{"id":93269,"date":"2020-07-23T10:34:10","date_gmt":"2020-07-23T14:34:10","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/%ef%bb%bfla-litterature-peut-changer-le-monde\/"},"modified":"2020-07-23T10:34:10","modified_gmt":"2020-07-23T14:34:10","slug":"%ef%bb%bfla-litterature-peut-changer-le-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/%ef%bb%bfla-litterature-peut-changer-le-monde\/","title":{"rendered":"\ufeff\u00abLa litt\u00e9rature peut changer le monde !\u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-text-color has-vivid-red-color c2\"><strong>L\u2019<\/strong><strong>\u00e9crivaine et journaliste franco-iranienne<\/strong> <strong>Abnousse Shalmani<\/strong><\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>Propos recueillis par Mustapha Younes<\/strong><\/p>\n<div class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/albayane.press.ma\/wp-content\/uploads\/ouv2-13-1-251x360.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-93269\" width=\"278\" height=\"399\"\/><\/div>\n<p class=\"has-text-color c4\"><em>N\u00e9e en 1977 \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran, Abnousse Shalmani est issue d\u2019une famille qui a choisi l\u2019exil apr\u00e8s la r\u00e9volution iranienne et l\u2019arriv\u00e9e de Khomeini au pouvoir. Apr\u00e8s des \u00e9tudes d\u2019Histoire, elle se tourne vers le journalisme et la litt\u00e9rature et y trouve sa vraie vocation.\u00a0 Abnousse Shalmani est\u00a0 une auteure qui n\u2019a pas la langue dans sa poche et qui choisit\u00a0 de prendre le parti de s\u2019exprimer avec une lucidit\u00e9 remarquable. Elle s\u2019arme de\u00a0 mots pour d\u00e9fendre ses id\u00e9aux et croit au pouvoir de la litt\u00e9rature : \u00a0\u00bb Je pense que le roman peut changer le monde \u00a0\u00bb\u00a0 confesse-t-elle dans cet entretien.\u00a0 En fervente et g\u00e9n\u00e9reuse m\u00e9t\u00e8que, Abnousse Shalmani a bien voulu, sans r\u00e9ticence aucune, r\u00e9pondre \u00e0 nos questions. Son dernier essai \u00a0\u00bb \u00c9loge du m\u00e9t\u00e8que \u00a0\u00bb vient de para\u00eetre aux \u00e9ditions Grasset.<\/em><\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-red-color\"><strong>\u00ab\u00a0L\u2019identit\u00e9 n\u2019est pas donn\u00e9e une fois pour toutes, elle se construit et se transforme tout au long de l\u2019existence\u00a0\u00bb nous dit Amin Maalouf dans les \u00ab\u00a0identit\u00e9s meurtri\u00e8res\u00a0\u00bb. Vous, qui avez v\u00e9cu une partie de votre enfance en Iran avant que votre famille ne choisisse de s\u2019installer d\u00e9finitivement en France, partagez- vous cette conception de l\u2019identit\u00e9?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Abnousse Shalmani<\/strong>\u00a0: Je partage beaucoup avec Amin Maalouf\u00a0! J\u2019\u00e9tais adolescente lorsque je l\u2019ai lu la premi\u00e8re fois. \u00abLes jardins de lumi\u00e8re\u00bb, \u00abSamarcande\u00bb, \u00abL\u00e9on, l\u2019Africain\u00bb etc. ont accompagn\u00e9 ma prise de conscience m\u00e9t\u00e8que. Toute identit\u00e9 fig\u00e9e est une identit\u00e9 meurtri\u00e8re, toute tentative de limiter l\u2019identit\u00e9, de la r\u00e9duire, de la d\u00e9finir strictement est un anti-humanisme. L\u2019identit\u00e9 m\u2019appara\u00eet comme une valise dans laquelle nous mettons tous les aspects de nos personnalit\u00e9s complexes, toutes nos contradictions, nos d\u00e9sirs, nos id\u00e9aux, nos beaut\u00e9s et nos peurs.<\/p>\n<p>N\u00e9e \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran, exil\u00e9e \u00e0 Paris, je ne pouvais \u00e9chapper \u00e0 la question identitaire\u00a0! J\u2019ai eu beaucoup de chance d\u2019avoir des parents cosmopolites, pour qui rien n\u2019\u00e9tait plus important que la libert\u00e9. Ils m\u2019ont \u00e9lev\u00e9e dans l\u2019id\u00e9e qu\u2019un salaud \u00e9tait un salaud quelle que soit la couleur de sa peau, que les pr\u00e9suppos\u00e9s religieux, culturels, \u00e9thniques ne devaient pas entrer en compte dans l\u2019appr\u00e9ciation de l\u2019autre. Enfin, parce qu\u2019ils aimaient la litt\u00e9rature et le cin\u00e9ma, j\u2019ai pu me reconna\u00eetre dans tous les visages, toutes les cultures, toutes les langues, \u00eatre une comtesse, une ouvri\u00e8re, un gangster d\u00e9pressif, un fonctionnaire malheureux, un h\u00e9ros antique, et c\u2019est ainsi que j\u2019ai toujours voulu croire que j\u2019\u00e9tais celle que je choisissais et qu\u2019il n\u2019existait pas de fronti\u00e8res dans la culture.<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-red-color\"><strong>Dans \u00ab\u00a0Les exil\u00e9s meurent aussi d\u2019amour\u00a0\u00bb vous donnez, par le biais du narrateur, cette d\u00e9finition de l\u2019exil: \u00ab\u00a0l\u2019exil, c\u2019est d\u2019abord \u00e7a : un espace confin\u00e9, entour\u00e9 d\u2019un monde inconnu et vaste, et d\u2019autant plus inaccessible qu\u2019il para\u00eet impossible de s\u2019\u00e9chapper de la cage o\u00f9 s\u2019amassent les restes mis\u00e9rables du pays natal\u00a0\u00bb.\u00a0 L\u2019exil,\u00a0 du reste, n\u2019est \u00a0pas irr\u00e9missiblement\u00a0 une cage\u00a0\u00bb, pour reprendre votre m\u00e9taphore. C\u2019est peut-\u00eatre aussi un apprentissage<\/strong><strong>,<\/strong> <strong>n\u2019est-ce pas?<\/strong><\/p>\n<p>Bien s\u00fbr que c\u2019est un apprentissage\u00a0! Et qui plus est un apprentissage positif.\u00a0 Lorsque ma narratrice fait ce constat, c\u2019est au d\u00e9but du roman, au commencement de l\u2019exil. Elle ne ma\u00eetrise pas encore la langue du pays d\u2019adoption, elle est enferm\u00e9e dans un appartement avec sa famille, l\u2019ext\u00e9rieur est li\u00e9 \u00e0 l\u2019inconnu et au danger. Au fur et \u00e0 mesure, \u00e0 travers ses rencontres, elle va s\u2019\u00e9manciper et s\u2019enrichir de tout ce que l\u2019exil peut offrir et y trouver les chemins du d\u00e9sir, donc de la libert\u00e9. L\u2019exil est toujours une douleur, mais il est aussi une richesse extraordinaire\u00a0! Choisir de voir les aspects positifs de l\u2019exil, c\u2019est se d\u00e9barrasser de ses peurs, d\u2019acculturation, voire de \u00ab\u00a0trahison\u00a0\u00bb du pays natal.<\/p>\n<p>Mon exil fut celui de la conqu\u00eate\u00a0: d\u2019une langue, d\u2019une culture, d\u2019un art de vivre. Dans les pages de Balzac, j\u2019ai d\u00e9couvert le mode d\u2019emploi de la France, dans celles de Stendhal comment tenait le monde, dans les romans de Dosto\u00efevski comment le monde se disloquait. D\u2019autant plus qu\u2019en m\u2019appropriant la langue fran\u00e7aise, je me suis appropri\u00e9 le monde\u00a0! La politique culturelle de traduction en France permet d\u2019avoir acc\u00e8s au monde\u00a0! C\u2019est merveilleux\u00a0! Mes parents me racontaient la difficult\u00e9 qu\u2019ils avaient, jeunes \u00e9tudiants, \u00e0 trouver des traductions en persan, et combien ils souffraient d\u2019\u00eatre coup\u00e9s de la litt\u00e9rature mondiale. Quand j\u2019ai commenc\u00e9 la r\u00e9daction des \u00ab\u00a0Exil\u00e9s meurent aussi d\u2019amour\u00a0\u00bb, j\u2019ai red\u00e9couvert ma culture d\u2019origine, \u00e0 travers \u00ab\u00a0Le livre des Rois\u00a0\u00bb de Ferdowsi, la grande \u00e9pop\u00e9e nationale iranienne, traduite en fran\u00e7ais\u2026 La boucle est boucl\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-red-color\"><strong>Le f\u00e9minisme, contrairement \u00e0 l\u2019id\u00e9e tr\u00e8s courante, n\u2019est pas unique. On sait que ce concept d\u00e9signe des mouvements qui diff\u00e8rent souvent de par leurs principes et leurs modes d\u2019expression. J\u2019ai m\u00eame entendu parler derni\u00e8rement d\u2019un f\u00e9minisme islamique. Quel est le v\u00f4tre, Abnousse Shalmani?<\/strong><\/p>\n<p>Vaste question\u00a0! Mon f\u00e9minisme est un f\u00e9minisme de lib\u00e9ration, un f\u00e9minisme qui veut l\u2019\u00e9galit\u00e9 mais refuse absolument l\u2019essentialisation. Par exemple, l\u2019id\u00e9e que les hommes dirigeraient mieux que les femmes est une stupidit\u00e9. Margaret Thatcher, Indira Ghandi ou Aung Sans Suu Kyi sont des contre-exemples \u00e9vidents. Il n\u2019existe pas d\u2019essence f\u00e9minine ou masculine.<\/p>\n<p>D\u2019autre part, je pense que vous pouvez \u00eatre musulmane et f\u00e9ministe, mais le f\u00e9minisme musulman n\u2019existe pas\u2013 pas plus le f\u00e9minisme chr\u00e9tien ou juif. Le f\u00e9minisme lutte pour l\u2019\u00e9mancipation et l\u2019\u00e9galit\u00e9. Autrement dit, son premier ennemi est le religieux, qui en\u00a0 hi\u00e9rarchisant les sexes, inf\u00e9riorise les femmes. Tous les textes religieux envoient les femmes au silence, \u00e0 l\u2019interdiction de la parole et les r\u00e9duisent \u00e0 l\u2019\u0153uvre de g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<p>Enfin, <em>les<\/em> f\u00e9minismes, comme vous le notez, s\u2019\u00e9charpent depuis la nuit des temps, sur la question du corps. La fronti\u00e8re entre les f\u00e9minismes se situe, \u00e0 mon avis, sur la question de la sacralit\u00e9 du corps. Mon f\u00e9minisme pense qu\u2019il faut d\u00e9sacraliser le corps f\u00e9minin et le lib\u00e9rer des entraves morales. Ainsi, le discours n\u00e9o-f\u00e9ministe me d\u00e9range, d\u2019une part parce qu\u2019il victimise \u00e0 l\u2019exc\u00e8s les femmes, les emprisonnant dans un statut inf\u00e9rieur, d\u2019autre part, parce qu\u2019il sous-entend l\u2019id\u00e9e que le corps des femmes devrait \u00eatre prot\u00e9g\u00e9. C\u2019est exactement, ce qu\u2019on r\u00e9pondait aux femmes au d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle en France, quand \u00ab\u00a0pour les prot\u00e9ger\u00a0\u00bb, on leur refusait l\u2019acc\u00e8s aux mus\u00e9es, tout comme elles n\u2019avaient pas le droit d\u2019aller au caf\u00e9 seule, ou de fumer en public, ou de voyager seules. Je n\u2019ai pas besoin de protection, j\u2019ai besoin de droits. Je n\u2019ai pas besoin de sacralit\u00e9, j\u2019ai besoin de libert\u00e9.<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-red-color\"><strong>Dans votre dernier livre \u00a0\u00bb \u00c9loge du m\u00e9t\u00e8que \u00a0\u00bb vous tentez de red\u00e9finir ce concept dont vous dites, qu\u2019il \u00ab\u00a0est un mot qui tra\u00eene trop d\u2019histoires, de contradictions, de violences, de malaise \u00a0\u00bb .Quelle d\u00e9finition en donnez-vous ?<\/strong><\/p>\n<p>Le m\u00e9t\u00e8que est une libert\u00e9 qui flotte. C\u2019est ma d\u00e9finition propre\u00a0! Le m\u00e9t\u00e8que est en rupture avec son pays d\u2019origine, mais aussi avec sa communaut\u00e9 artificiellement constitu\u00e9e dans son pays d\u2019adoption. Sa libert\u00e9 est sa force tout comme sa solitude, son rire sa d\u00e9fense, l\u2019Amour son moteur, la po\u00e9sie son chant. Romain Gary est un m\u00e9t\u00e8que au m\u00eame titre que <em>Le Proph\u00e8te<\/em> de Khalil Gibran, ou La Esmeralda d\u2019Hugo, mais aussi Hercule Poirot, H\u00e9rode, la Sabina de \u00abL\u2019insoutenable l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de l\u2019\u00eatre\u00bb de Milan Kundera et Martin Eden, le personnage mythique de Jack London.!<\/p>\n<p>Dans mon \u00e9loge, je finis sur un extrait d\u2019\u00abEnfant de la balle\u00a0\u00bb de John Irving, que je pense \u00eatre la plus belle r\u00e9ponse \u00e0 cette question mille fois entendue\u00a0: \u00abd\u2019o\u00f9 tu viens\u00a0?\u00bb. Le h\u00e9ros du roman, un indien exil\u00e9 \u00e0 Toronto, mari\u00e9 \u00e0 une autrichienne, finit par trouver la r\u00e9ponse\u00a0: \u00abje viens du cirque\u00bb. Voil\u00e0, la plus juste, la plus po\u00e9tique, la plus excitante des r\u00e9ponses. Le m\u00e9t\u00e8que est conscient d\u2019\u00eatre en morceaux, la fiction qu\u2019il se raconte lui permet de faire un lien entre tous ses morceaux (ceux d\u2019origine, ceux d\u2019adoption). Un m\u00e9t\u00e8que r\u00e9unit en lui les contradictions, les doutes, les imperfections, propres \u00e0 tout humain, mais chez lui, \u00e7a se voit davantage. Il ne peut pas et ne veut pas mettre la poussi\u00e8re sous le tapis, il assume d\u2019\u00eatre une figure abstraite. Le m\u00e9t\u00e8que est une inspiration davantage qu\u2019une identit\u00e9. C\u2019est certainement la raison pour laquelle je me sens bien en tant que m\u00e9t\u00e8que fran\u00e7aise\u2026<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-red-color\"><strong>Aristote, que vous consid\u00e9rez comme le plus c\u00e9l\u00e8bre des m\u00e9t\u00e8ques ath\u00e9niens\u00a0\u00bb n\u2019osa jamais commettre \u00a0\u00bb un \u00e9loge du m\u00e9t\u00e8que car il \u00e9tait, selon vous, un conservateur social. Vous dites \u00ab\u00a0commettre \u00ab\u00a0. Serait-ce un p\u00e9ch\u00e9 que de faire l\u2019\u00e9loge du m\u00e9t\u00e8que?<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est une petite provocation de ma part\u00a0! Aristote est fascinant, m\u00e9t\u00e8que et conservateur, il a \u00e9t\u00e9 le pr\u00e9cepteur d\u2019Alexandre le Grand. Que son enseignement ait accouch\u00e9 d\u2019un homme cosmopolite \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de son id\u00e9al politique, voil\u00e0 qui interpelle. Faire un \u00e9loge du m\u00e9t\u00e8que n\u2019est pas un p\u00e9ch\u00e9, mais\u00a0 affirmer une autre vision du monde. Je crois en l\u2019humain, je crois en l\u2019universalit\u00e9 des sentiments et des \u00e9motions. Je crois qu\u2019un bon roman est celui capable de faire vibrer n\u2019importe quel lecteur, quel que soit sa nationalit\u00e9, sa religion, son sexe, sa couleur, sa condition sociale. \u00ab\u00a0Les Mis\u00e9rables\u00a0\u00bb de Victor Hugo est lu avec la m\u00eame \u00e9motion \u00e0 P\u00e9kin, \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran, \u00e0 Marrakech, \u00e0 Stockholm, ou \u00e0 Toulouse, quel que soit l\u2019\u00e9poque. N\u2019est-ce pas extraordinaire\u00a0? L\u2019injustice, la faim, l\u2019amour, la mort, l\u2019aspiration aux meilleurs lendemains sont des sentiments partag\u00e9s par tout humain.<\/p>\n<p>Alors commettre un \u00e9loge du m\u00e9t\u00e8que, c\u2019est se placer dans le camp du cosmopolitisme et de l\u2019universalisme. C\u2019est choisir son camp. C\u2019est dire que tous les Hommes se valent, qu\u2019il n\u2019existe pas de hi\u00e9rarchie, que tout peuple a eu sa gloire et sa honte, que l\u2019Histoire nous apprend une chose\u00a0: \u00abje suis homme, et rien de ce qui est humain ne m\u2019est \u00e9tranger\u00bb.<\/p>\n<p>Enfin, je suis celle que je suis gr\u00e2ce aux m\u00e9t\u00e8ques qui m\u2019ont appris \u00e0 faire la vie. Quand j\u2019ai lu \u00ab\u00a0le Juif imaginaire\u00a0\u00bb d\u2019Alain Finkielkraut, j\u2019ai \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la prison de la naissance, j\u2019ai pu me lib\u00e9rer de l\u2019histoire de mes parents, de la prison de l\u2019origine et accepter que c\u2019\u00e9tait <em>leur<\/em> r\u00e9volution rat\u00e9e, pas la mienne et que j\u2019avais ma propre histoire \u00e0 vivre.<\/p>\n<p>\u00abJe pensais, moi, \u00eatre fid\u00e8le \u00e0 la vocation d\u2019Isra\u00ebl en jouant non seulement le juif, mais le Noir, le colonis\u00e9, l\u2019Indien, ou le mis\u00e9reux du Tiers-Monde\u00a0: ann\u00e9es heureuses et volubiles, o\u00f9 en toute innocence, je <em>collais<\/em> \u00e0 mes origines\u00bb. Lorsque j\u2019ai lu ces lignes, j\u2019ai compris. L\u2019autonomie est difficile, mais indispensable \u00e0 la libert\u00e9. Je me suis <em>d\u00e9coll\u00e9e<\/em>. Comme tous les m\u00e9t\u00e8ques. C\u2019est \u00e0 eux, les connus et les inconnus, aux m\u00e9t\u00e8ques d\u00e9coll\u00e9s, flottants auxquels j\u2019ai voulu rendre hommage en les remerciant.<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-red-color\"><strong>Aujourd\u2019hui, pour parler de soi<\/strong><strong>,<\/strong> <strong>on choisit surtout l\u2019autofiction. Pensez- vous que ce genre vous convient mieux ? Et quelle est la part de la \u00a0\u00bb subjectivit\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e\u00a0\u00bb et franchement autobiographique dans vos \u00e9crits?<\/strong><\/p>\n<p>Je n\u2019ai pas l\u2019impression d\u2019\u00e9crire de l\u2019auto-ficiton. \u00ab\u00a0Khomeiny, Sade et moi\u00a0\u00bb est un r\u00e9cit et un pamphlet\u00a0; \u00ab\u00a0Les exil\u00e9s meurent aussi d\u2019amour\u00a0\u00bb, un roman qui s\u2019inscrit dans la tradition du r\u00e9alisme magique\u00a0; \u00ab\u00a0Eloge du m\u00e9t\u00e8que\u00a0\u00bb, un essai litt\u00e9raire. Lorsque j\u2019utilise le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb, dans mes essais, je convoque l\u2019intime devant l\u2019Histoire. Je mets en sc\u00e8ne mon moi dans le but de le politiser. Ma vie en soi n\u2019a aucun int\u00e9r\u00eat, mais sa dimension politique, oui.<\/p>\n<p class=\"has-text-color has-vivid-red-color\"><strong>Pour vous\u00a0 paraphraser, le\u00a0 roman\u00a0 doit d\u00e9passer l\u2019expression d\u2019une individualit\u00e9. Quelle est pour vous sa v\u00e9ritable vocation?<\/strong><\/p>\n<p>\u00a0Le roman est pour moi le lieu de l\u2019imaginaire. La fiction d\u00e9ploie tous les possibles, ouvre toutes les portes et nous plonge dans tous les paysages. Je pense profond\u00e9ment que le roman peut changer le monde, dans le sens o\u00f9 il fait \u00e9voluer le lecteur. La seule r\u00e9volution qui vaille est celle des mentalit\u00e9s. D\u2019o\u00f9 l\u2019importance de tout dire, m\u00eame\u00a0 (surtout) le d\u00e9gueulasse, de se confronter au pire comme au meilleur. Le roman doit \u00eatre le lieu o\u00f9 l\u2019interdit n\u2019existe pas. Le roman existe pour faire la nique aux bons sentiments. Je ne suis ni une militante, ni une id\u00e9ologue. Par contre, je me battrais toujours contre la censure qui n\u2019est jamais rien d\u2019autre qu\u2019une tentative de r\u00e9duire et soumettre les Hommes.<\/p>\n<p>Je suis en train d\u2019\u00e9crire un roman, toujours dans la tradition du r\u00e9alisme magique, mon h\u00e9ros est un figurant de cin\u00e9ma dot\u00e9 d\u2019un don\u00a0: il a la capacit\u00e9 de changer de peau pour s\u2019adapter au d\u00e9cor\u2026 Si j\u2019\u00e9cris des essais, si je participe \u00e0 la vie intellectuelle, c\u2019est pour une seule raison\u00a0: pr\u00e9server cet espace de libert\u00e9 absolue qu\u2019est le roman. Je n\u2019aime rien de plus qu\u2019\u00e9crire de la fiction.<\/p>\n<p>Auteur: M&rsquo;hammed rahal<br \/>\n<a href=\"http:\/\/albayane.press.ma\/%EF%BB%BFla-litterature-peut-changer-le-monde.html\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019\u00e9crivaine et journaliste franco-iranienne Abnousse Shalmani Propos recueillis par Mustapha Younes N\u00e9e en 1977 \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran, Abnousse Shalmani est issue d\u2019une famille qui a choisi l\u2019exil apr\u00e8s la r\u00e9volution iranienne et l\u2019arriv\u00e9e de Khomeini au pouvoir. 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