{"id":96195,"date":"2020-08-19T06:00:00","date_gmt":"2020-08-19T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/sans-titre2\/"},"modified":"2020-08-19T06:00:00","modified_gmt":"2020-08-19T10:00:00","slug":"sans-titre2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/sans-titre2\/","title":{"rendered":"Sans titre(2)"},"content":{"rendered":"<p class=\"c4\">Je fais expr\u00e8s de donner une suite \u00e0 ma chronique de la semaine derni\u00e8re. Disons que je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 rassasi\u00e9. Il n\u2019est pas simple de garder le moral par ces temps d\u2019incertitude. Incertitude pour tout. Pour le bac. Pour le Covid-19. Pour les rencontres improbables. Pour l\u2019\u00e2ge qui avance inexorablement et sa cohorte de maux. Pour les amis qui oublient de s\u2019annoncer. Pour la solitude qui fait sa fixette sur un c\u0153ur aboulique. Pour une canicule qui refuse de l\u00e2cher prise. C\u2019est un assortiment de raisons. Ou de param\u00e8tres. Le bonheur est au-del\u00e0 de tout ce fatras, non ? Puis, j\u2019ai le droit de me sentir mal au fond de moi. Ce n\u2019est pas de l\u2019\u00e9go\u00efsme que je sache. J\u2019ai le droit d\u2019\u00eatre triste. M\u00e9lancolique. D\u2019\u00eatre tenu par le spleen. Il faut disposer des moyens de cet \u00e9tat de profonde morosit\u00e9, me dit une voix int\u00e9rieure. Et quoi encore ? Faut-il \u00eatre riche pour m\u00e9riter sa tristesse ? Dans quel monde vivons-nous ? Faut-il disposer d\u2019un capital pour s\u2019offrir un jour t\u00e9n\u00e9breux ?<br \/>Il m\u2019arrive, parfois, de vouloir dans la rue tituber, tomber et, ensuite, me relever ; comme \u00e7a sans raison. C\u2019est mon libre arbitre. Oui, bien s\u00fbr, la dictature des codes sociaux emp\u00eache \u00e9norm\u00e9ment de sortie de route. Je le comprends ais\u00e9ment. La th\u00e9orie de l\u2019\u00e2ge des foules impose \u00e0 tous une uniformit\u00e9 qui fait de nous des copies conformes. Je vous vois d\u2019ici vous gratter le sommet du cr\u00e2ne. Je comprends votre g\u00eane, votre interrogation et votre (peut-\u00eatre) r\u00e9probation.<br \/>Qu\u2019est-ce qui fait la vigueur d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 ? C\u2019est justement ses diff\u00e9rences, son ensemble de couleurs multiples et sa pyramide des \u00e2ges. M\u00eame harnach\u00e9 d\u2019un uniforme, le regard fera la diff\u00e9rence entre les uns et les autres, car physiquement, d\u00e9j\u00e0, on est diff\u00e9rent. Quant aux caract\u00e8res, il y a \u00e0 boire et \u00e0 manger. Puis, c\u2019est dans la nature des choses. Imaginez un pr\u00e9 o\u00f9 il n\u2019y a qu\u2019une seule vari\u00e9t\u00e9 de fleurs ! Au premier regard, la beaut\u00e9 est l\u2019unicit\u00e9 ; puis, en affinant la perspective, le regard aura ce besoin de diversification.<br \/>Aussi, j\u2019ai le droit d\u2019\u00eatre triste, de tutoyer ma tristesse et de m\u2019enorgueillir. Je voudrais reprendre ce titre de la tumultueuse Fran\u00e7oise Sagan, Bonjour tristesse. Puis, la tristesse (le spleen, la m\u00e9lancolie) n\u2019est pas contagieuse. Bien s\u00fbr, on entend souvent cette rengaine : \u00ab Tu me fous le cafard ! \u00bb C\u2019est juste une parole en l\u2019air, rien d\u2019autre. Je le disais aussi, \u00e0 l\u2019\u00e9poque ; cette \u00e9poque o\u00f9 je pensais na\u00efvement que le temps \u00e9tait tout \u00e0 moi, rien qu\u2019\u00e0 moi. Puis, comme on dit, le temps passe ; il fait son boulot, en somme ; il le fait sans concession et sans possibilit\u00e9 de corruption ; c\u2019est son job ; il le fait sans tergiversation ; juste le temps de se rendre compte, le temps (je double expr\u00e8s) n\u2019autorise aucun rabiot, aucun suppl\u00e9ment ni aucune prolongation. L\u2019heure, c\u2019est l\u2019heure !<br \/>Et si c\u2019\u00e9tait une philosophie de la vie ? \u00c7a peut l\u2019\u00eatre, non ? Des po\u00e8tes (des philosophes ?) en ont fait les frais, jusqu\u2019\u00e0 la rupture. Oui, il est possible que la tristesse am\u00e8ne la cassure. Et la cassure m\u00e8ne au point de non-retour. Rimbaud a tent\u00e9 la fuite en avant. Si Mohand a fait de son errance une raison d\u2019\u00eatre. Nerval a \u00e9t\u00e9 tent\u00e9 par un bec \u00e0 gaz. Qa\u00efs a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 la perdition dans un amour intactile. \u00ab Si je disais mes tourments \u00e0 la pierre, celle-ci me r\u00e9pondra \u00bb, chantait El-Anka.<br \/>Ma chronique de mercredi dernier a suscit\u00e9 quelques r\u00e9actions, principalement de trois amis, inquiets certainement de mes \u00e9tats d\u2019\u00e2me. Le docteur Ounough\u00e8ne, neurochirurgien de son \u00e9tat, r\u00e9confortant et compatissant, parle d\u2019une \u00ab petite d\u00e9pression masqu\u00e9e \u00bb due \u00e0 de la \u00ab nostalgie et un peu d\u2019amertume \u00bb. Vous aurez remarqu\u00e9 avec moi que mon toubib pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 parle d\u2019une d\u00e9pression masqu\u00e9e ; justement, je suis en plein dedans, au point o\u00f9 je suis utilisateur de deux masques, l\u2019apparent pour boucher les narines et la bouche, afin de tenter d\u2019emp\u00eacher ce maudit virus de faire sa sale besogne ; puis, il y a ce masque cach\u00e9 qui emp\u00eache mon d\u00e9sarroi du moment de s\u2019exhiber. Si je l\u2019exhibe, c\u2019est parce que j\u2019en ai besoin, un besoin vital. Du reste, ces deux chroniques qui se suivent sont une catharsis ; une fa\u00e7on de d\u00e9passer justement un passage \u00e0 vide. L\u2019\u00e9criture remplace la camisole chimique.<br \/>Quant au docteur Hammout\u00e8ne, p\u00e9diatre de son \u00e9tat, il m\u2019a carr\u00e9ment propos\u00e9 un titre, \u00ab Le mal de soi \u00bb, dit-il. Il re\u00e7oit bien ma chronique, car \u00ab tu nous as redonn\u00e9 un souffle de communication, \u00e9crit-il. Oui, le mal de soi, je veux bien. En fait, ces deux chroniques peuvent supporter tous les titres, du moment qu\u2019ils affirment une certaine douleur. Mais, cher docteur, je persiste \u00e0 dire que j\u2019aurais d\u00fb faire l\u2019impasse de la chronique de la derni\u00e8re fois ; sauf que voil\u00e0 je suis devant mon ordi \u00e0 tartiner une autre sous forme de copie conforme. Pour la simple raison que je n\u2019ai pas encore r\u00e9ussi \u00e0 voir le bout du tunnel. \u00c7a viendra, assur\u00e9ment. J\u2019en suis convaincu. Je fais tout pour. L\u2019\u00e9criture justement est le premier pas, sinon un des plus convaincants pour falsifier ce mal de soi.<br \/>Mon amie A\u00efcha Bouabaci, po\u00e9tesse au long cours, m\u2019assure que \u00ab la po\u00e9sie fort heureusement ne nous trahit jamais \u00bb. J\u2019ai trouv\u00e9 cette id\u00e9e tr\u00e8s belle. J\u2019ai creus\u00e9 un peu cette id\u00e9e, je trouve qu\u2019elle a parfaitement raison. Il suffit d\u2019une \u00e9tincelle pour que le po\u00e8me jaillisse comme une fulgurance. Puis la page accepte nos ruades de po\u00e8te du futur ant\u00e9rieur. D\u00e8s lors, le po\u00e8te \u00e9crit dans des cahiers de l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re ; \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, car la rencontre avec l\u2019Autre est hypoth\u00e9tique. Al\u00e9atoire et indisciplin\u00e9e.<br \/>En tout \u00e9tat de cause, mes amis m\u2019ont permis de revenir sur un sujet d\u00e9licat ; du moins en ce qui me concerne. Pour cet espace de parole, je demanderai \u00e0 Samira Negrouche de proposer son point d\u2019ordre po\u00e9tique : \u00ab Ce qui reste\/Commencer chaque matin\/A heure pr\u00e9cise\/Comme\/Reprendre \u00e0 z\u00e9ro\/R\u00e9pondre \u00e0 l\u2019oubli du temps\/A la d\u00e9rive des \u00e2ges\/A ta m\u00e8re qui tremble\/A la g\u00e9n\u00e9alogie du pire\/Au d\u00e9sastre des dieux\/Finir de compter les heures qui restent. \u00bb<br \/><em><strong>Y. M.<\/strong><\/em><\/p>\n<p class=\"c4\">\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.lesoirdalgerie.com\/tendances\/sans-titre-2-46848\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je fais expr\u00e8s de donner une suite \u00e0 ma chronique de la semaine derni\u00e8re. Disons que je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 rassasi\u00e9. Il n\u2019est pas simple de garder le moral par ces temps d\u2019incertitude. Incertitude pour tout. Pour le bac. Pour le Covid-19. Pour les rencontres improbables. 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