{"id":97280,"date":"2020-08-29T06:00:00","date_gmt":"2020-08-29T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/en-2020-les-algeriens-ne-sont-pas-prets-a-mourir-de-rire\/"},"modified":"2020-08-29T06:00:00","modified_gmt":"2020-08-29T10:00:00","slug":"en-2020-les-algeriens-ne-sont-pas-prets-a-mourir-de-rire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/en-2020-les-algeriens-ne-sont-pas-prets-a-mourir-de-rire\/","title":{"rendered":"En 2020, les Alg\u00e9riens ne sont pas pr\u00eats \u00e0 mourir de rire !"},"content":{"rendered":"<p><em>Par Noureddine Khelassi<\/em><br \/>Les Alg\u00e9riens rient, mais pas beaucoup, pas tout le temps et rarement de tout. Certes, comme le dit Didier Erasme, rire de tout ce qui se fait ou se dit est sot, ne rire de rien est par contre imb\u00e9cile. Mais tout de m\u00eame ! Alors, en ces temps de Covid qui perdure, d\u2019\u00e9rosion r\u00e9guli\u00e8re du pouvoir d&rsquo;achat et de m\u00e9diocrit\u00e9 intellectuelle qui ne carbure pas au rire, on doit se rappeler opportun\u00e9ment d&rsquo;Henri Bergson. Ce philosophe du rire qui a eu raison de dire que \u00abla seule cure contre la vanit\u00e9, c&rsquo;est le rire, et la seule faute qui soit risible, c&rsquo;est la vanit\u00e9\u00bb. Si tant est qu&rsquo;ils en crevaient d&rsquo;envie avant, nos compatriotes semblent ne plus avoir aujourd&rsquo;hui le c\u0153ur \u00e0 rire, du moins assez. En tout cas, ils ne sont pas pr\u00e8s de mourir de rire ! Accabl\u00e9s qu&rsquo;ils sont par la morosit\u00e9 ambiante, la malvie quotidienne et les incertitudes de l&rsquo;avenir.<\/p>\n<p>Mais, au fond, l&rsquo;Alg\u00e9rien est-il, de nature, un Rigolus ou un Tristus comme dans la c\u00e9l\u00e8bre BD de Pif le chien des ann\u00e9es 1970 qui ne furent sans doute pas de chien ? Riait-il plus souvent que maintenant, kif-kif ou bien diff\u00e9remment, surtout de lui-m\u00eame et encore plus des travers de sa soci\u00e9t\u00e9 ? L&rsquo;humoriste Aziz Degga, qui a m\u00e9rit\u00e9 le sobriquet de Fernandel, constatait alors que les \u00abhumeurs sont en berne, les couleurs ternes et les mines alentour patibulaires\u00bb dans l&rsquo;Alg\u00e9rie des ann\u00e9es 2000.<br \/>Au contraire du philosophe et po\u00e8te indien Tagore, l&rsquo;Alg\u00e9rien, quand il a envie de pleurer, ne trouve pas la capacit\u00e9 de sourire. Depuis les temps imm\u00e9moriaux, les Alg\u00e9riens, ceux de maintenant en particulier, sont des fous qui font rarement le fou et qui ne rigolent pas souvent, m\u00eame pas sur les autres, encore moins d&rsquo;eux-m\u00eames. Mais m\u00eame s&rsquo;ils le font de moins en moins, ils parviennent, tout de m\u00eame, \u00e0 trouver des raisons de rire dans une soci\u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment empreinte de religiosit\u00e9 aust\u00e8re o\u00f9 le rire est un sous-rire, un rire couleur citron p\u00e2le. Et si, durant les ann\u00e9es boumedienistes, c&rsquo;est-\u00e0-dire celles qui ne permettaient pas de manger du gruy\u00e8re ou des bananes, mais donnaient \u00e0 lire, \u00e0 rire et \u00e0 se distraire, l&rsquo;Alg\u00e9rie des ann\u00e9es 2000 et plus ce n&rsquo;est plus \u00ab l&rsquo;Alg\u00e9rire \u00bb. Ce n&rsquo;est pas non plus le raz-de-marrer !<br \/>Il est donc rare de prendre un Alg\u00e9rien, a fortiori une Alg\u00e9rienne, en flagrant d\u00e9lire, ou de lui imputer le d\u00e9lit de rire car le rire est licencieux en Alg\u00e9rie, selon la savoureuse formule d&rsquo;un S\u00e9tifien pince-sans-rire. D&rsquo;o\u00f9 la difficult\u00e9 de d\u00e9finir les proc\u00e9d\u00e9s de fabrication du risible et la psychologie du rire de l&rsquo;Alg\u00e9rien. En Alg\u00e9rie, \u00e0 l&rsquo;image de nombreux pays musulmans rigoristes, la d\u00e9finition du rire, de ses motifs, de sa mati\u00e8re, de ses ressorts et de ses pr\u00e9textes se d\u00e9robe \u00e0 la pr\u00e9cision. Elle glisse entre les mots, s&rsquo;\u00e9chappe \u00e0 la raison. Impertinent d\u00e9fi lanc\u00e9 de tout temps \u00e0 la sp\u00e9culation de ceux qui font le pari d&rsquo;en rire. Vaste entreprise, n&rsquo;est-ce pas Rouiched, n&rsquo;est-ce pas Boubagra, n&rsquo;est-ce pas Fellag ?<\/p>\n<p><strong>Flagrant d\u00e9lire et Alg\u00e9rire !<\/strong><br \/>L&rsquo;explication premi\u00e8re est peut-\u00eatre dans le dogme musulman lui-m\u00eame. Selon le grand ex\u00e9g\u00e8te de la geste proph\u00e9tique, Anas Ibn M\u00e0lik, le Proph\u00e8te dit \u00e0 l&rsquo;archange Gabriel : \u00abComment cela se fait-il que je n&rsquo;ai jamais vu Mik\u00e2il (ange du Paradis) rire ?\u00bb Jibril r\u00e9pondit : \u00abIl ne rit plus depuis que l&rsquo;Enfer a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9.\u00bb Est-ce donc la proximit\u00e9 des feux de la g\u00e9henne qui bride le rire ou l&rsquo;en emp\u00eache, ou est-ce donc, en revanche, celle du diable ? Charles Baudelaire, dans \u00abDe l&rsquo;Essence du rire\u00bb, avait d\u00e9j\u00e0 une r\u00e9ponse lorsqu&rsquo;il a estim\u00e9 que \u00able rire est satanique (donc) profond\u00e9ment humain\u00bb. Ainsi vu, ainsi dit, le rieur qui ne se fait pas de bile, surtout celui qui se poile \u00e0 longueur de journ\u00e9e pour ne pas avoir de probl\u00e8me avec sa rate, deviendrait le cousin alg\u00e9rien de M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s, un des sept princes de l&rsquo;Enfer. Et, \u00e0 en croire un autre hadith, authentifi\u00e9 par l&rsquo;imam Ahmed qui n&rsquo;avait pas la r\u00e9putation d&rsquo;\u00eatre un gai luron, et certifi\u00e9 par un imam plus contemporain, Al Albani qui n&rsquo;est pas non plus franchement poilant, \u00abun homme peut \u00eatre tromp\u00e9, il est joyeux, mange, boit et rit, alors que dans le Livre d&rsquo;Allah, il est \u00e9crit qu&rsquo;il est un combustible de l&rsquo;Enfer\u00bb. L&rsquo;Enfer, toujours qui fait peur. Emp\u00eache de rire car le rire, de ce point de vue, c&rsquo;est le ricanement de Satan, d&rsquo;o\u00f9 la baudelairienne formule \u00able rire est satanique\u00bb.<br \/>Dans la source premi\u00e8re de la R\u00e9v\u00e9lation, dans le saint Coran, Dieu lui-m\u00eame met en garde contre le rire d\u00e9raisonnable des croyants lorsqu&rsquo;Il dit \u00abQu&rsquo;ils rient et pleurent beaucoup\u00bb (tawba\/82). C&rsquo;est-\u00e0-dire, qu&rsquo;ils s&rsquo;esclaffent un peu en ce bas monde, mais riront beaucoup plus dans l&rsquo;autre vie en r\u00e9compense de ce qu&rsquo;ils faisaient de leur vivant sur terre. \u00c0 la suite de la Providence, le Proph\u00e8te lui-m\u00eame (QSSSL) a conseill\u00e9 \u00e0 un de ses compagnons, un des dix promis pour le Paradis, de \u00ablimiter son rire car le fait de trop rire tue les c\u0153urs\u00bb, mani\u00e8re de dire que se d\u00e9sopiler outre mesure ass\u00e8che les c\u0153urs. D&rsquo;o\u00f9, par ailleurs, l&rsquo;expression typiquement alg\u00e9rienne qui dit de quelqu&rsquo;un qui rit beaucoup, \u00abhada bared guelb\u00bb, celui-l\u00e0, son c\u0153ur il est froid !<br \/>Il en est jusqu&rsquo;\u00e0 la sagesse de nos terroirs qui n&rsquo;incite pas \u00e0 faire danser les zygomatiques. Elle invite m\u00eame \u00e0 rire jaune quand ce n&rsquo;est pas sous cape. On conseille bien aux gens raisonnables d&rsquo;\u00e9couter ceux qui les font pleurer plut\u00f4t que ceux qui les font rire. Ce dicton tristement alg\u00e9rien pr\u00eate un peu \u00e0 rire, car il ne prend pas en compte cette maxime fran\u00e7aise qui veut que les conseilleurs ne soient pas toujours les payeurs. Les Alg\u00e9riens disent aussi que celui qui rit des infortunes des autres conna\u00eetra lui-m\u00eame, \u00e0 coup s\u00fbr, de tristes d\u00e9boires. Plus qu&rsquo;un mauvais pr\u00e9sage, le rire a ici une valeur pr\u00e9monitoire et le poids d&rsquo;une mauvaise pr\u00e9diction. Version alg\u00e9rienne de l&rsquo;adage fran\u00e7ais \u00abrira bien qui rira le dernier\u00bb. C&rsquo;est ainsi que la raison arabe et la sagesse alg\u00e9rienne exhortent \u00e0 rire avec mod\u00e9ration, \u00e0 \u00eatre \u00e9conome de sa joie, surtout de ne point rire sans raison valable. On dit bien que le rire sans raison proc\u00e8de d&rsquo;une mauvaise \u00e9ducation et rend son auteur passible d&rsquo;une s\u00e9v\u00e8re correction.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;Alg\u00e9rien, ce rieur parcimonieux<\/strong><br \/>\u00c0 \u00e9couter donc la sagesse arabe et \u00e0 entendre la raison alg\u00e9rienne qui ne prennent pas au s\u00e9rieux le rire, on serait tent\u00e9 de croire que l&rsquo;Alg\u00e9rien est une face de car\u00eame perp\u00e9tuelle. Un renfrogn\u00e9 permanent, un grognard continuel et un constip\u00e9 chronique. \u00c7a n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 toujours le cas m\u00eame si l&rsquo;Alg\u00e9rien, ce rieur parcimonieux, n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 un adepte forcen\u00e9 de la devise \u00abpour le meilleur et pour le rire\u00bb. Les textes, notamment la litt\u00e9rature, ne nous disent pas si nos anc\u00eatres \u00e9taient de francs rigolards qui se bidonnaient s\u00e9rieusement en se foulant la rate, au moins cinq fois par jour, sans se faire prier.<br \/>En revanche, sous la colonisation, et durant les deux premi\u00e8res d\u00e9cennies socialistes de l&rsquo;ind\u00e9pendance, nos compatriotes, qui n&rsquo;\u00e9taient pas alors des p\u00e8te-sec et pas encore des pisse-vinaigre dans leur ensemble, savaient quand m\u00eame rire. S&rsquo;esclaffer surtout de leurs turpitudes, de leurs petites mis\u00e8res et, surtout, de la b\u00eatise, de la m\u00e9diocrit\u00e9 et de la concussion de leurs dirigeants. Les p\u00e9nuries de tout genre rythmaient aussi leurs vies, mais l&rsquo;air \u00e9tait quand m\u00eame vivifiant et leur humour florissant et contagieux. La sc\u00e8ne nationale bruissait de blagues de bon humour et de rumeurs de bonne humeur. Ben Bella, Boumedi\u00e8ne et plus tard Chadli \u00e9taient d\u00e9licieusement pastich\u00e9s, grim\u00e9s, mim\u00e9s, caricatur\u00e9s. \u00c9reint\u00e9s m\u00eame.<br \/>Il y avait, beaucoup plus que de nos jours incertains, des humoristes, des clowns et des com\u00e9diens qui savaient rire, faire rire et avoir les rieurs de leur c\u00f4t\u00e9. Des artistes qui traitaient le rire avec le respect d\u00fb \u00e0 la vie, dans la stricte observance de la recommandation d&rsquo;\u00c9picure, \u00e0 savoir qu&rsquo; \u00abil faut rire de tout en philosophant\u00bb.<br \/>Et, \u00e0 l&rsquo;instar de Beaumarchais, ces bons rigolos savaient \u00abse presser de rire de tout, de peur d&rsquo;\u00eatre oblig\u00e9s d&rsquo;en pleurer\u00bb. Ces messieurs, car il n&rsquo;y avait pas de dames du rire sur sc\u00e8ne, \u00e0 l&rsquo;exception de Biyouna, savaient que si l\u00e9ger soit-il, le rire est quelque chose de vivant qu&rsquo;il fallait aborder avec s\u00e9rieux et gravit\u00e9. C&rsquo;est pour cela que les Rachid Ksentini, Mohamed Touri, Mahieddine Bachtarzi, Hassan El Hassani dit l&rsquo;homme \u00e0 la vache (Boubagra), Hamid Lourari, alias Kaci Tizi Ouzou, Ahmed Ayad plus connu comme Rouiched et bien d&rsquo;autres comme Sid-Ali Fernandel (Chabane Houat, de son vrai nom) ou encore l&rsquo;Inspecteur Tahar, le regrett\u00e9 Hadj Abderrahmane, savaient faire rire. Ils le faisaient avec gr\u00e2ce et l\u00e9g\u00e8ret\u00e9. D&rsquo;un rire gai, intelligent. Un esclaffement qui parlait en m\u00eame temps \u00e0 l&rsquo;esprit, au c\u0153ur et \u00e0 la rate. Pas \u00e0 la panse et au bol f\u00e9cal comme le fait un certain humour de l&rsquo;Alg\u00e9rie du beggarisme culturel. Ou encore de la visqueuse m\u00e9diocrit\u00e9 cathodique des Ramadhans qui se suivent et se ressemblent toujours, sans m\u00eame provoquer un rire jaune !<br \/>Ces artistes rieurs des trois d\u00e9cennies post-ind\u00e9pendance n&rsquo;\u00e9taient pas risibles. Ils n&rsquo;\u00e9taient pas, fort heureusement, les seuls \u00e0 se gondoler sur sc\u00e8ne. A tordre de rire leurs compatriotes auxquels ils servaient des bols b\u00e9n\u00e9fiques de franche hilarit\u00e9. Pas le rire chorba, cette soupe \u00e0 la grimace insipide que les tristes t\u00e9l\u00e9s alg\u00e9riennes servent tous les soirs de Ramadhan. En d&rsquo;autres temps pas folichons aussi durant lesquels ces insipides TV nous servent un brouet inf\u00e2me pr\u00e9par\u00e9 dans les cuisines grasses d&rsquo;\u00e9missions mortellement ennuyeuses et tellement m\u00e9diocres.<br \/>En ces temps-l\u00e0, moments b\u00e9nis o\u00f9 il faisait bon rire, et o\u00f9 l&rsquo;on savait faire risette, blaguer, glousser sans se tr\u00e9mousser, d&rsquo;autres humoristes de bon aloi et de talent faisaient aussi se marrer leurs coreligionnaires et pas seulement les soir\u00e9es post-chorba. On n&rsquo;oublie pas donc Ammar Ouhadda, dit Guerroum, Cheikh Noureddine, Mohamed Kahlaoui, Ahmed Kadri, ce rond-de-cuir de la wilaya d&rsquo;Alger qui savait se transformer en Krik\u00e8che. Les simagr\u00e9es de clowns de ces saltimbanques faisaient pleurer de rire, et m\u00eame pisser ou tuer de rire dans les chaumi\u00e8res alg\u00e9roises, mais pas seulement. M\u00eame durant les ann\u00e9es chadlistes, celles du PAP, le Programme anti-p\u00e9nuries, des campagnes d&rsquo;\u00abassainissement moral\u00bb et de la chute drastique des revenus p\u00e9troliers, on gardait le sourire et on savait encore rire. Ces ann\u00e9es furent notamment celles des deux fr\u00e8res Hilmi dont le rire de Souk El Fellah appara\u00eet aujourd&rsquo;hui chaplinesque, compar\u00e9 \u00e0 l&rsquo;humour \u00abchorba samta\u00bb de ces trente derni\u00e8res ann\u00e9es. Il y avait aussi le clown Hdidouane, moins connu sous son vrai nom de Mohamed Yikache et surtout Mma Messaouda, qui s&rsquo;appelle en fait Hamza Foughali. M\u00eame en ces temps de socialisme d\u00e9clinant, on pouvait encore rire m\u00eame si les ficelles de la blague \u00e9taient un peu grosses. Le rire \u00e9tait encore \u00e9pais, mais pas encore mortellement gras comme celui de nos jours.<\/p>\n<p><strong>Le m\u00e9decin du rire<\/strong><br \/>Ah, d\u00e9licieux paradoxe, ce sont finalement ces ann\u00e9es de chadlisme d\u00e9bonnaire, bureaucratique, mais finalement r\u00e9formateur qui ont enfant\u00e9 le p\u00e8re du One man show alg\u00e9rien, un certain escogriffe d&rsquo;Azeffoun. Un d\u00e9nomm\u00e9 Mohand Sa\u00efd Fellag, alias Mohamed Fellag qui fut \u00e0 l&rsquo;explosion de l&rsquo;humour en solo sur sc\u00e8ne, ce que les fellagas de l&rsquo;ALN furent aux embuscades dans les montagnes kabyles : une r\u00e9volution ! Docteur du rire m\u00e9decin, ce dramaturge n\u00e9, cet angoiss\u00e9 perp\u00e9tuel chez qui le rire est amour et catharsis, a initialement explos\u00e9 tel un cocktail Molotov dans Cocktail Khorotov. Encore plus dans S.O.S Lab\u00e8s, ce cri du c\u0153ur lanc\u00e9 pour dire \u00abau secours \u00e7a va bien dans un pays qui allait finalement de plus en plus mal\u00bb.<br \/>Mohamed, avant de prendre sa valise pour voir si le rire \u00e9tait diff\u00e9rent ou plus fort ailleurs, faisait rire chez lui l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a faisait mal aux siens. C&rsquo;est-\u00e0-dire l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a leur faisait finalement et franchement du bien.<br \/>L&rsquo;humoriste, ce Kabyle de Bab-el-Oued chez qui il y avait une k\u00e9mia de Rouiched, un chou\u00efa de Charlie Chaplin, un zeste de Buster Keaton, une pinc\u00e9e de Carlo Goldoni et une poign\u00e9e de poudre de rire de Dario Fo, r\u00e9ussissait \u00e0 provoquer le rire de ses chers compatriotes. Un rire parfois dur et quelquefois triste, mais le plus souvent joyeux. \u00abSes\u00bb Alg\u00e9riens par le rire lib\u00e9r\u00e9s !<br \/>Ce rire r\u00e9parateur et r\u00e9g\u00e9n\u00e9rateur. Ce rire salvateur qui emp\u00eachait de se suicider \u00e0 petit feu. Dans les temps post-Chadli, ann\u00e9es rouges du terrorisme, Tchop le clown, alias Moh Rochambeau de la rue \u00e9ponyme \u00e0 Bab-el-Oued, rempla\u00e7ait les bombes terroristes par des explosions de rire. Des d\u00e9flagrations qui, plus tard, feront craquer de rire les planches de France et de Navarre. Et, b\u00e9n\u00e9diction des esprits du proscenium, le dernier chameau du th\u00e9\u00e2tre alg\u00e9rien a fait des petits dans son pays. Ils s&rsquo;appellent, entre autres, Abdelkader Secteur, l&rsquo;allum\u00e9 du stand-up. Mohamed Mihoubi, cousin oranais de Fellag. El Hefnaoui, le Sofiane Attia de Bordj Bou-Arr\u00e9ridj, Hakim Zelloum, Ali Djilali Bouzina, Mohamed Khassani et Samir Bouanani, pour ne citer que ces fous du rire. Et sur le Net o\u00f9 il faisait un buzz du tonnerre de Web, Brahim Hmida, dit Irbane Irbane, alias \u00abmorceau, morceau\u00bb, faisait un malheur avec ses vid\u00e9os pirat\u00e9es et parodi\u00e9es qui d\u00e9fendent l&rsquo;Alg\u00e9rie avec un humour subtil. Une d\u00e9rision qui galvanise les siens, comme lorsqu&rsquo;il a contribu\u00e9, par ses d\u00e9tournements de sens et d&rsquo;objet, \u00e0 mobiliser les footballeurs de l&rsquo;\u00e9quipe d&rsquo;Alg\u00e9rie contre l&rsquo;\u00c9gypte en \u00e9liminatoires de Coupe du monde.<\/p>\n<p><strong>Mma Messaouda est un homme et Khalti Boualem est une femme !<\/strong><br \/>Et, blague \u00e0 part, que nous riions beaucoup, peu ou pas du tout, en Alg\u00e9rie, le rire reste globalement et en public une affaire d&rsquo;hommes. Dans la vie comme sur sc\u00e8ne. Car le rire de la femme, pr\u00e9cis\u00e9ment en public, est consid\u00e9r\u00e9 comme une partie intime interdite au regard concupiscent des hommes. La preuve, il n&rsquo;y a pas de femmes comiques, du moins une artiste qui aurait fait du rire sa vocation et sa profession. D&rsquo;ailleurs, Mma Messaouda, cette mama oranaise, qui rappelle par son accoutrement et sa gestuelle la Madame Serfaty de l&rsquo;inoubliable Elie Kakou, est un homme et un macho du meilleur cru oranais. M\u00eame aujourd&rsquo;hui, le seul personnage f\u00e9minin comique de la sc\u00e8ne alg\u00e9rienne, celui de la s\u00e9rie Djema\u00ef Family, est affubl\u00e9 d&rsquo;un nom d&rsquo;homme par un sc\u00e9nariste probablement misogyne, pince-sans-rire ou carr\u00e9ment pisse-froid. Elle s&rsquo;appelle en effet Khalti Boualem, une tante virilis\u00e9e et dop\u00e9e aux testost\u00e9rones par un r\u00e9alisateur aussi risiblement machiste que l&rsquo;auteur du sc\u00e9nario qui pr\u00eate lui aussi \u00e0 rire.<br \/>On le voit bien, la fantaisie comique ou son absence renseignent sur les proc\u00e9d\u00e9s de travail de l&rsquo;imagination humaine, particuli\u00e8rement de l&rsquo;imaginaire social et populaire. Dis-moi si tu rigoles vraiment, comment, de quelle fa\u00e7on et \u00e0 quel sujet, et je te dirai qui tu es apr\u00e8s tout. Alors, chers compatriotes, c&rsquo;est s\u00e9rieux, ayez toujours la vanit\u00e9 de rire et riez de tout c\u0153ur, \u00e7a vous fera beaucoup de bien et emp\u00eachera de vous faire appara\u00eetre en vaniteux qui ne savent pas&#8230; rire.<br \/>N. K.<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.lesoirdalgerie.com\/actualites\/en-2020-les-algeriens-ne-sont-pas-prets-a-mourir-de-rire-47211\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Noureddine KhelassiLes Alg\u00e9riens rient, mais pas beaucoup, pas tout le temps et rarement de tout. Certes, comme le dit Didier Erasme, rire de tout ce qui se fait ou se dit est sot, ne rire de rien est par contre imb\u00e9cile. Mais tout de m\u00eame ! 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