{"id":92784,"date":"2020-07-18T04:00:00","date_gmt":"2020-07-18T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/premiere-dynastie-berbere-depoque-musulmane-les-zirides\/"},"modified":"2020-07-18T04:00:00","modified_gmt":"2020-07-18T08:00:00","slug":"premiere-dynastie-berbere-depoque-musulmane-les-zirides","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/premiere-dynastie-berbere-depoque-musulmane-les-zirides\/","title":{"rendered":"Premi\u00e8re dynastie berb\u00e8re d\u2019\u00e9poque musulmane: Les Zirides"},"content":{"rendered":"<p class=\"c3\"><span class=\"c2\"><em><strong><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Aziz-Ben-Achour(19).jpg\" width=\"20%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"right\" alt=\"\"\/>Par Mohamed-El Aziz Ben Achour &#8211;<\/strong><\/em><\/span> <strong>L\u2019histoire des Zirides, clan appartenant \u00e0 la tribu des Sanh\u00e2ja, Berb\u00e8res s\u00e9dentaires, est celle d\u2019une \u00e9pop\u00e9e qui les conduisit de l\u2019int\u00e9rieur maghr\u00e9bin aux plus hautes responsabilit\u00e9s politiques et militaires.\u00a0 Un rameau de la famille s\u2019imposa m\u00eame en Espagne au moment de l\u2019effondrement du califat de Cordoue puisqu\u2019un Ziride fonda la ta\u00effa de Grenade (1012- 1090).<\/strong><\/p>\n<p>Mais revenons en Afrique du Nord. Leur prodigieuse ascension trouve son origine dans la loyaut\u00e9 dont ils firent preuve \u00e0 l\u2019\u00e9gard des califes fatimides se r\u00e9clamant d\u2019une ascendance ch\u00e9rifienne et d\u2019ob\u00e9dience chiite, venus d\u2019Orient en Occident et ma\u00eetres de Kairouan de 909 \u00e0 973.\u00a0 Lorsque le calife fatimide\u00a0 El Moez, ravi de pouvoir r\u00e9aliser le r\u00eave oriental de son a\u00efeul, quitta sa r\u00e9sidence de Sabra \u00e0 Kairouan pour s\u2019installer d\u00e9finitivement en Egypte, il confia les r\u00eanes de l\u2019Ifriqiya et du Maghreb central\u00a0 \u00e0 un de ses meilleurs capitaines, Boulougu\u00eene b. Z\u00eer\u00ee b. Man\u00e2d. Ce fier cavalier, qui\u00a0 allait porter d\u00e9sormais le pr\u00e9nom arabe de Youssouf avec l\u2019\u00e9pith\u00e8te conf\u00e9r\u00e9e par son suzerain de\u00a0 \u00abAbou El Foutouh\u00bb (le Conqu\u00e9rant), pouvait pr\u00e9tendre \u00e0 cette confiance \u00e0 plus d\u2019un titre. Il \u00e9tait en effet le vaillant fils de Z\u00eer\u00ee ben Man\u00e2d, un puissant chef de la tribu des Sanh\u00e2ja, Berb\u00e8res s\u00e9dentaires pro-fatimides. Lors de la r\u00e9volte (944-946) d\u2019Abou Yazid, un Berb\u00e8re d\u2019ob\u00e9dience religieuse kharijite connu dans l\u2019histoire sous le sobriquet de\u00a0 \u00ab l\u2019Homme \u00e0 l\u2019\u00e2ne \u00bb qui, par ses succ\u00e8s militaires et la prise de Kairouan, mit le califat fatimide \u00e0 deux doigts de sa perte, Z\u00eer\u00ee, \u00e0 la t\u00eate de ses hommes, vint \u00e0 point nomm\u00e9 pour renverser le cours d\u2019une bataille d\u00e9cisive au b\u00e9n\u00e9fice du calife Al Q\u00e2\u2019im.\u00a0 En outre, lorsque Boulougu\u00eene\/Youssouf\u00a0 acc\u00e8de au gouvernement de la province du Maghreb,\u00a0 il est\u00a0 d\u00e9j\u00e0 un meneur d\u2019hommes aguerri. Du vivant de son p\u00e8re, il avait exerc\u00e9 les fonctions de gouverneur et\u00a0 command\u00e9 les troupes face \u00e0 l\u2019ennemi, remportant des victoires contre les ennemis de toujours, les Berb\u00e8res nomades Zan\u00e2ta (Z\u00e9n\u00e9tes).\u00a0 Sous l\u2019\u00e9gide de son p\u00e8re, gouverneur quasi autonome du Maghreb central, il aurait pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 la fondation d\u2019Alger, de Miliana et de M\u00e9d\u00e9a,\u00a0 qui constitu\u00e8rent d\u00e8s lors autant de jalons de la consolidation de sa famille dans cette r\u00e9gion o\u00f9 les Sanh\u00e2ja avaient leurs racines.<\/p>\n<p class=\"c4\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/1(82).jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><\/p>\n<p>Le calife El Moez donna Abou al Foutouh autorit\u00e9 sur le Maghreb central et l\u2019Ifriqya mais sans la Tripolitaine ni la Sicile.\u00a0 Ce n\u2019\u00e9tait pas tant pour limiter ses pouvoirs que pour l\u2019inciter \u00e0 concentrer son attention et son \u00e9nergie sur le\u00a0 Maghreb central. Ces marches occidentales du califat fatimide constituaient en effet un rempart contre la pouss\u00e9e des Z\u00e9n\u00e8tes anti-fatimides et qui, de ce fait, b\u00e9n\u00e9ficiaient de l\u2019appui du califat omeyyade sunnite de Cordoue, ennemi des califes chiites.<\/p>\n<p class=\"c4\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/2(78).jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir s\u00e9journ\u00e9 un temps au palais de Sabra-Mansouriya aux environs de Kairouan, mis en place son administration et nomm\u00e9 un gouverneur pour l\u2019Ifriqiya, Youssouf repartit vers l\u2019ouest, \u00e0 Ach\u00eer, le fief de sa famille, fond\u00e9 en 935-36 par son p\u00e8re Z\u00eer\u00ee.\u00a0 La premi\u00e8re pr\u00e9occupation d\u2019Abou El Foutouh Youssouf \u00e9tait\u00a0 de contenir \u00e0 l\u2019ouest la pouss\u00e9e des Berb\u00e8res nomades Z\u00e9n\u00e8tes et surtout d\u2019emp\u00eacher les Omeyyades de Cordoue, ennemis des Fatimides, de prendre durablement pied en Afrique.\u00a0 A la t\u00eate de ses troupes, il mena une exp\u00e9dition qui le rendit ma\u00eetre de Tiaret et de Tlemcen puis, sur injonction de son suzerain de ne pas aller plus loin, il rebroussa chemin et rentra momentan\u00e9ment \u00e0 Kairouan en 973. En 975, il dut faire face \u00e0 une r\u00e9volte\u00a0 d\u2019un chef issu de la fameuse tribu des Kut\u00e2ma. Cette puissante tribu berb\u00e8re chiite, comme les Sanh\u00e2ja, avait suivi\u00a0 El Moez en Egypte, mais certaines fractions rest\u00e8rent en Ifriqiya avec ordre de soutenir le Ziride. Youssouf r\u00e9prima le soul\u00e8vement au prix d\u2019un effroyable massacre \u00e0 Bagha\u00ef (nord-est de l\u2019actuelle Alg\u00e9rie), foyer de la r\u00e9volte. Prouvant ainsi sa capacit\u00e9 \u00e0 maintenir l\u2019ordre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur en m\u00eame temps qu\u2019\u00e0\u00a0 contenir la menace ext\u00e9rieure, il sollicita et obtint en 977-78 du calife du Caire la cession \u00e0 son profit de Tripoli, Syrte et Ajdabiyya. Encourag\u00e9 par cette confiance et l\u2019extension de son gouvernement autonome, il mena, entre 979 et 984, une campagne militaire au Maghreb extr\u00eame durant laquelle il prit F\u00e8s,\u00a0 Sijilmassa (o\u00f9 les Z\u00e9n\u00e8tes s\u2019\u00e9taient rassembl\u00e9s) et talonna les fuyards jusqu\u2019\u00e0 Ceuta o\u00f9 des renforts importants venus de Cordoue les sauv\u00e8rent cependant.\u00a0 Il eut aussi \u00e0 r\u00e9duire en 982-83, dans ce Maghreb m\u00e9di\u00e9val propice aux h\u00e9r\u00e9sies, les Berghaw\u00e2ta et leur chef qui se pr\u00e9tendait proph\u00e8te. En route pour\u00a0 r\u00e9tablir l\u2019ordre ziride \u00e0 Sijilmassa, Abou al Foutouh Youssouf meurt le 25 mai 984.<\/p>\n<p class=\"c4\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/3(54).jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><\/p>\n<p>Au bout de douze ans de r\u00e8gne, ce guerrier intr\u00e9pide et cet homme de pouvoir avis\u00e9 laissait l\u2019Ifriqiya et le Maghreb central enti\u00e8rement acquis \u00e0 la nouvelle l\u00e9gitimit\u00e9 ziride. Plus qu\u2019un gouvernement de province vassale du Caire, son Etat fut per\u00e7u par tous les sujets mais aussi par la garde \u00e9mirale comme un royaume qui ne pouvait qu\u2019\u00eatre dirig\u00e9 par la m\u00eame famille. Aussi, Abou El Foutouh eut-il pour successeur son fils El Mansour. Chose rare en ces temps-l\u00e0, son accession au tr\u00f4ne de son p\u00e8re se fit en douceur. L\u2019all\u00e9geance des Maghr\u00e9bins fut suivie quelques temps plus tard de l\u2019investiture imp\u00e9riale du calife fatimide, lequel conf\u00e9ra \u00e0 Al Mans\u00fbr le qualificatif prestigieux d\u2019 \u00ab Abou Al Fath \u2018Uddat al Dawla \u00bb. Durant ses douze ans de r\u00e8gne (984-996), Al Mansour marcha dans les pas de son illustre p\u00e8re et\u00a0 renfor\u00e7a les fondements de son royaume. Le d\u00e9funt Youssouf, pr\u00e9occup\u00e9 par la situation \u00e0 l\u2019ouest, avait s\u00e9journ\u00e9 longtemps \u00e0 Ach\u00eer et confi\u00e9 Kairouan et l\u2019Ifriqiya \u00e0 un gouverneur. Cette solution constituait un p\u00e9ril pour l\u2019unit\u00e9 de l\u2019\u00e9mirat ziride et Al Mansour ne tarda pas \u00e0 y rem\u00e9dier. En 985, il cesse de pourchasser les Z\u00e9n\u00e8tes et\u00a0 quitte Ach\u00eer pour s\u2019installer \u00e0 Kairouan au palais de Sabra- Al Mansouriyya. Il fit, en l\u2019occurrence, preuve\u00a0 de clairvoyance, car, malgr\u00e9 la l\u00e9gitimit\u00e9 acquise par la famille ziride, l\u2019antagonisme religieux entre l\u2019aristocratie fatimide puis sanhajienne d\u2019ob\u00e9dience chiite et la majorit\u00e9 de la population, demeur\u00e9e fid\u00e8le au sunnisme, constituait un risque end\u00e9mique. C\u2019est ainsi que le gouverneur de Kairouan, d\u00e9sign\u00e9, de mani\u00e8re curieuse mais surtout machiav\u00e9lique, comme d\u00e2\u2019\u00ee (propagandiste) par le calife Niz\u00e2r, fit preuve d\u2019un tel pros\u00e9lytisme chiite qu\u2019il en devint insupportable \u00e0 la population. El Mansour, qui voulait se d\u00e9barrasser de ce personnage devenu trop puissant, le fit assassiner ainsi que son fils, sans doute au grand soulagement des sunnites kairouanais.<\/p>\n<p class=\"c4\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/4(37).jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><\/p>\n<p>Cependant, les soldats se retourn\u00e8rent contre la population (avec l\u2019assentiment tacite de l\u2019\u00e9mir soucieux de maintenir un \u00e9quilibre fragile?) et commirent divers forfaits. Malgr\u00e9 ces secousses, l\u2019ordre ziride et le statut de dynastie h\u00e9r\u00e9ditaire \u00e9taient incontest\u00e9s, \u00e0 telle enseigne qu\u2019en 992, l\u2019ann\u00e9e de la circoncision du fils d\u2019El Mansour, pr\u00e9nomm\u00e9 Bad\u00ees, l\u2019enfant re\u00e7ut du Calife fatimide un \u00e9dit imp\u00e9rial le d\u00e9signant comme h\u00e9ritier pr\u00e9somptif. Ayant privil\u00e9gi\u00e9, \u00e0 raison, le Maghreb central et l\u2019Ifriqiya au lieu de s\u2019\u00e9puiser \u00e0 contr\u00f4ler l\u2019extr\u00eame-Ouest, El Mansour abandonna ce vaste et lointain territoire aux Z\u00e9n\u00e8tes et \u00e0 leurs protecteurs, les Omeyyades d\u2019Espagne. Le royaume ziride retrouvait ses limites historiques. Mais aussi,\u00a0 comme nous le verrons plus loin, ses vieux d\u00e9mons. Il meurt \u00e0 Sabra, le 26 mars 996. Comme pr\u00e9vu, son fils Badis, \u00e2g\u00e9 d\u2019\u00e0 peine huit ans, lui succ\u00e8de. Malgr\u00e9 des intrigues suscit\u00e9es par des membres de la famille, il arrive \u00e0 se maintenir sur le tr\u00f4ne, et il semble bien que ce tour de force ait \u00e9t\u00e9 r\u00e9ussi gr\u00e2ce \u00e0 la sagacit\u00e9 des dames du palais, notamment\u00a0 la soeur de Bad\u00ees, entr\u00e9e dans l\u2019histoire sous le nom d\u2019Um Mal\u00e2l et qui sera plus tard la r\u00e9gente du royaume sous le r\u00e8gne du jeune El Moez B. Bad\u00ees.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/5(20).jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><\/p>\n<p>Devenu adulte, Bad\u00ees ne tarda pas \u00e0 s\u2019imposer par ses qualit\u00e9s de prince et de soldat. Il commit toutefois l\u2019erreur de\u00a0\u00a0 confier le gouvernement d\u2019Ach\u00eer \u00e0 son oncle Hamm\u00e2d b. Boulougu\u00eene\/Youssouf et de lui avoir laiss\u00e9 les mains libres dans la lutte contre les Z\u00e9n\u00e8tes. La scission, redout\u00e9e par les p\u00e8res de Bad\u00ees et par\u00a0 le calife El Moez, qui nagu\u00e8re avait mis en garde Boulougu\u00eene contre une d\u00e9cision de cette nature, cette scission, disons-nous,\u00a0 se produisit.\u00a0 En 1007-1008, Hamm\u00e2d\u00a0 b\u00e2tit une place forte dont il fit en quelque sorte sa capitale connue plus tard sous le nom de\u00a0 Qal\u2019a des Beni Hamm\u00e2d ( \u00e0 l\u2019est d\u2019Alger) et\u00a0 ce qui \u00e9tait redout\u00e9 arriva:\u00a0\u00a0 quelques ann\u00e9es plus tard, le neveu et l\u2019oncle entr\u00e8rent en conflit. Bad\u00ees mourut cependant le 10 mai 1016 alors qu\u2019il \u00e9tait sur le point de prendre la Qal\u2019\u00e2, \u00e9v\u00e9nement qui non seulement sauva Hamm\u00e2d mais eut pour cons\u00e9quence de prolonger la scission au sein de la famille ziride et que l\u2019on vit d\u00e9sormais coexister une dynastie hammad\u00eede au Maghreb central et une dynastie ziride \u00e0 Kairouan.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/6(17).jpg\" width=\"30%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"right\" alt=\"\"\/>Preuve, \u00e0 ce propos, que les divisions religieuses \u00e9taient habilement exploit\u00e9es \u00e0 des fins politiques, lorsque, en 1014-1015, Hamm\u00e2d se rebella contre Bad\u00ees,\u00a0 rapporte Ibn Khaldoun, il proclama la suzerainet\u00e9 abbasside, fit massacrer les chiites et r\u00e9tablit le sunnisme dans ses Etats. En cette funeste ann\u00e9e 1016, Hamm\u00e2d entra en Ifriqiya, prit B\u00e9ja et Tunis et poussa au massacre des \u00ab Orientaux \u00bb (terme par lequel on d\u00e9signait alors les sujets d\u2019ob\u00e9dience chiite). A\u00a0 Kairouan, Mahdia, Tunis et ailleurs des troubles anti-chiites aboutirent \u00e0 d\u2019effroyables massacres encourag\u00e9s, rapporte la l\u00e9gende, par de pieux savants et asc\u00e8tes tel le fameux Sidi Mahrez, saint patron de Tunis. Ces \u00e9meutes ont pu \u00eatre encourag\u00e9es en sous-main par un pouvoir ziride qui songeait peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 \u00e0 renouer pour son profit avec le vieux sunnisme mal\u00e9kite cher \u00e0 la bourgeoisie \u00e9rudite et marchande et au petit peuple des villes.<\/p>\n<p>C\u2019est dans cette atmosph\u00e8re sanglante et porteuse de grands bouleversements qu\u2019acc\u00e8de au tr\u00f4ne le Prince El Moez b. Bad\u00ees. II inaugure son r\u00e8gne par la r\u00e9pression des \u00e9meutes sunnites, et en faisant la paix avec son grand-oncle Hamm\u00e2d qui meurt en 1029 puis avec son fils en 1042-43.\u00a0 Mettant d\u00e9finitivement fin aux tentatives d\u2019expansion vers l\u2019ouest, cet \u00e9mir, \u00ab premier ziride vraiment ifriqiyen\u00bb (H.R. Idris), se tourne vers la M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n<p>Profitant des conflits au sein de la population insulaire, il monta deux exp\u00e9ditions en Sicile, mais sans r\u00e9sultats probants. De toute fa\u00e7on, cette politique arrivait trop tard : \u00e0 la puissance de la flotte byzantine s\u2019ajoutait d\u00e9sormais la redoutable efficacit\u00e9 maritime des Normands, d\u00e9sormais ma\u00eetres de la Sicile.<br \/>Mais la grande affaire du r\u00e8gne d\u2019El Moez fut la rupture id\u00e9ologique et, partant, politique avec le Suzerain fatimide du Caire, champion du chiisme isma\u00e9lien. La d\u00e9cision n\u2019\u00e9tait pas tout \u00e0 fait inattendue. Sur le plan int\u00e9rieur, l\u2019hostilit\u00e9 croissante des sujets sunnites \u00e0 l\u2019\u00e9gard des \u00abOrientaux\u00bb n\u2019avait cess\u00e9 de cro\u00eetre depuis le d\u00e9part des Fatimides et,\u00a0 \u00e0 la Qal\u2019a (vers 1015) et \u00e0 Tripoli (en 1033-34), la suzerainet\u00e9 fatimide\u00a0 avait \u00e9t\u00e9 d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 rejet\u00e9e.\u00a0 Ces signes d\u2019un changement souhait\u00e9 donn\u00e8rent certainement \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir aux \u00e9mirs zirides d\u2019autant plus qu\u2019au plan ext\u00e9rieur, le contexte r\u00e9gional \u00e9tait marqu\u00e9 par des difficult\u00e9s croissantes pour le califat fatimide (qui perdit ainsi la Syrie) et un relatif redressement du califat abbasside de Bagdad o\u00f9 les Seldjoukites sunnites, nouveaux protecteurs de l\u2019Empire, \u00e9vinc\u00e8rent les Bouyides chiites.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est donc pas un hasard si l\u2019\u00e9mir ziride tenta un rapprochement avec Byzance et les Omeyyades d\u2019Espagne par le biais de missions \u00e0 Constantinople en 1034 et \u00e0 Cordoue de 1044 \u00e0 1047. Parmi les indices d\u2019une rupture prochaine, nous apprend l\u2019historien et \u00e9pigraphiste Lotfi Abdeljaouad,\u00a0 il y eut le changement du nom de Sabra El Mansouriya en Mad\u00eenat \u2039Izz al isl\u00e2m en 1045-46. \u00ab Ce changement visait \u00e0 effacer le souvenir du calife Ism\u00e2\u2019\u00eel El Manso\u00fbr, fondateur de cette ville \u00e0 la suite de sa victoire contre Abou Yazid en 944-45\u00bb. La rupture solennelle eut lieu en novembre 1051 en la grande mosqu\u00e9e de Kairouan. En pr\u00e9sence d\u2019El Moez, l\u2019imam pronon\u00e7a, en chaire, une invocation en faveur du calife abbasside Al Q\u00e2\u2019im Bi Amr Allah, pour l\u2019\u00e9mir ziride et son fils puis jeta l\u2019anath\u00e8me sur les Fatimides et leur ob\u00e9dience.\u00a0 Ce changement d\u2019un suzerain pour un autre, alors que la volont\u00e9 d\u2019\u00abind\u00e9pendance\u00bb \u00e9tait claire, ne s\u2019explique que par le souci constant des musulmans de faire une\u00a0 all\u00e9geance \u00e0 caract\u00e8re religieux au Calife, Commandeur des croyants. En d\u00e9pit d\u2019un contexte apparemment favorable, cette rupture historique avec les Fatimides allait avoir des cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses et durables. La riposte califale consista non pas \u00e0 envoyer un corps exp\u00e9ditionnaire qui e\u00fbt \u00e9t\u00e9 co\u00fbteux et risqu\u00e9 mais \u00e0 autoriser les Hilaliens, turbulents et puissants b\u00e9douins de Haute Egypte, \u00e0 franchir le Nil et se diriger pour s\u2019y fixer vers les verts p\u00e2turages d\u2019Ifriqiya. Ils p\u00e9n\u00e9tr\u00e8rent en Ifriqiya en 1052.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les tentatives de certains historiens, cherchant \u00e0 relativiser les cons\u00e9quences n\u00e9fastes de ce vaste d\u00e9placement humain, cette invasion constitua une v\u00e9ritable r\u00e9gression de la civilisation s\u00e9dentaire qui distinguait l\u2019Ifriqiya depuis l\u2019\u00e9poque romaine. La migration hilalienne prit in\u00e9vitablement la forme d\u2019une agression arm\u00e9e, une tentative \u00e9mirale d\u2019incorporer les nouveaux venus dans l\u2019arm\u00e9e ayant \u00e9chou\u00e9.\u00a0 Les b\u00e9douins de Haute Egypte vainquirent les arm\u00e9es zirides \u00e0 la bataille\u00a0 de Haydar\u00e2n, entre Gab\u00e8s et Sfax, en avril 1052, attaqu\u00e8rent des villes et pill\u00e8rent m\u00eame Kairouan en 1057. Cela, sans compter la tutelle qu\u2019ils exerc\u00e8rent sur des principaut\u00e9s n\u00e9es de la ruine de l\u2019Etat ziride, telle celle des Beni Khorassan de Tunis. L\u2019installation des Hilaliens avec leur mode de vie pastoral et nomade allait aboutir \u00e0 une b\u00e9douinisation des campagnes tunisiennes, et \u00e0 un repli de la vie s\u00e9dentaire. Il est int\u00e9ressant de noter qu\u2019au plan ethnique, leur installation renfor\u00e7a consid\u00e9rablement l\u2019\u00e9l\u00e9ment arabe au sein de la population. En se m\u00e9langeant au substrat berb\u00e8re, elle contribua \u00e0 une arabisation linguistique et ethnique bien plus marqu\u00e9e en Ifriqiya que dans le reste du Maghreb.<\/p>\n<p>El Moez meurt en 1062, alors que son royaume est le th\u00e9\u00e2tre de tragiques \u00e9v\u00e9nements.\u00a0 Son fils Tam\u00eem lui succ\u00e8de et malgr\u00e9 un r\u00e8gne aussi long que celui de son p\u00e8re (1062-1108), il est oblig\u00e9 de se replier \u00e0 Mahdia, sans parvenir \u00e0 vaincre l\u2019anarchie et l\u2019\u00e9clatement du royaume en diverses principaut\u00e9s. Yahia acc\u00e8de ensuite au tr\u00f4ne de ses a\u00efeux, d\u00e9sormais bien fragile ;\u00a0 puis son fils Ali, et Hassan, dernier \u00e9mir ziride qui allait \u00eatre chass\u00e9 par les Normands qui occup\u00e8rent Mahdia en 1148, apr\u00e8s une premi\u00e8re invasion en 1087. Pour ajouter au malheur du royaume,\u00a0 tout le littoral est occup\u00e9 par les Normands d\u2019o\u00f9 ne les d\u00e9logeront que les Almohades. Ces derniers, Berb\u00e8res eux aussi, venus du Haut Atlas, allaient rapidement s\u2019imposer comme les ma\u00eetres de tout le Maghreb et bient\u00f4t de l\u2019Espagne musulmane.\u00a0<\/p>\n<p>C\u2019est dans ce contexte tragique d\u2019un royaume livr\u00e9 \u00e0 l\u2019anarchie et \u00e0 l\u2019occupation \u00e9trang\u00e8re que s\u2019acheva l\u2019\u00e9pisode ziride. Cette d\u00e9liquescence ne doit pas faire oublier la grandeur de ces \u00e9mirs issus de la terre maghr\u00e9bine, grands guerriers et b\u00e2tisseurs d\u2019un royaume qui r\u00e9unit un temps sous son autorit\u00e9 un territoire imposant et qui redonna au sunnisme mal\u00e9kite cher aux Nord-Africains, une place officielle. La dynastie ziride, donna naissance \u00e0 une civilisation florissante et raffin\u00e9e. Le luxe de la Cour \u00e9tait le reflet d\u2019une \u00e9conomie prosp\u00e8re privil\u00e9giant la vie s\u00e9dentaire et fond\u00e9e sur une agriculture aux produits vari\u00e9s et un artisanat r\u00e9put\u00e9. La tol\u00e9rance \u00e9tait de r\u00e8gle de sorte que les musulmans chiites et sunnites cohabitaient avec les juifs et les communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes pr\u00e9sentes dans diverses r\u00e9gions. La\u00a0 chr\u00e9tient\u00e9 de Carthage survivra\u00a0 jusqu\u2019\u00e0 la fin du XIe si\u00e8cle.\u00a0 Quant \u00e0 Kairouan, le culte chr\u00e9tien y \u00e9tait c\u00e9l\u00e9br\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des Hilaliens. A Gab\u00e8s, vivaient les Afar\u00eeq-s descendants des Romains, et \u00e0 Gafsa on parlait encore le latin au XIIe si\u00e8cle.\u00a0 Vers 1050, il y avait cinq \u00e9v\u00eaques en Ifriqiya. Tol\u00e9rance et cohabitation religieuse connurent une r\u00e9gression provoqu\u00e9e par l\u2019intransigeant rigorisme almohade. On assista\u00a0 au repli de la pens\u00e9e religieuse musulmane et h\u00e9bra\u00efque et \u00e0\u00a0 la\u00a0 fin des communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes\u00a0 contraintes de se convertir ou de s\u2019exiler\u00a0 (\u00e0 l\u2019exception de\u00a0 celles du Nefzaoua et de Tozeur qui subsist\u00e8rent longtemps apr\u00e8s la chute des Zirides).<\/p>\n<p>Sous l\u2019\u00e9gide des \u00e9mirs zirides, les lettres, les sciences, les arts et la musique \u00e9taient c\u00e9l\u00e9br\u00e9s et encourag\u00e9s et les chroniques rapportent qu\u2019El Moez\u00a0 b.Bad\u00ees \u00e9tait po\u00e8te et musicien. Des personnalit\u00e9s illustres telles que les hommes de lettres Ibn Charaf et Ibn Rach\u00eeq, ou encore de grands savants mal\u00e9kites Ibn Abi Zayd et l\u2019im\u00e2m El Mezri sont d\u2019\u00e9poque ziride.<\/p>\n<p>Avec la fin des Zirides s\u2019acheva la premi\u00e8re exp\u00e9rience dynastique berb\u00e8re. Il\u00a0\u00a0 faudra attendre l\u2019av\u00e8nement des sultans hafsides au XIIIe si\u00e8cle pour que l\u2019on assiste \u00e0 une renaissance de l\u2019Ifriqiya.<\/p>\n<p class=\"c5\"><strong>Mohamed-El Aziz Ben Achour<\/strong><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/30288-premiere-dynastie-berbere-d-epoque-musulmane-les-zirides\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Mohamed-El Aziz Ben Achour &#8211; L\u2019histoire des Zirides, clan appartenant \u00e0 la tribu des Sanh\u00e2ja, Berb\u00e8res s\u00e9dentaires, est celle d\u2019une \u00e9pop\u00e9e qui les conduisit de l\u2019int\u00e9rieur maghr\u00e9bin aux plus hautes responsabilit\u00e9s politiques et militaires.\u00a0 Un rameau de la famille s\u2019imposa m\u00eame en Espagne au moment de l\u2019effondrement du califat de Cordoue puisqu\u2019un Ziride fonda [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":92785,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"","fifu_image_alt":"","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-92784","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/92784","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=92784"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/92784\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=92784"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=92784"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=92784"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}