{"id":94465,"date":"2020-08-03T16:47:23","date_gmt":"2020-08-03T20:47:23","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/60e-anniversaire-de-lindependance-du-burkina-faso-la-nouvelle-generation-doit-avoir-un-ideal-pour-le-pays-domba-jean-marc-palm\/"},"modified":"2020-08-03T16:47:23","modified_gmt":"2020-08-03T20:47:23","slug":"60e-anniversaire-de-lindependance-du-burkina-faso-la-nouvelle-generation-doit-avoir-un-ideal-pour-le-pays-domba-jean-marc-palm","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/60e-anniversaire-de-lindependance-du-burkina-faso-la-nouvelle-generation-doit-avoir-un-ideal-pour-le-pays-domba-jean-marc-palm\/","title":{"rendered":"60e anniversaire de l\u2019ind\u00e9pendance du Burkina Faso : \u00ab\u00a0La nouvelle g\u00e9n\u00e9ration doit avoir un id\u00e9al  pour le pays\u00a0\u00bb, Domba Jean Marc Palm"},"content":{"rendered":"<div class=\"td-post-featured-image\"><a href=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/1-6.jpg\" data-caption=\"\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"595\" height=\"397\" class=\"entry-thumb td-modal-image\" src=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/1-6.jpg\" srcset=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/1-6.jpg 595w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/1-6-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 595px) 100vw, 595px\" alt=\"\" title=\"1\"\/><\/a><\/div>\n<p><strong>Apr\u00e8s l\u2019universit\u00e9 de Ouagadougou o\u00f9 il a enseign\u00e9 l\u2019histoire, Domba Jean Marc Palm est l\u2019actuel pr\u00e9sident du Haut conseil pour le dialogue social (HCDS). A l\u2019occasion du 60e anniversaire de la c\u00e9l\u00e9bration de l\u2019ind\u00e9pendance du Burkina Faso, demain 5 ao\u00fbt 2020, il revient sur quelques pans de l\u2019histoire du pays et les responsabilit\u00e9s de la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration face aux d\u00e9fis de d\u00e9veloppement.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Sidwaya (S)\u00a0: La colonie de Haute Volta, aujourd\u2019hui Burkina Faso, \u00e0 101 ans. A-t-on des raisons d\u2019\u00eatre fier de ce pays\u00a0?<\/strong><br \/>Domba Jean Marc Palm (D.J.M.P.)\u00a0: Des raisons d\u2019\u00eatre fier, pourquoi pas\u00a0? D\u2019abord pour la cr\u00e9ation de la colonie, il a fallu des luttes. C\u2019est la premi\u00e8re insurrection de 1915-1916 qui a amen\u00e9 la m\u00e9tropole fran\u00e7aise \u00e0 revoir l\u2019immensit\u00e9 du territoire du Haut S\u00e9n\u00e9gal-Niger pour cr\u00e9er la colonie de Haute Volta en 1919. C\u2019est une colonie qui a connu plusieurs p\u00e9rip\u00e9ties d\u2019autant plus qu\u2019en 1932, elle a \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9e et divis\u00e9e entre les autres colonies. Ce qui a pes\u00e9 dans les r\u00e9alisations socio\u00e9conomiques du pays puisque les bras valides avaient \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s pour travailler dans les autres colonies. Il a encore fallu des luttes en 1947 pour que la colonie soit reconstitu\u00e9e dans un contexte pr\u00e9cis. Il est vrai qu\u2019il y avait les fils qui luttaient pour la reconstitution de la colonie, mais le contexte international de la guerre froide les a aussi aid\u00e9s. Il y a eu aussi la cr\u00e9ation du Rassemblement d\u00e9mocratique africain (RDA) qui \u00e9tait li\u00e9 au parti communiste fran\u00e7ais. Or la guerre froide, conjugu\u00e9e \u00e0 cette crainte du communisme a amen\u00e9 la m\u00e9tropole fran\u00e7aise \u00e0 revoir ses plans pour affaiblir le RDA. C\u2019est l\u2019une des raisons de la reconstitution de la colonie de Haute Volta. Cela leur a permis \u00e9galement apr\u00e8s la mort du d\u00e9put\u00e9 Philippe Zinda Kabor\u00e9 de faire des \u00e9lections en \u00e9liminant le RDA. En fait, c\u2019\u00e9tait un projet politique, la r\u00e9cr\u00e9ation de la colonie de Haute Volta. Je crois que ce ne sont pas des satisf\u00e9cits, mais il faut reconnaitre la lutte des diff\u00e9rents hommes et partis politiques pour que la colonie existe et soit visible. Je ne vois donc pas pourquoi on ne serait pas fier de l\u2019existence du territoire qui \u00e9tait une colonie et devenu un pays ind\u00e9pendant \u00e0 partir de 1960.<\/p>\n<p><strong>S\u00a0: Pouvez-vous citer des figures qui ont \u0153uvr\u00e9 pour que cette colonie soit reconstitu\u00e9e en 1947\u00a0?<\/strong><br \/>D.J.M.P.\u00a0: Tout le monde n\u2019\u00e9tait pas d\u2019accord au regard des ambitions et des orientations politiques et id\u00e9ologiques des uns et des autres. Ceux qui \u00e9taient dans le RDA avaient per\u00e7u une man\u0153uvre de travailler pour d\u00e9truire le parti. Ce qui fait qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas tout \u00e0 fait d\u2019accord avec l\u2019id\u00e9e de la reconstitution de la colonie. On peut citer par exemple Ouezzin Coulibaly qui a lutt\u00e9, mais qui estimait compte tenu des enjeux li\u00e9s \u00e0 la r\u00e9cr\u00e9ation de la colonie de Haute Volta, qu\u2019il fallait \u00eatre prudent. Il y a eu aussi des probl\u00e8mes ethno-r\u00e9gionalistes qui ont pes\u00e9 pour que la colonie ne revoie pas le jour. Les rois de l\u2019Est, les Gourmantch\u00e9s, qui \u00e9taient rattach\u00e9s au Niger voulaient rester dans cette colonie parce qu\u2019ils s\u2019y sentaient bien d\u2019autant plus que leurs coutumes \u00e9taient respect\u00e9es. Le Yatenga Naaba, rattach\u00e9 au Soudan (Mali), ne voulait pas revenir parce qu\u2019il avait peur d\u2019\u00eatre sous les ordres du Mogho Naaba. Or, vous savez tr\u00e8s bien quelles ont \u00e9t\u00e9 les relations entre Ouagadougou et Yatenga. Ceux de Bobo-Dioulasso disaient qu\u2019ils avaient la m\u00eame culture que ceux du Soudan (actuel Mali) auquel ils \u00e9taient rattach\u00e9s. Finalement, la colonie a \u00e9t\u00e9 reconstitu\u00e9e. Comme disait Houphou\u00ebt, le RDA n\u2019avait plus la force et les partisans n\u00e9cessaires pour que la d\u00e9cision soit remise en cause. En fait, le gouvernement fran\u00e7ais venait d\u2019\u00eatre reconstitu\u00e9 en 1947 avec le d\u00e9clenchement de la guerre froide. Le parti communiste \u00e9tait chass\u00e9 du pouvoir. Contre mauvaise fortune, ils ont fait bon c\u0153ur. Il faut aussi ajouter qu\u2019on avait commenc\u00e9 des \u00e9lections et Houphou\u00ebt Boigny se pr\u00e9sentait dans la Haute C\u00f4te d\u2019Ivoire qui comprenait la basse et la haute c\u00f4te. Ce sont surtout les populations de la Haute C\u00f4te d\u2019Ivoire, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019ancienne Haute Volta qui lui ont permis de passer. En plus, lorsqu\u2019on a repris les \u00e9lections, il a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de venir voir les autorit\u00e9s traditionnelles de la Haute Volta avec lesquelles il a discut\u00e9 sur la reconstitution de la colonie si jamais il avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9lu. Ceux qui ont lutt\u00e9 pour la reconstitution de la Haute Volta ou du moins qui s\u2019y sont lanc\u00e9s \u00e0 corps perdu, ce sont le Mogho Naaba Saga et son fils qui ont tout mis en \u0153uvre pour que cela soit effectif. On peut citer d\u2019autres hommes politiques comme Joseph Conombo et Nazi Boni. On dit \u00e0 tort que Philippe Zinda Kabor\u00e9 ne voulait pas la reconstitution, ce n\u2019est pas si exact. Il a lutt\u00e9 au d\u00e9part, m\u00eame \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e, il a fait des propositions pour la reconstitution de la Haute Volta. D\u00e8s qu\u2019il a rejoint le RDA, ce parti avait une position ambigu\u00eb parce qu\u2019il voyait le danger de la r\u00e9cr\u00e9ation, Philippe Zinda Kabor\u00e9 a pris des positions qui n\u2019\u00e9taient pas tr\u00e8s claires. Mais on peut le ranger parmi ceux qui ont lutt\u00e9 pour la reconstitution de la colonie de Haute Volta.<\/p>\n<div class=\"td-a-rec td-a-rec-id-content_inline tdi_30_218 td_block_template_1\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-21314\" src=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Bandeau-Covid-19-Sidwaya-1.jpg\" alt=\"\" width=\"790\" height=\"98\"\/><\/div>\n<p><strong>S\u00a0: Le 5 ao\u00fbt 1960, le pr\u00e9sident Maurice Yam\u00e9ogo proclamait l\u2019ind\u00e9pendance du pays. En quoi cette date est-elle m\u00e9morable pour la Haute Volta\u00a0?<\/strong><br \/>D.J.M.P.\u00a0: Cette date est m\u00e9morable pour un certain nombre de raisons. D\u2019abord, c\u2019est l\u2019existence de l\u2019Etat volta\u00efque s\u00e9par\u00e9 de l\u2019Etat fran\u00e7ais. Cela veut dire qu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, les affrontements se faisaient entre Burkinab\u00e8. Les diff\u00e9rentes coalitions politiques qui se combattaient \u00e9taient internes avec des alliances externes et internes. Cela permettait une sorte de relance de la vie politique du pays. Je ne suis pas d\u2019accord avec ceux qui affirment que l\u2019ind\u00e9pendance n\u2019a rien chang\u00e9. Elle a permis que le rapport de force interne soit effectif et que les orientations sur les issues de la lutte soient clarifi\u00e9es. C\u2019est parce que nous \u00e9tions \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur que certains voulaient qu\u2019on aille vers le socialisme et d\u2019autres vers le capitalisme. Il y avait un Etat au sein duquel les diff\u00e9rentes forces politiques s\u2019affrontaient pour l\u2019avenir du pays. Voil\u00e0 pour moi l\u2019importance de cette date de 5 ao\u00fbt 1960, l\u2019existence de l\u2019Etat volta\u00efque ind\u00e9pendant et libre.<\/p>\n<p><strong>S\u00a0: En un si\u00e8cle d\u2019existence, le pays vit l\u2019une de ses pires crises s\u00e9curitaires avec le terrorisme. Que faut-il aux Burkinab\u00e8 pour le vaincre\u00a0?<\/strong><br \/>D.J.M.P.\u00a0: D\u2019abord, pour vaincre le terrorisme, il faut un id\u00e9al. Tant qu\u2019il n\u2019y a pas un id\u00e9al qui regroupe les populations, je ne vois pas comment on va y parvenir. Il faut cr\u00e9er cet id\u00e9al. Ensuite, je pense que ce n\u2019est pas une question simplement s\u00e9curitaire ou militaire. C\u2019est aussi une question politique et de coh\u00e9sion sociale. Il faut travailler \u00e0 mettre en place cette coh\u00e9sion sociale. C\u2019est l\u00e0 que toute la classe politique est interpel\u00e9e. Soit le terrorisme nous vainc et notre pays dispara\u00eet, soit nous boutons le terrorisme hors et notre Etat vit. C\u2019est ainsi que nous pouvons mener nos luttes pour la conqu\u00eate du pouvoir. Il n\u2019y a pas d\u2019autre choix. Il faut cette union, cette coh\u00e9sion sociale pour vaincre le terrorisme. Et pour cela, il y a des conditions sine qua non pour y arriver\u00a0: c\u2019est la gouvernance vertueuse qui permet de rassembler tout le monde et de r\u00e9aliser une sorte d\u2019unit\u00e9 au sein de l\u2019arm\u00e9e. Il faut \u00e9galement amener la population \u00e0 faire corps avec l\u2019arm\u00e9e. Une telle guerre ne peut \u00eatre remport\u00e9e avec les militaires seuls.<\/p>\n<p><strong>S\u00a0: Quel id\u00e9al faut-il cultiver\u00a0?<\/strong><br \/>D.J.M.P.\u00a0: Il faut un id\u00e9al de l\u2019existence du pays. Autour de cet id\u00e9al, un certain nombre de conditions doivent se mettre en place pour que l\u2019on puisse vaincre le terrorisme.<\/p>\n<p><strong>S\u00a0: En ao\u00fbt 1983, Thomas Sankara a pris le pouvoir en renversant Jean-Baptiste Ou\u00e9draogo. Quel souvenir gardez-vous de son arriv\u00e9e au pouvoir\u00a0?<\/strong><br \/>D.J.M.P.\u00a0: Le Conseil de salut du peuple(CSP) a \u00e9t\u00e9 un compromis entre les forces progressistes et celles conservatrices au sein de l\u2019arm\u00e9e. Quand vous prenez le CSP, vous avez d\u2019un c\u00f4t\u00e9 les militaires progressistes et de l\u2019autre, les militaires conservateurs. Forc\u00e9ment, ils allaient s\u2019affronter compte tenu de la divergence d\u2019opinions. Et c\u2019est dans ce contexte que les contradictions ont \u00e9clat\u00e9 et il y a eu l\u2019av\u00e8nement du Conseil national de la R\u00e9volution(CNR). Les gens ont estim\u00e9 que c\u2019\u00e9taient des jeunes qui avaient pris le pouvoir. Il est vrai que cela a \u00e9t\u00e9 un remplacement g\u00e9n\u00e9rationnel, mais ce n\u2019est pas simplement l\u2019\u00e2ge. A mon avis, les vieux de 1980, n\u2019ont pas d\u00e9m\u00e9rit\u00e9, mais le monde avait \u00e9volu\u00e9. Il bougeait et leur vision de la situation ne pouvait pas amener des solutions que les populations attendaient. C\u2019est cela l\u2019importance du CNR qui a apport\u00e9 un autre regard, une autre approche des probl\u00e8mes et propos\u00e9 des solutions.<\/p>\n<p><strong>S\u00a0: Est-ce le seul souvenir que vous avez de cette p\u00e9riode\u00a0?<\/strong><br \/>D.J.M.P.\u00a0: Le CNR a \u00e9t\u00e9 une mobilisation g\u00e9n\u00e9rale. Il faut reconna\u00eetre \u00e9galement les d\u00e9rives avec les CDR (NDLR\u00a0: Comit\u00e9 de d\u00e9fense de la R\u00e9volution) qui ont amen\u00e9 un grand m\u00e9contentement au sein de la population.<\/p>\n<p><strong>S\u00a0: Vous avez form\u00e9 le Groupe des communistes Burkinab\u00e8 (GCB) avec Salifou Diallo, notamment. Pourquoi un tel mouvement\u00a0?<\/strong><br \/>D.J.M.P. : Un tel mouvement parce qu\u2019au sein des organisations, il y avait une approche diff\u00e9rente des \u00e9v\u00e9nements d\u2019ao\u00fbt 1983. Certains estimaient que c\u2019\u00e9tait un vulgaire coup d\u2019Etat, d\u2019autres pensaient qu\u2019il pouvait permettre une \u00e9volution du pays. C\u2019est ce qui a amen\u00e9 la scission et la cr\u00e9ation d\u2019un certain nombre d\u2019organisations politiques.<\/p>\n<p><strong>S\u00a0: Quel a \u00e9t\u00e9 son apport \u00e0 la mise en \u0153uvre des orientations de la R\u00e9volution\u00a0?<\/strong><br \/>D.J.M.P.\u00a0: Nous \u00e9tions plus ou moins d\u2019accord avec les actions du CNR, mais certaines divergences y sont apparues aussi, notamment dans la gouvernance et m\u00eame l\u2019orientation. A un moment donn\u00e9, le clash \u00e9tait l\u00e0. C\u2019est cela qui a \u00e9t\u00e9 le dommage. Mais nous, nous estimions que le CNR posait des actions qui permettaient une avanc\u00e9e du pays. Et c\u2019est pour cela que nous y avons adh\u00e9r\u00e9. Nous avons milit\u00e9 au sein des diff\u00e9rentes structures de la R\u00e9volution et particip\u00e9 \u00e0 la mise en \u0153uvre de certaines orientations prises par les parties. Nous avons refus\u00e9 des responsabilit\u00e9s dans le gouvernement et \u00e0 certains niveaux.<\/p>\n<p><strong>S\u00a0: Pourquoi\u00a0?<\/strong><br \/>D.J.M.P : Parce que nous estimions que ce n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessaire d\u2019\u00eatre \u00e0 un certain niveau pour apporter notre contribution.<\/p>\n<p><strong>S\u00a0: De quel c\u00f4t\u00e9 vous vous \u00eates mis quand le clash est survenu\u00a0?<\/strong><br \/>D.J.M.P. : Le clash \u00e9tait beaucoup plus militaire que les gens ne croyaient. C\u2019est au sein de l\u2019arm\u00e9e que la question a \u00e9t\u00e9 r\u00e9solue. A un moment donn\u00e9 au sein du CNR, nous avions de vraies divergences avec des organisations qui \u00e9taient membres. Ce qui fait que lorsque le Front populaire est arriv\u00e9, nous y avons adh\u00e9r\u00e9. Il faut voir que par la suite, nous avons fait de graves erreurs. Mais ceci est une autre histoire.<\/p>\n<p><strong>S\u00a0: La Rectification n\u2019a-t-elle pas contribu\u00e9 \u00e0 tuer l\u2019id\u00e9ologie de Sankara\u00a0?<\/strong><br \/>D.J.M.P.\u00a0: Je ne veux pas qu\u2019on me d\u00e9finisse le sankarisme. Je sais qu\u2019effectivement le Front populaire a tenu \u00e0 combattre Sankara, ce qui n\u2019\u00e9tait pas une bonne id\u00e9e, dans la mesure o\u00f9 dans l\u2019action de Sankara, il y a des aspects n\u00e9gatifs mais beaucoup de positifs qu\u2019il faut reconna\u00eetre. Celui qui dirigeait savait o\u00f9 il partait. Et c\u2019\u00e9tait aussi l\u2019une des divergences. La gouvernance a \u00e9t\u00e9 un probl\u00e8me apr\u00e8s la rectification jusqu\u2019\u00e0 la IVe R\u00e9publique.<\/p>\n<p><strong>S\u00a0: Quelles similitudes y a-t-il entre le soul\u00e8vement populaire de 1966 et l\u2019insurrection de 2014\u00a0?<\/strong><br \/>D.J.M.P. : La similitude est que c\u2019est un probl\u00e8me de gouvernance qui a amen\u00e9 la population \u00e0 se r\u00e9volter dans les deux cas. En 2014, ce n\u2019est pas l\u2019article 37 qui \u00e9tait forc\u00e9ment le probl\u00e8me, mais c\u2019est le ras-le-bol de la mauvaise gouvernance qui a amen\u00e9 la population \u00e0 se r\u00e9volter. En 1966, l\u2019arm\u00e9e s\u2019est install\u00e9e au pouvoir. En 2014, les tentatives de l\u2019arm\u00e9e de s\u2019installer au pouvoir n\u2019ont pas pu totalement aboutir. On a tent\u00e9 de les exclure du jeu politique, mais cela n\u2019a pas donn\u00e9. La suite, le gouvernement de 1966 a \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement rigoureux. Un certain nombre de mesures contraignantes ont \u00e9t\u00e9 prises. Le gouvernement militaire provisoire est parti au-del\u00e0 des mesures que Maurice Yam\u00e9ogo avait prises. En 2014, il n\u2019y a pas eu de tentative de prise de mesures contraignantes. Les \u00e9poques \u00e9taient diff\u00e9rentes et les pr\u00e9occupations aussi.<br \/>S\u00a0: Est-ce que l\u2019insurrection n\u2019\u00e9tait pas le signal d\u2019un nouveau d\u00e9part\u00a0?<br \/>D.J.M.P. : Th\u00e9oriquement oui.<\/p>\n<p><strong>S\u00a0: Qu\u2019est-ce qui n\u2019a pas march\u00e9 dans la pratique\u00a0?<\/strong><br \/>D.J.M.P. : Je ne sais pas. Quelles \u00e9taient les forces politiques et sociales qui \u00e9taient l\u00e0\u00a0? Comment en est-on arriv\u00e9 \u00e0 une illusion politique apr\u00e8s\u00a0? Je ne sais pas si c\u2019est \u00e0 cause de la question s\u00e9curitaire qui est venue complexifier tout. On ne peut pas en tant que tel incriminer les premiers responsables. Si d\u00e8s votre installation, vous avez affaire \u00e0 une telle situation, c\u2019est difficile. Le contexte s\u00e9curitaire est venu brouiller les cartes, d\u00e9placer un certain nombre de pr\u00e9occupations au c\u0153ur du d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p><strong>S\u00a0: Pour le cadre du MPP que vous \u00eates, le parti au pouvoir r\u00e9pond-il aux aspirations du peuple insurg\u00e9\u00a0?<\/strong><br \/>D.J.M.P. : Avec la position que j\u2019occupe aujourd\u2019hui, je ne peux plus afficher une position partisane. Il m\u2019est difficile de r\u00e9pondre \u00e0 votre question.<\/p>\n<p><strong>S\u00a0: La fronde sociale a \u00e9t\u00e9 envenim\u00e9e par la question de l\u2019IUTS. Comment le HCDS que vous pr\u00e9sidez entrevoit la r\u00e9solution de cette question\u00a0?<\/strong><br \/>D.J.M.P. : Avant que la question de l\u2019IUTS ne soit pos\u00e9e et appliqu\u00e9e, nous en avons eu vent et nous avons demand\u00e9 \u00e0 rencontrer le Premier ministre. Malheureusement, nous ne sommes pas habilit\u00e9s \u00e0 faire part des avis et recommandations que nous formulons au pr\u00e9sident du Faso, au gouvernement, au Premier ministre et au pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale. Mais nous avons fait certaines propositions. Je peux vous citer quelques-unes. D\u2019abord, l\u2019imp\u00f4t est un probl\u00e8me constitutionnel. Ensuite, nous avons demand\u00e9 de revoir le mode de calcul. Cela fait 50 ans que l\u2019IUTS dure. Et \u00e0 l\u2019\u00e9poque, les fonctionnaires n\u2019avaient pas d\u2019indemnit\u00e9s. Ce n\u2019est que plus tard qu\u2019ils ont commenc\u00e9 \u00e0 percevoir les indemnit\u00e9s. Nous, nous faisons les propositions et c\u2019est l\u2019autorit\u00e9 qui les applique. Mais toujours est-il que d\u2019un point de vue de principe, on ne peut pas refuser de payer l\u2019imp\u00f4t. C\u2019est un devoir constitutionnel. Maintenant, tout d\u00e9pend de comment on doit payer et pourquoi on doit payer. Le minist\u00e8re en charge des finances a sorti une note pour dire qu\u2019il pr\u00e9l\u00e8ve les imp\u00f4ts jusqu\u2019\u00e0 50\u00a0000 F CFA chez une certaine cat\u00e9gorie de personnes. Vous prenez par exemple le pauvre taximan, il gagne combien\u00a0? Mais on lui applique l\u2019imp\u00f4t et il paie lourd. L\u2019imp\u00f4t, \u00e0 mon sens, c\u2019est la justice sociale. C\u2019est l\u2019\u00e9quit\u00e9, et c\u2019est l\u2019objectif vis\u00e9. L\u2019imp\u00f4t permet \u00e0 l\u2019Etat aussi de faire certaines r\u00e9alisations. Mais on ne peut pas refuser cat\u00e9goriquement de payer l\u2019imp\u00f4t. On peut discuter sur les possibilit\u00e9s d\u2019un compromis, mais on ne peut pas dire qu\u2019on ne paie pas l\u2019imp\u00f4t. Surtout que le priv\u00e9 paie depuis longtemps. C\u2019est cette approche que je ne trouve pas tr\u00e8s correcte. C\u2019est bien de d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats des travailleurs, mais je pense qu\u2019il faut le faire dans un esprit d\u2019\u00e9quit\u00e9 et de justice. Cela fait 60 ans que le pays est ind\u00e9pendant. Il appartient \u00e0 notre g\u00e9n\u00e9ration et la v\u00f4tre de r\u00e9fl\u00e9chir. La n\u00f4tre est en train de passer. Il faut qu\u2019on fasse une r\u00e9trospective consciente et qu\u2019on ne biaise pas les r\u00e9ponses. Cela peut aider votre g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 reprendre le flambeau et \u00e0 consolider l\u2019ind\u00e9pendance. Et vous aussi, votre g\u00e9n\u00e9ration a int\u00e9r\u00eat \u00e0 abandonner les deals, les affaires louches et autres. Mais tant que vous serez install\u00e9s dans ces pratiques, ce sera de l\u2019\u00e9go\u00efsme et non l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral qui va primer. Je suis convaincu, et c\u2019est m\u00eame une loi naturelle, que le remplacement g\u00e9n\u00e9rationnel va s\u2019op\u00e9rer. Et nous les a\u00een\u00e9s, nous avons le devoir d\u2019accompagner votre g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 accomplir ses devoirs et ses missions.<\/p>\n<p><strong>S\u00a0: Comment comptez-vous accompagner la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration\u00a0?<\/strong><br \/>D.J.M.P. : Par l\u2019exp\u00e9rience que nous avons et les conseils pour vous accompagner dans les actions que vous initiez. Lorsque Thomas Sankara a pris le pouvoir, il avait 34 ans. Mais peu de gens savent que le p\u00e8re du pr\u00e9sident du Faso, Roch Marc Christian Kabor\u00e9, \u00e9tait secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la pr\u00e9sidence \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Cela veut dire que ce changement g\u00e9n\u00e9rationnel ne signifie pas qu\u2019on jette les anciens. Non\u00a0! On s\u2019appuie sur leurs exp\u00e9riences pour b\u00e2tir quelque chose de nouveau. Quoi qu\u2019on dise, nous avons une certaine exp\u00e9rience, et il vous appartient de savoir en profiter. Mais il faut que nous soyons disponibles et que nous ne cherchions pas co\u00fbte que co\u00fbte \u00e0 rester.<\/p>\n<p><strong>S\u00a0: Qu\u2019attendez-vous concr\u00e8tement de la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration\u00a0?<\/strong><br \/>D.J.M.P. : Il faut que la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration ait un id\u00e9al pour d\u00e9velopper le pays et ait des ambitions pour le pays\u00a0; mais pas des ambitions individuelles. Je ne sais pas o\u00f9 votre philosophie de business, de deal va nous amener.<br \/>La nouvelle g\u00e9n\u00e9ration doit avoir aussi l\u2019ambition de se cultiver, de se former. Sans culture et sans formation, je ne sais pas o\u00f9 vous allez. C\u2019est ce que j\u2019attends de la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration. Et nous avons le devoir de vous accompagner \u00e0 accomplir votre mission.<\/p>\n<p class=\"c1\"><strong>Propos recueillis par<\/strong><br \/><strong>Karim BADOLO<\/strong><\/p>\n<div class=\"td-a-rec td-a-rec-id-content_bottom tdi_31_558 td_block_template_1\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-22415\" src=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Bandeau-paiement-mobile-site.png\" alt=\"\" width=\"728\" height=\"90\"\/><\/div>\n<p>Auteur: DD. Sidwaya<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/blog\/2020\/08\/03\/60e-anniversaire-de-lindependance-du-burkina-faso-la-nouvelle-generation-doit-avoir-un-ideal-pour-le-pays-domba-jean-marc-palm\/\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s l\u2019universit\u00e9 de Ouagadougou o\u00f9 il a enseign\u00e9 l\u2019histoire, Domba Jean Marc Palm est l\u2019actuel pr\u00e9sident du Haut conseil pour le dialogue social (HCDS). 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