{"id":93095,"date":"2020-07-21T08:58:00","date_gmt":"2020-07-21T12:58:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/15-juillet-1960-le-14eme-bataillon-tunisien-avec-les-casques-bleus-au-maintien-de-la-paix-au-katanga-congo-suite-fin\/"},"modified":"2020-07-21T08:58:00","modified_gmt":"2020-07-21T12:58:00","slug":"15-juillet-1960-le-14eme-bataillon-tunisien-avec-les-casques-bleus-au-maintien-de-la-paix-au-katanga-congo-suite-fin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/15-juillet-1960-le-14eme-bataillon-tunisien-avec-les-casques-bleus-au-maintien-de-la-paix-au-katanga-congo-suite-fin\/","title":{"rendered":"15 Juillet 1960: Le 14eme Bataillon Tunisien, avec les Casques Bleus, au maintien de la Paix au Katanga (Congo) (Suite &amp; fin )"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c2\"><span class=\"c3\"><em><strong><span class=\"c2\"><em><strong><span class=\"c2\"><em><strong><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Ben-Kra\u00efm-min.jpg\" alt=\"\" width=\"20%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"left\"\/><\/strong><\/em><\/span><\/strong><\/em><\/span>Par le Colonel (r) Boubaker Benkraiem &#8211;<\/strong><\/em><\/span><\/span> Trois mois apr\u00e8s notre retour du Congo, la situation dans ce pays n\u2019a pas \u00e9volu\u00e9 favorablement et les m\u00eames probl\u00e8mes ont, par ailleurs, empir\u00e9. La bataille de Bizerte ayant cess\u00e9 pour c\u00e9der la place \u00e0 la n\u00e9gociation, l\u2019ONU, satisfaite du rendement du premier contingent, demanda \u00e0 la Tunisie l\u2019envoi d\u2019un deuxi\u00e8me. Celui-ci, de l\u2019ordre d\u2019un bataillon, avec des effectifs de pr\u00e8s de huit cents hommes, commen\u00e7ait \u00e0 se mettre sur pied \u00e0 partir du 15 d\u00e9cembre 1961. Cette Unit\u00e9 a commenc\u00e9 sa mise sur pieds \u00e0 la base militaire d\u2019El Aouina et prit la d\u00e9nomination de 14\u00b0 bataillon dont le commandement a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9 au Commandant Hassine Remiza. Tous les commandants de compagnie, l\u2019officier adjoint et l\u2019officier de liaison appartenaient \u00e0 la Promotion *Bourguiba*.<\/p>\n<p>Notre d\u00e9part pour le Congo d\u00e9buta le 28 d\u00e9cembre. Un pont a\u00e9rien permit au bataillon d\u2019\u00eatre en totalit\u00e9 \u00e0 L\u00e9opoldville le 4 janvier 1962.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s les formalit\u00e9s d\u2019usage et la perception des \u00e9quipements sp\u00e9cifiques, il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 de nous affecter au Katanga, cette province qui fit s\u00e9cession depuis plus d\u2019un an sous la pr\u00e9sidence de Mo\u00efse Tshomb\u00e9. C\u2019est la province la plus m\u00e9ridionale du Congo et certainement la plus riche, par ses minerais et surtout par son cuivre. Le Katanga est, d\u2019apr\u00e8s un professeur universitaire, un scandale g\u00e9ologique, tellement le sous-sol ne r\u00e9pondant \u00e0 aucune logique. L\u2019Etat du Katanga, c\u2019\u00e9tait son appellation officielle, avait constitu\u00e9 une arm\u00e9e d\u00e9nomm\u00e9e \u00abgendarmerie Katangaise\u00bb encadr\u00e9e et entra\u00een\u00e9e par les \u00abaffreux\u00bb ou mercenaires venus d\u2019Europe et de l\u2019Afrique du sud blanche. La capitale Elisabethville, aujourd\u2019hui Lubumbashi, est \u00e0 pr\u00e8s de mille Kilom\u00e8tres de L\u00e9opoldville (Kinshasha), la capitale du pays. B\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019un climat exceptionnel, situ\u00e9 \u00e0 mille m\u00e8tres d\u2019altitude, ayant une temp\u00e9rature de vingt \u00e0 vingt-deux degr\u00e9s toute l\u2019ann\u00e9e, une v\u00e9g\u00e9tation luxuriante et en fleurs en permanence, c\u2019est un pays f\u00e9\u00e9rique. Arriv\u00e9s au Katanga vers la fin du mois de janvier 1962, nous avons \u00e9t\u00e9 charg\u00e9s de la protection et de la garde du camp des r\u00e9fugi\u00e9s Balubakat, c\u2019est-\u00e0-dire, les Balubas du Katanga, une tribu oppos\u00e9e \u00e0 Tshomb\u00e9. Nous avons relev\u00e9 un bataillon su\u00e9dois devant rentrer en Su\u00e8de. Venus se mettre sous la protection de l\u2019ONU, ces r\u00e9fugi\u00e9s \u00ab Balubakat \u00bb ont \u00e9t\u00e9 install\u00e9s dans ce qui fut l\u2019un des plus beaux parcs d\u2019Afrique. Leur nombre avait atteint, \u00e0 un certain moment, quatre-vingt mille r\u00e9fugi\u00e9s qu\u2019il fallait surveiller et auxquels il fallait, de temps en temps, fournir une aide alimentaire substantielle.<\/p>\n<p>D\u2019autres contingents se trouvaient au Katanga et le plus important en nombre \u00e9tait le contingent indou avec toute une brigade de Gurkhas qui avaient la r\u00e9putation d\u2019\u00eatre des guerriers redoutables. Nous avions relev\u00e9 le contingent su\u00e9dois qui devait rentrer en Su\u00e8de. Le commandement des Forces de l\u2019ONU au Katanga \u00e9tait assur\u00e9 par le g\u00e9n\u00e9ral de division indou Prem Chand et le chef des op\u00e9rations civiles \u00e9tait l\u2019argentin\u00a0 Jos\u00e9 Rolz Bennet qui sera, trois ans plus tard, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral adjoint de l\u2019ONU. Parlant bien le fran\u00e7ais et appr\u00e9ciant l\u2019excellent travail que nous faisions et les bons r\u00e9sultats que nous avions obtenus surtout ceux relatifs \u00e0 la recherche et \u00e0 l\u2019arrestation des mercenaires, il \u00e9tait devenu l\u2019ami du contingent tunisien et venait souvent nous rendre visite d\u2019une mani\u00e8re informelle.<\/p>\n<p>Deux de nos officiers avaient fait partie de la commission des Nations Unies pour la recherche et l\u2019arrestation des mercenaires servant au Katanga. Cette commission pr\u00e9sid\u00e9e par l\u2019adjoint du chef des op\u00e9rations civiles au Katanga s\u2019est r\u00e9unie, \u00e0 plusieurs reprises \u00e0 Elisabethville, sans aboutir \u00e0 des r\u00e9sultats positifs. Ayant fait, avec mon camarade Rafik Sarraj, partie de cette commission qui si\u00e9geait une fois par semaine, je me souviens que nous perdions presque tout notre temps \u00e0 discuter de questions insignifiantes et nous avons pass\u00e9 pr\u00e8s de deux mois uniquement \u00e0 d\u00e9finir ce qu\u2019est un mercenaire.<\/p>\n<p>Notre appartenance \u00e0 l\u2019Afrique et notre connaissance de la langue fran\u00e7aise nous ont permis d\u2019avoir de tr\u00e8s bons rapports avec la population locale, les Congolais (Katangais) et avec les Europ\u00e9ens, essentiellement les Belges. Nous avons \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s vite adopt\u00e9s par tous : les autochtones qui avaient affaire \u00e0 des Africains comme eux, et les Europ\u00e9ens qui, gr\u00e2ce \u00e0 la langue, avaient compris que nous n\u2019\u00e9tions l\u00e0 que pour maintenir la paix et la s\u00e9curit\u00e9. Nous leur avons expliqu\u00e9 que l\u2019ONUC au Katanga n\u2019\u00e9tait pas partie prenante de la situation conjoncturelle que tout le monde vivait et subissait et que nous les prot\u00e9gions au m\u00eame titre que tous ceux qui r\u00e9sident dans cette ville.<\/p>\n<p>Nos rapports avec les autorit\u00e9s de la province \u00e9rig\u00e9e, \u00e0 ce moment- l\u00e0 en Etat, \u00e9taient excellents y compris avec Moise Tshomb\u00e9 et les membres de son gouvernement. Il venait d\u2019ailleurs chez nous lorsque nous l\u2019invitions \u00e0 l\u2019occasion de la F\u00eate de l\u2019Ind\u00e9pendance et il nous a plusieurs fois invit\u00e9 chez lui \u00e0 la * Pr\u00e9sidence*. MM. Munongo et Kimba, ses ministres de l\u2019int\u00e9rieur et des affaires \u00e9trang\u00e8res n\u2019\u00e9taient pas inconnus du contingent tunisien.<\/p>\n<p>Cependant, nous avons v\u00e9cu une p\u00e9riode d\u2019incertitude, \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1962, lorsque l\u2019ONUC nous signifiait tant\u00f4t que Tshomb\u00e9 ne serait plus autoris\u00e9 \u00e0 quitter sa r\u00e9sidence et qu\u2019il \u00e9tait notre prisonnier et tant\u00f4t, dans la m\u00eame journ\u00e9e, des instructions contraires nous ordonnaient de consid\u00e9rer Tshomb\u00e9 comme le Pr\u00e9sident du Katanga et qu\u2019il doit \u00eatre trait\u00e9 comme tel. Cette situation \u00e9quivoque dura presque une semaine. Elle nous a perturb\u00e9s et ne nous a pas facilit\u00e9 la t\u00e2che surtout vis-\u00e0-vis d\u2019un responsable que nous connaissions bien et qui nous respectait beaucoup.<\/p>\n<p>Le camp des r\u00e9fugi\u00e9s n\u2019\u00e9tait pas une mince affaire et ce sont surtout les probl\u00e8mes de vol de voiture qui nous donnaient du fil \u00e0 retordre. En effet, si la voiture vol\u00e9e nous \u00e9tait signal\u00e9e deux heures apr\u00e8s le vol, il nous \u00e9tait pratiquement impossible de la retrouver, du moins en \u00e9tat pr\u00e9sentable. Une heure \u00e9tait suffisante aux voleurs devenus sp\u00e9cialistes en la mati\u00e8re pour qu\u2019elle disparaisse enti\u00e8rement devenant des pi\u00e8ces d\u00e9tach\u00e9es et la carcasse, maquill\u00e9e et repeinte, \u00e9tait utilis\u00e9e comme case d\u2019habitation.<\/p>\n<p>La connaissance de la langue fran\u00e7aise \u00e9tait pour nous d\u2019un grand avantage et d\u2019une importance capitale par rapport aux autres contingents. En effet, en comparant nos relations avec les Europ\u00e9ens \u00e0 celles qu\u2019avaient avec eux d\u2019autres contingents ne parlant pas le fran\u00e7ais, il n\u2019y avait aucune commune mesure entre nous et les autres. Alors que les *Blancs*, les belges \u00e9taient m\u00e9fiants vis-\u00e0-vis des Ethiopiens, des Indous et m\u00eame des Su\u00e9dois, ils \u00e9taient plus sympathiques et plus coop\u00e9ratifs avec nous. C\u2019est aussi cela qui a facilit\u00e9 notre t\u00e2che car beaucoup d\u2019Europ\u00e9ens ont collabor\u00e9, s\u00e9rieusement, avec nous et nous ont fourni d\u2019importants renseignements surtout relatifs aux mercenaires qui essayaient de se faire passer pour des n\u00e9gociants ou des repr\u00e9sentants commerciaux.<\/p>\n<p>Le Colonel Lasmar Bouzaiane, ancien commandant de la Brigade tunisienne des forces de l\u2019ONUC, b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019un immense prestige, \u00e9tait tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9 par le commandement des Forces des Nations-Unies pour les brillants r\u00e9sultats qu\u2019il a obtenus au Kassai et \u00e0 L\u00e9opoldville. Il \u00e9tait venu, en sa qualit\u00e9 de Chef d\u2019Etat- Major G\u00e9n\u00e9ral adjoint de l\u2019Arm\u00e9e tunisienne, deux fois en inspection de notre contingent. Ses visites nous \u00e9taient annonc\u00e9es, \u00e0 l\u2019avance, par le commandement des Forces de l\u2019ONU. Sa deuxi\u00e8me visite eut lieu alors que nous \u00e9tions au Katanga. Quelques jours apr\u00e8s son arriv\u00e9e \u00e0 Elisabethville, les \u00e9v\u00e8nements qui ont caus\u00e9 l\u2019effondrement du r\u00e9gime de Mr Tshomb\u00e9 avaient commenc\u00e9. Je veux \u00e9voquer, \u00e0 cette occasion, un fait historique que j\u2019ai v\u00e9cu, ayant fait partie du 14\u00b0 bataillon et ayant accompagn\u00e9, \u00e0 chaque fois, le Colonel Lasmar, en vue de faire l\u2019interpr\u00e8te, lorsqu\u2019il rencontrait le G\u00e9n\u00e9ral Prem Chand, le commandant en Chef des Forces de l\u2019ONUC au Katanga.<\/p>\n<p>Les troupes des Nations Unies au Katanga \u00e9taient essentiellement implant\u00e9es \u00e0 Elisabethville, la capitale du Katanga ainsi qu\u2019\u00e0 Kamina, une ville situ\u00e9e au nord \u00e0 pr\u00e8s de cinq cents kilom\u00e8tres. A partir du mois d\u2019octobre 1962, des actes de provocation \u00e9taient signal\u00e9s, provenant de policiers et de civils katangais. Nos soldats ont \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9s, \u00e0 plusieurs reprises, de tirer en l\u2019air pour se d\u00e9gager. Cette situation a atteint son paroxysme lorsque le 27 d\u00e9cembre au soir, plusieurs positions de l\u2019ONU pr\u00e8s de l\u2019a\u00e9roport, pr\u00e8s du Golf, de l\u2019Union Mini\u00e8re, du Camp Massart se trouvant en ville ont \u00e9t\u00e9 violemment harcel\u00e9s par des tirs de mortiers et d\u2019armes automatiques. L\u2019ONU n\u2019a pas ripost\u00e9 mais a \u00e9nergiquement protest\u00e9 aupr\u00e8s du gouvernement katangais. Cette protestation n\u2019a servi \u00e0 rien puisque la gendarmerie katangaise, l\u2019arm\u00e9e en fait, encadr\u00e9e surtout par des mercenaires europ\u00e9ens pour la plupart et par quelques sud-africains\u00a0 du r\u00e9gime de l\u2019apartheid, a continu\u00e9 \u00e0 harceler de nuit les positions des forces de l\u2019ONU en tirant \u00e0 coups de mortiers et de canons de faible calibre. Les tirs n\u2019\u00e9tant pas pr\u00e9cis, chaque contingent essayait de s\u2019informer aupr\u00e8s de ses voisins et chacun s\u2019inqui\u00e9tait pour les autres. Les tirs cessaient d\u00e8s le lever du jour.<\/p>\n<p>Alors que nous vivions, de nuit, la m\u00eame situation de tirs katangais, le colonel Lasmar a rendu une visite de courtoisie et d\u2019amiti\u00e9 au Commandant en Chef des Forces de l\u2019ONU au Katanga.<\/p>\n<p>Lorsque le g\u00e9n\u00e9ral indou Prem Chand \u00e9voqua le probl\u00e8me du harc\u00e8lement nocturne Katangais, le Colonel Lasmar a saisi l\u2019occasion pour lui conseiller avec insistance de ne pas laisser ses hommes, tous cantonn\u00e9s dans la capitale et sa p\u00e9riph\u00e9rie, subir tous les soirs les tirs de la gendarmerie katangaise, ces tirs pouvant \u00e9branler leur moral. Il lui sugg\u00e9ra aussi de permettre \u00e0 ses troupes de *s\u2019a\u00e9rer* en \u00e9largissant leur zone d\u2019action et cela, en bousculant un peu les gendarmes katangais. Sa visite co\u00efncida, \u00e0 quelques heures pr\u00e8s, avec les ordres re\u00e7us de New-York ordonnant d\u2019attaquer les gendarmes katangais. Cet ordre nous est parvenu le 28 d\u00e9cembre 1962 \u00e0 15 h00. Et aussit\u00f4t dit, aussit\u00f4t fait. Le lendemain, les Gurkhas (Indous) et les Ethiopiens avaient re\u00e7u l\u2019ordre de quitter leur cantonnement et de chercher le contact avec la gendarmerie katangaise. Celle-ci, reculant au fur et \u00e0 mesure que les Casques bleus avan\u00e7aient, s\u2019est en fin de compte \u00e9vapor\u00e9e, sans combattre s\u00e9rieusement et sans avoir oppos\u00e9 une r\u00e9sistance digne d\u2019\u00eatre signal\u00e9e. C\u2019est ainsi que prit fin le r\u00e9gime de Tshomb\u00e9 et le Katanga redevint une province congolaise.\u00a0<\/p>\n<p>Notre mission deviendra plus importante, plus grave, tr\u00e8s d\u00e9licate et plus accentu\u00e9e apr\u00e8s le mois de d\u00e9cembre 1962 et jusqu\u2019\u00e0 notre retour d\u00e9finitif en Tunisie en mars 1963, lors de l\u2019effondrement du r\u00e9gime de Tshomb\u00e9.<\/p>\n<p>Oblig\u00e9s de suppl\u00e9er l\u2019autorit\u00e9 qui s\u2019est \u00e9vapor\u00e9e, nous avons assum\u00e9 les t\u00e2ches auparavant imparties \u00e0 la police et il fallait:<\/p>\n<p class=\"c4\"><span class=\"c2\"><strong>1-<\/strong><\/span> Assurer la s\u00e9curit\u00e9 de toute la population dans cette ville de plus de cent mille habitants;<\/p>\n<p class=\"c4\"><span class=\"c2\"><strong>2-<\/strong><\/span> Sauvegarder les personnes et les biens;<\/p>\n<p class=\"c4\"><span class=\"c2\"><strong>3-<\/strong><\/span> Eviter les pillages et les r\u00e8glements de compte dans une p\u00e9riode d\u2019incertitude, d\u2019anarchie et d\u2019absence totale de l\u2019autorit\u00e9 l\u00e9gale;<\/p>\n<p class=\"c4\"><span class=\"c2\"><strong>4-<\/strong><\/span> Et surtout prot\u00e9ger les minorit\u00e9s de tout acte de vengeance.<\/p>\n<p>Cette mission, loin d\u2019\u00eatre ais\u00e9e pour des militaires habitu\u00e9s aux exercices de combat et aux manoeuvres, a \u00e9t\u00e9 remarquablement remplie par nos hommes qui ont m\u00e9rit\u00e9, \u00e0 la fin de notre s\u00e9jour, les f\u00e9licitations, les remerciements de l\u2019ONUC, ainsi que la reconnaissance des noirs et des blancs, celle de la population congolaise (katangaise) ainsi que celle de tous les Europ\u00e9ens qui \u00e9taient fort nombreux \u00e0 Elisabethville.<\/p>\n<p>Ayant eu la chance d\u2019avoir fait partie de la Brigade, durant une courte p\u00e9riode de cinq mois ainsi que du 14\u00b0 bataillon au Katanga pendant tout le s\u00e9jour (quinze mois), les missions que nous avons accomplies ici et l\u00e0 \u00e9taient totalement diff\u00e9rentes et je voudrais mentionner le travail remarquable effectu\u00e9 par tout le personnel officiers, sous-officiers et hommes du rang dans ces situations tr\u00e8s d\u00e9licates et dans cette t\u00e2che tout \u00e0 fait particuli\u00e8re que nous assumions pour la premi\u00e8re fois de notre carri\u00e8re. Je citerai les noms de mes camarades officiers qui, durant le s\u00e9jour katangais, ont \u00e9t\u00e9 * au four et au moulin*: Les Lts Habib Ammar, Rafik Sarraj, Bechir Chehidi, Mustapha Hachicha, Taoufik Boudeya, Ahmed Ayache, Salah Ben Saad,Tahar Boubaker, les Sous Lts Ghazi Skander, Belkhodja, Larbi Farouk, Hedi Chemli, Mekki Louiz, Mohsen Mamoughli, Habib Karray et Fray sans oublier les m\u00e9decins capitaines Safraoui, Ben Chaabane et Hachicha qui se sont relay\u00e9s \u00e0 la t\u00eate de la section m\u00e9dicale du Bataillon, veillant sur l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 de nos troupes.<\/p>\n<p>Quels souvenirs gardons- nous de notre s\u00e9jour au Katanga ?<\/p>\n<p>D\u2019abord, le souvenir d\u2019une r\u00e9gion paradisiaque g\u00e2t\u00e9e par la nature pour sa v\u00e9g\u00e9tation, son climat et ses richesses.<\/p>\n<p>Ensuite, tout simplement ces t\u00e9moignages de reconnaissance du r\u00e9dacteur en chef du quotidien *l\u2019Echo du Katanga* que nous n\u2019avons jamais connu ou rencontr\u00e9 et qui s\u2019est fait le porte-parole de tous les habitants d\u2019Elisabethville, sans distinction de race, d\u2019origine ou de couleur:<\/p>\n<p>Dans sa publication du 26 f\u00e9vrier 1963, il\u00a0 a \u00e9crit dans un flash en premi\u00e8re page :<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Le bataillon tunisien nous quitte:<\/strong><\/span> Hier soir, le colonel Remiza, commandant le bataillon tunisien, recevait le tout E\u2019ville, \u00e0 l\u2019occasion du prochain d\u00e9part. Les E\u2019villois de toutes les factions (jadis oppos\u00e9es) \u00e9taient pr\u00e9sents. Tous regrettent le d\u00e9part des Tunisiens. Ils ont accompli ces derniers temps un travail de police tr\u00e8s efficace et qui a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments de base du r\u00e9tablissement rapide des conditions normales de vie dans notre ville. C\u2019est de tout c\u0153ur que nous leur disons: au revoir et bon voyage. Si jamais un bataillon tunisien devait revenir au Congo, nous souhaitons qu\u2019encore une fois qu&rsquo;il soit command\u00e9 par un homme de la trempe du Colonel Remiza. \u00bb<\/p>\n<p>La m\u00eame information a \u00e9t\u00e9 reprise par le m\u00eame journal dans ses parutions des 28 f\u00e9vrier et 1er mars 1963, sous le titre \u00ables adieux du Colonel Remiza\u00bb:<br \/>\u00ab A l\u2019occasion du rapatriement du contingent tunisien des Forces de l\u2019ONUC, le Lt Colonel Hassine Remiza commandant du dit contingent, a donn\u00e9 lundi soir une brillante r\u00e9ception \u00e0 sa r\u00e9sidence \u00e0 Elisabethville. Trois \u00e0 quatre cents personnalit\u00e9s de la capitale Katangaise ont r\u00e9pondu aux invitations. Parmi elles, on remarquait la pr\u00e9sence de nombreux ministres du gouvernement de M Tshomb\u00e9, dont M. Evariste Kimba qui assure l\u2019int\u00e9rim de la pr\u00e9sidence durant l\u2019absence de M. Tshomb\u00e9, du ministre de l\u2019int\u00e9rieur M.Godefroid Munongo. Assistaient \u00e9galement \u00e0 cette r\u00e9ception les leaders de l\u2019ancienne opposition au r\u00e9gime de M.Tshomb\u00e9 dont M. Sendwe Jason, pr\u00e9sident de la Balubakat et ancien vice premier ministre du gouvernement central et M. Mwamba Remy, ancien ministre de la justice du gouvernement central et pr\u00e9sident du Parti Progressiste Katangais.<\/p>\n<p>Le gouvernement de L\u00e9opoldville et l\u2019Arm\u00e9e Nationale Congolaise \u00e9taient \u00e9galement repr\u00e9sent\u00e9s par de nombreuses personnalit\u00e9s. Un jour auparavant, le colonel Remiza avait fait ses adieux aux quatre \u00e0 cinq mille r\u00e9fugi\u00e9s qui s\u2019abritaient encore aux alentours du camp tunisien. On sait que depuis un an et deux mois, le contingent tunisien qui \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 Elisabethville avait \u00e9t\u00e9 promu \u00e0 la garde du camp des r\u00e9fugi\u00e9s d\u2019Elisabethville et que depuis les derniers \u00e9v\u00e8nements sanglants de novembre, d\u00e9cembre de l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re et janvier de cette ann\u00e9e-ci, les soldats tunisiens avaient \u00e9t\u00e9 charg\u00e9s du maintien de l\u2019ordre \u00e0 Elisabethville en collaboration avec la police locale et des \u00e9l\u00e9ments de l\u2019Arm\u00e9e Nationale Congolaise.<\/p>\n<p>Lors de l\u2019adieu fait par le colonel Remiza, dimanche soir, au camp des r\u00e9fugi\u00e9s, les bataillons de jeunesses Balubakat, arm\u00e9es de cha\u00eenes de v\u00e9lo, d\u2019arcs et de fl\u00e8ches, ont d\u00e9fil\u00e9 en chantant devant la tribune o\u00f9 se trouvait le colonel. Les jeunes gens barbouill\u00e9s de couleur, le torse nu, sur lequel battaient des f\u00e9tiches, la t\u00eate coiff\u00e9e de plumes, chantaient des chants de guerre et de deuil. Ils furent suivis par des groupes de jeunes filles, qui la poitrine nue band\u00e9e par un \u00e9toffe de couleur, marchaient par saccade au rythme africain. Elles portaient de petites jupes en paille tress\u00e9e. La sueur luisait sur leurs \u00e9paules noires. En pronon\u00e7ant son adieu \u00e0 ces milliers de Balubas peinturlur\u00e9s comme \u00e0 la guerre, le colonel Remiza \u00e9tait terriblement \u00e9mu. Il butait sur les phrases et s\u2019enflammait lorsqu\u2019il pronon\u00e7ait les mots de fr\u00e8res et d\u2019Afrique. Alors sa voix timide \u00e9clatait comme un tonnerre : \u00b0courage, nous africains, disait-il, la mis\u00e8re nous la vivons, mais la terre nous appartient. Viendra un jour heureux o\u00f9 vous serez d\u00e9barrass\u00e9s de toutes les s\u00e9quelles du colonialisme et o\u00f9 l\u2019Afrique ne sera plus qu\u2019un seul peuple. Je suis du nord et vous \u00eates du centre, mais \u00e0 travers les kilom\u00e8tres qui nous s\u00e9parent nous nous donnons la main.<br \/>Aussit\u00f4t apr\u00e8s ce discours, les jeunes filles chant\u00e8rent un chant coutumier pour marquer la tristesse du d\u00e9part. Puis l\u2019orchestre des militaires tunisiens fit \u00e9clater ses fanfares. Des soldats tunisiens et des guerriers Baluba farouches se m\u00eal\u00e8rent aux groupes des danseuses pour ex\u00e9cuter un twist endiabl\u00e9\u00bb.<\/p>\n<p>Dans sa parution du 5 mars 1963, le m\u00eame journal \u00e9crivit : \u00abLes Tunisiens ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s, dans le service du maintien de l\u2019ordre, par les Ethiopiens. Les Tunisiens, en effet, par leur correction, leur amabilit\u00e9 et leur honn\u00eatet\u00e9, jouissaient d\u2019un tr\u00e8s grand prestige aupr\u00e8s des populations katangaises et ce, en d\u00e9pit des \u00e9v\u00e8nements tragiques qui ont oppos\u00e9 l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, les soldats des Nations Unies aux gendarmes katangais.<\/p>\n<p>Telles sont les impressions que l\u2019on a recueillies \u00e0 l\u2019annonce du d\u00e9part des Tunisiens dans tous les milieux d\u2019Elisabethville.<\/p>\n<p>Selon les observateurs, le d\u00e9part des Tunisiens a \u00e9t\u00e9 unanimement regrett\u00e9 tant par les Africains que par les Europ\u00e9ens \u00e0 Elisabethville\u00bb.<\/p>\n<p>Ce vibrant t\u00e9moignage de reconnaissance du journaliste congolais qui illustre le succ\u00e8s de notre mission au Katanga et au Congo \u00e9tait pour nous tous la meilleure r\u00e9compense pour le travail accompli.<br \/>Le 14<sup>\u00e8me<\/sup> Bataillon a \u00e9t\u00e9 rapatri\u00e9 en totalit\u00e9\u00a0 le 8 mars 1963.<\/p>\n<p class=\"c5\"><strong>Boubaker Benkraiem<\/strong><br \/><span class=\"c3\"><em>Ancien Sous-Chef d\u2019Etat- Major de l\u2019Arm\u00e9e de Terre,<br \/>Ancien Gouverneur,<br \/>Ancien Casque Bleu au Congo et au Katanga.<\/em><\/span><\/p>\n<p class=\"c6\"><strong>Lire aussi<\/strong><\/p>\n<p class=\"c6\"><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/30258-15-juillet-1960-il-y-a-soixante-ans-les-premiers-casques-bleus-tunisiens-de-l-histoire-au-service-de-la-paix-1-partie-4\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">15 juillet 1960 : Il y a 60 ans, les Premiers Casques Bleus Tunisiens au service de la Paix au Congo (1\u00b0partie \/ 4)<\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/30270-15-7-60-la-brigade-tunisienne-avec-les-casques-bleus-au-maintien-de-la-paix-au-kassai-et-a-leopoldville-congo\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">15 Ao\u00fbt 1960: La Brigade Tunisienne, avec les Casques Bleus, au maintien de la Paix au Kassai et \u00e0 L\u00e9opoldville<\/a> <a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/30270-15-7-60-la-brigade-tunisienne-avec-les-casques-bleus-au-maintien-de-la-paix-au-kassai-et-a-leopoldville-congo\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">(Congo)<\/a><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/30270-15-7-60-la-brigade-tunisienne-avec-les-casques-bleus-au-maintien-de-la-paix-au-kassai-et-a-leopoldville-congo\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">(2\u00b0partie \/ 4)<\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/30292-15-juillet-1960-la-brigade-tunisienne-avec-les-casques-bleus-au-maintien-de-la-paix-a-leo-et-a-kitona-congo-3-partie-4\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">15 juillet 1960: La Brigade Tunisienne, avec les Casques Bleus, au maintien de la Paix \u00e0 L\u00e9o et \u00e0 Kitona (Congo) (3\u00b0partie\/4)<\/a><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/30304-15-juillet-1960-le-14eme-bataillon-tunisien-avec-les-casques-bleus-au-maintien-de-la-paix-au-katanga-congo-suite-fin\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par le Colonel (r) Boubaker Benkraiem &#8211; Trois mois apr\u00e8s notre retour du Congo, la situation dans ce pays n\u2019a pas \u00e9volu\u00e9 favorablement et les m\u00eames probl\u00e8mes ont, par ailleurs, empir\u00e9. La bataille de Bizerte ayant cess\u00e9 pour c\u00e9der la place \u00e0 la n\u00e9gociation, l\u2019ONU, satisfaite du rendement du premier contingent, demanda \u00e0 la Tunisie [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":93096,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"","fifu_image_alt":"","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-93095","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/93095","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=93095"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/93095\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=93095"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=93095"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=93095"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}