019appris alors les \u00e9v\u00e8nements de la veille. Au coucher du soleil, les Tunisiens (qui sentaient quelque chose d\u2019inhabituel dans l\u2019air) avaient ouvert le feu sur un serpent, aper\u00e7u dans les jardins de l\u2019ambassade. Il leur fallut, semblait-il, tirer longtemps; et ils n\u2019avaient pas fini quand deux envoy\u00e9s de Mobutu se pr\u00e9sent\u00e8rent et demand\u00e8rent \u00e0 parler \u00e0 l\u2019ambassadeur qu\u2019ils venaient sommer de quitter le pays dans le plus bref d\u00e9lai. Les Tunisiens refus\u00e8rent de les laisser entrer; les envoy\u00e9s menac\u00e8rent d\u2019employer la force et la discussion s\u2019\u00e9ternisait quand les hommes de l\u2019ANC ouvrirent le feu de buissons voisins. Une ru\u00e9e sur l\u2019ambassade s\u2019ensuivit que les Tunisiens purent facilement repousser. D\u00e8s lors, la fusillade se poursuivit en d\u00e9pit des efforts faits par des officiers des Nations-Unies pour ramener le calme. Bient\u00f4t, les soldats congolais essay\u00e8rent de s\u2019installer dans l\u2019h\u00f4pital principal de l\u2019O.N.U.C. qui dominait l\u2019ambassade.<\/p>\n<p>Ayant \u00e9chou\u00e9, ils retourn\u00e8rent combattre dans les jardins. Au matin seulement, pris de panique, ils reflu\u00e8rent vers le\u00a0 fleuve d\u2019o\u00f9 ils ressortirent aussit\u00f4t, en bien mauvais \u00e9tat, devant\u00a0 l\u2019attaque des crocodiles.*<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les consignes donn\u00e9es, plusieurs membres des Nations- Unies, faisant preuve de nonchalance et de n\u00e9gligence, continuaient \u00e0 s\u2019aventurer dans les secteurs dont le commandement a d\u00e9conseill\u00e9 l\u2019approche et qu\u2019il a qualifi\u00e9s de dangereux et de non s\u00fbrs, et essentiellement dans les cit\u00e9s indig\u00e8nes et des voisinages imm\u00e9diats des camps de l\u2019ANC. Ils s\u2019y rendaient pour diff\u00e9rentes raisons et ils ont \u00e9t\u00e9 l\u2019objet de surprises d\u00e9sagr\u00e9ables et souvent p\u00e9nibles.<\/p>\n<p>Certains ont \u00e9t\u00e9 battus, d\u2019autres ont \u00e9t\u00e9 maltrait\u00e9s et emprisonn\u00e9s et les plus chanceux ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9lest\u00e9s de leur argent et de leurs biens. Ceux des membres des Nations-Unies arr\u00eat\u00e9s suite \u00e0 ces nombreux incidents ne furent rel\u00e2ch\u00e9s qu\u2019\u00e0 la suite de p\u00e9nibles d\u00e9marches et d\u2019\u00e9nergiques interventions de la part des dirigeants de l\u2019ONUC aupr\u00e8s des responsables congolais\u2026.<\/p>\n<p><em>A suivre<\/em><\/p>\n<p class=\"c4\"><strong>Colonel (r) Boubaker Benkraiem<\/strong><br \/><span class=\"c3\"><em>Ancien Sous-Chef d\u2019Etat- Major de l\u2019Arm\u00e9e de Terre,<br \/>Ancien Gouverneur,<br \/>Ancien Casque Bleu au Congo et au Katanga<\/em><\/span><\/p>\n<p class=\"c5\"><strong>Lire aussi<\/strong><\/p>\n<p class=\"c5\"><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/30258-15-juillet-1960-il-y-a-soixante-ans-les-premiers-casques-bleus-tunisiens-de-l-histoire-au-service-de-la-paix-1-partie-4\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">15 juillet 1960 : Il y a 60 ans, les Premiers Casques Bleus Tunisiens au service de la Paix au Congo (1\u00b0partie \/ 4)<\/a><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/30270-15-7-60-la-brigade-tunisienne-avec-les-casques-bleus-au-maintien-de-la-paix-au-kassai-et-a-leopoldville-congo\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par le Colonel (r) Boubaker Benkraiem &#8211; Nous passions des heures et des heures \u00e0 * palabrer* avec les chefs de tribus, \u00e0 leur expliquer qu\u2019il n\u2019y avait aucune diff\u00e9rence entre un Lulua, un Baluba, un Batshok ou un Botend\u00e9. Nous leur rappelions que les quatre tribus sont des congolais \u00e0 part enti\u00e8re, avec les [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":92459,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"","fifu_image_alt":"","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-92458","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/92458","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=92458"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/92458\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=92458"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=92458"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=92458"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}